jeudi 25 avril 2024

Cinéma - Chantage, morts, arnaques et tromperies à “LaRoy”

Shane Atkinson, le réalisateur de LaRoy, a une formation de scénariste. Il a écrit et mis en scène son premier film, une comédie noire se déroulant de nos jours dans une petite ville du Texas, LaRoy. Ray (John Magano), simple quincaillier marié à Stacy-Lynn (Megan Stevenson) découvre qu’elle le trompe. C’est Skip (Steve Zahn), vieux copain de Ray se rêvant détective privé qui le lui apprend.

Désespéré, Ray décide de se faire sauter la cervelle. Mais juste avant de presser sur la gâchette, un homme monte dans sa voiture et lui remet une liasse de billets pour exécuter le contrat. Il le prend pour le tueur à gages qu’il a engagé. Ray, maladivement timide, lassé qu’on le traite de mauviette, accepte. Il va à l’adresse indiquée et quelques kilomètres de filature plus loin tue, par maladresse, cet avocat qui trempait dans une grosse magouille juteuse.

Le début du film a le don de plonger le spectateur dans cette ambiance trop rare au cinéma entre polar sombre et comédie désopilante. Toute la suite est du même acabit. Ray, suivi comme une sangsue par Skip, va rapidement être suspecté par la police (deux idiots congénitaux qui mériteraient à eux seuls d’avoir leur propre série comique), puis devoir s’expliquer avec le commanditaire du contrat.

Mais le pire est à venir pour le duo de bras cassés. Car le véritable tueur, Harry (Dylan Baker), n’a pas du tout apprécié d’être doublé car il avait 5 minutes de retard au rendez-vous. Tout est excellent dans LaRoy, de la froideur de l’assassin à la duplicité de la femme de Ray en passant par l’improbable complicité entre ce dernier et un Skip en mal de reconnaissance.

C’est d’ailleurs cette histoire d’amitié entre deux recalés de la vie qui prend le dessus et apporte une touche supplémentaire d’humanité à ce film triplement récompensé au dernier festival de Deauville.

 Un film américain de Shane Atkinson avec John Magaro, Steve Zahn, Dylan Baker, Megan Stevenson

mercredi 24 avril 2024

En vidéo : un singe en cavale

 

On ne va pas se voiler la face, Jeff Panacloc, à la poursuite de Jean-Marc n’est pas le chef-d’œuvre cinématographique de 2023. Ni la meilleure comédie. Il existe pourtant un public pour ce genre de réalisation surfant sur le succès du moment (un ventriloque et sa peluche mal élevée).

La sortie en DVD et blu-ray chez M6 Vidéo donne l’occasion de se faire une idée. Ceux qui prétendent que c’est la marionnette qui joue le mieux ont presque raison. Un road movie éclectique réalisé par Pierre-François Martin-Laval avec virée en Citroën GS Palace, train régional (le TGV ne dessert pas cette province profonde…), skate électrique et side-car datant de la seconde guerre mondiale.

Reste un enchaînement de répliques trash, de situations improbables et de personnages secondaires savoureux car tous bas du front, notamment les militaires.
 

mardi 23 avril 2024

Cinéma - “Le mal n’existe pas” au cœur des forêts du Japon

Film écologique, naturaliste et familial, « Le mal n’existe pas » de Ryusuke Hamaguchi donne à voir un autre Japon, partagé entre nature préservée et ambitions touristiques luxueuses. 

Le film débute par un long travelling sur les cimes d’arbres. Mais à l’opposé de nombre de génériques de série, ce n’est pas vu du ciel et à partir d’un drone que c’est filmé. La caméra avance et capte l’image des branches qui cachent en partie le ciel. La beauté de la forêt, mais admirée à hauteur d’homme, tête renversée. Ou d’enfant. Car ils sont deux à sillonner sans relâche cette zone protégée du Japon : Takumi (Hitoshi Omika) et sa fille Hana (Ryo Nishikawa).

Le premier est homme à tout faire dans cette petite ville loin de la frénésie de la capitale. Il élève seul sa fille de 8 ans qui passe plus de temps à courir la nature qu’à faire ses devoirs. Ce début de film pourrait sembler trop lent, sans la moindre action (par exemple cinq minutes durant lesquelles Takumi scie du bois puis fend des bûches…). Sauf si on lâche prise et qu’on écoute la musique de Eiko Ishibashi.

Le film est un dérivé d’une collaboration entre cette compositrice et le réalisateur. Il a filmé cette splendide forêt pour illustrer des concerts en live. Des images qu’il a reprises en partie dans le film, y greffant une intrigue qui prend toute son ampleur dans la seconde partie.

Des promoteurs ont acheté une partie de la forêt et veulent y implanter un « glamping ». Le concept fait fureur : un mélange de camping et de glamour. Cela apportera emplois et dynamisme économique. Mais lors d’une réunion de présentation du projet par deux jeunes investisseurs, les quelques habitants présents s’inquiètent surtout pour l’eau de la source qui alimente le village.

