vendredi 7 septembre 2007

BD - Miss Endicott, conciliatrice nocturne

La prestigieuse collection "Signé" du Lombard renaît de ses cendres en ressortant l'intégrale de "A la recherche de Peter Pan" de Cosey et surtout le premier tome de Miss Endicott, création de Derrien (scénario) et Fourquemin (dessin). Un long récit de plus de 80 pages, se terminant sur un suspense haletant, mais pour une fois, vous n'aurez pas trop à attendre puisque le second et dernier tome est annoncé pour début octobre. 

Miss Endicott est une jeune Anglaise qui revient à Londres pour les obsèques de sa mère. Elle devient gouvernante d'un jeune garçon mais surtout reprend la charge de sa mère, conciliatrice de la capitale anglaise. La nuit, elle reçoit les petites gens et résout leurs problèmes. Une double vie qui ne va pas sans poser quelques problèmes. Notamment quand le peuple des bas-fonds décide de prendre sa revanche sur les habitants à l'air libre... 

La pagination permet aux auteurs de bien détailler les aventures de cette jeune femme intrépide. Un découpage plus riche et très prenant donnant une ampleur rarement atteinte par une BD. 

("Miss Endicott", Le Lombard, 15 euros) 

jeudi 6 septembre 2007

BD - Création destructrice

De toutes les séries intégrant la collection "Secrets" imaginée par Frank Giroud, "L'écorché" est une des plus réussie. Dessins lumineux de Pellejero et surtout intrigue parfaitement maitrisée du scénariste qui a travaillé en duo avec Florent Germaine. 

Tristan Paulin, fouffrant d'une malformation de la machoire inférieure, est un monstre. Il ne parle pas et travaille dans la boucherie de ses parents. Mais il a un don, un talent. Paulin est un peintre visionnaire. Une jeune femme, Mathilde Maraval, une galeriste, le découvre et le pousse dans cette voie. Dans le second tome de ce diptyque, 20 ans après la première exposition, Paulin raconte au mari de Mathilde pourquoi il a quitté Paris en catastrophe après avoir découvert le secret le liant avec Mathilde. Ce secret, le lecteur ne le connaîtra que dans les dernières pages. 

Une histoire de famille, avec infamie et culpabilité. Un très grand récit, recréant ce Paris populaire ou bourgeois de la fin du XIXe siècle, le milieu des artistes en perpétuelle recherche. Pellejero, trait noir, couleurs vives, est très à l'aise dans cet exercice.

 ("L'écorché" tome 2, Dupuis, 13,50 €) 

mercredi 5 septembre 2007

BD - Avec le lard et la manière

La coupe du monde de rugby débute cette semaine, mais les rugbymen du Paillar Athlétic Club sont déjà à pied d'oeuvre sur les pelouses. Une série phénomène, rencontrant un succès de plus en plus grand. Béka (pseudonyme de deux Toulousains, Bertrand Escaich et Caroline Roque) et Poupard, dans ce cinquième recueil de gags, collent à l'actualité puisque leur héros vont aller à Paris assister à quelques matches du tournoi mondial et finiront même par un petit voyage en Nouvelle-Zélande, paradis de l'Ovalie. 

On retrouve avec plaisir ces caricatures de sportifs nourris à la charcuterie et au cassoulet. Loupiote, la Couenne, la Teigne ou Bourrichon. En ouverture, dans une histoire complète, vous découvrirez comment cette bande de copains a découvert les joies du rugby et de l'esprit d'équipe en salle de classe. On appréciera particulièrement les gags avec les All Blacks. 

Le PAC, remarqué par sa vaillance, aura l'insigne honneur de servir d'équipe d'opposition aux Néo-Zélandais. Un entraînement bref, qui conduira tous les membres de la formation à l'hôpital, mal en point mais heureux... 

("Les rugbymen", Bamboo, 9,45 €) 

mardi 4 septembre 2007

Nouvelles - Petites mi-temps

Il existe deux rugbys. Celui des pros, que vous verrez dans la coupe du monde qui débute la semaine prochaine, et celui des villages, ressemblant plus parfois à un combat de gladiateurs qu'à un sport collectif. 

À travers quelques nouvelles pleines d'humour et de tendresse, Michel Embareck nous entraîne dans les vestiaires ou sur les terrains de rugby, sport aussi rude qu'élégant. Des textes vifs, remplis de ces expressions entendues sur les mains courantes autour des stades comme « Macarel » ou « Quel bouchon ! ». 

