mercredi 17 mars 2021

De choses et d’autres - La pelleteuse et le canal

Le symbole est fort. Une simple pelleteuse tente depuis deux jours de rétablir 12 % du commerce mondial. Cette pelleteuse c’est celle qui s’active près de l’étrave du porte-conteneurs bloqué dans le canal de Suez.

Long de 400 mètres, le navire empêche tout trafic. Des millions de containers, bloqués dans cet étroit passage. Et pour tenter de supprimer le bouchon, une simple pelleteuse, sorte de minuscule fourmi face à un éléphant embourbé.

Capture écran Twitter

On en rit aujourd’hui, mais dans quelques semaines ce ne sera pas le même scénario. Car par ce fameux canal de Suez transitent quasiment tous les produits manufacturés en provenance d’Asie. Quand les magasins seront en rupture de stock de barbecues, de smartphones, de chaussures de basket ou de pneus de rechange pour votre voiture, vous aurez moins tendance à ricaner.

Sans parler de l’envolée du prix de l’essence pour cause de pétrole bloqué à des milliers de kilomètres des raffineries.

Alors au lieu de se moquer de cette pauvre pelleteuse, on ferait mieux de l’encourager à trouver d’autres volontaires pour désensabler le monstre maritime.

Par contre c’est une bonne nouvelle pour certains margoulins qui ne voient dans cet accident qu’une excuse pour repousser des chantiers. Je me souviens d’un artisan qui avait prétendu que la chaudière qu’il devait installer le matin même était bloquée depuis la veille à Orléans. Le client lui demande des précisions et lui de prétendre, avec aplomb, que le camion a eu un accident et que les deux chauffeurs sont morts sur le coup. Une rapide recherche sur le net démontrait que ce n’était que pure invention.

Avec ce cargo bloqué, je prédis qu’ils seront nombreux à prétendre que c’est la cause de ce retard de livraison. La petite pelleteuse aura bon dos. 


mardi 16 mars 2021

De choses et d’autres - La Dominique s’offre aux télétravailleurs

Marre de bosser dans la chambre d’amis reconvertie en bureau provisoire ? Provisoire qui dure depuis plus d’un an… Les télétravailleurs du Covid-19 cherchent de plus en plus un cadre de vie plus agréable.

Alors, pourquoi ne pas répondre à cet appel de la Dominique, petite île tropicale nichée dans la mer des Caraïbes, exactement entre Martinique et Guadeloupe ?

Ce petit pays verdoyant, épargné par le tourisme de masse, propose aux télétravailleurs de s’y installer durablement. La Dominique a créé, depuis cette semaine, un visa de longue durée allant jusqu’à 18 mois. Au lieu de devoir subir la tramontane glaciale, bénéficiez plutôt des alizés rafraîchissants. Plongez dans des spots gorgés de poissons multicolores, baignez-vous dans des cascades gigantesques.

La carte postale semble parfaite, mais quelques surprises pourraient refroidir votre enthousiasme. Membre du Commonwealth, on y parle donc anglais, mais, surtout, on y roule à gauche… avec des voitures prévues pour rouler à droite. Compliqué, mais, de toute manière, il n’y a que 375 km de routes goudronnées sur l’île.

Autre particularité de la Dominique : la totale absence de plage. Par contre, on compte 365 rivières. Enfin, ce visa longue durée n’est pas automatique. Il faut, dans un premier temps, déposer sa candidature et débourser 100 dollars sur le site dédié. Ensuite, si vous êtes retenu, les frais de visa sont de 800 $ pour un individu seul et de 1 200 $ pour les familles. Et, mieux vaut bien prévoir son coup, car vous avez trois mois pour déménager. Finalement, je ne suis pas si mal dans ma chambre d’amis. 


lundi 15 mars 2021

De choses et d’autres - Allô maman dodo…

Depuis un an, la pandémie a des conséquences directes sur la vie quotidienne des Français. Sur leurs nuits aussi, le sommeil devenant de plus en plus compliqué à trouver quand on sait que le lendemain sera identique à la veille…

Il n’y a pas encore d’études récentes sur le sommeil en temps de crise sanitaire, mais les chiffres de ces dernières années nous éclairent sur les différences nationales face au dodo. Ainsi, si l’on considère qu’une nuit pour être réparatrice doit être de 8 heures, on constate qu’en France, on dort 3 minutes de plus. Sans doute le temps au cours duquel on se dit, « allez, encore une petite minute avant de me lever ». Minute qui triple comme de bien entendu.

