vendredi 16 janvier 2009

BD - Birmane et résistante


Infatigable voyageur, Jonathan fait escale dans ce 14e album en Birmanie. Un pays dirigé par une dictature militaire intransigeante. Le héros, libre comme l'air, se sent bien à l'étroit dans ce carcan qu'un de ses amis compare au monde décrit par George Orwell dans 1984. Mais Jonathan sait être patient et persévérant. 

Il doit endormir la méfiance des autorités car il a un rôle important de messager à jouer. Messager de la résistance, malgré les arrestations, les déportations et les exécutions sommaires. 

Cela donne l'occasion à Cosey de longuement décrire ses errances dans la campagne, d'un temple à un autre, en barque sur des rivières calmes et parsemées de cabanes surélevées. Et enfin il la rencontrera, "Elle", femme "nat" porteuse des preuves des exactions du régime birman. Une rencontre magique, comme tous les albums de cette série devenue rare. Cosey, avec l'âge, a gagné en calme et en plénitude. Mais son message est toujours aussi fort. 

N'oublions pas qu'il fut un des premiers, en Occident, à dénoncer dans cette série, l'invasion du Tibet par les Chinois.

"Jonathan" (tome 14), Le Lombard, 10,40 € 

jeudi 15 janvier 2009

BD - Confessions villageoises


La vie suit son cours au sein de la petite communauté de Notre-Dame-des-Lacs, paroisse du Québec des années 20. Marie, la belle veuve, craque toujours autant pour le beau Serge, cuisinier parisien récemment débarqué dans la Belle province. 

Ils travaillent ensemble, vivent sous le même toit et naturellement les commères s'en donnent à cœur joie se demandant pour quand sera le mariage. Mais un soir, alors que Marie a enfin le courage de faire le premier pas, Serge lui avoue son secret. Et de ce fait le mariage devient impossible ainsi que l'amour de Marie. 

La jeune femme décide alors de se confesser et de révéler le secret au curé. Serge va devoir trouver quelques alliés pour tenter d'apaiser l'incendie qui menace. 

Cette belle histoire d'envie et de tolérance est rondement menée par le duo le plus remarqué de ces dernières années : Loisel et Tripp. Le premier s'occupe du découpage et de la mise en scène alors que le second assure un encrage « enrichi ». Ajoutez les couleurs de François Lapierre et vous avec un petit bijou entre les mains...

« Magasin général » (tome 4), Casterman, 14 € 

mercredi 14 janvier 2009

BD - Fuite sur le Mississippi


Librement inspirée du roman de Mark Twain, « Les aventures de Huckleberry Finn », cette série entraîne le lecteur dans le sillage d'un gamin effronté dans le Mississippi des années 30. Huck Finn vit dans une cabane avec son père, Tape-dur, alcoolique et violent. 

Huck sera finalement placé chez de bons bourgeois après la fuite de Tape-dur, soupçonné de meurtre. Une nouvelle vie pour le gamin habitué à se débrouiller seul dans les marécages. Dans cette exploitation d'élevage de poissons-chats, il rencontre Charley Williams. Le jeune Noir, tire-au-flanc, est persuadé d'avoir un grand avenir dans la musique. 

Après quelques péripéties ils prendront la fuite ensemble sur une barque, dérivant sur le fleuve à la recherche d'un peu de bonheur. Ce que Charley ne sait pas c'est que Huck a fait croire qu'il avait été assassiné. Et la police découvre un suspect tout naturel : Charley. 

Un récit prenant et dense imaginé par Philippe Thirault et Steve Cuzor, ce dernier assurant en plus le dessin de son trait réaliste et précis.

« O'Boys » (tome1), Dargaud, 13,50 € 

mardi 13 janvier 2009

BD - Brève paternité


Préparez vos mouchoirs. Cet album, le dernier de la série marquant les 20 ans de la collection Aire Libre, est un mélodrame dans toute sa dureté. Cela commence à 200 à l'heure. Xavier, 35 ans, est à la tête d'une petite entreprise. 

