dimanche 5 novembre 2017

Livres de poche - Pour les fêtes, 10/18 fait le maximum

Traditionnellement, les éditions 10/18 proposent une sélection de leurs meilleurs romans en édition luxe et collector. Couvertures à rabat, aux images stylisées rehaussées de dorures, l’écrin est sympathique. L’intérieur de très haut niveau. Du moins cher « Mon chien stupide » de John Fante au pavé d’antan « Mon dictionnaire de cuisine » d’Alexandre Dumas (300 grammes de recettes), on retrouve aussi dans la sélection 2017 « Le secret de la manufacture des chaussettes inusables » d’Annie Barrows, « Nord Michigan » de Jim Harrison, ou « Martin Eden » de Jack London.

Autre bonne habitude des éditions 10/18, proposer en fin d’année des recueils Omnibus de leurs séries policières. Plongez dans le Londres des années folles avec les trois premières enquêtes de Miss Maud Silver de la prolifique Patricia Wentworth. Et si c’est Paris que vous préférez, suivez Victor Legris, le détective amateur de Claude Izner.

Bande dessinée : Mattéo reprend les armes en Catalogne


Mattéo, Catalan, aura connu toutes les guerres. La saga écrite et dessinée par Jean-Pierre Gibrat entre dans sa quatrième époque, entre août et septembre 1936. Il aura connu la Première Guerre mondiale, la Révolution russe et alors que les armées d’Hitler se préparent ouvertement, il redescend dans son sud adoré et s’engage du côté des Républicains espagnols.

À la fin du 3e tome, on l’avait laissé au large de Collioure, avec une cargaison d’armes. Dans ce quatrième tome, il arrive enfin en Catalogne. Mais l’accueil n’est pas chaleureux. La suspicion règne et il se retrouve en prison avec Robert, le militant communiste et Amélie, une amie. Heureusement, un exemplaire de L’Indépendant arrive à Barcelone et un article retraçant leur « exploit » en France leur permet de rejoindre avec les honneurs les brigades internationales. Une nouvelle étape dans la vie de ce fils d’anarchiste, profondément pacifiste mais toujours obligé de prendre les armes.

Après quelques jours d’errance dans Barcelone, la souriante avant la débandade, il prend le commandement, à son corps défendant une nouvelle fois, d’un groupe de révolutionnaires chargé de prendre le petit village de Alcetria. Les phalangistes, peu nombreux, ont de meilleures armes et un tireur d’élite. Depuis le clocher, grâce à un fusil allemand, il décime les Républicains. Mattéo, avec l’aide d’une blonde Polonaise, championne de course à pied, venue en Catalogne pour les jeux olympiques organisés en opposition à ceux de Berlin et qui a décidé de prendre les armes, déloge le sniper... le curé du village.

■ Combat pour la République

En 60 pages, toutes d’une beauté époustouflante, JeanPierre Gibrat parvient à parler de quantité de sujets. Rôle de l’église, émancipation des femmes, tensions entre communistes et anarchistes, jugements expéditifs... ce n’est pas simple la guerre. D’autant que la belle Amélie, elle aussi, succombe au charme d’un fier aviateur anglais. Ils s’envoient en l’air dans tous les sens du terme, mais un soir, ils ne reviennent pas de leur mission d’observation des lignes ennemies.

Cette évocation historique résonne étonnamment de nos jours alors que de nouveau, entre l’Espagne et la Catalogne la querelle fait rage. Dans Barcelone la rebelle, les manifestations se multiplient. À la différence que le combat d’aujourd’hui pour la République ne semble pas mobiliser les forces progressistes étrangères, contrairement à ces années 1930 bouillonnantes de solidarité. 

➤ « Mattéo » (quatrième époque) de Jean-Pierre Gibrat, Futuropolis, 17 €.

samedi 4 novembre 2017

De choses et d'autres - 70 ans de capitalisme ludique

Il a longtemps représenté le capitalisme à lui tout seul : l’Oncle Picsou fête ses 70 ans. Un sacré avare (même si ses créateurs prétendent qu’il est simplement économe), qui ne vit que pour l’or et l’argent. Son coffre-fort, il l’a transformé en piscine. Il nage, au gré de ses histoires, dans des pièces en or ou dans des millions de billets de banque. 

