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mercredi 30 septembre 2026

BD - Spirou et la fille du dictateur

Nouvelle version de Spirou, confié cette fois à Christian Durieux. Dans un style quasi réaliste, le dessinateur des Gens Honnêtes est fidèle au costume de groom. Et même au métier puisque Spirou est groom au Pacific Palace. Il y a fait embaucher Fantasio, renvoyé du journal le Moustique. 

L’hôtel de luxe va accueillir pour trois jours un ancien dictateur de l’Est. Le temps que le gouvernement trouve une solution pour lui permettre de bénéficier de l’asile politique, malgré les milliers de morts qu’il laisse derrière lui. 

Spirou, surveillé par les gardes du corps du dictateur et son patron, le très obséquieux M. Paul, va surtout croiser la route d’Elena, la fille de celui qui est surnommé le Boucher dans son pays. 

Un Spirou irrésistiblement attiré par la mystérieuse et très belle Elena. Mais quel peut être l’avenir d’une romance entre un groom et la fille d’un dictateur déchu ? 

Entre intrigue politico-policière et romantisme, ce « Spirou de… » casse un peu le mythe du fier héros mais humanise considérablement un personnage aux mille facettes.    

« Pacific Palace », Dupuis, 16,50 €. Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en 2021 dans l'Indépendant du Midi.

vendredi 11 septembre 2026

BD - Papyrus et la légende du "Cheval de Troie"

Enlevés par des pirates phéniciens, Papyrus et son amie Théti profitent d'une tempête pour s'enfuir. Ils débarquent sur les côtes de la ville de Troie. Près des restes du fameux cheval en bois, ils découvrent ce qui reste de la ville détruite après dix années de combats acharnés. Pourtant il y a encore de la vie dans ces ruines. Quelques habitants qui protègent le fameux trésor et une bande de pillards qui justement voudraient bien mettre la main sur cette fabuleuse montagne d'or. Papyrus, pour tenter de sauver Théti, devra assouvir tous les caprices de la fille du chef, la belle Hélène...

Cet album est le premier volet de l'odyssée de Papyrus qui permettra aux jeunes lecteurs, en trois volumes, de faire le tour du bassin méditerranéen. Un peu de fantastique, de l'aventure et beaucoup d'humour saupoudré d'histoire : le cocktail mis au point par Lucien De Gieter fonctionne à merveille. 

"Papyrus - Le cheval de Troie" (tome 23), Dupuis. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


mercredi 9 septembre 2026

BD - Les chemins de Pierre Christin


Pierre Christin, 80 ans, fait partie de ces créateurs qui ont grandement influencés les jeunes Français et ce sur plusieurs générations. Il a ouvert la BD grand public à la science-fiction, quasiment inventé le roman graphique avec Bilal et formé des centaines de journalistes à l’école de Bordeaux. Une vie bien remplie qu’il ne voulait pas raconter dans une autobiographie classique.

Pourtant on retrouve dans ce gros abum de 140 pages dessiné par Philippe Aymond une bonne partie de la vie du scénariste et écrivain français. Mais au lieu de se mettre en scène, il nous fait partager ses découvertes et émerveillements comme si l’on était embarqué avec lui. Une caméra subjective pour réécrire une vie. Avec un axe majeur : ses pérégrinations à l’Ouest et à l’Est. En 1966, avec Jean-Claude Mézières, il enseigne dans une université de l’Utah. Et quelques années plus tard, toujours avec Mézières, il traverse l’Europe encore soviétique. 

Christin est le formidable témoin objectif d’un siècle qui a vu s’affronter les deux blocs. Il en a nourri ses histoires, souvent ancrées dans le réel, sauf pour Valérian, même si parfois l’agent spatio-temporel se retrouve au cœur de la grande histoire de l’Humanité. 

Un livre comme un long road movie qui, par chance, n’est pas encore terminé puisque le principal intéressé, dans la dernière page, signale qu’il s’intéresse au Sud, en pleine descente du Mékong.

