mercredi 3 décembre 2008

Roman - Le vieil homme et l'honneur

Hubert Mingarelli raconte une longue quête solitaire dans une nature hostile, pour des bottes, pour l'honneur.


Dans un pays d'Amérique latine, le village est réveillé par l'arrivée d'un groupe de rebelles dirigé par Raphaël Vallejo. Sur le chemin de la montagne où les combats font rage, Vallejo et ses hommes font une brève étape. Pour remplir les gourdes et surtout trouver de nouvelles chaussures. De magnifiques bottes sont dénichées dans une luxueuse maison de maître appartenant à Alvaro Cruz. Quand Eladio découvre le vol, son sang ne fait qu'un tour. Eladio, c'est le vieux domestique de Cruz. Malgré un rapport de force très déséquilibré, il réclame la restitution des chaussures sur le champ. Un coup de crosse sur la nuque clôt le débat.

Une bonne heure plus tard, Eladio reprend ses esprits, très énervé. Le nœud du roman écrit par Hubert Mingarelli se situe à ce moment précis. Le vieil homme aurait pu avouer sa défaite, se dire que finalement une paire de bottes ce n'est pas très grave. Mais une incroyable fierté va le faire agir en dépit de tout bon sens. Il récupère les anciennes chaussures de Vallejo et décide de jouer un bon tour à ces grossiers personnages.

Connaissant un raccourci pour rejoindre la route allant vers la montagne, il s'élance persuadé qu'il pourra les rattraper, leur passer devant sans qu'ils s'en aperçoivent et récupérer les bottes d'Alvaro Cruz. Hubert Mingarelli, dans son écriture, joue beaucoup sur l'opposition entre le style très parlé et populaire d'Eladio et des passages plus léchés, quand, par exemple, il décrit la rencontre entre le vieil homme et des biches : « Il aperçut les biches qui grattaient la terre à une quarantaine de mètres de là. L'une d'elles, en relevant le cou, l'aperçut et, sans qu'elle n'eût donné de signal, les autres biches cessèrent de chercher leur nourriture, et se tenant parfaitement immobiles, elles le regardèrent aussi ».

Rencontres merveilleuses, redécouverte de la splendeur de la nature : la quête du héros sera récompensée, mais pas comme il l'avait imaginé.

"Le voyage d'Eladio", Hubert Mingarelli, Seuil, 16 euros.

mardi 2 décembre 2008

BD - L'album anniversaire des Schtroumpfs

Pour célébrer le 50e anniversaire des Schtroumpfs de Peyo, un album a été spécialement édité. Cette histoire, hors-série, bénéficiant d'un tirage limité de 50 000 exemplaires (habituellement une nouveauté a un tirage trois fois plus important), explique en 28 planches l'origine de la flûte à six trous. Une flûte enchantée qui est commandée par un sorcier pour guérir un père de famille tombé dans une torpeur absolue. Le Grand Schtroumpf va donc livrer la flûte mais cette dernière va tomber dans de mauvaises mains. Il faudra l'intervention de Johan et Pirlouit pour que tout revienne en ordre. 

Un récit clin d’œil qui se poursuit presque naturellement dans l'aventure de Johan et Pirlouit.

Mais en plus de cette bande dessinée (écrite par Thierry Culliford et Luc Parthoens, dessinée par Jereon de Coninck), vous trouverez l'intégrale d'un cours de langage schtroumpf imaginé par Yvan Delporte et Peyo pour animer les pages d'un journal de Spirou paru en 1971.

« Les schtroumpfeurs de flûte », Le Lombard, 9,25 € 

lundi 1 décembre 2008

Science-fiction - Les mondes étranges des Fils du vent

Les personnages de ce roman fantastique de Robert Charles Wilson vont de monde en monde comme le commun des mortels change de chemise.

Où et quand peut-on affirmer que l'on est "chez soi" ? Dans son village natal, dans la ville où l'on travaille, près du lieu où l'on se sent le plus heureux ? Les différents protagonistes de ce roman de science-fiction signé de l'auteur canadien Robert Charles Wilson ont souvent déménagé. Ce sont des " Fils du vent", des nomades, sans domicile fixe. Karen est l'aînée. Un père alcoolique et violent, une mère très religieuse : bref rarement l'occasion d'être heureuse. Pourtant, une fois adulte, elle a rencontré Gavin, mariage et naissance de Mickaël dans la foulée. C'était il y a 16 ans.