70 ans qu’il « endoctrine » les enfants aux principes de base du capitalisme, comme si tout le monde pouvait devenir millionnaire avec un minimum de volonté. Un succès sans faille, qui doit beaucoup à son caractère colérique. Picsou, redingote rouge, lorgnons et haut-de-forme, ne supporte pas que son neveu, Donald, se complaise dans l’inaction. 

Picsou, aujourd’hui, est le nom de trois revues BD. Picsou Magazine, la plus ancienne, offre chaque mois à ses lecteurs un gadget, comme le concurrent des années 70, le communiste Pif Gadget

Super Picsou Géant a la plus grosse diffusion. Depuis la semaine dernière un hors série de 400 pages (7,90€) est en kiosque. Sous une couverture dorée, 20 histoires cultes permettent de découvrir son évolution. Un numéro en forme d’encyclopédie avec 70 entrées sur le personnage. 

Et puis pour les puristes il existe le trimestriel reprenant les Trésors de Picsou, les meilleures histoires signées des deux maîtres de la BD que sont Carl Barks, le créateur du personnage, et Don Rosa, son meilleur continuateur. 

vendredi 3 novembre 2017

De choses et d'autres - Les sauvetages de l'extrême

Le quotidien des pompiers est trop rarement émaillé de faits divers sans gravité et terriblement amusants. La semaine dernière, à Toulouse, branle-bas de combat près de l’avenue Jean-Jaurès. Selon la Dépêche, des témoins ont appelés les secours car ils voyaient un corps flotter dans le canal du Midi. Police et badauds (une fête foraine se déroulait à proximité) se massent sur la rive, dans l’attente des secours. Rapidement arrivés les pompiers, une fois la situation évaluée, ont pris leur temps. De rire. De se dire que décidément, les témoins ont besoin de lunettes parfois. Car le corps inanimé, sans le moindre doute, était en réalité une poupée gonflable. Par charité chrétienne, les hommes du feu ont l’ont cependant sauvée des eaux. Mais sans se mouiller, juste avec une gaffe. Plus de peur que de mal, et une bonne histoire à raconter. Même si le journal ne nous dit pas au final ce que la poupée est devenue...

Ce sauvetage de l’extrême est à rapprocher d’un autre fait divers impayable datant d’une année. Un Breton ivre (le premier qui prétend que c’est un pléonasme devra boire un litre de chouchen cul sec), en pleine nuit, a cru découvrir un corps étendu dans un parc à Vannes. Fort de ses rudiments de premiers secours il se précipite à terre et se lance dans une longue réanimation. Un bouche-à-bouche pourtant totalement inefficace. Normal car quand les policiers et pompiers arrivent sur place, ils constatent que le valeureux sauveteur s’escrime sur un bateau pneumatique.

Peut-être, comme la poupée de Toulouse, avait-il vaguement une forme humaine. Et qui sait, dans 20 ans, la rubrique faits divers regorgera de sauvetages de robots ivres par des humains vegan.

jeudi 2 novembre 2017

De choses et d'autres - Harcèlement de toutes parts

Dans un monde rêvé, le bien l’emporte toujours sur le mal. Les bons triomphent des mauvais. Un système binaire un peu trop simpliste dans la majorité des cas mais qui prend toute sa justification dans les relations entre deux humains. Amour, amitié intime ou plus abruptement sexe, appelez ça comme vous voulez, mais le principe est simple. Le consentement doit être réciproque. Aucun « peut-être » n’est envisageable. Juste un oui. Ou un non. Cette dernière réponse doit être respectée au risque de ne plus se comporter en être humain intelligent et réfléchi mais tel une bête, un «porc » selon le mot à la mode.

Un altruisme malheureusement de moins en moins mis en évidence dans notre société. Alors des féministes ont imaginé, pour rabattre le caquet à des dragueurs un peu trop insistants, de donner aux femmes harcelées un numéro de portable magique. Pour se débarrasser du harceleur, vous lui donnez ce numéro. S’il l’appelle, il recevra quelques minutes plus tard un guide du parfait gentleman. Son exact contraire, visiblement.