C'est le prototype du jouisseur. Grosse voiture, belles nanas : il est riche, le montre et en profite. Avouons que le trait est un peu gros. Les auteurs (Alcante au scénario, Fanny Montgermont au dessin) ont noirci le personnage. Peu sympathique, Xavier va devoir changer radicalement quand il découvre qu'il est le père de Julien. 

La mère, une de ses conquêtes quand il était étudiant, est malade. Elle lui demande de s'occuper de l'enfant. Il refusera dans un premier temps et, par la force des choses, devra héberger Julien durant quelques jours. Un choc pour le trentenaire car Julien, malgré ses 14 ans, en paraît 50. Il souffre d'une maladie génétique rare. Son espérance de vie est très limitée. 

Les auteurs ont décortiqué les relations entre ces deux êtres que tout oppose. Une relation tardive et brève. Intense aussi, malgré le difficile début.

« Quelques jours ensemble », Dupuis, 15 € 

lundi 12 janvier 2009

Thriller - Dantec survitaminé

Deux braqueurs en cavale, aux pouvoirs extraordinaires, sont les héros de ce roman de Maurice G. Dantec, de retour à ses premières amours.


Auteur détesté par certains, vénéré par d'autres, Maurice G. Dantec laisse rarement insensible. Ses rares apparitions publiques sont souvent folkloriques car l'homme n'a pas sa langue dans la poche. Sous des airs de chanteur rock, limite gothique, il aime provoquer les tièdes ou autres politiquement corrects en citant la bible et quantité de théories kabbalistes. Dans ses romans, c'est un peu le même topo. Vous ne trouverez pas de belle envolée lyrique ou de fin optimiste. Ce sera obligatoirement dérangeant et speed. Son nouveau roman au titre étonnamment long (« Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute ») mais se révélant harmonieux et facile à retenir, joue dans la catégorie des textes courts et parfois très terre-à-terre, en opposition avec d'autres productions comme « Cosmos Incorporated », long et très cérébral.

Cap au Sud

Dès la première page on se retrouve dans le feu de l'action. Le braquage d'une poste. Le héros, et narrateur, rempli un sac de billets et prend la fuite dans la voiture conduite par sa compagne, Karen. Le dernier hold-up de la série. Avec le pactole accumulé en quelques mois, ils ont bien l'intention d'aller vivre heureux et tranquilles dans un pays d'Asie du Sud-Est. Maurice G. Dantec va nous raconter par le menu leur cavale à travers l'Europe puis l'Afrique, dans ce futur proche qui nous pend au bout du nez si on n'y prend garde.

Le couple s'est connu dans un centre de rétention. Ils y avaient été enfermés car porteurs d'un neurovirus, supposé dangereux par des autorités sanitaires frileuses. « On ne savait rien du neurovirus qui nous bouffait le cerveau, Karen et moi, mais comme tous les autres malades atteints du syndrome de Schiron-Aldiss, je suppose, on faisait de ces putains de rêves hyperintenses (...), des fois hyperlumineux, extatiques, où on revoit nos ancêtres et nos amis morts, et d'autres fois où c'est les ténèbres, la destruction, le feu, la douleur, la terreur... »

Baston à Abidjan

Armés de fausses cartes d'identités, ils traversent la France puis l'Espagne pour atterrir au Maroc. Là, ils auront affaire avec un flic véreux qui cherchera à leur mettre des bâtons dans les roues. Karen découvrira alors que le neurovirus donne des moyens de tuer tout à fait nouveaux et étonnants. Et de communiquer avec une sorte de « grand tout », chapeauté par un jazzman, Albert Ayler, dont le fantôme hante la station Mir en train de s'enfoncer dans l'atmosphère terrestre, au grand désespoir de l'équipage. L'auteur va en profiter pour placer quelques unes de ses tirades mystiques, sans pour autant négliger la partie action du roman, comme cette baston entre le narrateur et un dealer sur un quai du port d'Abidjan : « J'ai contre-attaqué avec un enchaînement thaïe-boxe de Shaolin, knee kick à la Bruce Lee, avec le talon, juste derrière le genou de sa jambe d'appui – ça lui fait un mal fou et ça l'a stoppé net -, enchaînement direct avec un leading side kick, en plein dans le thorax... » Et cela continue comme cela durant quelques pages.