La fosse septique du « glamping » pourrait la polluer. Ils exigent que la fosse soit déplacée. Incompréhension des deux urbains. Le film se transforme en critique sociale et écologique. Car au Japon comme chez nous, les intérêts capitalistiques se moquent de la préservation de l’environnement. Et dans la suite de Le mal n’existe pas, Ryusuke retrouve la profondeur cinématographique de Drive my car. Les investisseurs sont parfaitement conscients que le projet est mal ficelé.

Mais une seule chose importe : le boucler le plus rapidement possible pour récupérer des subventions d’après crise sanitaire. La dernière partie du film voit les deux jeunes investisseurs revenir en forêt et tenter de persuader Takumi du bien-fondé de leur projet de glamping.

La confrontation de ces deux mondes et une fin totalement inattendue, toujours avec l’appui d’une bande-son virtuose, propulse ce film japonais vers le statut de chef-d’œuvre inattendu. Le Lion d’argent au dernier festival de Venise est dès lors tout à fait justifié.

Film de Ryusuke Hamaguchi avec Hitoshi Omika, Ryo Nishikawa, Ryûji Kosaka

 

lundi 22 avril 2024

En vidéo, les huit épisodes de “Mercredi” dans un coffret

 


Huit épisodes et un succès planétaire inégalé. la série Mercredi, qui vient de sortir en vidéo chez Warner, doit beaucoup à Jenna Ortega, interprète principale. Mais c’est avant tout la vision de Tim Burton qui a permis à cette histoire issue de la célèbre Famille Adams de marquer les esprits lors de sa sortie en 2022 sur Netflix.

Dans le boîtier de deux blu-ray ou trois DVD on retrouve tous les épisodes, évidemment, mais malheureusement pas le moindre bonus. Pourtant? il y aurait sans doute beaucoup à montrer sur la genèse de la série, le tournage (en Europe, exactement en Roumanie au cœur des Carpates) ou le casting. On se contentera donc de la bouille craquante de Jenna Ortega et de ses aventures fantastiques et assez sombres.
Quant à la saison 2, elle a été confirmée, mais toujours pas sa date de diffusion.

dimanche 21 avril 2024

Un polar best-seller : Les effacées de Bernard Minier

Suite des aventures de Lucia Guerrero. Bernard Minier revient en Espagne pour la seconde enquête de cette policière galicienne. Le premier tome, Lucia, vendu à des milliers d’exemplaires, vient de sortir en poche chez Pocket. Le second, Les effacées, est promis au même succès.

Deux meurtriers, des cibles différentes. D’un côté ce sont des femmes invisibles, ces ouvrières pauvres, forçats de l’ombre, qui sont la cible d’un tueur. De l’autre, les victimes sont des milliardaires madrilènes.

Lucia va tenter de faire le lien entre deux affaires qui représentent, encore et toujours, la lutte entre riches et pauvres, bien et mal.

« Les effacées » de Bernard Minier, XO, 418 pages, 22,90 €

samedi 20 avril 2024

Une BD best-seller : La route par Manu Larcenet


Manu Larcenet frappe une nouvelle fois très fort. Son adaptation en BD du roman La route de Cormac McCarthy, dès sa sortie, s’est hissé en tête des ventes de BD.

Depuis Le combat ordinaire (20 ans déjà), Larcenet ne cesse de remonter le niveau de sa production, déjà bien supérieure à la moyenne. Dans ce roman graphique post-apocalyptique, il manie le noir, le gris et les hachures avec une dextérité inégalée.

Des dessins sublimes (chaque case pourrait être encadrée et vendue à des prix exorbitants) qui pourtant ne servent qu’à donner encore plus de force à ce récit centré sur la relation d’un père et son fils dans un monde où la mort est omniprésente, où chaque matin, malgré le brouillard éternel, est une victoire pour l’avenir.

« La route », Dargaud, 160 pages, 28,50 € (Version luxe en noir et blanc, 39 €, le roman illustré chez Points, 12,90 €)

vendredi 19 avril 2024

BD - Toutes les couleurs de la vie à bord du "Navire écarlate"

Essentiellement connus pour leurs réalisation dans le domaine de l'animation, Claire Grimond et Léo Verrier font une entrée remarquée dans le petit monde de la bande dessinée avec ce premier album. Le Navire écarlate, roman graphique plutôt destiné aux plus jeunes (à partir de 10 ans),  baigne dans l'art.

Le héros, Malo, est le petit-fils d'une célèbre peintre, Zita. Il aime lui aussi imaginer des scènes sur papier. Mais il a peur du jugement des autres,; manque de ,confiance, est persuadé de ne pas avoir de talent. Il va devoir changer ce jugement quand il est enlevé par un mystérieux ascenseur volant avec Zita.


I
l se retrouve sur le Navire écarlate, un bateau volant, occupé par des pirates peintres qui, la nuit, barbouillent les façades des immeubles gris et ternes de couleurs éclatantes. C'est à bord qu'il croise pour la première fois Cyane, une petite muse ailée. Elle les met en garde contrer les agissements du capitaine Magenta. 

De l'aventure, de la beauté, de l'imagination... il y a même beaucoup d'humour dans ce récit qui fait la part belle à l'éveil artistique des jeunes lecteurs. Une jolie surprise parue en janvier 2024.