«Est - Ouest», Dupuis, 26 € (Album paru en 2018. Chronique parue initialement en avril 2018 dans L'Indépendant du Midi)


samedi 29 août 2026

BD - "Les hommes feuilles", 16e album de Jeannette Pointu


Comment se distraire tout en devenant incollable en génétique ? Wasterlain a peut-être la solution en 46 pages. "Les Hommes feuilles" est le titre de la 16e aventure de Jeannette Pointu. L'intrépide journaliste se rend au cœur de la forêt amazonienne. Elle observe une équipe de scientifiques explorant la canopée à bord d'un radeau des cimes. Entre les araignées, les serpents et autres singes hurleurs, la faune est diversifiée. Et même plus que n'auraient osé l'espérer ces chercheurs. 

Jeannette, la première, découvre de mystérieux hommes feuilles vivant dans les arbres.

Des êtres qui semblent être le chaînon manquant entre les singes et l'Homme. Mais rapidement notre héroïne découvrira qu'il ne s'agit que du résultat d'une manipulation génétique d'un savant fou, Jean Nabuse (jeu de mot douteux mais quand y'a de la gène y'a pas de plaisir...).

Un album passionnant qui annonce une suite tout aussi trépidante.

"Jeannette Pointu, les hommes feuilles" (tome 16). Dupuis. (Album paru en 2001. Chronique initialement publiée en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mardi 25 août 2026

BD - "SOS Bonheur", chef-d'oeuvre de Van Hamme et Griffo en intégrale


Avant de connaître le succès phénoménal de XIII et de Largo Winch, Jean Van Hamme a dû batailler ferme. Ainsi il avait dans ses cartons une idée de série TV explorant divers aspects d'un monde à la Orwell. Rien à voir avec le Big Brother de M6, d'ailleurs le projet n'aboutira jamais.

Mais ces synopsis serviront de base aux deux premiers tomes de SOS Bonheur, une BD. des années 80, emblématique de la collection Aire Libre. Les éditions Dupuis ressortent cette histoire de science fiction prémonitoire en version intégrale. Force est de constater que cette bande dessinée n'a pas pris une ride.

Le scénario, noir et pessimiste à souhait, n'en a que plus de force en ce début de III° millénaire. Au dessin, Griffo jetait les bases de ce style réaliste très fouillé qui s'épanouira quelques années plus tard dans Giacomo C. 

Un classique à redécouvrir d'urgence.

"SOS Bonheur", Dupuis, 176 pages. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


jeudi 13 août 2026

BD - Adorable Imbattable


Ce serait le plus fort des super-héros. C’est en tout cas le plus gentil et le plus original de ces justiciers masqués. Imbattable, création de Pascal Jousselin, est avant tout un inventeur de génie. Pas de machines compliquées pour arrêter les méchants mais de sauts quantiques dans la narration. Cette BD est un laboratoire d’expériences graphiques. 

En passant d’une case à l’autre, Imbattable a souvent un coup d’avance. Mais certains ennemis ont aussi des pouvoirs bousculant la linéarité d’une histoire. On adore ces expériences où la logique est mise à rude épreuve mais où l’imagination se révèle essentielle. 

Dans ce 3e recueil d’histoires courtes parues dans l’hebdomadaire Spirou, se niche une aventure de Jean-Pierre (le gendarme qui aide Imbattable dans ses enquêtes) d’une tendresse et d’une force émotionnelle totalement inattendue dans ce type d’album. Tout ça par la force d’un peu de vernis et en modifiant légèrement l’angle de lecture. Génial ! 

« Imbattable » (tome 3), Dupuis, 10,95 €

dimanche 9 août 2026

BD - Makyo auteur complet avec "Le cœur en Islande"


Envie d'air frais par cette chaleur étouffante ? Montez donc à bord de «L'hirondelle des mers » et mettez le cap vers l'Islande. Mais ne vous attendez pas à une croisière d'agrément. L'action du second album du «Cœur en Islande» se déroule presque exclusivement à bord de ce bateau de pêche à voile qui part pour de 1'Islande remplir ses cales de morue. 


Le capitaine, Emest, emmène pour la première fois son fils adoptif, Moïse, mais également, Xas, son second imposé par l'armateur et fauteur de trouble. En pleine mer, Moïse tombe malade suscitant une grande tension au sein de l'équipage certains craignant une possible contagion. Le drame se noue dans le froid et la tempête.