S'il n'a pas l'ampleur de ses derniers textes, ce roman de Maurice G. Dantec reste un excellent amuse-gueule, comme une gorgée pour goûter à ce grand cru de la littérature française. Si vous avez aimé, rassurez-vous, ses autres titres sont copieux, flamboyants et dantesques. Dans tous les sens du terme.

« Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute », Maurice G. Dantec, Albin Michel, 16 € 

dimanche 11 janvier 2009

BD - L'art de flâner selon Taniguchi


Si dessins animés et mangas japonais sont souvent associés à une certaine violence et frénésie d'action, tous les auteurs ne mangent pas de ce pain. A l'opposé de cette tendance, Jirô Taniguchi propose des histoires de tous les jours, marquées par une certaine nostalgie. 

« Le promeneur », sur des scénarios de Masayuki Kusumi, entraîne le lecteur dans les pas qu'un quadragénaire redécouvrant sa ville au gré de ses promenades. Des marches forcées au début car il vient de se faire voler son vélo. Rapidement il prend beaucoup de plaisir dans ces pérégrinations, à toute heure de la journée et même de la nuit. Avec lui on s'extasie devant une vieille boutique, une rue en pente, un vendeur de soques (ces chaussures traditionnelles). 

En fin de volume, Taniguchi explique son amour de la marche, de la promenade sans but : « J'ai le sentiment que, parmi les actions quotidiennes des humains, la marche est la plus naturelle. » Et une fois l'album terminé, vous ne pourrez vous empêcher de prendre un peu de temps pour redécouvrir, à pied, votre environnement...

« Le promeneur », Casterman, 15 € 

vendredi 9 janvier 2009

BD : Les auteurs de Largo Winch sortent la grosse artillerie


Comme nombre de séries lancées par Jean Van Hamme, Largo Winch remporte un important succès populaire. La BD dessinée par Philippe Francq devrait voir ses ventes encore progresser après le succès de l'adaptation ciné, toujours à l'affiche. « La voie et la vertu », 16e tome, est la seconde partie des aventures chinoises du milliardaire américain. 

Il est en fâcheuse posture. Obligé de dérober un manuscrit de Lao-tseu chez un riche industriel chinois, il est capturé sur le fait et emprisonné au Tibet, dans une cellule d'où il s'était déjà échappé quelques années auparavant. A Hong Kong, ses amis, Simon notamment, tentent de retrouver sa trace car de graves menaces pèsent sur le groupe W si son unique propriétaire ne réapparaît pas rapidement. 

Décors fouillés, action à toutes les cases, rebondissements : les auteurs sortent l'artillerie lourde pour une série qui ne semble pas sur le point de s'essouffler, même en ces temps de crise financière mondiale...

« Largo Winch » (tome 16), Dupuis, 10,40 € 

BD - Valentine est une râleuse congénitale


Si elle avait meilleur caractère, elle serait véritablement craquante cette Valentine imaginée par Anne Guillard. Un charme tout particulier qui s'explique (en fonction des goûts) par ses bourrelets, ses culottes trop petites, ses microbes ou son art de colporter des ragots. Une nana des années 2000, seule dans son appartement en désordre, cherchant du boulot et un amoureux. 

Cette BD d'un genre nouveau permet également à son auteur de faire une caricature virulente des magazines féminins, ses tests, ses conseils et ses publicités. Entre deux gags (la dominante de ce quatrième recueil est la facilité déconcertante de Valentine à attraper toutes les maladies contagieuses à 150 km à la ronde), vous pourrez lire l'interview de la « championne du monde de 400 m rage libre », découvrir les nouvelles tendances que sont les « Grippe party » ou le courrier des râleuses (Electra demande comment éviter de devoir, tous les matins, « faire la bise à tous mes collègues. Surtout les gros moches pas rasés »).

« Valentine » (tome 4), Vents d'Ouest, 9,40 € 

jeudi 8 janvier 2009

Chronique politique - Nicolas Ier, deuxième

Patrick Rambaud propose un second volet de sa chronique acide et caustique du "règne de Nicolas Ier".


