mardi 6 mars 2018

De choses et d'autres - Du sexisme des hymnes nationaux

Nous n’avons pas, en France, le monopole des polémiques sur les clichés sexistes. L’Allemagne vient de nous donner une leçon dans ce sport international. Des associations féministes se sont élevées contre les paroles de l’hymne allemand. Les paroles datent de 1841 et c’est la secrétaire d’Etat à la condition féminine qui voudrait « dé-genrer » deux passages. Dans un premier temps, elle propose de changer l’expression « père patrie » (vaterland) par « chez-soi » (heimatland). Un peu plus loin, elle s’offusque du « fraternellement » ne faisant référence qu’à des frères préférant le mot « courageusement ». Comme prévu, la droite a protesté contre ces propositions. Angela Merkel en tête.

Pourtant ce n’est pas si original puisque le Canada a modifié l’an dernier un passage de son hymne. La version originale (exactement celle datant d’après la première guerre mondiale) dit «un véritable amour de la patrie anime tous tes fils ». Phrase devenue après vote au Parlement « un véritable amour de la patrie nous anime tous ».

Alors, après le Canada et bientôt l’Allemagne, à qui le tour ? En France, les paroles de la Marseillaise ont souvent été matière à polémique. Mais pas sur le thème du genre. Plus sur le côté guerrier et agressif. Mais on pourrait s’indigner de ce passage «Ces phalanges mercenaires terrasseraient nos fils guerriers. » Pourquoi juste les fils. Les filles aussi savent manier le fusil. Quant à la fin de la chanson, elle pose encore plus de problèmes : «Liberté, Liberté chérie (...), que la victoire accoure à tes mâles accents. » Va falloir m’expliquer ce que c’est exactement des « mâles accents » ?

À l’inverse, les Anglais devraient réclamer la modification le « God save the Queen » en « God save the King and the Queen ».

lundi 5 mars 2018

BD : Savoir dire les choses


Un dessin, stylisé de surcroit, vaut toujours mieux qu’un long texte. Elijah, illustrateur et journaliste, le sait bien puisque la formule des Top 5 lui ont permis de s’imposer dans un journal espagnol. Mais à trop vivre pour le travail, on se retrouve à faire un transfert sur sa vie privée. Quand il apprend que sa compagne attend un enfant, il imagine immédiatement un Top 5 lourd de conséquence sur «5 choses à ne jamais lui dire» quand il intègre, en 2e position, «Ne pas lui faire un enfant dans le dos». Canizales livre une histoire en noir et blanc d’une grande intelligence, son dessin délavé permettant de passer de la douceur à la violence. Cet auteur colombien, plutôt spécialisé dans l’illustration jeunesses, vit en Espagne depuis 20 ans. Il devrait vite devenir incontournable de ce côté des Pyrénées avec la traduction de ses romans graphiques. 
 ➤ «5 choses à ne jamais lui dire», Warum, 15 €

De choses et d'autres - La dernière mode chez les animaux

Rares sont les marques qui ont pour logo un animal. Lacoste, depuis près d’un siècle, décline sur tous ses polos un crocodile vert. Souvent imité, jamais égalé, la bestiole à la grande gueule remplie de dents ne fait pas partie des espèces menacées. Pour l’image dans le public, entre un crocodile et un gentil lémurien de Madagascar, on pourrait penser qu’il n’y a pas photo. Comme les koalas, ces petits animaux aux grands yeux, vivant dans les arbres, ont une côte de popularité inversement proportionnelle à leur population mondiale. Il ne reste que 50 Lepilemur Septentrional dans le monde. 

Alors pour marquer le coup, et aider financièrement une organisation qui protège les espèces menacées, Lacoste a décidé de mettre en vente 50 de ses polos où le croco qui pullule a été remplacé par le lepilemur rarissime. A 150 euros le vêtement, cela permet de faire rentrer un peu d’argent frais dans les caisses de l’association IUCN. Une opération d’ampleur, Lacoste remplaçant son logo par 10 espèces menacées. Avec à chaque coup un nombre limité d’exemplaires, identique au nombre de survivants. Cela va donc de 30 marsouins du golfe de Californie aux 450 cyclures de l’île Anegada. Un cyclure est un gros iguane herbivore de 6 kilos. Il n’a pas spécialement une belle gueule, mais quand on y réfléchit, cela vaut largement un crocodile.

