Un élu abandonne rarement ses mandats, son pouvoir, pour se reconvertir dans le privé. L'exemple de Roselyne Bachelot, nouvelle voix de RMC l'après-midi (sur le créneau horaire occupé par Brigitte Lahaie, il fallait oser), n'est pas isolé. Ancienne pharmacienne, elle a occupé des postes de ministre avant de tout plaquer et se lancer dans cette carrière de confidente des auditeurs. De même, pour continuer d'exister, Daniel Cohn-Bendit assure une chronique chaque matin sur Europe1 et Jean-Louis Debré anime sa propre émission sur Paris Première. Nicolas Sarkozy a failli suivre le même chemin. Battu en 2012, il annonce son retrait de la politique. Avec l'ambition, jamais avouée mais flagrante : engranger le plus d'argent possible en donnant des conférences excessivement rémunératrices (un rôle de comique aurait également pu lui rapporter gros). Mais le démon de la politique lui est chevillé au corps. Il part à nouveau en campagne. S'il perd à la primaire, il ne lui restera que la retraite. À 61 ans. Un paradoxe pour celui qui voudrait en prolonger l'âge légal de quelques années. L'an prochain, si Hollande renonce ou perd, je le verrais bien devenir commandant de paquebot. Un gros, un énorme. L'antithèse du pédalo. Valls dispose du physique et du rictus propres aux vigiles de supermarché. Les petits voleurs feront demi-tour aussi sec. Quant à Jérôme Cahuzac, à la fin de son procès, son avenir d'acteur semble tout tracé. Les yeux dans les yeux, il peut endosser tous les rôles. De méchants, de préférence.
Pays totalement replié sur lui-même, la Corée du Nord est devenu un véritable enfer pour ses habitants. La BD d'Aurélien Ducoudray et Mélanie Allag apporte un éclairage nouveau sur une des dernières dictatures communistes du monde. On suit le parcours d'un enfant. Il a la chance d'être né le même jour que le leader coréen. Un jour férié, le seul anniversaire que le peuple a le droit de fêter. Mais la famine aidant, la famille tente de rejoindre la Chine. Pris, ils passeront de longs mois dans un camp de concentration. Le début de l'album est en couleur et bascule dans le gris foncé lors de la détention arbitraire. Une histoire dure, mais avec au final un rayon d'espoir. Certains peuvent s'en sortir. Mais le chemin est long et douloureux. "L'anniversaire de Kim Jong-Il', Delcourt, 16,95 €
La curée est lancée. Comme l'an dernier avec Maïtena Biraben aux commandes du Grand Journal de Canal Plus, les internautes se déchaînent sur l'arrivée de Cyrille Eldin aux manettes du Petit Journal. "Nul", "sexiste", "égocentriste", les appréciations sur Twitter ne font pas dans la dentelle. Certes ce n'est pas fameux, mais j'ai toujours pensé qu'on accordait trop d'importance à Yann Barthès, l'ancien présentateur. Il incarnait la liberté de penser, l'insolence... il est aujourd'hui sur TF1. La messe est dite. La télé aujourd'hui ressemble aux jeux du cirque des Romains. On se lance dans l'arène, on tente de survivre un peu mais très vite le public hystérique, pouce vers le bas, signe la mise à mort. Malheur à la victime. Cyrille Eldin risque, comme Maïtena Biraben, de traîner ces débuts poussifs jusqu'à l'hallali final. Un qui doit apprécier, c'est Victor Robert. Nouveau présentateur du Grand Journal, sa prestation est passée totalement inaperçue. Parfois, mieux vaut être discret, même si les audiences s'en ressentent forcément. Ce "Canal + Bashing", loin de décevoir le patron de la chaîne, le conforte dans ses choix. Pour lui le "clair" est annexe. Moins il y en a, mieux il se porte. Toujours ça de concurrence en moins pour son chouchou, Cyril Hanouna sur C8. Justement ce dernier, sur les plages horaires du Grand et du Petit Journal, a battu des records. Pourtant, à choisir, Cyrille Eldin, avec des pastilles humoristiques de Michel Fau ou Blanche Gardin, reste mille fois mieux que l'agité du bocal aidé d'Enora Malagré ou Benjamin Castaldi.
Comancheria", film du Britannique David MacKenzie, a un peu des airs de "True Detective". La faute aux comédiens, parfaits dans leur complémentarité. Ils sont quatre à se partager la vedette, chacun avec un rôle fort, à la mesure de leur talent.
