Il faut avouer un petit air d'Harry Potter à cette BD écrite par Kid Toussaint et dessinée par deux auteurs italiens, Quattrocchi et La Barbera. Le jeune héros, Léo, débarque dans un nouveau collège. Il est immédiatement harcelé par les 'caïds'. Mais Léo n'est pas un enfant comme les autres. Il a un pouvoir magique lui permettant de converser avec les fantômes. Il se croit seul exceptionnel mais croise dans ce collège deux autres élèves originaux : Hamelin qui comprend le langage des animaux et Farah, capable de lancer des boules de feu avec ses mains. Ils sont trois dans ce premier tome, mais au total ils seront sept. Ce sera le fil rouge des autres albums à paraître cette année, le second tome en juin et le troisième en octobre. Frais et distrayant.
"Magic 7" (tome 1), Dupuis, 9,90 euros
Les BD prenant pour personnages principaux des adolescents sont parfois un peu mièvres. Ce n'est véritablement pas le cas de Zap Collège de Téhem dont le 8e tome vient de paraître. La petite bande de Jean-Eudes se défoule en jouant aux Dumball. Un sport entre foot et... rien de connu. La balle, énorme, est habitée par un concurrent. Et il y en a une par équipe. Original et physique, ce sport encore peu connu (et totalement imaginaire) vient de sacrer les champions de France. L'équipe de Jean-Eudes. Avec à la clé une qualification pour le championnat du monde qui se déroule au Watar. Encore faut-il trouver le financement pour payer le voyage. Sur cette trame de recherche de sponsoring, Téhem utilise les atouts de ses personnages, des capacités culinaires de Hayat aux conseils de relookage d'Ecoline. Hilarant mais aussi émouvant avec l'arrivée dans l'équipe de Graziella, gymnaste incomprise, folle amoureuse d'Eddy, le benêt au bonnet.
"Zap Collège" (tome 8), Glénat, 9,99 euros
La semaine dernière, j'évoquais ici même les messages codés trouvés dans un exemplaire du « Journal » paru en janvier 1902. Quelques amateurs perspicaces ont « craqué » le code avec une étonnante facilité.
Il paraît qu'il était déjà utilisé au temps de l'empire romain pour faire passer des consignes secrètes. Jacques B. sur Facebook, est persuadé que je me suis moqué des lecteurs et décodant « J'ai rarement vu aussi poire que toi » , m'écrit « Merci de votre humour je m'y suis fait piéger. » Je n'ai pourtant rien inventé, l'annonce est authentique et jamais je ne me permettrais de rire des lecteurs de l'Indépendant.
Un autre habitué de la chronique, par mail, m'explique comment décrypter ces annonces secrètes : « Le code est assez simple, c'est une transposition d'une lettre vers l'avant (a devient b, b devient c ...) sauf pour le v ». Donc « Kbj sbsfnfou xu bvttj qpjsf rof upj » signifie en réalité « Jai rarement wt (VU ?) aussi poire que toi ». Finalement j'ai eu chaud, car au lieu de parler de poires, j'aurais pu, sans même m'en rendre compte, traiter tout le monde de « dpo » voire de « cboef ef cbdijcpyapvt », même si je suis persuadé que cette expression n'était pas encore usitée au début du XXe siècle.
Ce petit jeu m'a donné l'idée de profiter de l'occasion pour vous faire une déclaration que ma timidité m'empêche d'écrire en clair. Sachez donc, chers lecteurs que « kf wpvt bepsf. Nbjt kf qsfoet vof tfnbjof ef wbdbodft. Sfoefa-wpvs mf mvoej 18 bwsjm. »
Je ne comprends plus rien aux activistes de l'ultra-gauche. Faut-il manifester debout ou couché ? En fait, tout dépend du lieu et de la cause.