Dans la nouvelle « Gracieusetés », l'auteur donne la définition anglaise du mot provocation : « Il s'agit d'une plaisanterie virile, expliquée sournoisement à main nue, et à laquelle ne pas répondre par un sourire devient une circonstance aggravante. ».

("Le temps des citrons", Folio, 2 €) 

lundi 3 septembre 2007

Roman - Béances familiales

Dans « Nuit ouverte » de Clémence Boulouque, une actrice, en interprétant le rôle d'un rabbin femme, découvre quelques vérités peu glorieuses sur sa famille.


Les hasards de la vie nous jouent parfois d'étranges tours. Elise Lermont, actrice reconnue, est pressentie pour interpréter le rôle de Regina Jones. Cette Allemande, assassinée à Auschwitz, était devenue en 1935 la première femme rabbin. C'était en Allemagne, deux années après la prise de pouvoir d'Hitler.

Elise Lermont se plonge dans la vie de cette femme, discrète, méconnue, refusant de fuir pour rester auprès des siens. Au même moment, Elise est contactée par André, un homme prétendant être son grand-oncle, le demi-frère de son grand-père. Il ignorait son existence. Et en le rencontrant, comprend pourquoi il a été occulté de l'histoire familiale.

Au service de l'envahisseur

C'était également durant la guerre. Dans la France occupée, cette famille de producteurs de champagne n'a pas longtemps hésité. Suivant Pétain et son gouvernement, ils se mettent au service de l'envahisseur. Réceptions à Paris, collaboration ouverte : cela a le don de dégoûter André. A la Libération il a préféré abandonner ce passé, cette famille, courir le monde.

A l'aube de ce nouveau siècle, il entreprend de raconter la véritable histoire familiale à Elise. Incrédule, la jeune femme admet pourtant ce côté sombre de ses grands-parents. Et inconsciemment va tout faire pour racheter ce passé trouble. « J'ai découvert ma famille quelques mois avant d'obtenir le rôle de Regina Jones. J'ai su cette béance des miens. Il est plus facile de rejeter des héritages odieux que d'en accepter la gêne ».

Du rose au vert-de-gris

Le roman de Clémence Boulouque appuie là où cela fait le plus mal. Se berçant de belles histoires familiales, trop souvent le rose vire au vert-de-gris. L'auteur, dans la première partie du roman, par petites touches, des chapitres courts et presque cliniques, raconte la brève vie de Regina Jones en alternance avec les révélations d'André. La dernière partie du roman est centrée sur Elise Elle veut absolument interpréter Regina Jones, la faire revivre : « Je n'avais rien pour arracher ce rôle, mais je ne voulais le laisser à personne. On les expie comme on peut, les culpabilités ». Une actrice qui pour mieux investir le personnage, va aller sur ses traces, dans cette Allemagne qui a totalement changé. Roman de la mémoire décalée, des errances de la famille, « Nuit ouverte » confirme le talent de Clémence Boulouque, parvenant à jongler avec les mondes et les milieux. Après « Chasse à courre » sur les milieux d'affaires, elle donne un tour plus personnel et humain à un texte ne pouvant laisser personne insensible face au destin de Regina Jones.

« Nuit ouverte », Clémence Boulouque, Flammarion, 18 €




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vendredi 31 août 2007

BD - Napoléon et les soldats de sa grande armée


Série historique ambitieuse, « Souvenirs de la Grande Armée » retracera l'épopée napoléonienne sur une dizaine d'années avec autant d'albums. C'est Michel Dufranne, spécialiste de la période, qui en écrit les scénarios. 

Il entend avec ces albums « mettre en avant la composition cosmopolite de l'armée napoléonienne toujours perçue, à tort, comme exclusivement française ». Personnage récurrent, Marcel Godart, dit « le Belge » parlant flamand, un atout pour son régiment de cavalerie en train de conquérir la Pologne en 1807, deux nées après la victoire d'Austerlitz. 