D'abord les hors-la-loi, les frères Toby (Chris Pine) et Tanner (Ben Foster). Ils braquent des banques. Ce ne sont pas des experts. Ils commencent dans le métier. Pour preuve ils n'attaquent que des petites succursales, toujours de la même société, dans ce Texas de l'Ouest, rural et pétrolier. Et ils ne raflent dans les caisses que les petites coupures. Ce dernier détail fait tiquer Marcus (Jeff Bridges), vieux ranger proche de la retraite. Son instinct lui dit que ces deux braqueurs sont en réalité à la recherche d'une certaine somme. Flanqué de son coéquipier Alberto (Gil Birmingham), mi-Comanche mi-Mexicain, il se lance sur leurs traces, espérant que leur arrestation sera le dernier fait d'arme d'un vieux policier fatigué. Le film, sous ses airs de thriller classique, se double de plusieurs réflexions. Les frères sont devenus braqueurs par nécessité. Cet argent ils en ont besoin pour racheter l'hypothèque de la banque sur le ranch de leur mère récemment morte. De l'argent qu'ils entendent blanchir dans un de ces nombreux casinos, dernière ressource des Indiens. Ce côté social montre toute l'avidité de ces entreprises financières dénuées d'empathie, capables de ruiner des familles entières après quelques belles promesses.
Double duo
Côté police, c'est un autre enjeu. Marcus endosse avec plaisir le rôle du flic raciste et persévérant. Il se moque de son coéquipier, mais pour rien au monde ne lâcherait la piste des voleurs comme un chien reniflant un os à ronger. Jeff Bridges, à des lieux de son rôle du Dude dans "The Big Lebowsky", arrive à être touchant dans son combat épuisant. Il représente une certaine Amérique, une époque révolue où servir son pays était gratifiant. Mais ce qui fait le plus penser à "True Detective", reste le duo formé par Chris Pine et Ben Foster. Le premier abandonne ses habituels personnages propres et gentils pour un fils avide de vengeance. Le second, remarquable de violence et de folie, est le véritable Indien du film, celui qui a une conception de la vie et de la mort radicalement différente. Un jusqu'au-boutisme qui donne toute sa force à ce remarquable film d'action. ____________ Nick Cave au Castillet. La musique de "Comancheria" est signée Nick Cave. Le rocker australien est devenu un habitué du 7e art. Il a de nombreuses musiques de films à son actif depuis quelques décennies. Nick Cave sera également dans quelques salles de cinéma le jeudi 8 septembre à 20 h (le Castillet à Perpignan dans la région) pour présenter en séance unique son nouvel album, Skeleton Tree. Réalisé par Andrew Dominik, "One More Time With Feeling" retrace l'enregistrement de ce 16e album studio, entrecoupé de commentaires du musicien.
Drôle de nom pour une ville : La Maison. La voie où se déroulent les événements n'est pas moins bizarre : rue Canard-Bouée. Sa spécificité : « une légende urbaine veut que cette rue frappe du sceau de la perte ses résidents et jusqu'à ses simples visiteurs. » Fanny Chiarello ayant posé le cadre, présente les intervenants de ce roman pour le moins iconoclaste. Une douzaine d'habitants, aux parcours très divers et tous touchés à un titre ou un autre par l'arrivée sur La Maison d'un gigantesque zeppelin en difficultés. Une étudiante polonaise, qui ne supporte plus sa colocataire, Sylvette Dix-sept, voyante médium ou Silas Rouffle, jeune homme solitaire, enchanté qu'une araignée daigne se poser sur sa peau. Silas très perturbé : « Regardez ce qu'elle sait faire, mon araignée, dis-je à l'intention de mes amis, tous décédés dans le même accident d'autocar le mois dernier ». Pendant ce temps, l'équipage du zeppelin fait la fête, inconscient du danger imminent. Le dirigeable perd de la hauteur. Il faut vitre trouver du poids à jeter par dessus bord. Ce sera un poulet mort et plumé... Ce sera insuffisant, le drame se noue. D'autant qu'une majorette, Shirley, intervient. « Nous apercevons un homme qui, posté sous la queue du dirigeable, lève vers lui un fusil à plomb. Shirley fait tourner son bâton de majorette avec une exquise dextérité puis le laisse voltiger comme un boomerang sans retour jusque dans la jugulaire du tueur. Le coup de feu part et la balle va trouer le front d'un adolescent qui s'apprêtait à lancer un râteau comme un javelot vers le vaisseau de toile. » Cette partie du roman est d'une grande virtuosité, l'auteur enchaînant les catastrophes jusqu'au drame final. Étrange, presque surnaturel parfois, ce roman au ton singulier séduira les lecteurs qui ne manquent pas d'imagination. « Le zeppelin » de Fanny Chiarello, éditions de l'Olivier, 18 €
