dimanche 7 décembre 2008

Polar - Secrets bien enfouis

La meurtrière de la jeune Abigail vient de se suicider en prison Mais elle serait finalement innocente. Un imbroglio pour la perspicace Vera Stanhope.

Dix ans de prison pour rien. Jeanie Long vient de faire dix ans de prison après sa condamnation pour le meurtre d'une jeune fille, Abigail Mantel. Elle n'a cessé de clamer son innocence. Alors qu'un témoin réapparaît et que l'enquête va être rouverte, Jeanie, à bout, se suicide dans sa cellule. Une raison supplémentaire pour Vera Stanhope, inspectrice de police pugnace, de démasquer le véritable meurtrier.

Ce polar noir d'Ann Cleeves fait un peu penser, par moment, à un bon Simenon. La policière est bourrue (comme le commissaire Maigret) et les différents protagonistes de l'affaire, sous des airs lisses et polis, ont de nombreux secrets à cacher. La petite bourgeoisie anglaise n'a rien à envier à celle de la province hexagonale. Avant que Vera n'intervienne, c'est par l'intermédiaire d'Emma que le lecteur découvre les événements, anciens et actuels. Emma, jeune mère au foyer, légèrement dépressive. Elle attend son mari James, marin, en fantasmant sur son voisin.

Une coupable trop idéale

Mais ce soir-là est différent. James lui apprend que le dossier du meurtre d'Abigail Mantel vient d'être rouvert. Jeanie Long, déclarée coupable, ne serait finalement pas la meurtrière. Une révélation qui fait remonter un flot de souvenirs dans la mémoire d'Emma. A l'époque, adolescente rebelle, elle était la meilleur amie d'Abigail. Abigail la fille de Mantel, riche promoteur immobilier. Emma de son côté rejetait sa famille : son père, pasteur rigoureux, sa mère, bibliothécaire effacée, docile, toujours dans l'ombre. Un dimanche soir, après une nouvelle dispute, elle sort dans la lande pluvieuse et balayée par le vent. C'est là quelle a découvert le corps d'Abigail, dans un fossé, étranglée. Les policiers ont rapidement trouvé une coupable idéale : la concubine du père d'Abigail. Jeanie affirme avoir passé la journée à Londres. Un alibi sans preuve.

Une preuve de sa présence à Londres qui réapparaît 10 ans plus tard. Mais trop tard... Vera Stanhope est chargée de l'enquête. La policière fait sa première apparition dans la petite paroisse d'Elvet au cours de la messe. Emma découvre une « femme corpulente et formidablement laide ». Elle était « vêtue d'une robe de crêpe informe constellée de petites fleurs violettes, et d'un gilet mauve pelucheux. Malgré le froid, ses pieds étaient chaussés de sandales de cuir plates ». Ann Cleeves force un peu le trait, mais il faut avouer que le personnage de Vera, teigneuse, buveuse, coléreuse, s'impose dans ce roman. Face aux atermoiements des différents protagonistes de l'affaire, elle élève la voix, les bouscule, pour faire enfin jaillir la vérité. Son face-à-face avec Emma fait des étincelles : « Pour la première fois, Emma se rendit compte que Vera était en colère, une colère volcanique, terrifiante. » La policière qui secouera tellement la fourmilière qu'un second meurtre sera commis, nouvelle preuve irréfutable de l'innocence de Jeanie.

Ce roman policier, parfois oppressant tant certains personnages sont tristes et résignés, fouille dans les tréfonds de l'âme humaine. Vera, heureusement, est là pour remettre tout en place. Quelles qu'en soient les conséquences...

« Morts sur la lande », Ann Cleeves, Belfond, 20 €

samedi 6 décembre 2008

BD - Les débuts de Sherlock Holmes


Sherlock Holmes inspire les scénaristes de BD. Cette fois, ce sont Didier Convard et Eric Adam qui se sont associés pour imaginer les débuts du célèbre détective. Une série confiée graphiquement à Jean-Louis Le Hir, dévoilant un nouveau pan de ses talents de graphiste. Après les très classiques (et rigides) Cholms et Stetson, les dessins d’humour à la Reiser sur l’entreprise (C’est qui le boss ?), il propose des planches très sombres, aux dessins stylisés utilisant des traits épais jouant à merveille avec les ombres. De loin ce qu’il a fait de mieux. 