"Le navire écarlate", Jungle, 112 pages, 17,95 €

jeudi 18 avril 2024

BD – La saga Wild West se poursuit dans « La boue et le sang »


Quatrième épisode de la saga Wild West imaginée par Thierry Gloris et dessinée par Jacques Lamontagne. Cet ambitieux western s'appuie sur plusieurs figures de la conquête de l'Ouest américain : Calamity Jane, Buffalo Bill et Charlie Utter. Trois durs à cuire unis pour tenter de mettre fin aux agissements d'un tueur en série profitant de la violence exacerbée de l'époque. Un Blanc qui scalpe ses victimes. Une enquête en parallèle de leur véritable boulot : hommes de main de Graham, patron de l'Union Pacific, société qui construit le chemin de fer qui va relier les deux côtes de l'Amérique du Nord. 

Jane et ses amis vont à Chicago pour tenter de retrouver la piste du tueur par l'intermédiaire d'un journaliste. Au même moment, la compagnie ferroviaire,n pour faciliter les travaux, dynamite un cimetière indien. Cela suffit pour remettre Cheval Fou sur le chemin de la guerre. C'est dans ce contexte, d'une ville assiégée par des Indiens déchaînés que le trio revient à Mud City. La chasse au tueur attendra les dernières pages. Avant il faut sauver la ville et tenter de calmer les Indiens. 

Cet album raconte la Grande histoire (la construction de la voie de chemin de fer, l'expropriation des Indiens, l'exploitation des soldats noirs...) à travers la petite. Un sans faute pour Thierry Gloris qui signe sans doute un de ses meilleurs scénarios. 

Parfaitement servi par le dessin réaliste d'une grande précision par un Jacques Lamontagne qui aura trop longtemps gaspillé son talent dans des agences de pub canadiennes. 

« Wild West » (tome 4), Dupuis, 48 pages, 15,50 €

mercredi 17 avril 2024

BD - "Les règles de l'amitié" pour aller de l'amitié à l'amour

 

Elles ne sont que quatre et Américaines. Les filles de la série Les règles de l’amitié, imaginées par Karen Schneemann (scénario) et Lily Williams (scénario et dessin) ont moins de problèmes existentiels que les Filles uniques françaises, mais leur dernière année au lycée n’est quand même pas un long fleuve tranquille.

Dans le premier tome, les autrices ont voulu parler des règles sans tabou. Un livre témoignage, un livre solution. Dans le second, elles s’intéressent plus à la psychologie du quatuor et détaille leurs amours. Si Sash semble vivre une belle histoire d’amour tout ce qu’il y a de plus classique avec un gentil Anglais, elle va cependant devoir moins le fréquenter pour améliorer ses résultats.

Brit, souffrant d’endométriose, est partagée. Elle craque pour le beau Jorge, mais Fitz, intellectuel comme elle, semble mieux la comprendre. C’est encore plus compliqué pour Brit. Elle est tombée amoureuse d’Abby, la quatrième du groupe, sa meilleure amie. Mais comment cette dernière va réagir ? Et comment lui dire ?

Ces préoccupations lycéennes sont criantes de vérité. Les études, les amours, les questions de genre et de préférence se bousculent dans l’esprit en plein apprentissage de ces jeunes héroïnes. Une presque sit-com, avec des personnages différents et des thèmes encore plus inhabituels. Un gros pavé qui se dévore comme un bon feuilleton, que l’on soit il, elle ou iel…

 « Les règles de l’amitié » (tome 2), Jungle, 336 pages, 18,50 €

mardi 16 avril 2024

BD - Les mal-barrées de la série "Filles uniques" se rebiffent

 


Il y a de plus en plus de profondeur et de réflexion dans les bandes dessinées écrites par Béka, duo formé par le couple Caroline Roque et Bertrand Escaish. Si Filles uniques semblait au début une série sur la jeunesse actuelle, au fil des albums, l’histoire a pris un tour plus dramatique et psychologique.

Elles sont cinq dans ce club des Mal-Barrées. Des nanas qui ne se reconnaissent pas dans les gravures de mode adeptes du formatage imposé par les réseaux sociaux. Cinq individualités qui ont cependant besoin de collectif. Elles se sont finalement trouvées et ont pour prénom Apolline, Sierra, Céleste, Paloma et Chelonia. C’est l’histoire de cette dernière qui est présentée dans la première partie de ce 5e tome. L’instigatrice du club, la plus secrète. Celle qui cache le plus. Chelonia qui serait la demi-sœur de Paloma.

Un même père, pervers narcissique qui a détruit leurs mères. Mais la réalité est plus complexe et c’est un autre homme, inquiétant au premier abord, Solo, un hacker, qui raconte l’enfance de Chelonia à Mayotte.

La suite du récit est un joli retournement de situation, prouvant la grande intelligence des Béka dans l’analyse de la pensée des adolescentes. Le dessin de Camille Chenu, tout en finesse apporte un côté un peu plus léger à cette BD parfois dure et violente.

« Filles uniques » (tome 5), Dargaud, 56 pages, 13 €