Makyo, surtout connu pour ses scénarios (Balade au bout du monde ou Jérôme K. Jérôme), signe cet album inspiré de la vie son grand-père et qui lui tenait à cœur. Il propose là un chef-d'œuvre d'émotion et de sentiments forts. 

"Le coeur en Islande" (tome 2), Dupuis, Aire Libre, 64 pages. (Chronique parue en juillet 1998 dans Centre Presse Aveyron)

samedi 8 août 2026

BD - Les premiers regards de Violine


Violine tient son prénom de la couleur de ses yeux. Magiques et fascinants. II suffit que Violine fixe intensément une personne pour qu'elle devine ses pensées les plus profondes.

Ce don permet à la fillette de s'échapper avant qu'il ne soit trop tard quand elle tombe entre les mains d'un satire, mais le pouvoir ne fonctionne pas sur sa mère. Une très rigide et acariâtre maman qui a totalement oublié ce qu'aimer veut dire.

La chance de Violine c'est d'aller à l'école. Elle peut se faire quelques amis et surtout reporter tout son amour sur Belphégor, une adorable souris blanche qu'elle sauve du scalpel de la vivisection.

Ce premier album de Tronchet (scénario) et Tarrin (dessin) offre en vrac et à gogo des péripéties, des gags, de la poésie, du mystère, quelques robots, des chasseurs idiots et des chiens un tout petit plus intelligents, mais guère plus...

"Violine", tome 1, Dupuis, 48 pages (Chronique parue en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron)


jeudi 16 juillet 2026

BD - Seccotine, seule dans le grand bain de l'aventure


L'arrivée d'une scénariste, Sophie Guerrive, dans l'équipe chargée d'imaginer les nouvelles aventures de Spirou et Fantasio n'est certainement pas étrangère à la mise en valeur de la seule présence féminine de cet univers : Seccotine. Elle revient en force dans les aventures principales, dessinées par Schwartz, mais bénéficie en plus de sa propre collection. Premier titre paru : "Mystère à Champignac" avec Elric au dessin.

La jeune journaliste intrépide, décide de quitter la ville pour s'installer à la campagne. Une petite maison isolée dans la commune de Champignac, à quelques kilomètres du château du comte, inventeur de génie, passionné de champignons. En allant au marché, elle découvre que le village est comme coupé en deux. D'un côté les tenants de la tradition (élevage intensif, chasse…) de l'autre les membres d'une communauté qui fabrique des aliments pour bétail bio et éthique. La traditionnelle querelle des anciens et des modernes, encore très présente de nos jours.

La tension est forte car depuis quelques semaines, le bétail (vaches, poules, cochons, moutons) et animaux de compagnie (chats, chiens…) disparaissent. Qui sont les voleurs ? Une milice est montée à la hâte. Armée, elle patrouille la nuit, au risque de provoquer des dégâts collatéraux car les rondes sont copieusement arrosées de liquide issu de ces fameuses traditions. Seccotine enquête et va rapidement comprendre que ces enlèvements d'animaux cachent un problème autrement plus grave.

Cette première histoire, avec message politique sous-jacent et quantité de champignons plus ou moins néfastes, illustre la duplicité de certains profiteurs du système. On apprécie l'esprit frondeur et déterminé de la reporter vedette. Très réussi aussi le côté naïf de sa presque collègue, Colette, rondelette et pas très futée, parfait contraire de la filiforme et très observatrice Seccotine.

Pour ce qui est du dessin, Elric est très fidèle au Franquin des années 50, surtout au niveau des personnages. Les décors sont plus sommaires et le tout manque encore de dynamisme. Les amateurs de copier-coller à base de nostalgie apprécieront, les vrais fans de Franquin risquent d'être beaucoup moins indulgents.

"Une aventure de Seccotine - Mystère à Champignac", Dupuis, 56 pages, 13,50 €


lundi 13 juillet 2026

BD - Le Docteur Poche, toujours aussi magique


Retour aux sources pour le Docteur Poche, héros imaginé par Marc Wasterlain et lancé dans les pages du journal Spirou à l'occasion de la parution du numéro 2001 en août 1976… il y a donc un demi-siècle. Dans cette nouvelle aventure, le magicien au costume rouge (qui lui donne le pouvoir de voler), retrouve quelques personnages de ses précédentes aventures, parues aux éditions Dupuis ou Casterman et disponibles sous forme d'intégrales.