À Paris, on se doit de passer la "Nuit debout" pour montrer son opposition au gouvernement, au capitalisme, à la finance, à la loi Travail, aux pollueurs, aux intégristes... La liste des maux de notre planète semble infinie. Presque plus longue que les participants à ces nuits qui veulent se donner des airs de Podemos à la française. Le concept, donc, passer la nuit debout, place de la République à Paris, pour débattre du futur de notre société. Noble idée mais pas pratique pour ceux qui bossent toute la journée, voire la nuit et le week-end s'ils ont la chance, comme moi, d'œuvrer dans la presse quotidienne qui paraît sept jours sur sept.
Je ne rejette pas l'idée en bloc. J'attendrai simplement juillet pour me faire une idée. Avec un peu de chance je serai en vacances, il ne fera pas trop froid et surtout les nuits sont courtes.
Debout la nuit à Paris, couché la journée à Pau. Durant trois jours, la ville accueille le Congrès international du pétrole. Des activistes, pour dénoncer le massacre de la nature, s'allongent sur la chaussée devant le Palais Beaumont. 400 cadavres virtuels hurlent "Stoppons les fossoyeurs du climat !". D'autres, pour retarder l'arrivée des congressistes, s'étendent devant les roues des minibus chargés des navettes.
"Debout !" "Couché !". Il ne manque plus que les révoltés décident d'un "sit-in" et la contestation de gauche deviendra experte en dressage de chien.
Jolie parabole sur le monde de l'édition, "Le mystère Henri Pick" de David Foenkinos entre rires et pleurs.
Être publié. Le rêve de tout écrivain du dimanche se transforme souvent en immense déception. David Foenkinos, romancier reconnu et qui n'a plus de problème à ce niveau, raconte la petite histoire de ces manuscrits qui ne franchiront jamais les librairies. L'occasion aussi pour ce pro de l'édition de détailler tous les petits métiers de ce milieu culturel si particulier, de l'éditeur au bibliothécaire en passant par le représentant et l'écrivain, bien entendu. A Crozon, petite ville de Bretagne, Jean-Pierre Gourvec, en hommage à Brautigan qui l'a imaginé dans un de ses livres, décide de créer la bibliothèque des manuscrits refusés. Une dernière occasion pour ces livres sans avenir d'être lus.
Seule condition pour y être admis : que l'auteur remette en main propre le texte. "Il y avait ainsi une grande valeur symbolique à parcourir des centaines de kilomètres pour mettre en terme à la frustration de ne pas être publié. C'était une route vers l'effacement des mots."
En vacances dans la région, Delphine, jeune éditrice parisienne, découvre dans les rayonnages un roman d'une force incroyable. Signé Henri Pick, elle décide de la publier. Et de raconter le parcours de cet écrivain inconnu pour assurer le lancement marketing. Car Henri Pick était le patron de la pizza de Crozon. Mort depuis quelques années, les droits iront à sa veuve. Énormes droits, le roman remporte un succès phénoménal.
Entre alors en scène Jean-Michel Rouche, critique littéraire en disgrâce, persuadé que le pizzaïolo n'a pas écrit le roman mettant en scène les dernières heures du poète russe Pouchkine.
Présenté comme une "comédie pétillante", le mystère Henri Pick est effectivement très distrayant mais se dévore comme un polar, avec enquête, révélations, coups de foudre et retournement de situation dans les dernières pages.
« Le mystère Henri Pick » de David Foenkinos. Gallimard. 17,50 euros
Rien ne va plus au 44 Scotland Street ! Las de supporter jour après jour la tyrannie de sa maniaco-névrosée de mère, Bertie décide de prendre des mesures drastiques et de se mettre en vente sur eBay. Ajoutez-y de nouveaux chassés-croisés amoureux et des décisions rocambolesques et vous obtenez le nouvel épisode des Chroniques d'Edimbourg, feuilleton haut en couleurs d'Alexander McCall Smith.
"Le blues de Bertie", 10/18, 7,80 euros
Premier roman de Christophe Molmy, "Les loups blessés" est diaboliquement réel. Normal, avant de raconter le périple de ce flic usé et d'un criminel de haut rang, l'auteur a fait une longue carrière à la BRI de Paris, service spécialisé dans la lutte contre le grand banditisme. Le roman est une longue traque qui pourrait se solder par une rédemption. Mais pourquoi la fiction serait-elle plus belle que la réalité ?