Mais nous ne sommes pas les plus gros dormeurs de la planète puisqu’aux Pays-Bas ce sont plus de cinq minutes que les dormeurs s’octroient en supplément. Mais alors, qui dort le moins sur Terre ?

Vous ne serez pas étonné d’apprendre que la palme revient à deux pays asiatiques : les habitants de Singapour se réveillent plus de 36 minutes avant les fatidiques 8 heures suivis des Japonais qui dorment en moyenne 7 heures et 30 minutes.

En Europe, ce sont les Allemands qui sont les plus économes en sommeil grignotant leur quota de 19 minutes en moyenne.

Ces quelques chiffres du monde d’avant sont forcément différents actuellement. J’en connais certains (moi notamment), qui, en s’endormant le soir, espèrent ne se réveiller que quatre mois plus tard, quand tout ce bazar sera terminé. Car finalement, quitte à être traité d’ours en société, autant à en avoir les avantages, l’hibernation en premier lieu. 


dimanche 14 mars 2021

De choses et d’autres - Chiffres romains en voie de disparition ?

Grosse indignation, la semaine dernière, en Italie. Les musées français, honte à eux (che si vergognino en italien) seraient sur le point d’abandonner les chiffres romains au profit des plus connus chiffres arabes.

En exemple, la reproduction d’une gravure montrant Louis 14, roi de France.

Finalement, ce ne serait qu’une partie des explications fournies dans un seul musée (Carnavalet à Paris dans le IIIe arrondissement) qui serait concerné. Et pas les rois, juste les siècles. Une réforme déjà entreprise par le musée du Louvre qui ne parle plus du XIXe siècle mais du 19e.

Sans être un fervent défenseur des traditions, j’avoue avoir du mal avec les évolutions typographiques. Pour moi, un siècle, comme un roi ou un pape, sera toujours en chiffres romains.

Par contre, force est de constater qu’une partie de la population a des difficultés à comprendre cette numérotation. Le plus célèbre exemple étant cet homme demandant comment aller à l’hôtel Georges V, prononcé Georges « Vé » au lieu de « Cinq »…  

Une petite polémique qui a donné l’idée à un fan de BD de reprendre la charte graphique des couvertures de la série d’espionnage de Vance et Van Hamme, XIII. En chiffres arabes, tout de suite, ça a moins de classe.

De toute manière, dans notre région, tout le monde sait lire en chiffres romains. Pour la bonne et simple raison que dès le berceau on nous explique qu’il n’y a pas un seul mais deux rugbys : le XIII et le XV. 


samedi 13 mars 2021

De choses et d’autres - Du goût et du coût de la fraise Tagada

Rien de tel qu’une gaffe de la police pour détendre l’atmosphère. Mercredi, la Préfecture de police, sur son compte Twitter, se réjouissait d’avoir démantelé un atelier de conditionnement de produits stupéfiants. Et pas n’importe lesquels puisque les photos montraient des pilules roses et de la poudre. De la MDMA et de l’ecstasy selon le communiqué officiel.

Mais hier, deux jours plus tard, soit le temps nécessaire pour analyser le plus précisément possible les produits saisis, un autre communiqué du parquet de Bobigny indiquait que finalement, la poudre était « neutre ». Un terme vague pour dire qu’il ne s’agit en aucun cas de stupéfiant.

Finalement, une indiscrétion a donné le véritable résultat des tests. Ce que les policiers ont saisi dans cet appartement de Saint-Ouen était en réalité des fraises Tagada concassées.

La préfecture de police indiquait que la saisie représentait une valeur de 1 million d’euros. Cela ferait un excellent exercice de Nation apprenante, l’opération de l’Éducation nationale durant le premier confinement.

Premier énoncé « Si la police saisit 5,47 kg de fraises Tagada représentant une valeur marchande de 1 million d’euros, combien coûte chaque bonbon pesant environ, 3,5 grammes ? » (réponse : un peu plus de 639 € la fraise Tagada, ça fait cher la carie…)

Second énoncé. « Si la police saisit pour un million d’euros de fraises Tagada, combien de camions faudra-t-il pour transporter toute la marchandise si le prix au kilo de cette confiserie est de 5,77 € ? » (réponse : 4 semi-remorques de 44 tonnes…) 

Enfin, je lance le débat : le sucre est-il une drogue ? Pour quelques enfants, oui. Mais pas au point de mettre en place un laboratoire de conditionnement clandestin. De toute manière, qui préférerait avaler des comprimés au lieu de faire fondre les goûteuses et moelleuses fraises Tagada dont on s’est forcément régalé à un moment de notre enfance.