De nos jours Karen recommence à faire des cauchemars. Depuis que la décision de divorcer a été prise. Pas exactement un cauchemar, simplement un rêve sombre et mystérieux. Elle se revoit enfant, sortant la nuit dans le jardin avec sa sœur Laura et son jeune frère Tim. Tim qui parvient à faire apparaître une porte dans le talus du jardin. En la franchissant, les trois enfants se retrouvent dans les rues noires et froides d'une ville industrieuse. Ils sont attirés par un homme en gris, cachant son visage derrière le rebord de son grand chapeau. Mais est-ce bien un rêve ? Quand Mickaël est lui aussi abordé dans la rue par le même homme en gris, Karen décide de quitter le Canada et de rejoindre sa sœur installée depuis des années dans la Californie d'un monde parallèle créée de toute pièce par Laura. Un don que les parents ont tout fait pour diaboliser. Karen a suivi l'avis de son père qui explique sa vision du pouvoir de Tim : "Il s'amusait avec les lucioles. Et puis tout d'un coup il s'est mis à tracer un cercle dans l'air. Et le cercle était rempli de la lumière des lucioles. Et il y avait des silhouettes dans cette lumière. Des visages, des corps, des choses avec des ailes. Ce pouvait être n'importe quoi mais - j'en étais certain - c'était l'enfer que Timmy venait d'ouvrir".

Ce roman précédemment publié il y a une quinzaine d'année, sans avoir le foisonnement imaginatif de "Darwinia", offre l'occasion à Robert Charles Wilson de lâcher la bride à son imagination. Mais il a mis tout son talent au service de la description psychologique des personnages. Notamment dans leurs relations fraternelles, souvent compliquées, encore plus dans une famille aux pouvoirs paranormaux.

"Les fils du vent", Robert Charles Wilson, Folio SF, 6,20 euros

dimanche 30 novembre 2008

BD - La fillette rêveuse de Koma

Lancée en 2003, la série Koma est apparue un peu comme un ovni dans le paysage de la BD. Signée de deux auteurs suisses (Wazem au scénario, Peeters au dessin), on y découvrait une petite fille travaillant comme ramoneur avec son père dans une ville industrieuse. C'est en descendant très profond dans les cheminées des machines que Koma découvre des êtres, noirs, aux longs bras et yeux jaunes. 

La petite fille a bien des difficultés pour communiquer avec ces êtres. Un premier album séduisant et poétique. Avec plein d'interrogation. En ce mois de novembre, le sixième et dernier tome vient clore cette série passionnante et d'une grande régularité. Koma et son père étaient bloqués dans un hôtel hors du monde. Elle a osé franchir la porte interdite et se retrouve face à la « chose » qui a tout imaginé. Un monde négatif, oppressant, sans espoir. Koma le lui dit et l'affronte. 

Au risque de faire mourir tout être vivant, la fillette va tenter d'imaginer un nouveau monde : la campagne.

« Koma » (tome 6), Les Humanoïdes Associés, 10 € 

samedi 29 novembre 2008

BD - Magiciens en lutte


Et si la magie gouvernait le monde ? Thomas Cheilan, scénariste, a développé ce principe dans une série intitulée « Salamandre ». Dans ce monde parallèle (à moins que cela ne soit le vrai et que le nôtre soit le parallèle...), en 1830, après des siècles de guerres occultes, les magiciens ont révélé leur existence et imposé une paix planétaire. Ceux qui ont refusé cette décision ont été bannis et exilés de la Terre. 

De nos jours, les tensions entre initiés et non-initiés sont fortes. La crise économique frappe la planète. Le commun des mortels voudrait que les magiciens interviennent. Mais ces derniers ont décidé de ne pas interférer dans le quotidien des mortels. Juste garantir la paix. Tout bascule quand un démon, le « Fléau », parvient à revenir sur Terre. Ezane, sorcière du clan de la salamandre va tenter d'intervenir. 

Un premier album parfois un peu bavard et complexe, mais magistralement dessiné par Dimitri Armand, à peine âgé de 25 ans.

« Salamandre » (tome 1), Le Lombard, 13 € 

vendredi 28 novembre 2008

BD - Lancelot intime


Jean-Luc Istin est un passionné des légendes celtiques. Notamment tout ce qui tourne autour d'Arthur et de la Table ronde. Sa production devient pléthorique et les éditions Soleil en ont même fait une collection à part. Nouvelle pierre à cet édifice, l'histoire de Lancelot dessinée par Alexe. 

Lancelot, fidèle d'Arthur, fier chevalier, au destin cependant très tortueux. Alors que Merlin a disparu, Claudas envahit les terres de Ban de Benoïc. Ce dernier tente de s'enfuir, mais il meurt laissant derrière lui un seul descendant. Ce sera Lancelot, sauvé par la Dame du Lac, Viviane, et élevé dans un lieu magique et secret. C'est là que le lecteur découvrira l'interprétation toute personnelle du scénariste : Lancelot serait une femme. Mais il sera élevé comme un garçon, un chevalier qui se prépare à l'affrontement. 

On se laisse rapidement entraîner dans cette histoire semblant parfois manichéenne mais qui permet pourtant de faire de nombreuses digressions tant les personnages sont en réalité complexes.

« Lancelot » (tome 1), Soleil, 12,90 € 

jeudi 27 novembre 2008

Science-fiction - De la "Permanence" des mondes

Voyage aux confins de l'espace en compagnie de Rue Cassels, jeune femme propulsée à la tête de l'équipage d'un vaisseau extraterrestre.