"Les loups blessés", Points, 7,50 euros
Avant de signer des polars ruraux, Bernard Simonay s'est imposé comme un des meilleurs représentants de la science-fiction française. "L'archipel du Soleil" est le second tome de sa trilogie sur les enfants de l'Atlantide, qui plonge le lecteur au cœur de la civilisation atlante. Une extraordinaire saga entre rêve et réalité se déroulant six mille cinq cents ans avant Jésus-Christ.
"L'archipel du Soleil", Folio SF, 9,20 euros
Les cinéastes comme tous les artistes peuvent se contenter de touiller les bonnes recettes à l'infini. Style le troisième volet des Visiteurs. Et puis il y a les autres, ces frapadingues toujours à la recherche de ce qui ne s'est jamais fait.
Dans le genre, "Swiss Army Man" des Américains Daniel Kwan et Daniel Scheinert (sortie mi-juin en France) en impose. Production indépendante très remarquée au festival de Sundance, deux stars s'affichent au générique : Paul Dano et Daniel Radcliffe. Le premier s'est fait connaître dans "Little Miss Sunshine", le second est l'interprète d'Harry Potter.
Paul Dano dans "Swiss Army Man" se coule dans la peau d'un naufragé solitaire sur une île déserte. À bout, il décide de se pendre quand il aperçoit sur la plage un homme étendu. Il oublie son suicide et court secourir Daniel Radcliffe sauf que lui est vraiment mort. Première bizarrerie, une des vedettes tient le rôle d'un cadavre. Ne supportant plus la solitude, Paul Dano transporte le cadavre à travers la jungle, joue avec lui comme avec une grosse peluche, découvre qu'il peut émettre quelques sons, notamment de puissantes flatulences (je ne m'étendrai pas sur l'état du corps d'un noyé.) Seconde bizarrerie, ces gaz vont permettre au héros de survivre, de retrouver espoir et même de fuir l'île en transformant Radcliffe en jet-ski. Faut-il vous faire un dessin pour expliquer le mode de propulsion ?
Tout cela raconté par des critiques, semblait vraiment n'importe quoi. Depuis 24 heures la bande-annonce est en ligne. Harry Potter est peut-être mort sais son interprète pète toujours... la forme.
Bob Fosse, chorégraphe de génie, n'a que peu tourné de films. Il a cependant rapidement atteint l'excellence. Quand il sort "Cabaret" en 1972, il ne se doute certainement pas que cette histoire remporterait 8 Oscars. Pour son projet suivant, "Lenny", il change de registre. Terminé le musical, place au biopic. En noir et blanc qui plus est.Lenny Bruce, dans les années 50 et 60, a révolutionné la scène comique américaine. Après des débuts assez quelconques, il décide d'abandonner blagues potaches et imitations laborieuses pour improviser sur l'actualité. Il attaque les grands de ce monde et surtout se permet des réflexions sur le racisme ou le sexe. Une parole libérée qui ne plaît pas aux autorités. Il va être harcelé par la police et la justice, jusqu'à sa mort par overdose en 1966. Le film de Bob Fosse, avec Dustin Hoffman en vedette, a remporté un immense succès en 1974. L'occasion de le redécouvrir dans cette version remastérisée, accompagnée d'un livret très complet de Serge Blumenfeld sur les conditions de tournage, la véritable vie de Lenny ou la suite de la carrière, peu reluisante, de Valerie Perrine, interprète de la femme de Lenny, stripteaseuse droguée souvent très émouvante par sa simplicité.
"Lenny", Wild Side Vidéo, combo blu-ray, DVD et livret, 29,99 euros
Étrange roman policier que ce livre signé Bernard Simonay. Si les héros récurrents semblent un peu fades, les personnages secondaires au contraire sont toujours dans l'excès. En Touraine, des spéléologues amateurs découvrent un cadavre au fond d'une caverne. Premier édifice d'une intrigue s'étirant sur plus de 70 ans. Karine Delorme, héroïne de la série, aide son ami Marc, commissaire.