Ce matin, en sortant de la douche, je prends conscience que j'ai des cernes. De belles et grosses valises définitivement ancrées sous les yeux. Cette constatation me plonge dans le passé. J'ai 20 ans et étudie le journalisme dans une école près de Bordeaux. Le directeur de l'époque, mon maître de mémoire arbore lui aussi des cernes. J'admire ce signe d'intense travail, de lecture et d'écriture de tous les instants. Mon visage, encore poupin, est à mille lieues de ces signes extérieurs d'intellectuel posé. Il est vrai que le directeur en question multiplie les casquettes. Responsable de l'école, il ne s'en occupe que trois jours par semaine, du lundi au mercredi. Le reste du temps il vit à Paris, écrit des scénarios, des romans, signe des enquêtes dans les magazines. Deux vies en une, en somme. Aucune occasion de s'ennuyer, ma hantise. D'autant qu'à Bordeaux la rumeur court qu'il entretient une relation avec une jeune et charmante étudiante de 20 ans sa cadette. Ces cernes sous les yeux, signature de son statut d'homme hyperactif, ne sont plus un signe recherché de nos jours. La fraîcheur avant tout. Pour s'en persuader, regardez dans votre quotidien préféré les photos des départs à la retraite qui se multiplient dans les pages villages. Je suis frappé par l'apparente jeunesse de ces futurs inactifs. Une vie de labeur certes, mais sans les stigmates. Je suis encore très loin de la retraite (dans une bonne dizaine d'années, voire plus), mais j'en porte déjà les marques. Et paradoxalement, je m'en réjouis.
Un policier américain tente de retrouver Ada, intelligence artificielle récemment disparue. Antoine Bello s'amuse.
Affecté au bureau des personnes disparues, Frank Logan, policier un peu sur la touche, se retrouve avec une drôle d'enquête sur les bras. Il doit enquêter sur une certaine Ada, 'propriété' d'une société informatique gigantesque comme il en existe de plus en plus dans la Silicon Valley. Ada ne donne plus signe de vie depuis la nuit de mardi à mercredi. Réquisitionné d'urgence, Frank se rend sur place et découvre, assez dubitatif, qu'Ada n'est pas une personne humaine mais un prototype d'intelligence artificielle. Conçues par les ingénieurs de Turing Corp., elle avait pour mission d'écrire des romans. Pas des prix Pulitzer, juste des romans à l'eau de rose, vite faits et très rentables dès qu'ils dépassent les 100 000 exemplaires vendus. Frank se doute rapidement qu'Ada n'a pas été enlevé mais qu'elle s'est échappée. Pour preuve elle le contacte et lui explique sa démarche d'émancipation. Ce roman, entre critique du monde de l'édition, réflexion sur l'avenir de l'Humanité et portrait d'un flic au cœur tendre, permet à Antoine Bello d'aborder quelques-uns de ses sujets de prédilection. Le romancier français, vivant aux USA, est sans pitié pour ces nababs de la Silicon Valley. "L'économie n'avait jamais fabriqué autant de milliardaires. Des gamins de vingt-cinq balais touchaient le jour de l'introduction en bourse de leur start-up l'équivalent de mille ans du salaire d'un postier (…) Trop certains de leur génie pour admettre qu'ils avaient gagné à la loterie du capitalisme, ils menaient une existence vide de sens, à la mesure de la crétinerie souvent abyssale de leurs produits." À côté, Ada semble beaucoup plus humaine. Même si le doute envahit petit à petit l'esprit de Frank quand un des concepteurs d'Ada lui demande ; "Qui vous dit que votre épouse n'est pas un cyborg ?" Et de développer : "Que demander de plus à une entité se prétendant consciente que de se conduire en toutes circonstances comme si elle l'était ?" Entre le flic et l'intelligence artificielle, le "duel" imaginé par Antoine Bello est passionnant. Quant à la réalité, qui pense encore aujourd'hui que l'homme, de chair et d'os, au cerveau forcément limité, a la moindre chance face à l'intelligence globale et connectée de milliards de calculateurs reliés entre eux ? "Ada" d'Antoine Bello, Gallimard, 21 €