De toutes les espèces sélectionnées, la plus cool est le tigre de Sumatra, la plus bizarre le perroquet Kakapo, un gros oiseau de quatre kilos, endémique en Nouvelle-Zélande et exterminé par les... chats.

Par contre pas la peine de vous rendre dans les magasins, tous les exemplaires de ces éditions originales ont été vendus en quelques heures sur le site de Lacoste. Mais qui sait, dans 30 ans, les crocodiles aussi seront en voie de disparition... 

dimanche 4 mars 2018

De choses et d'autres - Les Césars n'ont pas le sens de la fête

Vendredi, le cinéma français a remis ses Césars. Une édition 2018 très équilibrée, avec quelques surprises (trois statuettes pour « Petit Paysan » sur la déprime de l’élevage français face aux nouvelles maladies) et un bon équilibre entre les deux favoris. Au palmarès un regret, l’absence de trophée pour « Le sens de la fête », excellent film choral sur cette journée de mariage à laquelle on aurait tous rêvé de participer en sortant de la salle. Le genre de film qui vous rebooste pour un bon moment. L’énergie est positive, les personnages attachants et perfectibles, les situations tendres ou hilarantes. Pas de la grosse prise de tête, juste un divertissement de très bonne qualité. Résultat, « Le sens de la fête » repart bredouille. Mais c’est le jeu.

Pas de regrets du côté de l’équipe. Pourtant ce « fanny » de Tolédano et Nakache semble injuste quand on a vu Dany Boon monter sur la scène et recevoir le César du public pour « Raid Dingue ». L’académie a décidé cette année de remettre un prix au film français dont le nombre d’entrées a crevé le plafond. La qualité ? On s’en fout! La pertinence ? Rien à battre ! La justesse des acteurs, le scénario, la musique ? Aucune importance, seul compte le nombre de billets vendus. Voilà où l’on en arrive quand on veut satisfaire les grands argentiers du cinéma français : des prix bidons sans la moindre justification ni utilité.

Quoi que. J’ai repéré sur internet un persifleur enthousiaste : maintenant que le réalisateur des Ch’tis a enfin obtenu son prix sur mesure destiné rien qu’à lui, on ne l’entendra plus chouiner chaque année sur l’absence des comédies populaires du palmarès. Plus spécialement des siennes. Mais ça, les amoureux du vrai cinéma, celui dont la pertinence s’allie à l’intelligence, ne manqueront jamais de le lui rappeler.

Littérature : Jean Teulé nous entraîne dans une danse endiablée


Drôle de technoparade à laquelle nous convie Jean Teulé dans son nouveau roman. « Entrez dans la danse » est de la veine des précédents romans de l’ancien auteur de BD : court, imagé, intelligent et furieusement drôle par moments. Tout commence en 1519 à Strasbourg. En plein été, la situation de la ville est catastrophique. En plus de la crainte d’une invasion des Turcs, la ville meurt de faim. Les récoltes ont été mauvaises et si certains spéculateurs ont anticipé la crise, rares sont les Strasbourgeois qui ont les moyens de se payer un kilo de farine.

■ Manger le bébé

Les premières pages sont terribles. Dans un quartier d’artisans, une femme, son bébé dans les bras, rejoint un pont sur le Rhin. « Au milieu de cette passerelle, elle s’arrête et jette son enfant à la rivière ». Infanticide froid et délibéré. Paradoxalement, pour éviter le pire. Car au chapitre suivant on voit une autre mère indigne : la faim l’a poussée à cuire son nourrisson. Cela fait deux jours qu’avec le père ils se régalent. Voilà la situation dans Strasbourg la maudite quand les premiers signes de l’épidémie apparaissent. Une femme, suivie d’un couple puis de tout un groupe se met à danser dans la rue. Danser joyeusement, comme si plus rien de grave ne pouvait les toucher. Toute la subtilité du roman est dans cette danse éperdue. Face à une situation dramatique, sans solution, l’idée de faire la fête, de profiter de la vie, semble la pire des solutions. Mais pourquoi dansent-ils?



Une question lancinante et sans réponse pour les édiles (superbe portrait du maire) et responsables religieux (l’évêque en prend pour son grade). Dehors, la sarabande continue. Jean Teulé raconte, avec sa poésie habituelle. Les gargouilles sur la cathédrale n’en croient pas leurs yeux : « Sous les étoiles, dans Strasbourg hébétée d’une folie générale comme si la raison était en morte saison, les êtres hybrides, grotesques, et allégoriques de l’édifice regardent glisser sur le mur d’en face, des ombres semblables à celles de monstres effrayants, possédés et fantasmatiques. » Fantasmatique. Le mot idéal pour définir ce roman trépidant de Jean Teulé.

➤ « Entrez dans la danse » de Jean Teulé, Julliard, 18,50 €.

samedi 3 mars 2018

Images sudistes


300 ans. le bel âge. En 2018, la Nouvelle-Orleans a 300 ans. L’occasion de découvrir cet ville américaine atypique, ayant conservé de nombreux vestiges de son passé francophone. Vous pouvez vous rendre sur place ou plus simplement plonger dans le beau livre « New Orleans et le sud de la Louisiane » de Gabriel Vitaux, photographe installé dans l’Aude. Des centaines de clichés réalisés entre octobre 2015 et avril 2017, sélectionnés et mis en valeur dans ces 250 pages. Une première partie est entièrement consacrée à la ville, notamment ses clubs toujours aussi actifs. Dans la seconde, on entre dans l’Acadiana, le pays cadien, de Houma à Lafayette. 
➤ « New Orleans et le sud de la Louisiane », Gabriel Vitaux, éditions Label Odero, 35 €

vendredi 2 mars 2018

De choses et d'autres - Fautifs, levez le doigt !

Les lecteurs les plus attentifs et pointilleux de nos pages penseront que parler de ce livre est totalement inutile. Il suffit de parcourir les pages de la presse française en général pour retrouver tous les exemples donnés par Alfred Gilder

Cet ancien haut fonctionnaire a collecté « Les 300 plus belles fautes… à ne pas faire ». Le nombre semble conséquent, mais au final la langue française est si compliquée qu’on aurait pu s’attendre à beaucoup plus. Si par exemple je constate « qu’il s’avère faux que les écoliers manient la lecture avec aisance », je m’enfonce lamentablement dans un oxymore de première. À moins que je ne tourne ma phrase en « il s’avère vrai que l’illettrisme gagne du terrain ». Mais alors, je tombe dans le pléonasme. La faute au verbe avérer signifiant « qui est vrai ». 

Des erreurs de ce style, l’auteur les décline au gré de ces 230 pages dans des chapitres allant de la nourriture à la politique en passant par la religion. On pioche dans ces paragraphes courts, parfois savants et bien argumentés, à d’autres moments très sarcastiques quand il chasse les anglicismes, préférant « egophoto » à « selfie ». 

De grands écrivains sont même épinglés, Saint-Exupéry par exemple, qui dans son «Petit prince » utilise l’horrible pléonasme « dune de sable ». 

➤ « Les 300 plus belles fautes... à ne pas faire », Omnibus, 13 €

jeudi 1 mars 2018

De choses et d'autres - Boules de clones

Personnellement, j’en étais resté à Dolly, la brebis. Premier animal cloné par des chercheurs. Depuis, l’utilité de ce clonage paraissait peu convaincant. Une banale insémination artificielle, avec sélection du géniteur fait l’affaire. 

Pourtant le clonage des animaux n’est pas totalement abandonné. Pour preuve, Barbra Streisand, immense star américaine tant dans la chanson que le cinéma, a profité des dernières avancées de la science dans cette spécialisation. Pas de brebis pour Barbra mais une petite chienne. En l’occurrence la sienne, Samantha, morte l’an dernier. Mais avant que ce Coton de Tulear ne rende son dernier souffle, on lui a prélevé quelques cellules dans la bouche et l’estomac. C’est à partir de ce matériau que Samantha a été clonée. Et tant qu’à faire, clonée deux fois. 

Comme pour la fécondation in vitro, on implante plusieurs ovules fécondés pour multiplier les chances. Cela donne des jumeaux, des triplés voire plus. Depuis quelques semaines Barbra se retrouve avec deux «mini Samantha », jolies boules de poils identiques en tous points (deux cellules en réalité). Si bien qu’elles portent toujours un gilet de couleur pour les différencier. La première a été baptisée Miss Violet, l’autre Miss Scarlett. Mine de rien, la star américaine a inventé la taxidermie mobile. Car une fois Samantha morte, deux répliques sont arrivées pour occuper sa place. Comme si sa maîtresse avait conservé l’animal. Mais au lieu de l’empailler et de le poser au-dessus de la cheminée, elle a acheté un second panier... 

Un petit luxe réservé aux riches mais qui pose un problème éthique. Dans quelques années, le clonage humain sera-t-il légal ? Et aura-t-on le droit de cloner un cher disparu pour qu’un avatar prenne sa place ? Laeticia doit se dire qu’elle l’a échappé belle. Mes oreilles aussi. 

BD : Succession compliquée à la Cour des Miracles

Julien Maffre, passé par les Beaux-arts de Perpignan, se lance dans une nouvelle série avec Stéphane Piatzsek au scénario. En cinq tomes ils entreprennent de raconter les grandes heures de la Cour des Miracles. Le premier tome présente Anacréon, le roi des gueux. Il règne sur ces voleurs, infirmes et orphelins. Mais la retraite approche. Il compte passer le flambeau à son fils, trop jeune et imprudent, malgré la protection efficace de sa sœur, la Marquise. 
 ➤ « La Cour des Miracles » (tome 1), Soleil Quadrants, 15,50 €

mercredi 28 février 2018

De choses et d'autres - Ressentiment

Une vague de froid déferle sur la France avec furie en provenance des steppes russes. On ne peut pas parler d’information en soi. En février, dans l’hémisphère nord, le thermomètre monte rarement à 20°. Par contre les explications sur les températures réelles et ressenties sont passionnantes. Un petit 2° se transforme en -4° si le vent est soutenu et en provenance du nord. Dans la région, on connaît bien ce phénomène. La tramontane est synonyme de soleil. De chaleur aussi à l’intérieur d’une véranda fermée exposée plein sud. Mais à l’extérieur il fait froid, glacial parfois.

Cette équation est-elle vérifiable en toute occasion ? Je me suis posé la question en voyant passer une photo sur Twitter. Sur un panneau ces quelques mots « Nombre d’enfants : 2. Ressenti: 14. »

Une révélation sur des situations particulières au cours desquelles mon ressenti ne correspond pas à la réalité. Une sorte de théorème de la subjectivité face aux éléments. Prenez les grands magasins en période de fin d’année. Quand certains parviennent à slalomer entre les chariots comme si de rien n’était, je m’enfuis comme un agoraphobe dépressif qui aurait finalement changé d’avis devant le pire suicide qu’il avait pu imaginer.

Même principe sur les retards. Comment faire comprendre à un maniaque de l’exactitude que ce petit retard d’un quart d’heure (parfois 30 minutes, on ne va pas pinailler) n’est pas grave ? À peine quelques millièmes de secondes en comparaison de la durée totale de notre existence. Retard réel de notre côté : 15 minutes, ressenti : 2 secondes. Retard réel de son côté : 15 minutes, ressenti : trois siècles. Néanmoins, de deux secondes à trois siècles, on a le temps de se les geler grave.