Dès les premières pages, il retombe sur le bossu de sa première aventure. Ce dernier lui confie une poupée cassée. Le crâne ouvert, elle n'a plus de cerveau, encore moins de personnalité. Elle se souvient pourtant appartenir à une petite fille, Alice, vivant en Angleterre. 

Le Docteur la soigne sommairement et part à la recherche de cette mystérieuse Alice. Alice comme la fameuse héroïne du roman de Lewis Caroll. Justement, le jeune photographe poète est hébergé par la tante d'Alice, de même qu'Einstein et Proust. En cherchant Alice, le docteur se perd dans un jardin merveilleux où le talent de Wasterlain fait des merveilles.

Plus qu'une nouvelle version des escapades d'Alice, cet album est un peu la somme de tous les émerveillements provoqués par la littérature et bande dessinée quand elle s'affranchit de toutes les limites et frontières. Fleurs bavardes, lapins jardiniers, souris intrépides ou sorcières dansant le sabbat donnent une saveur magique inégalée à cet univers propice aux rêves.

"Docteur Poche - Les jardins d'Alice", Anspach, 46 pages, 15,50 €


samedi 3 janvier 2026

BD - La folie religieuse met "Orbital" en danger


Les très nombreux amateurs de la série de SF Orbital avaient accusé le coup à la fin du 8e tome écrit par Runberg et dessiné par Pellé. L'envoûtante alien Mézoké, binôme du héros humain, Caleb, se sacrifiait et disparaissait dans une dimension quantique inconnue. Morte ? Pas exactement. Partie pour un ailleurs dont on ne revient jamais. A moins de retrouver des traces quantiques de l'agent de l'ODI et de tomber sur un nouvel organisme ou corps compatible pour lui permettre de réaliser le chemin inverse. Caleb n'y croit pas. Dernid et Angus, eux, compagnons de route des deux héros, s'accrochent toujours à ce dernier espoir. 

Six années ont passé. Caleb a tourné la page. Il a progressivement quitté le terrain pour s'impliquer au plus haut niveau de l'ODI. Il est le représentant de la race humaine et est sur le point de devenir le le nouveau Dignitaire Primal, celui qui dirige quasiment toute la galaxie. Un changement d'attitude qui doit beaucoup à sa nouvelle compagne. Une alien comme Mézoké, mais d'une race différente. Alors que le grand jour approche, une nouvelle menace apparaît. Les quatre plus grandes religions s'unissent et lancent un ultimatum à l'ODI. Les milliards de fidèles devront être mieux représentés au sein du grand conseil. Des revendications qui ressemblent plus à du chantage à la guerre sainte qu'à une saine volonté de démocratie. Caleb va devoir faire des choix. L'avenir d'Orbital est en jeu. Pile au moment ou Dernid et Angus pensent avoir retrouvé des bribes de Mézoké…

Il n'était pas du tout évident du tout de trouver une suite à Orbital à la fin de la quatrième mission constituée des tomes 7 et 8. Runberg a beaucoup ruminé et a finalement trouvé ce thème, grandement d'actualité, de la montée des fanatismes religieux dans un monde où la technologie semble triompher. Le changement de mentalité de Caleb est une difficulté supplémentaire pour les fans. D'aventurier idéaliste il est devenu, miné par le chagrin, politique ambitieux. Et pourtant ils ne seront pas déçus. A double titre. Le scénariste a parfaitement su ramener le fil de l'histoire vers ce qui a fait son succès, la relation entre un humain et une alien, Caleb et Mézoké. 

Et côté dessin, Pellé n'a rien perdu de sa maestria. Les extraterrestres sont toujours aussi originaux, les vaisseaux spatiaux d'une grande beauté et les paysages des stations ou planètes éloignées bourrés d'inventivité. Orbital est idéalement lancé pour une 5e mission aussi prenante que les précédentes.  