Pamphlet sans concession, moquerie argumentée, méchanceté assumée : ces 175 pages habilement troussées par un Patrick Rambaud au sommet de sa raillerie remettent la présidence de Nicolas Sarkozy dans une perspective totalement différente de l'image véhiculée par les médias. Certes l'auteur ne le nomme jamais, mais on le reconnaît dans chacun des titres pompeux qu'il l'affuble toutes les trois pages. Florilège : « Notre Foudroyant Monarque, Notre Electrique Souverain, Notre Grandiose Leader, Notre Terrible Seigneur, Notre Roublarde Majesté... »

Patrick Rambaud reprend donc le récit du règne au début 2008. Avec l'arrivée d'un nouveau personnage principal qui va encore plus donner de relief à ce texte. Il fallait remplacer l'Impératrice disparue (Cécilia). Un rôle dévolu à la comtesse Bruni, « qui souriait en professionnelle comme une princesse de roman-photo italien », devenant rapidement "Madame". Cette romance semble avoir pour unique but de faire oublier les désillusions du peuple qui gronde de plus en plus.

L'empereur Nicolas Ier semble cependant réellement attiré par l'intrigante italienne. Pour preuve cette réflexion au lendemain de sa première rencontre : « Elle est pétée de thunes ! » C'est une des autres constances de ce pamphlet, quand il parle, "Notre Nervosité Intense" est d'une extrême vulgarité.

« Narcisse and Co »

Vient enfin le mariage, discret, mais savamment caché pour en faire un événement de première importance. La Carlamania est décortiquée par un Patrick Rambaud sceptique sur cette trop belle histoire d'amour. Elle de gauche, lui de droite. Ils vont s'influencer, devenant meilleurs... Que nenni, pour l'auteur ce n'est qu'une double opération de communication : « On eût dit que Madame et Lui avaient signé un pacte et monté une société qu'on aurait pu nommer la Narcisse and Co. Ils s'aimaient beaucoup, mais d'abord eux-mêmes, et se célébraient l'un l'autre. Sa Majesté vantait à la moindre occasion la beauté extrême et l'étincelante intelligence de Madame, et Madame expliquait au monde entier les vertus et le brillant de Notre Prince Charmant, si travailleur, si tendre, si rapide."

Une année qui ne fut pas de tout repos pour "Notre Vorace Souverain". En France la situation se dégrade. Difficile de tenter de se glorifier quand le prix de l'essence explose, les usines ferment et les taxis manifestent. Il tente de se refaire à l'international. Une bonne propagande le présente comme le sauveur du monde. Mais selon Patrick Rambaud, "Notre Sautillant Monarque" semble plutôt être la risée des dirigeants des autres nations.

Cette deuxième chronique s'achève en octobre, alors que la crise mondiale de la finance éclatait, en raison des agissements « des milieux d'affaire que choyait Notre Majesté ». « Comment Notre Hardi Monarque allait-il empêcher la dérive puis le naufrage ? » En excellent feuilletoniste, Patrick Rambaud annonce un troisième épisode que l'on espère aussi croustillant et politiquement incorrect.

« Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier », Patrick Rambaud, Grasset, 13,50 €

mercredi 7 janvier 2009

BD - Capricorne rêve en cage


Si certains dessinateurs ont la fâcheuse tendance de se reposer sur leurs lauriers et de ne plus quitter un style dès que le succès est au rendez-vous, d'autres ne peuvent s'empêcher de s'imposer des contraintes pour tenter d'améliorer leur créativité. 

Le maître absolu de ce style de travail est Andréas. Le créateur de Rork a tout tenté en matière de narration et de mise en page. Enfin presque car à chaque album, il trouve une nouveauté à expérimenter. Le 13e tome de la série Capricorne ne déroge pas à la règle. Chaque planche est découpée en un damier de 20 carrés égaux séparés dans d'épais filets noirs. Le héros a ainsi l'impression de se retrouver derrière les grilles d'une cage. 

Cet exercice de style sur l'enfermement revisite la série fantastique. L'intrigue n'avance guère, mais le résultat, virtuose et beau, se laisse admirer.

"Capricorne" (tome 13), Le Lombard, 10,40 euros