Une initiative sympa, qui a beaucoup fait parler. En bien. En mal aussi, preuve qu’elle dérange. Des antiféministes ont lancé lundi soir une attaque sur ce numéro. Après concertation sur le forum d’un site de jeux vidéos, ils ont envoyé 20 000 messages simultanés. De quoi faire chauffer les serveurs mais surtout ruiner les deux inventeurs du numéro car ils sont facturés de 16 centimes pour chaque SMS. Résultat le numéro, dont l’utilité n’est plus à prouver, a été suspendu. Trop cher… Mais ce n’est que partie remise. Messieurs les harceleurs, une réponse est en cours d’élaboration. Et comme vous pourriez le dire à une inconnue que vous croisez dans la rue : « Gare à vos fesses ! »

mercredi 1 novembre 2017

DVD et blu-ray - La dernière bataille des tas de ferraille nommés « Transformers »

Et de cinq ! Cinq films de la franchise Transformers initiée par Michael Bay. Une machine à cash, le nombre des entrées dépassant largement le million en France et les recettes mondiales flirtant avec des records. Normal car c’est du très grand spectacle. Que l’on conseille de regarder dans la version blu-ray (voire blu-ray 3D et 4K si vous avez le matériel adapté) pour ne rien rater des combats et autres transformations des héros multiformes.

La scène d’ouverture, au temps du roi Arthur, donne une nouvelle direction à la série. Les Transformers sont depuis très longtemps sur terre et un bâton magique se retrouve au centre de toutes les convoitises. De nos jours, les robots, devenus hors-la-loi, tentent de trouver un lieu où vivre sereinement. Sous la surveillance de Cade Yeager (Mark Wahlberg), ils se cachent dans une casse automobile. Mais la retraite est de courte durée et ils se retrouvent dans une ultime bataille planétaire.

Entre Moyen âge, seconde guerre mondiale et espace, les 2 h 30 du film offrent un triple voyage mouvementé. Et pour les vrais amateurs, les versions blu-ray offrent un second disque bourré de bonus. Du mé- lange des mythologies à la création du monde extraterrestre de Cybertron en passant par le tournage en Grande-Bretagne, vous deviendrez incollable sur ce film d’action très réussi.

➤ « Transformers, The last Knight », Paramount Vidéo. Des coffrets avec les cinq films sont également mis en vente. Sortie le 2 novembre 




De choses et d'autres - La fin de la parole ?

Qui aurait parié, il y a dix ans, sur le retour en force de l’écrit ? Pourtant, force est de constater que la communication passe de plus en plus par l’écrit au détriment de la parole. La faute à ces nouveaux smartphones et autres réseaux sociaux, parfois décriés mais aux effets radicaux pour le retour en grâce du message écrit.

Une récente étude vient de prouver qu’il ne sert plus à rien de laisser un message sur un répondeur quand votre interlocuteur n’est pas disponible. Dans la majorité des cas il ne prend pas la peine de l’écouter. Au mieux, il vous rappelle, au pire il vous envoie un texto pour vous demander pourquoi vous l’avez sonné. Combien de personnes utilisent leur smartphone essentiellement pour téléphoner ? De moins en moins. Surtout chez les jeunes, ceux-là même qu’on accuse de ne plus savoir écrire. Certes ils ont rarement un stylo en main. Mais ils écrivent des kilomètres et des kilomètres de textes depuis que les SMS illimités sont compris dans les forfaits de base. Merci aux opérateurs de rendre l’écrit gratuit et l’oral payant...

Sur les réseaux sociaux aussi, on peut communiquer par la voix et l’image, mais le texte est devenu majoritaire. Un statut un peu polémique et immédiatement c’est une longue et interminable discussion qui s’engage entre divers intervenants. Un peu comme quand on passait des heures à refaire le monde au bar ou dans le salon d’un ami. À la différence que l’échange d’idée est silencieux, dématérialisé. On peut s’insurger contre la faim dans le monde en mangeant une pizza dégoulinante de fromage fondu ou défendre les droits des femmes pendant que la sienne est occupée à la cuisine à faire la vaisselle. Car écrire n’engage à rien. 

Cinéma - Dans "Carbone", Dani comédienne perpignanaise bien dans ses rôles


"Perpignan c’est chez moi, j’y serai d’ailleurs lundi (avant-hier en fait ndlr) pour participer à l’inauguration de la boutique d’une copine, place Saint-Jean. »
Paradoxe de la promotion d’un film parisien, sous les lustres massifs, clinquants et très brillants d’un palace de l’avenue Kléber à 100 mètres de l’Arc de Triomphe, Dani est tout sourire de retrouver à sa table un journaliste de l’Indépendant. Et de causer deux minutes des dernières nouvelles de Perpignan, rappelant au passage qu’elle participerait, comme tous les ans, après Noël, à la rifle des Restos du cœur.