"Orbital" (tome 9), Dupuis, 56 pages, 15,95 €


vendredi 26 septembre 2025

BD - Trondheim et Tarrin signent un Spirou classique très réussi


Superbe couverture pour ce nouveau titre de la toute nouvelle collection des “Aventures de Spirou et Fantasio, classique”. Fabrice Tarrin s’est surpassé pour mettre en un dessin toute l’ambiance de cette histoire écrite par le très drolatique Lewis Trondheim. Dans une immense grotte, le jeune héros, dans ses habits de groom rouge, porte le Marsupilami dans ses bras, tel un enfant apeuré. Leur ombre, immense, se projette sur une paroi près d’un orifice contenant les restes de momies aztèques. On se doute que le héros, période Franquin, est à la recherche de ce fameux “Trésor de San Inferno”, titre de l’album. 


Si le premier titre, “La baie des Cochons” par Elric, Lemoine et Baril laissait un peu sur sa faim, les nostalgiques et adorateurs du dessin de Franquin seront conquis, tant sur le fond que la forme. Car c’est tout à fait naturellement que Fabrice Tarrin dessine dans la plus pure tradition de la BD franco-belge. Il n’a pas à se forcer, à tenter de singer un maître. Il a cette souplesse, cette précision, cette expressivité dans le poignet. C’est aussi beau que du Franquin ou de l’Uderzo, autre maestro qui n’a plus de secret pour le dessinateur installé depuis quelques années à Narbonne, pas loin de l’atelier montpelliérain de Lewis Trondheim. Un atelier qu’il rejoint deux fois par semaine. Sans doute le lieu où “Le trésor de San Inferno” a vu le jour. 

Tout commence avec un Fantasio surexcité. Il est sur la piste d’un scoop. A San Inferno, petit village perdu dans le désert d’un état imaginaire d’Amérique du Sud, une étrange momie a fait son apparition dans un ossuaire. Ce seraient les restes… On n’en dit pas plus, mais c’est suffisamment gros pour attirer l’autre gloire du journalisme de l’époque : Seccotine. Une aventure de Spirou et Fantasio, avec Seccotine, c’est l’assurance de gags multiples et variés provoqués par la jeune femme, très moderne, experte pour ridiculiser un Fantasio trop macho ou un Spirou trop timide. Dans des décors minimalistes (désert, grotte sombres…), Tarrin prend beaucoup de plaisir à animer ces personnages légendaires. Trondheim encore plus à les plonger dans des situations cocasses, périlleuses mais toujours humoristiques.  

La Russie soviétique, Cuba, l’Amérique du Sud… Mais quelle sera la prochaine destination du héros ? Sans doute notre plus proche satellite puisque l’album suivant devrait s’intituler “Opération Lune”. On retrouve au dessin Fabrice Tarrin, aidé de Ghorbani et sur un scénario de Neidhardt.  

“Le trésor de San Inferno”, Dupuis, 48 pages, 13,50 €


vendredi 16 mai 2025

BD - Wild West tome 5, premier acte d'un drame sanglant à Dolores City

Petite cité plantée entre la Californie et le Nevada, Dolores City a retrouvé prospérité et calme. C'est dans ce bled paumé du farwest authentique que les trois héros de la série Wild West de Gloris (scénario) et Lamontagne (dessin) tentent de retrouver une certaine sérénité. C'est vrai pour Wild Bill, devenu shérif, marié à l'institutrice. Un peu aussi pour Charlie Utter reconverti en postier. 

Par contre rien ne va plus pour Calamity Jane. La rebelle a sombré dans l'alcool. Elle est devenue la honte de la communauté. 

Dans les premières pages de l'album, après une  nuit de beuverie, elle est découverte, inconsciente, dans l'auge des cochons... Wild Bill tente de la protéger. Mais sa patience a des limites. Celle des notables de la ville aussi. 

C'est dans ce contexte qu'une nouvelle famille vient s'installer à Dolores City. Des fermiers. Ils relancent un ranch avec quelques bêtes à cornes. Mais derrière cette famille qui semble normale se cache une bande de hors-la-loi, habitués à attaquer les banques ou les trains. 