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le samedi 20 mars) 

vendredi 12 mars 2021

De choses et d’autres - Identité renforcée

À partir de cet été, nous aurons la possibilité d’avoir des cartes d’identité dernier cri. Biométriques, dotées d’une puce, au format d’une carte bancaire, elles sont à la pointe de la technique si l’on en croit les cocoricos des responsables gouvernementaux.

Enfin c’est le discours officiel mais qui tombe comme un château de cartes dès que l’on passe les frontières. Ces cartes nouvelle génération aux capacités renforcées sont en circulation aux Pays-Bas depuis 2004. La Belgique a fait la bascule en 2009 et l’Allemagne en 2010.

En réalité, rien de glorieux dans cette nouvelle carte d’identité française car nous avons dix ans de retard par rapport à nos voisins.

Sur ces nouvelles cartes, il est toujours interdit de sourire quand on fait la photo. Une spécificité tricolore car sur la carte spécimen allemande trouvée sur le net, une certaine Erika Mustermann, blonde aux yeux bleus, arbore un sourire très jocondien.

Cartes allemandes qui sont en trois langues. L’Allemand bien évidemment, mais aussi l’anglais et le français. On ne leur a pas rendu la politesse, rajoutant simplement par rapport aux précédentes cartes en circulation, l’anglais.

Dernière petite particularité de cette innovation administrative, la carte d’identité française spécimen publiée dans certains journaux est celle de Gisèle Chevallier, 26 ans de Bordeaux. Il est précisé dans la rubrique nom d’usage « veuve Dubois ». Si jeune et déjà veuve, ça ne transpire pas la joie et la bonne humeur chez les fonctionnaires de l’état-civil.

(Chronique parue le vendredi 19 mars en dernière page de l'Indépendant)

jeudi 11 mars 2021

De choses et d’autres - La supplique de la chenille

Vendredi dernier, pendant que sur Canal + Corinne Masiero se déshabillait en direct à la cérémonie des César, sur TF1, une autre séquence sujette à polémique était diffusée. Pas de problème de nudité cette fois, mais de bien-être animal.

Les aventuriers de Koh-Lanta, pour se nourrir, doivent pêcher. Un certain Arnaud, maraîcher dans le civil, a tout tenté pour rapporter un peu de protéines aux membres de sa tribu. Simplement armé d’une machette et d’un bâton, il s’est attaqué à des raies qui nageaient près du rivage, puis à une murène repérée dans des rochers.

Espérons qu’Arnaud est meilleur avec ses légumes qu’avec les poissons, car il est rentré bredouille. De peu, puisqu’il a touché une raie avec la machette et la murène, avant de s’enfuir dans l’océan, a été un peu écrabouillée à coups de talon.

Un scandale pour l’association de protection des animaux PETA qui a solennellement protesté contre « ces scènes d’une telle barbarie ». Mais quel méchant cet Arnaud. Et la prochaine fois, il va écorcher vif un chaton et le cuire au barbecue ?

Non, il faut raison garder, mais au vu des images diffusées pour annoncer l’épisode suivant, il rentre fièrement au camp avec des crabes plantés sur la fameuse machette. De quoi encore plus énerver les militants de PETA.

Et je ne vous raconte pas leur indignation quand arrivera l’épreuve dite des chenilles. La seule où j’aurais peut-être pu briller : on ne doit pas courir, sauter, nager ou soulever, pour l’emporter, juste avaler vivante une grosse chenille se tortillant dans tous les sens. Il faut cependant être sourd à la supplique de la chenille.  


mercredi 10 mars 2021

De choses et d'autres - Encore une « semaine décisive »

Selon plusieurs spécialistes, experts et autres personnalités références en la matière, nous nous trouvons face à « une semaine décisive » dans la gestion de la crise sanitaire. N’avez-vous pas, comme moi,  une impression de déjà-vu en entendant ces deux mots : « semaine décisive ».

Depuis le mois de février de l’an dernier, on a bien eu droit à une quarantaine de « semaines décisives ». Démontrant, par l’absurde, que les précédentes ne l’étaient pas tant que ça, de décisives.

À force de vouloir scénariser la catastrophe sanitaire qui nous tombe sur la tête depuis plus de 50 semaines, gouvernement, instances scientifiques et médias se sont parfois senti obligés de dire tout et son contraire en fonction de l’apparition d’un cluster, d’effets secondaires ou d’un variant plus ou moins exotique.