Aparté local passé, l’artiste au service du film reprend le dessus. Elle parle avec plaisir de ce rôle dans «Carbone » d’Olivier Marchal. « Quand il est venu me rencontrer pour en parler, il est arrivé en moto et blouson noir. On devait rester ensemble quelques minutes, on y a passé l’après-midi. Comment dire non quand quelqu’un arrive avec les yeux de l’amour. » De l’aveu du réalisateur, Dani n’est pas son choix, mais il ne regrette pas le moins du monde. « En fait je butais sur ce personnage. C’est mon directeur de casting qui a proposé le nom de Dani. Une femme qui connaît la nuit. » Donc Dani devient Dolly, patronne d’une péniche restaurant sur la Seine, veuve et mère de deux garçons pas toujours sur les bons rails. Ou alors de poudre blanche pour le plus dissipé, accro à la cocaïne quand les millions arrivent à flot.

■ Un film et une série

Un rôle en or, car il permet à Dani de s’imposer peu à peu dans la bande. Au point d’en devenir une pièce maîtresse dans le scénario. Réalisé l’hiver dernier, Dani et Olivier Marchal auraient pu se retrouver cet été quand ce dernier a tourné dans « Les Innocents », la minisérie de TF1. Mais il n’avait que 12 jours de présence et peu de temps libre, déjà en train de préparer les «Rivières pourpres », série pour Canal + et l’écriture de son prochain long-métrage. 

Sans compter le théâtre : « Après un film, j’ai besoin de retourner sur les planches. Le théâtre c’est l’école de l’humilité. Au cinéma ou à la télévision, on tourne souvent pour nourrir notre famille. Au théâtre, il n’y a que des jolis rôles ». Les planches, le direct, le public, Dani aussi adore. Elle assure la promotion du film, mais pense surtout à son prochain gala au festival de Paris. La musique est sa véritable passion. Même si elle aime imposer sa voix grave dans des films où séries bientôt à l’affiche comme le premier long d’Alex Lutz, « une comédie incroyable », dans la série d’Alain Tasma avec Roschdy Zem « je joue une femme qui a Alzheimer » ou dans un projet, encore secret, de Josée Dayan. Une réalisatrice qu’elle vénère presque : « J’ai tourné avec elle un épisode de Capitaine Marleau. J’y étais en guest. » Encore un excellent souvenir pour cette chanteuse devenue comédienne, tout en vivant sereinement à Perpignan, loin de Paris, la ville lumière et de la nuit qui ne l’a cependant pas du tout oubliée. 

Cinéma - Petits escrocs, immense arnaque

CARBONE. Olivier Marchal s’inspire de l’affaire de la taxe carbone dans son nouveau film noir.


Une faille dans le système de la TVA européenne. Un tout petit manque de précision aux conséquences gigantesques. Ceux qui l’ont vu avant tout le monde, en ont profité honteusement. Résultat ce sont près de 1,4 milliard d’euros qui se sont évaporés dans la nature en quelques mois. Une arnaque à très grande échelle, mais peu spectaculaire cinématographiquement. Et le scénario original, manquait également un peu d’humanité. « Je l’ai pris en main, se souvient Olivier Marchal, pour rendre les personnages plus sympathiques. » 

Dans la vraie vie, les escrocs, toujours en fuite ou en attente de jugement, étaient déjà riches avant de se lancer dans cette opération d’arnaque à la TVA. Alors le réalisateur, ancien policier, a voulu donner un peu plus de noblesse au principal personnage. Antoine (Benoît Magimel), est le patron d’une PME. Il a repris la direction à la suite de son beau-père (Gérard Depardieu) aussi riche que despote dans ses relations familiales. Au bord du dépôt de bilan, Antoine cherche une solution dans l’urgence. Elle viendra de son comptable (Michael Youn, dans un rôle à contre-emploi où il brille particulièrement) quand il lui annonce que l’entreprise ayant de bons résultats écologiques, récupérait quelques milliers d’euros. Ou qu’elle pouvait les revendre à de gros groupes industriels très pollueurs.