Il a pour compagnon « J'y étais », un fier soldat dont le surnom est directement lié à la grande victoire napoléonienne. Les soldats français doivent lutter contre les escarmouches des cosaques et le manque de collaboration des paysans polonais. Au gré des avancées, victoires et défaites, une intrique se met en place. Il semble qu'à l'intérieur même des troupes napoléoniennes des traîtres tentent de saper le moral des troupes. Notamment quand « J'y étais » découvre son fidèle destrier la gorge tranchée. 

Dessinée par Alexander, un auteur d'origine serbe, cette série d'un réalisme absolu permet au lecteur de mieux connaître cette période. La première édition bénéficie en plus d'un cahier historique de huit pages richement illustré de crayonnés. ("Souvenirs de la Grande Armée", Delcourt, 12,90 €) 

jeudi 30 août 2007

BD - Gamins infernaux

Tom et Nina sont frères et sœur et ils se détestent. D'ailleurs le sixième recueil de leurs gags imaginés et dessinés par Dutto s'intitule « Sœur à vendre ! ». Il est vrai que dans le genre chipie, Nina vaut son pesant de cacahuètes. Elle a une imagination sans limite dès qu'il faut trouver des astuces pour faire punir son frère. Et ce dernier, naïf, se laisse toujours prendre aux manigances de la petite peste. Mais il sait aussi se défendre, même s'il a rarement le dessus. Quand Nina propose à Tom de jouer à un jeu de rapidité il est enthousiaste. Nina lance une balle, il doit la ramener en moins de 30 secondes. Tom part comme une fusée et quand il revient, Nina, sourire sardonique au coin des lèvres lui caresse la tête en disant : « Bravo mon chienchien, c'est bien ! » 

Parfois les victimes sont les parents, trop souvent le chat de la maison qui vit cependant quelques instant de tranquillité quand toute la famille part faire du camping en bord de mer. L'occasion pour Nina de faire quelques expériences sur Tom à base de méduse... 

Une série publiée dans le Journal de Mickey et qui est cette année partenaire avec Handicap international. Nos deux héros illustreront des protège-livres regroupés dans un kit de dix exemplaires vendus 5 euros dont un euro en faveur de l'association humanitaire. ("Les petits diables", Soleil, 9,45 €) 

mercredi 29 août 2007

BD - Le rire, c'est pas sorcier

Paru il y a déjà quelques mois, cet album (et cette série) mérite d'être mis en avant. La couverture, sombre et inquiétante, n'est pas représentative d'un histoire avant tout humoristique. Et il y a autant de gags, bons mots et situations hilarantes dans cet album de 44 pages que dans certaines séries en dix tomes. Steve Baker est au scénario et c'est Joël Jurion, dessinateur d'Anachron, qui a illustré cette histoire de paysanne possédée par un démon. L'action se situe il y a bien longtemps dans un royaume imaginaire. Un prêtre exorciste et son disciple se rendent à l'abbaye de Dunwich pour un cas de sorcellerie. Une petite paysanne, tout ce qu'il y a de plus inoffensif, est possédée par un démon sanguinaire. Dans le combat, le prêtre perd la vie. 

Le démon est bloqué dans le corps de la fillette. Le disciple devrait la tuer, mais il s'en sent incapable. Il devra donc s'occuper de la jeune fille et surtout lui éviter tout miroir. C'est en se regardant dans un glace que le démon prend possession du corps et de l'esprit de la paysanne. Un démon qui n'aime pas qu'on le contredise... A ces personnages se greffent une histoire de prince masqué, de roi trop faible et de complot. 

Un festival de coups de théâtre avec une impressionnante galerie de personnages déjantés dont une sorcière hilarante. 

("Les démons de Dunwich", Vents d'Ouest, 9,40 €) 

mardi 28 août 2007

BD - Le chargeur dérangé

La longévité d'une série BD est souvent dépendante de la richesse de ses personnages secondaires. Les Tuniques Bleues, qui vivent dans « Stark sous toutes les coutures » leurs 51e aventure, n'ont pas de souci à se faire à ce niveau.

 L'imagination débordante de Cauvin, le scénariste (Lambil assurant le dessin depuis près de 40 ans), a posé de nombreux jalons qui représentent autant de développements potentiels. 


Le capitaine Stark, jusqu'à présent, était un gag récurrent. Un personnage représentant la bêtise de la guerre, toujours sur son cheval, n'ayant qu'un seul mot à son vocabulaire : « Chargez ! ». Étonnement donc de Blutch et Chesterfield quand le facteur remet un colis au cavalier. Curieux, ils découvrent que c'est le père qui envoie à son fils fil et tissu pour qu'il ne perde pas la main. Stark, dans le civil, était tailleur. Il est devenu un forcené de la charge après avoir été blessé à la tête. 