Ils croisent la route d'une riche propriétaire, Eugénie Varney, surnommée la mère grippe-sou. Personnage pivot du roman, elle a bien des secrets à cacher et une fortune à préserver. Quelques meurtres plus tard, la sarabande des suspects ne cesse de s'amplifier. La faute au supérieur de Marc, le très réussi Dessartines, chef du SRPJ de Tours.
"Meurtres d'outre-tombe" de Bernard Simonay. Calmann-Lévy. 20,50 euros
Une femme découvre la liberté quand son mari la quitte et que sa mère meurt. Mais comment trouver sa place quand on se considère comme finie ? Un film comme un devoir de philosophie.
Jeune réalisatrice de 35 ans, Mia Hansen-Løve a déjà un beau CV derrière elle. Enrichie d'une prestigieuse récompense, celle de meilleure réalisatrice au dernier festival de Berlin pour "L'avenir". Ce film, directement inspiré de la vie de ses parents, est un long questionnement sur le sens de la vie et de l'enseignement. Nathalie (Isabelle Huppert) est professeur de philosophie. Elle vit dans un bel appartement parisien en compagnie de son mari, Heinz (André Marcon), lui aussi professeur. Nathalie a deux enfants devenus adultes et un parcours professionnel exceptionnel. Elle enseigne à des terminales et repère les meilleurs éléments comme Fabien qu'elle a poussé à devenir Normalien. Mais à l'orée de la cinquantaine, cette femme, au quotidien très formaté, voit son existence bouleversée.
Élève modèle
Premier signe, elle ne comprend plus ces jeunes en grève pour l'avenir de leur... retraite. Ensuite son mari lui apprend qu'il a rencontré une femme et va la quitter. Enfin sa mère (Edith Scob, lire ci-contre), tombe malade et devient dépendante. Quand elle meurt, ce sont toutes les chaînes de la vie de Nathalie qui se brisent. Elle se retrouve seule, sans rien devoir à personne. Un tourbillon de liberté qui la déstabilise. Elle va se tourner vers son petit prodige, Fabien, mais là aussi l'incompréhension règne en maître. Dans le rôle principal, Isabelle Huppert rend parfaitement le questionnement froid et très philosophique de cette femme perdue dans un monde qu'elle ne comprend plus. La faute à son embourgeoisement sans doute. Ou cette volonté d'être utile, de prendre en charge la vie de ses proches comme un défi permanent. Son tête à tête avec le chat de sa mère est à ce niveau très symbolique. Le film, parfois un peu trop bavard, retrouve grâce et luminosité quand Nathalie passe quelques jours dans le Vercors, dans la communauté libertaire fondée par Fabien. Une dernière évidence pour cette femme du passé qui a pourtant un avenir à construire. Lequel ? Le film ne le dit pas. Mais il reste positif, comme toutes les réalisations de Mia Hansen-Løve.
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Edith Scob : cinq décennies de seconds rôles
Dans le rôle de la mère dépressive et tyrannique de Nathalie, on retrouve un visage bien connu du cinéma français. Cela fait près de 50 ans qu'Edith Scob incarne un certain type de femme, racée et hautaine. Son premier rôle marquant, elle le doit à Georges Franju. Elle y interprète une des pensionnaires de l'asile psychiatrique de "La tête contre les murs". Ce même Franju lui offre un nouveau rôle de composition avec "Les yeux sans visage", film fantastique terrifiant. La frêle jeune fille va enchaîner les tournages, tant dans des productions populaires ("L'été meurtrier", "Sœur Thérèse.com") que des films d'auteurs, notamment avec Rivette ou Bunuel. Mais elle ne sera jamais en vedette. Une position qu'elle conservera au gré des décennies. Maintenant âgée de plus de 70 ans, elle est abonnée aux 'vieilles' psychorigides, voire carrément folles. Elle expliquait toute la difficulté d'aimer de Benoît Poelvoorde dans "Famille à louer". Dans "L'avenir", elle ne supporte pas les ravages du temps, se conduit comme une fillette capricieuse avec sa fille qui accourt au moindre problème. Elle est souvent dans le même registre, mais toujours avec justesse.