Même dans l'espace infini on peut se retrouver dans une minuscule prison. C'est le cas de Rue Cassels. Cette jeune femme a toujours vécu dans une base minière implantée sur un astéroïde. Sans soleil ni air naturel, elle ne connaît que sa petite chambre et les coursives glaciales. Quand sa mère meurt, elle sait qu'elle n'a plus le choix. Tyrannisée par Jentry, son frère aîné, ce dernier va certainement en profiter pour encore plus lui pourrir la vie. Elle met en place un plan d'évasion périlleux et audacieux.

Un premier fait d'arme pour Rue qui va les multiplier tout au long de ce long roman de Karl Schroeder de plus de 550 pages.

C'est en fuyant la base qu'elle va devenir immensément riche. Détectant un objet spatial errant, elle va le déclarer aux autorités et devenir ainsi propriétaire d'un cycleur gigantesque. Ce vaisseau spatial, se déplaçant presque à la vitesse de la lumière, sert de lien entre les différents mondes civilisés éloignés par des distances phénoménales. Mais pour pouvoir véritablement jouir de son bien, Rue doit l'aborder et s'en rendre maître.

Elle va recruter un petit équipage et s'élancer vers "La convoitise de Jentry" , nom clin d'oeil qu'elle a donné au vaisseau. Mais elle devra également subir les pressions des militaires car la Convoitise, contre toute attente, semble être un cycleur extraterrestre.

MONDES IMAGINAIRES

Découpé en plusieurs grandes parties, "Permanence" de Karl Schroeder offre une multitude de description de mondes imaginaires. Que cela soit avec Rue, son équipage ou quelques personnages secondaires comme Mike, le scientifique spécialisé en civilisation extraterrestre, les planètes ou habitats foisonnent. De Dis à Erythrion, le lecteur voyage dans des nuages gazeux, sous la banquise ou sur de vertes collines éclairées par un immense rayon lumineux artificiel. Et puis il y a les Autotrophes, cette espèce de conscience extraterrestre qui vit cachée, loin du tumulte.

LE DESTIN DE RUE

Ce space opéra, en s'appuyant sur des personnages très attachants, offre aussi une infinité de rebondissements, permettant au lecteur de découvrir avec Rue et Mike l'origine du cycleur extraterrestre et sa véritable signification. Et par la même occasion, le destin fabuleux de la petite Rue.

Ce troisième roman de Karl Schroeder, après "Ventus" qui l'a révélé au public français, démontre tout le talent et surtout toute l'imagination de cet auteur canadien très prometteur.

"Permanence" de Karl Schroeder. Editions Denoël Lunes d'encre. 28 euros (Folio SF, 9,40 €)

mercredi 26 novembre 2008

BD - Furia futuriste


Excellent thriller d'anticipation écrit par Runberg et dessiné par Henrichon, un Canadien surdoué, « Hostile » est un concentré d'action et de politique fiction. En 2107, les USA ont explosé en trois grandes régions après la seconde guerre de sécession. Le centre du pays est sous la botte d'une dictature religieuse. Un pays devenu pauvre qui attire les convoitises des grosses industries. 

Ainsi, le directeur d'un conglomérat industriel est pris en otage par des ouvriers chinois quand il leur annonce la délocalisation de l'usine vers le Texas. Une mission pour Helen, mercenaire se faisant payer cher. Mais pendant l'assaut, un événement va changer l'avenir du monde.

« Hostile », Dupuis, 13 € 

mardi 25 novembre 2008

BD - Troy, planète magique


Après Lanfeust et les trolls, Arleston propose la genèse du monde de Troy. Les Conquérants sont dessinés par Ciro Tota, au trait élégant et dynamique. Un regret, il est plus lent que ses collègues et il a fallu attendre trois ans pour découvrir la suite des aventures de Page Blanche et Eckmül le bûcheron. 

La jeune femme recherche ses parents. Dans son errance, elle va croiser la route du magohamoth, sorte de grosse baleine source de la magie qui irradie ce monde. Un animal très convoité et les héros auront bien des difficultés pour le protéger des sbires du consortium des fleurs. Une série véritablement magique, sérieuse et ambitieuse.

« Les conquérants de Troy », Soleil, 12,90 € 

lundi 24 novembre 2008

BD - La fin de l'exterminateur 17

Côté dessin, il est des défis plus difficiles à relever que d'autres. Quand Baranko a accepté de succéder à Bilal aux manettes de la série « Exterminateur 17 », il prenait un pari risqué. Toujours sur un scénario de Jean-Pierre Dionnet (de plus en plus rare dans la BD), il n'a gardé du mythique premier album que les traits déshumanisés de la machine à tuer. 

Cet ultime titre donne quelques clés. L'Exterminateur, retiré des affaires, est convoqué par un ponte de la mafia. Il lui propose un dernier combat contre un czar, un yakusa et un mafioso. Un affrontement qui occupe un bon tiers de l'album et dans lequel Baranko met en œuvre toute sa science du dessin en mouvement.

« Exterminateur 17 », Casterman, 13,95 €