Sherlock se lance donc dans le métier. Sa première enquête manque de prestige, mais il n’y a pas de petite affaire. Sur la piste d’un chat disparu, il découvre une fumerie d’opium. Devenu l’ami du patron, il se met à son service pour découvrir le meurtrier d’un client. Une quête qui conduira le jeune Holmes jusqu’aux confins du Penjab.

« Sherlock » (tome 2), Glénat, 12,50 € 

vendredi 5 décembre 2008

BD - Victoire à Waterloo


La belle uchronie que voilà : à la bataille de Waterloo, Grouchy n’est pas arrivé en retard. Résultat, Napoléon gagne cette bataille et la face du monde et de l’Histoire est totalement modifiée. 

Thierry Gloris, le scénariste, a donc imaginé une Europe en 1911 totalement différente. Les deux puissances coloniales (France et Grande-Bretagne), règnent sur le monde. A Paris, un détective privé fait de plus en plus parler de lui. Théophile Duroc a une façon très personnelle de résoudre les énigmes : observation et déduction. 

Duroc est la version française du Sherlock Holmes de notre réalité. Contacté par le conservateur d’un musée d'archéologie des colonies, Duroc se lance sur la piste du voleur d’un objet précieux et mystérieux. Un voleur roux, agile et à la force titanesque. 

Dessinée par Emiliano Zarcone, cette série mêlant enquête policière, science-fiction et fantastique, sans être radicalement originale, est une agréable variation sur l’histoire de France.

« Waterloo 1911 » (tome 1), Delcourt, 12,90 €. 

jeudi 4 décembre 2008

BD - Rêvons d’Ava…


Ava Dream est Anglaise, avocate et très belle. Quand ses patrons lui demandent d’aller s’occuper d’une succession dans le Sud-Ouest de la France, elle n’hésite pas. Même si elle a une certaine appréhension à travailler avec ces "frenchies" malodorants qui n’aiment pas l’eau. Un petit détail qui n’aura finalement que peu d’importance car la mission d’Ava est tout autre. 

Elle doit convaincre une riche héritière de fuir la secte qui l’a enrôlée. Action, charme, rebondissements : le cocktail des deux premiers tomes (parus simultanément et formant un tout, comme un pilote audiovisuel) de cette nouvelle série écrite par Eric Arnoux a tout pour convaincre le lecteur de BD de base. D’autant que le dessin de Queireix, tout en mettant en valeur les sublimes courbes d’Ava, fait des trognes d’exception aux personnages secondaires, notamment les "méchants".

« Ava Dream » (tomes 1 et 2), Le Lombard, 10,40 € chaque volume.

mercredi 3 décembre 2008

Roman - Le vieil homme et l'honneur

Hubert Mingarelli raconte une longue quête solitaire dans une nature hostile, pour des bottes, pour l'honneur.


Dans un pays d'Amérique latine, le village est réveillé par l'arrivée d'un groupe de rebelles dirigé par Raphaël Vallejo. Sur le chemin de la montagne où les combats font rage, Vallejo et ses hommes font une brève étape. Pour remplir les gourdes et surtout trouver de nouvelles chaussures. De magnifiques bottes sont dénichées dans une luxueuse maison de maître appartenant à Alvaro Cruz. Quand Eladio découvre le vol, son sang ne fait qu'un tour. Eladio, c'est le vieux domestique de Cruz. Malgré un rapport de force très déséquilibré, il réclame la restitution des chaussures sur le champ. Un coup de crosse sur la nuque clôt le débat.

Une bonne heure plus tard, Eladio reprend ses esprits, très énervé. Le nœud du roman écrit par Hubert Mingarelli se situe à ce moment précis. Le vieil homme aurait pu avouer sa défaite, se dire que finalement une paire de bottes ce n'est pas très grave. Mais une incroyable fierté va le faire agir en dépit de tout bon sens. Il récupère les anciennes chaussures de Vallejo et décide de jouer un bon tour à ces grossiers personnages.