Les Tuniques bleues décident donc de lui redonner toute sa raison, inventant une foule de stratagèmes pour lui rappeler son passé. A n'en pas douter, cet album, d'une série toujours très attendue, sera un de succès de cette rentrée. 

("Les Tuniques bleues", Dupuis, 8,50 €) 

lundi 27 août 2007

Roman - Vacances angoissantes

Père divorcé, Stéphane ne voit son fils qu'en été, durant des vacances dans un club de loisirs au Venezuela. Des vacances chaotiques et stressantes.


Ce roman de la rentrée littéraire française a l'avantage de prolonger un peu le temps des vacances. Toute l'action se passe au Vénézuela, durant les vacances de Stéphane, un jeune graphiste français. Il n'est pas en Amérique latine par hasard. Il y a quelques années, il était marié avec Anna et de cette union est né Pablo. Cela fait quatre ans qu'ils sont séparés, quatre ans que Stéphane ne voit son fils que durant ses vacances, dans un club en bord de mer.

Mais le pays, depuis l'accession de Chavez au pouvoir, est en train de changer. Le tourisme n'est plus une priorité et Stéphane doit cet été passer les deux semaines de détente en compagnie de son fils dans une résidence fermée en copropriété. Une partie de la bonne bourgeoisie du pays a investit dans ce lieu un peu hors du temps. Village temporaire, il vit au gré des humeurs des uns et des autres, laissant une grande liberté aux nombreux enfants profitant des installations, notamment de la piscine.

Un petit paradis, mais sous très bonne garde. Vigiles armés à l'entrée, fils de fer barbelés autour de la plage, murs de plusieurs mètres tout autour de la propriété, Stéphane a rapidement la désagréable impression d'être enfermé, prisonnier, se demandant pourquoi il faut un tel déploiement de force en ce lieu voué à la détente. « Il fallait bien que cela soit le paradis terrestre pour déployer un pareil arsenal de protection. Pourtant rien de bien extraordinaire ici, pensait-il, on aurait dit un Club Méditerranée à l'abandon, avec ses installations défraîchies, son terrain de fitness où s'agitaient de bon matin quelques grand-mères en flottant de sport couleur pistache, son restaurant self-service et sa paillote qui faisait office de restaurant de poissons ».

Fausses et vraies disparitions

Stéphane, loin de se reposer, va sombrer dans une désespérance paranoïaque motivée par ce lieu fermé semblant cacher des secrets depuis des décennies. Philippe Garnier passe rapidement dans le « dur » du roman. Exit le soleil, la plage et l'insouciance. Il suit pas à pas son héros s'enfonçant dans une déprime carabinée. Ses rapports avec son fils se font de plus en plus distants. Pablo vit comme un électron libre avec ses amis. Stéphane, père divorcé réduit à la portion congrue dans l'existence de sa progéniture, prend conscience pour la première fois de son inutilité. Il se heurte de plus à l'hostilité de plusieurs résidents, parents de son ex-femme. Une solution : alcool et tranquillisants. Un cocktail qui le plonge dans un monde de plus en plus fantasmé. Il tente de se raccrocher au sexe, entreprenant de séduire la mère d'une des amies de Pablo.

Autre dérivatif : ses fausses tentatives d'évasion du club. Le danger serait présent partout à l'extérieur. Il refuse d'y croire. Mais n'ose pas s'éloigner de plus de 500 mètres de hauts murs. Et puis le club bruisse de rumeurs. Des disparitions d'enfants. Il y a très longtemps. Une légende qui se transforme en réalité quand une fillette disparaît après avoir franchit une brèche dans le mur. Toutes les peurs et inquiétudes vont se concrétiser et Stéphane se retrouver au milieu de cette spirale de la suspicion.

Roman aux multiples facettes, cette première fiction de Philippe Garnier (il a écrit deux essais), explore les côtés les plus sombres de l'âme humaine. Solitude, mensonges, manipulation : un cocktail d'une rare efficacité pour vous gâcher des vacances sous les tropiques.

« Roman de plage », Philippe Garnier, Denoël, 15 €