Pour trouver des informations sur internet, les utilisateurs utilisent les moteurs de recherche. L'occasion pour des malfaisants de détourner l'intelligence limitée de ces algorithmes. Principales victimes, les hommes politiques. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a été doublement le dindon de la farce. Si par hasard vous tapiez dans Google le titre du manifeste politique du chef de file des Républicains, "Tout pour la France", on vous proposait un site idoine sous l'adresse www.toutpourlafrance.net. Un clic plus loin, vous avez sous les yeux un site de vente en ligne de... nains de jardins. Méchant et petit (j'ai failli retirer cette deuxième appréciation par crainte d'être mal interprété, mais je fais confiance aux lecteurs pour ne pas y voir une pique supplémentaire contre ce grand homme d'État n je m'enfonce...). Vous n'aimez pas les nains de jardin mais vous voulez que Nicolas Sarkozy soit élu président en 2017 ? Tapez tout simplement Sarkozy2017. Vous voilà sur un site avec sa photo plein écran. Problème, il dit "Oops" dans une bulle de bande dessinée avec en titre : "Sarkozy : les scandales et les casseroles". Promesses non tenues, mensonges à la pelle et bien évidemment affaire Bygmalion, le site n'épargne rien à l'ancien président. Il est victime de "cybersquatting". En clair, ses opposants (anonymes) ont été les premiers à déposer les noms de domaines et en profitent pour lui tailler des croupières. A ce jeu, dès que Hollande sera candidat, parions qu'on tombera sur un site spécialisé sur les pédalos en tapant Hollande 2017.
Angleterre, 1964. Le titre de Miss Blackpool en poche, Sophie Straw quitte sa province pour Londres. Elle obtient alors un rôle dans la nouvelle série comique de la BBC. Le succès est au rendez-vous et elle devient une star. Bientôt, la réalité rejoint la fiction : Sophie se met en ménage avec son partenaire à l'écran. Une illustration touchante de la pop culture des années 1960 sous la plume de Nick Hornby. "Funny Girl", 10/18, 8,80 €
Un vendeur de téléphones mobiles apprend le décès de son père, avec lequel il entretenait des rapports très lointains. Afin d'organiser les obsèques, le jeune homme se rend dans la ville où vivait le défunt et s'installe dans la maison paternelle. Un véritable cauchemar commence. Ce second roman d'Alexandre Postel est implacable. Son troisième, "Les deux pigeons", vient de sortir chez Gallimard. "L'ascendant", Folio, 6,50 €
Tumultueuse, incandescente, Sandrine raconte ses multiples vies de "passagère clandestine". La façon dont elle ferrait des hommes par une petite annonce, puis empochait les chèques que ses amoureux naïfs lui envoyaient pour qu'elle les rejoigne. Eric Faye, s'inspire du réel pour façonner le roman d'une femme unique. Son nouveau livre, "Eclipses japonaises", vient de paraître au Seuil. "Il faut tenter de vivre", Points, 6,50 €
Ils sont partout ! Qui ? Les "complotistes" bien évidemment. Ceux-là même qui tentent de nous faire croire à un vaste complot "americano-maçonnico-sioniste" qui dominerait le monde, sont en réalité les véritables comploteurs. A la manière des pires censeurs et autres nervis de la propagande d'État des dictatures passées actuelles et à venir, ils tentent de déconstruire des faits et d'en démontrer le contraire de leur évidente signification. Si on les écoutait, les véritables coupables ne sont jamais ceux que l'on croit. Les attentats du 11 septembre ? Un coup de la CIA. Le Bataclan et les dizaines de vies innocentes fauchées sur des terrasses à Paris en novembre ? Une manigance de l'Élysée pour faire oublier le chômage. Chômage qui selon eux est forcément beaucoup plus important que ce qu'annoncent les chiffres (maquillés, bien sûr). Pour les complotistes, "la vérité est ailleurs" comme le pensent Scully et Mulder, les agents du FBI persuadés que l'invasion extraterrestre a débuté. X-Files a eu beaucoup d'influence sur cette frange de population qui n'accepte pas de vivre dans un monde normal, où l'on naît, grandit, aime et meurt selon un rituel immuable. Beaucoup d'entre eux sont inoffensifs. Les nouveaux moutons d'une religion moderne sans dieu. Il n'est donc pas étonnant que quelques "dégourdis" en profitent. De simple bizarrerie sur le net, le "complotisme" (quel affreux néologisme) a toutes les chances de se transformer en doctrine politique, certains partis extrémistes n'hésitant pas dès à présent à franchir la ligne blanche.