S’il avait eu le malheur de vivre cette période, mon père, expert mais uniquement en bon sens paysan, aurait souligné avec un poil d’ironie qu’ils « gouvernement au doigt mouillé ». Une vieille technique qui, parfois, donne de bons résultats. D’autres fois, les initiatives dictées par ce doigt mouillé sont beaucoup moins évidentes. Notamment quand le vent est tournoyant et que les doigts appartiennent à différentes personnes.

Dimanche, Jean Castex répète sa confiance dans le vaccin AstraZeneca ; lundi, Emmanuel Macron suspend la vaccination avec ce même AstraZeneca.

Qu’en sera-t-il ce mercredi ? Personne ne peut encore le dire au moment où j’écris ces lignes, Eole n’a toujours pas rendu son verdict. 


mardi 9 mars 2021

De choses et d’autres - Capitaine Barjot

Et le capitaine Marleau tomba l’uniforme… Vendredi soir lors de la cérémonie de la remise des César du cinéma français sur Canal +, Corinne Masiero, en signe de soutien aux intermittents a tenu à monter sur scène totalement « à poil », comme la culture réduite à peau de chagrin depuis le début de la pandémie.

Avec son outrance caractéristique, la « barjot » de service a fait passer un message clair et net. Un peu trop clair pour quelques pudibonds revendiqués. Ils auraient préféré sans doute que certaines parties de son anatomie restent en crypté. Nous sommes en 2021 et l’esprit libertaire des années 70 est mort et enterré. « Des tétons, des poils ! Mais que c’est vulgaire » glapissent en chœur ces nouveaux censeurs pour qui la nudité s’apparente à de la pornographie.

Une levée de boucliers qui en dit long sur l’évolution de notre société. Facebook, le plus radical en matière d’interdiction de nudité, a de beaux jours devant lui…

Autre nudité dans l’actualité, celle du supporter de l’OM et youtubeur ayant perdu un pari. Il a promis de faire le tour de Canet-en-Roussillon en courant dans le plus simple appareil si son équipe était éliminée par les amateurs en coupe de France. Dimanche, il était dans les Pyrénées-Orientales pour s’exécuter.

Des centaines de jeunes se sont agglutinés en bord de mer pour profiter du « spectacle ». Et là, personne pour s’offusquer d’une nudité annoncée. De toute manière, le peu courageux fan de l’OM s’est dégonflé, se contentant de poser torse nu devant un panneau de la ville catalane.

Toute la différence entre un affabulateur et une grande comédienne. Mais au final c’est cette dernière qu’on fustige dans ce triste et injuste monde d’après.  


lundi 8 mars 2021

De choses et d’autres - Les écrans se rebellent

Alors qu’hier soir on remettait les César du cinéma français (chapeau au passage à Aurel, réalisateur de Josep, césar du meilleur film d'animation et aux deux autres prix pour les films tournés en région, Deux et Antoinette dans les Cévennes), d’autres acteurs du 7e art ont prévu des actions ce week-end pour dénoncer cette interminable fermeture des salles.

Interminable et surtout incompréhensible. Tout le secteur voit la machine se relancer un peu partout dans le monde, seule la France semble particulièrement réticente à rouvrir les salles obscures.

Pourtant près de chez nous, l’Espagne conserve les lieux culturels ouverts, la Suisse va permettre aux cinémas de nouveau fonctionner à partir du 22 mars et aux USA, après New York, c’est la Californie qui va alléger ses restrictions.

Pendant ce temps, Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, invitée dans une émission de divertissement sur France 5, ose expliquer que si les cinémas sont fermés, c’est surtout à cause des spectateurs qui ont la fâcheuse habitude de se regrouper avant et après les séances… Comme si les clients des magasins ne s’agglutinaient pas aux caisses et les utilisateurs du métro ou des bus sur les quais ou dans les arrêts…

Il est symptomatique que plus les explications des prétendus responsables sont oiseuses, plus elles passent comme une lettre à la Poste.

Ce week-end, donc, je vais peut-être me retrouver dans la peau d’un hors-la-loi. Tout simplement car je vais aller voir un film lors d’une séance clandestine. Pas forcément un brûlot politique, juste une œuvre réalisée et jouée avec passion par des professionnels de talent pour me changer les idées.

Et si en plus c’est pendant le couvre-feu, je risque combien d’années de prison ?