Connaissant un raccourci pour rejoindre la route allant vers la montagne, il s'élance persuadé qu'il pourra les rattraper, leur passer devant sans qu'ils s'en aperçoivent et récupérer les bottes d'Alvaro Cruz. Hubert Mingarelli, dans son écriture, joue beaucoup sur l'opposition entre le style très parlé et populaire d'Eladio et des passages plus léchés, quand, par exemple, il décrit la rencontre entre le vieil homme et des biches : « Il aperçut les biches qui grattaient la terre à une quarantaine de mètres de là. L'une d'elles, en relevant le cou, l'aperçut et, sans qu'elle n'eût donné de signal, les autres biches cessèrent de chercher leur nourriture, et se tenant parfaitement immobiles, elles le regardèrent aussi ».

Rencontres merveilleuses, redécouverte de la splendeur de la nature : la quête du héros sera récompensée, mais pas comme il l'avait imaginé.

"Le voyage d'Eladio", Hubert Mingarelli, Seuil, 16 euros.

mardi 2 décembre 2008

BD - L'album anniversaire des Schtroumpfs

Pour célébrer le 50e anniversaire des Schtroumpfs de Peyo, un album a été spécialement édité. Cette histoire, hors-série, bénéficiant d'un tirage limité de 50 000 exemplaires (habituellement une nouveauté a un tirage trois fois plus important), explique en 28 planches l'origine de la flûte à six trous. Une flûte enchantée qui est commandée par un sorcier pour guérir un père de famille tombé dans une torpeur absolue. Le Grand Schtroumpf va donc livrer la flûte mais cette dernière va tomber dans de mauvaises mains. Il faudra l'intervention de Johan et Pirlouit pour que tout revienne en ordre. 

Un récit clin d’œil qui se poursuit presque naturellement dans l'aventure de Johan et Pirlouit.

Mais en plus de cette bande dessinée (écrite par Thierry Culliford et Luc Parthoens, dessinée par Jereon de Coninck), vous trouverez l'intégrale d'un cours de langage schtroumpf imaginé par Yvan Delporte et Peyo pour animer les pages d'un journal de Spirou paru en 1971.

« Les schtroumpfeurs de flûte », Le Lombard, 9,25 € 

lundi 1 décembre 2008

Science-fiction - Les mondes étranges des Fils du vent

Les personnages de ce roman fantastique de Robert Charles Wilson vont de monde en monde comme le commun des mortels change de chemise.

Où et quand peut-on affirmer que l'on est "chez soi" ? Dans son village natal, dans la ville où l'on travaille, près du lieu où l'on se sent le plus heureux ? Les différents protagonistes de ce roman de science-fiction signé de l'auteur canadien Robert Charles Wilson ont souvent déménagé. Ce sont des " Fils du vent", des nomades, sans domicile fixe. Karen est l'aînée. Un père alcoolique et violent, une mère très religieuse : bref rarement l'occasion d'être heureuse. Pourtant, une fois adulte, elle a rencontré Gavin, mariage et naissance de Mickaël dans la foulée. C'était il y a 16 ans.

De nos jours Karen recommence à faire des cauchemars. Depuis que la décision de divorcer a été prise. Pas exactement un cauchemar, simplement un rêve sombre et mystérieux. Elle se revoit enfant, sortant la nuit dans le jardin avec sa sœur Laura et son jeune frère Tim. Tim qui parvient à faire apparaître une porte dans le talus du jardin. En la franchissant, les trois enfants se retrouvent dans les rues noires et froides d'une ville industrieuse. Ils sont attirés par un homme en gris, cachant son visage derrière le rebord de son grand chapeau. Mais est-ce bien un rêve ? Quand Mickaël est lui aussi abordé dans la rue par le même homme en gris, Karen décide de quitter le Canada et de rejoindre sa sœur installée depuis des années dans la Californie d'un monde parallèle créée de toute pièce par Laura. Un don que les parents ont tout fait pour diaboliser. Karen a suivi l'avis de son père qui explique sa vision du pouvoir de Tim : "Il s'amusait avec les lucioles. Et puis tout d'un coup il s'est mis à tracer un cercle dans l'air. Et le cercle était rempli de la lumière des lucioles. Et il y avait des silhouettes dans cette lumière. Des visages, des corps, des choses avec des ailes. Ce pouvait être n'importe quoi mais - j'en étais certain - c'était l'enfer que Timmy venait d'ouvrir".