■ Histoires de familles

Un véritable marché officiel du CO2 où les sommes échangées sont faramineuses. Toute l’astuce est de déposer le bilan de la société écran après avoir touché la prime et avant de rembourser la TVA à l’État. Antoine trouve deux jeunes magouilleurs, qu’il a rencontrés la nuit lors de parties de poker et s’associe à eux pour planifier la carambouille. Il a aussi besoin d’une mise de fond pour débuter. Un million en liquide qu’il demande, grosse erreur, à un truand de la banlieue.

Le film, bâtit comme un thriller sur le plan, classique mais efficace, de l’ascension puis de la chute, loin de se perdre dans les explications forcément complexes de l’escroquerie, se focalise sur les personnalités de la bande. Magimel joue un homme humilié, voulant sa revanche et prêt à tout pour prendre le dessus sur son beau-père et conserver la garde de son fils. Les deux frères, aux tempéraments opposés, sont unis dans l’action mais se séparent quand il faut savoir raison garder. Le premier (Gringe), marié, bon père, pense avant tout à préserver l’avenir de sa famille. Le second, flambeur, cocaïnomane, impulsif, est borderline. La dégringolade, en partie, viendra de lui, incapable de s’arrêter dans ses délires de nouveau riche.

Un film de mecs mais avec deux grands rôles de femmes. Le premier pour Dani. La chanteuse, toujours amoureuse de Perpignan interprète la mère des deux frères. Une sorte de louve, capable de tout pour les protéger. Une femme en roc, qui n’a pas froid aux yeux et correspond au tempérament de Dani qui reconnaît, sourire en coin, « Moi aussi j’ai deux garçons, j’aurais pu être cette femme-là. » Quant à Laura Smet, elle joue une femme follement amoureuse de Benoît Magimel. Au point que quand on veut l’atteindre, c’est à elle qu’on s’en prend. Film noir et violent, « Carbone » a le goût d’un documentaire mais sans le CO2 et les tableaux Excel et beaucoup d’action, de fric et de passion désespérée. 

➤ « Carbone »,  film policier d’Olivier Marchal (France, 1 h 44) avec Benoît Magimel, Gringe, Idir Chender, Dani, Gérard Depardieu

Cinéma - "D'après une histoire vraie" de Polanski, du caméléon à la mante religieuse


Un thriller envoûtant, une introspection du processus de création, une mise en abîme de la fiction romanesque… On ne sait quel terme utiliser pour définir « D’après une histoire vraie », nouveau film de Roman Polanski tiré du roman de Delphine de Vigan. Le spectateur y trouvera un peu de tout cela, plus d’autres pistes de réflexion car rien n’est directement dit dans cette histoire d’écrivain en mal d’inspiration.

Delphine (Emmanuelle Seigner) est une romancière connue. Son dernier roman est un succès. Elle multiplie les séances de dédicaces. Des rencontres éprouvantes pour cette femme, la quarantaine, qui vit exclusivement pour sa passion : écrire. Une lectrice, qui se fait appeler Elle (Eva Green), la rencontre à plusieurs reprises. Un soir, dans une soirée, elles sympathisent. Delphine est sous le charme d’une jeune femme mystérieuse à l’écoute parfaite. Elle découvre qu’elles sont voisines et partagent l’amour de la littérature. Imperceptiblement, Elle s’immisce dans le quotidien de Delphine au point de venir habiter chez elle et de se transformer en secrétaire particulière. Et comme Delphine ne parvient pas à débuter son nouveau roman, Elle prend les choses en main et la pousse à écrire son « roman caché ».

Le film nous plonge dans une étrange machination ayant pour but de prendre le contrôle de la volonté d’une femme par une autre. Jalousie ? Folie ? Les questions sont multiples tout au long de ce suspense mené à merveille par le cinéaste de 84 ans.

Pour la première fois de sa carrière, il donne les deux rôles principaux à des femmes. Révélateur pour ce réalisateur toujours sous le coup d’une condamnation pour viol de mineure aux USA. Une vieille affaire qui remonte à la surface en pleine polémique Weinstein. 

➤ Thriller de Roman Polanski (France, 1 h 40) avec Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez.