Il est des policiers, héros de polars, qui marquent plus que d’autres. Kaga Kyoichiro est de cette veine. Imaginé par Keigo Higashino, il vient d’être muté dans un commissariat au cœur de Tokyo. Il est chargé de retrouver le meurtrier d’une femme étranglée à son domicile. Adepte des détours, il va interroger toutes les personnes qui ont rencontré la malheureuse le jour du drame.
Cela donne un roman tiroir ou puzzle, où chaque chapitre est la description d’un petit métier, de l’horloger au cuisinier en passant par le simple épicier. Une balade dans le Japon authentique, avec traditions… et secrets.
➤ « Le Nouveau » de Keigo Higashino, Actes Sud, 22 €
Et pour accompagner le vieux navigateur, Kim, héros imaginé par Kipling. Une forte ambition littéraire pour cet album qui fait pourtant la part belle à l’action. Kim, toujours aussi déchiré par ses origines (petit Irlandais élevé dans les rues de Bombay) est devenu espion pour la couronne anglaise. Pour tenter d’éviter une guerre, il doit faire évader Nemo d’une prison russe en pleine Sibérie.
60 pages de toute beauté, entre Inde et Russie, avec en point d’orgue la découverte du Nautilus, superbe navire qui sera au centre du tome 2 annoncé pour octobre de cette année.
Il fallait oser mélanger plusieurs genres. Zack Snyder l’a fait. Et bien fait dans l’ensemble. A la base, c’est une histoire de zombies. Mais pas que. Army of the Dead, disponible sur Netflix, est aussi une histoire de casse et de bande. La bande est formée par Scott Ward (Baute Batista). On y retrouve d’anciens soldats (dont Nora Arnezeder, la touche sexy française), une pilote d’hélicoptère et la fille de Scott, Kate (Ella Purnell).
Durant plus de deux heures ça bastonne beaucoup, le sang gicle et les gags fusent. Un bon moment de distraction loin, très loin de la réalité.
Dans un grand appartement, un vieil homme tente de se rappeler des fragments de sa vie qui s’effiloche.
Anthony Hopkins a décroché un Oscar pour son interprétation dans The Father, premier film du Français Florian Zeller. Une distinction plus que méritée. En réalité, si la statuette lui avait échappé, on se serait retrouvé face au plus grand scandale du cinéma de ces 20 dernières années. Car l’inoubliable interprète d’Hannibal Lecter dans Le silence des agneaux marque de bout en bout ce drame sur la vieillesse.
À Londres de nos jours, Anne (Olivia Colman), rentre en urgence dans l’appartement où vit son père Anthony. Elle lui demande des explications sur ses derniers accrochages avec l’aide-soignante chargée de seconder au quotidien cet homme de 82 ans. Il l’a accusé d’avoir volé sa montre. Elle a prétendu que non. Visiblement la discussion s’est envenimée et Anthony l’aurait menacé physiquement selon Anne qui se retrouve de nouveau seule avec ce père qui n’en fait qu’à sa tête.
Pour lui, pas de doute, il peut tout à fait se débrouiller seul. Il s’active dans la cuisine, se prépare son thé, écoute de la musique sur sa chaîne stéréo, admire la peinture de sa seconde fille, Lucy, qui elle, à son grand regret, ne donne jamais de nouvelles.
La bascule du film a lieu quand Anne annonce à son père qu’elle a rencontré quelqu’un et qu’elle a décidé d’aller vivre avec lui… à Paris. Elle ne sera plus présente tous les jours pour s’occuper de lui. Et donc elle va devoir prendre une décision…
Adapté de sa propre pièce de théâtre, le premier film de Florian Zeller est magistral dans sa forme et sur le fond. Pour faire passer ce tourbillon d’émotions fortes, il s’appuie sur un comédien qui semble totalement s’identifier à son rôle.
Anthony Hopkins joue avec une sincérité déroutante toutes les facettes de cette maladie du siècle : Alzheimer. Pour lui donner la réplique, Olivia Colman, en quelques regards appuyés par de rares paroles, retranscrit tout le désespoir des enfants de ces malades qui s’ignorent. Car pour eux, ils sont simplement dans leurs mémoires, au pluriel car tout s’emmêle, se duplique et prend des tournures différentes au gré des émotions.
➤ « The father », drame de Florian Zeller avec Anthony Hopkins, Olivia Colman, Mark Gatiss, Imogen Poot, Olivia Williams
Trop de communication tue la communication. Jean Castex, Premier ministre, en a fait les frais cette semaine. Si son café pris en terrasse avec le président Macron a été moyennement moqué sur les réseaux sociaux pour sa mise en scène, son voyage vers Nice en train de nuit a été la goutte qui a fait déborder le vase rempli de sarcasmes.
Sur le coup, son annonce du départ aux voyageurs a plus fait sourire que grogner. Normal, tout le monde a un jour rêvé de prendre le micro (dans un train ou un supermarché) pour faire une déclaration. Non, le souci est apparu vendredi matin quand des passionnés d’aviation ont révélé qu’un Falcon du gouvernement avait fait le voyage lui aussi vers Nice.
Car une fois arrivé, au petit matin, au bord de la Méditerranée, le Premier ministre n’en a pas profité pour prendre un week-end prolongé au soleil (lundi c’est férié). Il a en fait sauté dans le jet privé et a décollé immédiatement vers le nord.
Beaucoup plus vite qu’avec un train, il a rejoint Valence dans la Drome pour une visite au pas de course. Et en début d’après-midi retour sur le tarmac et cap vers la capitale qu’il a rejoint à 16 heures. Prendre un train de nuit c’est bien, mais revenir en jet privé, c’est très moyen.
Le plus délirant dans cette affaire d’aller-retour train avion, c’est que Jean Castex est attendu aujourd’hui en Cerdagne. Mais cette fois il ne viendra pas en train, un trajet de nuit ça va, deux, bonjour les dégâts.
En cette période de pandémie, pour voir des œuvres d’art on peut, depuis mercredi, aller dans des musées, mais aussi profiter de quelques opérations en plein air. Comme ce Festival d’art contemporain et de land art, en Champagne, intitulé Vign’Art.
Sur une quinzaine de sites, des artistes proposent des performances à découvrir en pleine campagne. Une des installations a eu beaucoup de succès. L’œuvre intitulée les « Nids de raisin » posée sur les hauteurs de Pierry par l’artiste néerlandaise Marie-Louise J.A. van den Akker a tellement plu que des amateurs ont carrément subtilisé l’œuvre cette semaine.
L’artiste, selon le site de Vign’art, voulait « attirer l’attention sur le rôle du soleil qui fait mûrir les raisins. Les nids ressemblent à des boîtes de trésor, mais le trésor n’est plus là. » Une phrase prémonitoire, puisqu’effectivement, quelques jours après le vernissage, l’œuvre (ou le trésor) n’est plus là. Envolés les neuf nids de raisin. Pourtant, ils étaient assez volumineux.
Le pire, dans cette histoire, c’est que les voleurs ne sont certainement pas des amateurs d’art. Ils ont simplement constaté que « chaque nid est composé des deux quarts d’un tronc d’arbre, et revêtu d’une feuille de cuivre », comme l’explique l’artiste. Du bois. Parfait pour se chauffer en ce printemps frileux. Du cuivre. Sans doute le métal le plus recherché par les ferrailleurs.
Je serais Nicolas Triboulot, créateur d’« Éloge des dessous » exposé en lisière de forêt à Chavot, je m’inquiéterais pour mes « parallélépipèdes entourés d’un film doré ». Après le cuivre, un peu d’or ?
Le cinéma fait rêver. Les enfants, les adultes, mais aussi les spéculateurs qui profitent de cet engouement pour faire quelques ventes aux enchères peu banales. Ainsi, le chapeau d’Indiana Jones, fait sur mesure pour Harrison Ford, sera mis en vente à Hollywood, le 29 juin. Estimation des experts : entre 150 000 et 250 000 dollars. Un peu cher pour un couvre-chef assez usé, mais le produit de la vente ira à une association caritative.
On pourra, aussi, acquérir un sabre brandi par Tom Cruise dans Le dernier samouraï.
Cette mode des vestiges du cinéma pourrait traverser l’Atlantique. Pourquoi ne pas organiser, sur ce même modèle, la vente d’objets mythiques des grandes comédies françaises. Par exemple, la tour Eiffel en allumettes que Jacques Villeret montre avant Le Dîner de cons. Ou, toujours avec Jacques Villeret, sa combinaison d’astronaute dans La soupe aux choux. Plus récent, à combien pourrait partir le sac banane de Jeff Tuche alias Jean-Paul Rouve ? Ou le kart conduit par Philippe Lacheau dans Babysitting ?
Personnellement, je rêve de posséder une des broches vues dans Star Trek et qui permet, d’un simple clic, de se téléporter loin, très loin, dans la galaxie.
Mais, on ferait encore plus d’argent en étendant le champ des objets mis en vente. Je suis sûr qu’il y a quantité de Marcheurs qui seraient prêts à signer un gros chèque pour acquérir les tasses utilisées par le président Macron, le Premier ministre, Jean Castex, ce mercredi 19 mai, en terrasse, à Paris. Même si, finalement, ce sont aussi des ustensiles de cinéma.
Certains héros de polars prennent de l’épaisseur au fil des romans. Quand Franck Thilliez a lancé Franck Sharko dans le grand bain en 2004 avec Train d’enfer pour Ange rouge, il ne s’imaginait sans doute pas l’ampleur que prendrait ce flic rude et taiseux dans son œuvre. Notamment quand il rencontre Lucie Hennebelle dansLe syndrome E. Cette ancienne gendarme avait déjà été l’héroïne de plusieurs romans dont La chambre des morts.
Dès lors un couple se forme et leurs histoires deviennent des best-sellers. Loin de se reposer sur la facilité, Franck Thilliez ne se consacre pas à 100 % à ses deux héros fétiches. Il alterne avec d’autres thrillers tout aussi ambitieux comme Le manuscrit inachevé et sa fausse suite Il était deux fois (sorti dernièrement chez Pocket).
Pour son retour en 2021, Franck Thilliez relance Sharko dans le bain. Mais pas là où l’avait laissé. Il fait un saut dans le temps pour raconter les débuts de ce flic d’élite, en 1991 au 36 du quai des Orfèvres. Nous sommes donc en 1991, Sharko à 30 ans, il vient de sortir de l’école d’inspecteurs et il n’y a ni téléphone portable, ni internet. Il faut se contenter du papier et du Minitel. Totalement inexpérimenté, Sharko a tout à apprendre. Mais déjà il fait preuve d’initiative. Ainsi il est à l’entrée du 36 quai des Orfèvres quand un homme s’y présente paniqué. Il vient de recevoir dans une lettre la photo d’une femme attachée sur un lit. Au dos du cliché, une adresse.
Sharko s’y précipite et découvre sa première scène de crime. Une mise en scène macabre et une femme massacrée, au corps en pleine décomposition. Quand vient le moment de l’autopsie, le chef de Sharko exige qu’il soit présent. Une première qui ne se passe pas bien « Le teint cireux, Franck s’excusa et sortit. Il se per dit dans les couloirs, plein de rage, de colère, avec l’envie de fracasser toutes les portes devant lui. Quel humain était pré paré à voir un semblable se faire désosser comme une voiture dans une casse ? Il s’était attendu à ce que ce soit difficile, mais pas à ce point-là. » Le lecteur dé couvre un Sharko encore un peu tendre, mais déjà redoutablement intelligent.
Cette première enquête, il va s’y investir à fond, encouragé par son chef, malgré l’hostilité de certains de ses collègues. 1991 est aussi l’occasion pour l’auteur de raconter la vie d’avant, quand il fallait chercher une cabine téléphonique pour prévenir ses supérieurs qu’on vient de découvrir un cadavre. Quand les archives se trouvaient dans des sous-sols sombres et qu’il fallait plusieurs minutes de re cherche pour dégotter un dossier oublié.
On apprend enfin que Sharko avait une fiancée. Une certaine Suzanne qui n’est pas policière. Une gentille Nordiste qui n’a pas suivi son homme à la capitale mais qui lui envoie tous les soirs une lettre par fax. Car oui, à une époque, le fax était le summum de la modernité pour les gens pressés.
Suite des péripéties de Hina, la petite fille, personnage central de la série « Les voisins mode d’emploi » écrite par Agnès Mathieu-Daudé avec des illustrations de Charles Berberian. Hina est inquiète. Sa maman, pilote de ligne, s’absente de plus en souvent les semaines où elle est là pour de mystérieux rendez vous. La fillette redoute qu’elle n’ait succombé à la mode des sites de rencontres en ligne. Car Hina, fille de divorcés, ne veut pas avoir un beau-père et contre moins d’un beau-père qui a des « enfants atroces ».
Publié dans la collection Neuf (comme l’âge à partir duquel le lecteur peut se passionner et se reconnaître dans Hina), ce roman aborde avec humour et empathie les craintes des enfants tiraillés entre deux familles, incapables de choisir, redoutant tout nouveau bouleversement.
Par chance, Hina peut compter sur ses voisins, notamment Antoine, un écrivain raté, très bon philosophe. Mais pas insensible au charme de la maman de Hina.
« Les voisins mode d’emploi » (tome 2) d’Agnès Mathieu-Daudé, illustrations de Charles Berberian, l’école des loisirs, 10 €
Elle est sur toutes les lèvres, hante tous les esprits, participe aux rêves les plus fous, est associée à ces plaisirs qui se sont raréfiés. C’est la star absolue et indétrônable de ce 19 mai. Vous avez bien évidemment reconnu la terrasse.
Oui, une simple terrasse de bar ou de restaurant qui accapare la moitié de la presse française et les deux-tiers des conversations. Il y a quelques semaines, on a vu sur les réseaux sociaux des images de ces jeunes qui faisaient la fête, buvant, chantant, s’embrassant, sur les terrasses des bars de Tel-Aviv.
Ensuite, les mêmes scènes se sont reproduites, mais sous une pluie froide et drue. Normal, c’était la Grande-Bretagne qui permettait à ses pubs de servir les clients en extérieur.
La terrasse de bistrot ou de restaurant va permettre à tout Français en mal de relation sociale d’avoir un peu l’impression de vivre de nouveau, comme avant. Tout le monde sait parfaitement que cet assouplissement n’est pas sans risque. Il faudra encore et toujours respecter les gestes barrières.
Mais le temps d’un café, le matin, ou d’un verre de rosé, à l’apéro, voire de tout un repas pour ceux qui n’en peuvent plus des boites de conserve, on pourra, enfin, parler avec des gens sans masque. échanger, plaisanter. Tout simplement montrer son sourire. Voir ceux des autres. Car ces masques, s’ils nous protègent, occultent aussi une partie de ce fameux art de vivre à la française, caractérisé par sa convivialité et sa jovialité.
C’est tout cela que l’ouverture des terrasses permet, ce mercredi 19 mai. Profitons-en.
Tiré d’un roman signé A. J. Finn (paru en France aux Presses de la Cité et chez Pocket), le film La femme à la fenêtre est disponible depuis une semaine sur Netflix, plateforme de streaming qui a coproduit le long-métrage réalisé par le britannique Joe Wright.
Le thriller, déjà bien angoissant, a donné un rôle en or à Amy Adams qui endosse la personnalité très perturbée d’Anna Fox. Cette femme, psychiatre pour enfants, vit recluse dans son appartement depuis des mois. Elle ne peut plus sortir hors de ces murs depuis un choc émotionnel. Bourrée de médicaments, buvant sans doute un peu trop de vin, elle reçoit son psy chez elle deux fois par semaine et passe le reste de ses journées à regarder dans la rue. Quand une nouvelle famille s’installe dans l’immeuble en face, les Russell, elle ne peut s’empêcher de les surveiller. Et de se faire des films. Sur le père, la mère et le fils, un jeune adulte qui vient sonner chez elle. Mais quand elle assiste à un crime chez les Russell, elle décide de prévenir la police.
Un véritable cauchemar va alors commencer pour cette femme à la fenêtre qui doute de plus en plus de sa santé mentale. Car il n’y a pas de cadavre, et la personne qu’elle a cru voir mourir n’est pas celle qu’elle croyait. Le téléspectateur est lui aussi ballotté entre doute et certitude, ne maîtrisant plus la limite entre réalité et fantasme.
Pour interpréter cette femme au bord de la folie, Amy Adams a puisé dans ses ressources. Une performance incroyable qui aurait largement pu lui permettre de postuler à un prix d’interprétation si le film avait été sélectionné dans des festivals.
Après plus de deux ans d’attente, la saison 2 de la série hospitalière française Hippocratedébarque en coffret DVD chez Studiocanal. Une suite très attendue et qui n’a pas déçu les très nombreux fans de la série créée par Thomas Lilti, lui-même médecin en plus d’être cinéaste.
À la base Hippocrate a pris la forme d’un film avec Vincent Lacoste et Reda Khateb. Puis l’univers s’est enrichi pour devenir une série. Quatre personnages principaux pour raconter le quotidien d’un hôpital. Trois internes Chloé (Louise Bourgoin), Hugo (Zacharie Chasseriaud) et Alyson (Alice Belaïdi) ainsi que d’Arben (Karim Leklou), médecin légiste. Le quatuor revient alors que l’hôpital est en pleine effervescence. Une vague de froid s’abat sur la ville et une canalisation explose provoquant l’inondation du service des urgences dirigé par le docteur Olivier Brun (Bouli Lanners). Ce dernier décide d’investir le service de médecine interne et de réquisitionner les trois internes.
Un changement radical pour les trois jeunes toubibs. Si Alyson adore, vivant intensément cette course effrénée, Hugo est plus mitigé car cantonné au rôle de médecin chargé du tri à l’arrivée des patients.
Quant à Chloé, c’est la plus en difficulté. Gravement malade, une main quasiment paralysée, elle ne peut se charger que des petits bobos. Elle sent sa motivation l’abandonner. La vie dans les urgences permet de découvrir d’autres personnages comme Igor (Théo Navarro-Mussy), un jeune urgentiste à peine entrevu dans la saison 1 et qui tente de rassurer les internes. Quant au chef, interprété par un Bouli Lanners d’une incroyable véracité, il tente de maintenir le bateau à flot. Malgré le changement de local, l’absence de lits et de médecins. Une force de la nature, toujours sur la brèche, qui sait être compréhensif mais qui fait peur quand il pique une gueulante.
C’est tout le malaise de l’hôpital français actuel qui est raconté dans cette seconde saison, avec des hommes et des femmes dévoués, qui font le maximum mais qui ne peuvent pas faire de miracles quand on est obligé de pratiquer la médecine dans des services en « mode dégradé ».
Aller voir un film de Quentin Dupieux, c’est accepter de s’extraire de la réalité, d’être constamment étonné, de prendre le parti de ne pas tout comprendre et avoir la certitude de passer un moment unique. Mandibules, son nouveau film est la quintessence de ce cinéma de l’absurde à la française.
Il s’appuie cette fois sur le duo du Palmashow, David Marsais et Grégoire Ludig, pour concocter un petit bijou bizarre et inclassable. Jean-Gab et Manu sont deux paumés survivant sur la côte d’Azur. Le premier est pompiste dans la station essence de sa mère, le second quasi clochard puisqu’il dort sur la plage. Manu vole une vieille Mercedes et part en vadrouille avec Jean-Gab. En route, ils remarquent du bruit en provenance du coffre. Ils ouvrent et découvrent, totalement espantés, une mouche géante.
C’est Jean-Gab qui a l’idée de génie. Il faut l’apprivoiser puis la dresser pour la transformer en drone. Elle pourra alors voler ce qu’ils veulent tout en restant tranquilles à ne rien faire. Et en plus, il n’y a pas de piles à changer…
Les hurlements d’Adèle
Déjà, le raisonnement du duo montre combien ces paumés sont largués. Après quelques péripéties, ils se retrouvent en panne et sont secourus par une jeune femme persuadée que Manu est un ami d’enfance.
La suite du film se déroule dans une belle villa sur les hauteurs, entre cuisine et piscine, en compagnie de Cécile (India Hair), son frère Serge (Roméo Elvis) et Agnès interprétée par Adèle Exarchopoulos. On retrouve tout le génie de Quentin Dupieux dans ce casting car la comédienne révélée par La vie d’Adèle est utilisée à contre-emploi complet. Exit le côté sexy, Adèle joue la dérangée mentale qui ne parle pas mais hurle. Même pour dire bon appétit. La confrontation entre les deux idiots toujours persuadés que la mouche géante (baptisée Dominique entre-temps) va les rendre riche et cette folle qui plus est complètement paranoïaque est un grand moment de rigolade.
Ce n’est pas le seul car le réalisateur a voulu conserver la complicité entre les deux membres du Palmashow. Ils s’en donnent à cœur joie dans les habits de ces deux débiles finis, dignes de Dumb and Dumber.
Finalement, ce film à mille lieues de tout formatage, est la meilleure façon de se réhabituer au cinéma, un art libre inventif.
Dans le ski de haut niveau, il ne faut surtout pas sortir de la piste ou rater une porte en slalom au risque d’être disqualifié. Ce n’est pas Lyz (Noée Abita) qui dans ce film fait un écart malheureux, mais Fred (Jérémie Renier) son entraîneur. Ce premier film de Charlène Favier puise beaucoup dans ses souvenirs de sportive.
Sans être une pure autobiographie, le scénario utilise certains événements vécus par la réalisatrice quand elle était adolescente.
Dans Slalom, on découvre le quotidien de Lyz, jeune skieuse prometteuse. Elle intègre un lycée sport-études ou la compétition entre jeunes est féroce, poussée par un entraîneur dur et exigeant. Entre Lyz et Fred, rapidement la tension est forte. Il menace de la virer si elle n’obtient pas de bons résultats.
Elle va alors tout faire pour le satisfaire et poursuivre ses propres rêves de podium. Fred, constatant qu’elle progresse, va s’occuper d’elle de plus en plus, la coachant personnellement. La proximité totale et permanente de Fred et de Lyz va faire basculer la situation. Comme le souligne Charlène Favier, « Peu à peu, Lyz perd la propriété de son corps, d’abord outil de performance puis objet de désir. »
Cette histoire d’emprise puis d’abus sexuel dans le milieu du sport de haut niveau vient à point nommé. Comme en écho aux nombreuses affaires actuelles. Le film, sans être trop grave, permet aux deux comédiens de briller dans des rôles compliqués, de filmer les compétitions de ski avec brio et de montrer aussi toute l’immensité et beauté de la montagne en hiver.
Film français de Charlène Favier avec Noée Abita et Jérémie Renier
Va-t-il bientôt falloir, comme sur les paquets de cigarettes, marquer en gros dans des cadres noirs sur les bulletins de salaire : « Travailler tue ». Le message de santé publique serait plus exactement « Travailler trop tue ».
Selon une étude publiée lundi 16 mai par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT), si vous travaillez plus de 55 heures par semaine vous augmentez de façon exponentielle vos risques de faire un AVC (accident vasculaire cérébral) ou une crise cardiaque. Des chiffres qui feraient peur s’ils étaient un tant soit peu réalistes. Car franchement, qui, en France travaille plus de 55 heures par semaine ?
Étonnamment, ils sont sans doute beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit. Car 55 heures hebdomadaires cela ne représente que 11 heures quotidiennes sur 5 jours ouvrables. Contrairement aux idées reçues qui prétendent que les Français et leurs fameuses 35 heures ne se tuent pas à la tache, les exemples sont légion des professions qui dépassent allègrement la limite dangereuse.
Les agriculteurs, par exemple, travaillent en trois jours autant qu’un fonctionnaire en une semaine (en un mois disent les plus médisants). Actuellement, tout métier dans le secteur de la santé explose sa durée de travail. Les policiers aussi sont sur la brèche, sans oublier les politiciens, surtout en période d’élection. Dans cette catégorie, plaignons ceux qui incapables de se positionner avec clarté, soutiennent deux listes et doivent faire le double de travail de persuasion.
Dans le bâtiment, la foire aux heures sup va être de mise pour rattraper les retards et même dans l’enseignement tout le monde va devoir travailler plus, toujours pour rattraper le retard dans les programmes causés par les confinements successifs.
En fait, il ne reste plus qu’une catégorie de métier qui n’a aucune chance de faire un AVC pour cause de surmenage : les patrons et employés de boîtes de nuit. Eux, cela fait plus de 18 mois qu’ils ne font plus rien. Mais pas sûr que cela leur procure la moindre satisfaction.
Parfois, je m’imagine être dans la tête d’un complotiste, conspirationniste ou autre énergumène qui doute de tout et reste persuadé « qu’on nous ment ». Hier matin, en faisant mes courses dominicales, je constate, comme tous les autres jours de la semaine passée, que le rayon du Coca Zéro est désespérément vide. Même le cola sans sucre de la marque du supermarché est désert.
C’est là que je me transforme en paranoïaque de première. Quel est l’ingrédient qui manque à ce point pour provoquer la paralysie des chaînes de production ? Je pense, évidemment, à l’édulcorant.
Et dans ma tête de complotiste temporaire, par cette mécanique étrange et complexe, mêlant bêtise et ignorance, je me dis que cela a forcément un rapport avec la pandémie. Première hypothèse, celle du gravement atteint : l’édulcorant permet de soigner le Covid-19. Et comme on est persuadé, dans notre délire de persécution, que cette maladie a été inventée par les puissants qui dirigent le monde en secret, logique qu’ils retirent du marché ce médicament si bon marché.
Dans ce cas, vu les litres qu’on a ingurgité, mon épouse et moi, depuis l’apparition du virus, on est immunisé pour deux siècles.
Les cerveaux moins dérangés se demandent si l’édulcorant n’est pas un des ingrédients nécessaire à la fabrication des vaccins. D’où la rupture de stock de Coca, moins « essentiel » que le vaccin.
À moins que, plus prosaïquement, mais les complotistes détestent cet adverbe, l’absence de Coca Zéro dans mon supermarché découle d’un vieux conflit commercial, en cours de règlement, par chance, entre le fabricant et le distributeur.
La magie a besoin d’un support. Dans Marqués, série de comics de David Hine et Brian Haberlin, ce sont les tatouages. Les jeunes qui ont un potentiel, sont marqués d’un glyphe leur donnant un pouvoir particulier.
On découvre cette école particulière grâce à Saskia. Elle vient d’être marquée, mais a fait confiance à Liza, une Marquée dissidente. Liza qui doit fuir et offrir ses services au gouvernement qui voit dans les glyphes des armes redoutables.
La mode est aux gros albums. Le premier tome de l’adaptation fidèle du roman d’Edgar Rice Burroughs, Tarzan, par Bec et Subic fait 84 pages. Cela permet au dessinateur de multiplier les scènes où grands singes et seigneur de la jungle s’apprivoisent. Ensuite, arrive Jane et l’expédition menée par son père.
Là, ce sont les combats avec les anthropophages qui permettent des planches sombres et musculeuses.
La dernière partie voit Tarzan découvrir le monde civilisé. Une diversité graphique qui fait aussi l’attrait de cet album.
Présenté
comme le premier détective privé de la littérature policière
norvégienne, Varg Veun de Gunnar Staalesen revient dans une enquête
qui contient nombre de révélations sur la famille du héros.
Officiant à Bergen, ville natale de l’auteur, Varg, 61 ans,
accueille une nouvelle cliente. Norma désire qu’il recherche Emma,
la fille de sa cousine. Norma qui lui apprend également qu’ils
sont frère et sœur. Ils ont la même mère, morte depuis quelques
années.
Un premier coup de théâtre familial qui ne sera pas le
seul. En enquêtant sur la disparition d’Emma, étudiante, il
découvre qu’elle aussi a un demi-frère dont elle n’a découvert
l’existence que sur le tard.
Ce labyrinthe familial se complique
quand un vieux fait divers, resté impuni, refait surface ainsi qu’une
bande de motards particulièrement violents. Un polar tout en
finesse, avec un Varg de plus en plus usé physiquement, notamment
quand il se fait rouer de coups.
Olivier Bal a de la suite dans les idées. Après « L’affaire Clara Miller » (qui vient de sortir en poche chez Pocket), il relance son personnage principal de Paul Green dans un roman encore plus sombre. Le journaliste a tout plaqué. Il a roulé jusqu’au bout des USA. Il s’est arrêté dans l’Oregon, entre Pacifique et forêt de séquoias.
Dans une cabane, avec un vieux chien, il laisse passer les jours, détaché de l’actualité. Tout change quand une nouvelle jeune femme disparaît dans la forêt à la sinistre réputation et qu’une gamine vient se réfugier dans sa modeste demeure. Il retrouve ses instincts d’enquêteur et va se lancer sur les traces de cet « homme rouge » tuant, à l’abri des regards, derrière les arbres géants de Redwoods.
Un thriller qui vous fera prendre un grand bol d’air frais. Méfiance cependant, car dans les bois sans fin, personne ne vous entendra crier d’effroi. Un pageturner dépaysant et brillamment mené jusqu’au dénouement final.
« La forêt des disparus » d’Olivier Bal, XO éditions, 19,90 €
Entre le héros mature et efficace et la genèse du héros,Jupiter’s Legacy, série en huit épisodes disponible sur Netflix, ne choisit pas. Il y a deux arcs de narration bien différenciés dans cette histoire tirée d’un comic de Mark Millar et Frank Quitely (publié chez Panini en France).
De nos jours et dans les années 30, quand le groupe de six personnes, les six héros, a été doté de super pouvoirs. On voit en premier ce que sont ces super héros, de plus en plus impuissants face au mal qui se multiplie tels des virus en l’absence de gestes barrières. Mais le plus intéressant de la série pilotée par Steven S. DeKnight (Daredevil, Smallville) reste cette genèse des héros. Comment, de faibles, presque fous, presque inconséquents et totalement inconscients, ils vont devoir gravir des montagnes, traverser des déserts et un océan pour devenir ces créatures supérieures qui vont changer la face de l’Amérique.
Josh Duhamel interprète Utopian, le chef de l’Union, celui qui a mené le groupe vers cette île mystérieuse. Sheldon, fils de bonne famille, découvre que son père a utilisé l’argent des retraites des ouvriers pour jouer en Bourse. Dans les années 30, après le crack, le père préfère se suicider. Sheldon va sombrer dans la folie. Victimes d’hallucinations, il finit par se convaincre que c’est une piste vers un destin. Il entraîne dans son sillage une jolie journaliste (qui deviendra son épouse), son frère, un ami richissime, un fils d’ouvrier et un médecin.
On retrouve une partie de la bande de nos jours, vieillis, en train de se battre contre une entité malfaisante, aidés de leurs rejetons. Car Jupiter’s Legacy, en bonne série américaine, explore aussi le champ de la famille. Utopian/Sheldon a des problèmes avec ses deux enfants. Brandon (Andrew Horton) semble ne pas être à la hauteur pour un jour succéder à son père. Quant à Chloé (Elena Kampouris), elle a tourné le dos à son rôle de justicière préférant profiter de la vie avec excès (drogue, sexe et alcool).
Entre l’idéal du début et la déviance de la descendance, Jupiter’s Legacy donne aussi à réfléchir sur l’évolution de notre société, toujours plus favorable aux solutions extrêmes.
Alexandre Aja fait partie des rares cinéastes français ayant réussi aux USA. Son dernier film, « Oxygène », il l’a réalisé en France pour Netflix avec Mélanie Laurent en vedette unique. Un film de genre, prouesse technique, puisque 80 % de l’histoire se déroule dans un caisson de cryogénisation.
À l’intérieur, une femme (Mélanie Laurent). Elle vient d’être réveillée par l’intelligence artificielle (voix de Mathieu Amalric) car une défaillance est détectée. Problème, il reste moins d’une heure d’oxygène et le caisson est bloqué. Mélanie Laurent se débat dans cet espace réduit, tentant de se souvenir qui elle est.
L’exercice cinématographique est périlleux. Alexandre Aja s’en tire avec les honneurs même si, parfois, l’actrice en fait des caisses dans son caisson et que le spectateur, lui aussi, a envie de prendre la fuite. Heureusement, il lui suffit d’appuyer sur sa télécommande pour mettre fin au calvaire.
Attention, cette BD de 150 pages grand format en couleurs place la barre très haut. Teresa Valero, autrice espagnole, a mis beaucoup d’elle-même dans ce polar digne des meilleures séries noires. L’action se déroule en 1956 à Madrid.
Un journaliste blasé tente de démasquer un tueur en série. Mais, dans cette Espagne franquiste, c’est peine perdue. Seuls les faits divers sans envergure sont repris dans les pages de son journal. Il reçoit l’aide d’un jeune franco-espagnol à l’esprit plus ouvert.
Leur enquête va se déplacer vers les notables aux mœurs douteuses, prêts à tout pour avoir une descendance.