Ce roman précédemment publié il y a une quinzaine d'année, sans avoir le foisonnement imaginatif de "Darwinia", offre l'occasion à Robert Charles Wilson de lâcher la bride à son imagination. Mais il a mis tout son talent au service de la description psychologique des personnages. Notamment dans leurs relations fraternelles, souvent compliquées, encore plus dans une famille aux pouvoirs paranormaux.

"Les fils du vent", Robert Charles Wilson, Folio SF, 6,20 euros

dimanche 30 novembre 2008

BD - La fillette rêveuse de Koma

Lancée en 2003, la série Koma est apparue un peu comme un ovni dans le paysage de la BD. Signée de deux auteurs suisses (Wazem au scénario, Peeters au dessin), on y découvrait une petite fille travaillant comme ramoneur avec son père dans une ville industrieuse. C'est en descendant très profond dans les cheminées des machines que Koma découvre des êtres, noirs, aux longs bras et yeux jaunes. 

La petite fille a bien des difficultés pour communiquer avec ces êtres. Un premier album séduisant et poétique. Avec plein d'interrogation. En ce mois de novembre, le sixième et dernier tome vient clore cette série passionnante et d'une grande régularité. Koma et son père étaient bloqués dans un hôtel hors du monde. Elle a osé franchir la porte interdite et se retrouve face à la « chose » qui a tout imaginé. Un monde négatif, oppressant, sans espoir. Koma le lui dit et l'affronte. 

Au risque de faire mourir tout être vivant, la fillette va tenter d'imaginer un nouveau monde : la campagne.

« Koma » (tome 6), Les Humanoïdes Associés, 10 € 

samedi 29 novembre 2008

BD - Magiciens en lutte


Et si la magie gouvernait le monde ? Thomas Cheilan, scénariste, a développé ce principe dans une série intitulée « Salamandre ». Dans ce monde parallèle (à moins que cela ne soit le vrai et que le nôtre soit le parallèle...), en 1830, après des siècles de guerres occultes, les magiciens ont révélé leur existence et imposé une paix planétaire. Ceux qui ont refusé cette décision ont été bannis et exilés de la Terre. 

De nos jours, les tensions entre initiés et non-initiés sont fortes. La crise économique frappe la planète. Le commun des mortels voudrait que les magiciens interviennent. Mais ces derniers ont décidé de ne pas interférer dans le quotidien des mortels. Juste garantir la paix. Tout bascule quand un démon, le « Fléau », parvient à revenir sur Terre. Ezane, sorcière du clan de la salamandre va tenter d'intervenir. 

Un premier album parfois un peu bavard et complexe, mais magistralement dessiné par Dimitri Armand, à peine âgé de 25 ans.

« Salamandre » (tome 1), Le Lombard, 13 € 

vendredi 28 novembre 2008

BD - Lancelot intime


Jean-Luc Istin est un passionné des légendes celtiques. Notamment tout ce qui tourne autour d'Arthur et de la Table ronde. Sa production devient pléthorique et les éditions Soleil en ont même fait une collection à part. Nouvelle pierre à cet édifice, l'histoire de Lancelot dessinée par Alexe. 

Lancelot, fidèle d'Arthur, fier chevalier, au destin cependant très tortueux. Alors que Merlin a disparu, Claudas envahit les terres de Ban de Benoïc. Ce dernier tente de s'enfuir, mais il meurt laissant derrière lui un seul descendant. Ce sera Lancelot, sauvé par la Dame du Lac, Viviane, et élevé dans un lieu magique et secret. C'est là que le lecteur découvrira l'interprétation toute personnelle du scénariste : Lancelot serait une femme. Mais il sera élevé comme un garçon, un chevalier qui se prépare à l'affrontement. 

On se laisse rapidement entraîner dans cette histoire semblant parfois manichéenne mais qui permet pourtant de faire de nombreuses digressions tant les personnages sont en réalité complexes.

« Lancelot » (tome 1), Soleil, 12,90 €