Cette nouvelle séquence (la troisième de la série), utilise au maximum les codes du western. Une ville isolée, des gangsters, un shérif, des habitants qui veulent se faire justice eux-mêmes... La tension monte durant ce premier acte. Suite et fin de l'aventure dans le sixième titre de la série, sans doute une des meilleurs créations dans le genre de ces dix dernières années. 

"Wild West" (tome 5), Dupuis, 48 pages, 15,95 €

samedi 29 mars 2025

BD - Parker de Richard Stark débarque dans la collection Aire Noire


Certains personnages imaginaires survivent à leurs créateurs. Parkar, archétype du braqueur américain fait partie de la galerie. Imaginé par Donald E. Westlake au début des années 60, Parker ne devait pas vivre de nouvelles aventures après ce polar noir et sombre où il terminait en prison. Mais l'éditeur américain, visionnaire, a demandé à Westlake (qui avait signé ce titre sous le nom de Richard Stark), de trouver une astuce pour remettre le dur à cuire sur le circuit. Chose faite pour une vingtaine de romans. Parker adapté souvent au cinéma mais aussi en bande dessinée. Après quelques titres illustrés par Darwin Cooke (publiés chez Dargaud), Parker est de retour, dans une adaptation (très francophone) de Doug Headline et des dessins de Kieran. 

C'est un titre de 1969 qui est proposé pour ce premier titre de la nouvelle collection de Dupuis, Aire Noire. Les romans avec Parker en vedette sont froids, sans émotion ni affect. Un gangster qui n'agit que pour l'argent. Les premières pages le montre en train de mettre la dernière main à son nouveau braquage. Une banque avec trois complices dont George Uhl, le chauffeur, qu'il ne connait et dont il se méfie. Il a raison car une fois de retour à la planque avec le magot, Uhl tue deux de ses complices, rate Parker qui prend la fuite, met le feu à la ferme perdue et se tire avec l'ensemble du pactole. 

Tout l'album raconte comment Parker, avec opiniâtreté et malgré le peu d'indices, va tout faire pour retrouver capturer "La proie" qui donne son nouveau titre à l'histoire. Des kilomètres en voiture, plusieurs états, des désillusions, de vieux ennemis qui ressurgissent et un Uhl toujours aux aguets. 

On admire la parfaite adaptation de Doug Headline, expert en polars plus sombres que l'âme humaine. Quant au dessin de Kieran, il est au diapason, froid, anguleux, sans effet ni couleurs inutiles. Du roman noir comme seuls les vrais amateurs savent apprécier.

"Parker - La proie", Dupuis, Aire Noire, 112 pages, 20,50 € 

jeudi 27 mars 2025

BD – Julie Wood revient... sur la roue arrière


Non, Jean Graton n'a pas que le personnage de Michel Vaillant à son actif. Le bédéaste amateur de belles mécaniques a lancé dans le grand bain des courses motorisées le pendant féminin du pilote auto. Julie Wood a cependant la particularité de préférer les deux-roues aux autos. Une motarde gironde, blonde et téméraire, jeune et indépendante, qui prend un peu d'épaisseur psychologique dans cette reprise initiée par les éditions Graton et Denis Lapière, scénariste des nouvelles saisons des courses de Michel Vaillant. Au scénario, on retrouve le multicartes Philippe Pelaez. Le dessin a été confié à l'Italien Stassi, sans oublier Marc Bourgne au storyboard.

Le premier album prend des airs de polar dans une Californie violente et secrète. Des bandes de jeunes motards se retrouvent chaque week-end pour s'adonner à leur jeu préféré : le rodéo sauvage. Dans des rues souvent trop fréquentées, ils déferlent sur la roue arrière, sans casque, dans un équilibre qui ne tient qu'à un fil. Comme leur vie.

Au cours d'un de ces rodéos, un homme meurt. La police croit à un accident quand elle découvre l'impact d'une balle. Abattu. Et dans son portefeuille, un rapport avec le garage de l'oncle de Julie Wood. Cette dernière, tentée par une carrière dans le circuit de « flat track », va tenter de comprendre le lien du mort avec sa famille.

On apprécie le réalisme de la série, la beauté de Julie, sa détermination et les gros cylindres parfaitement dessinés par Stassi. Une histoire à suivre, évidemment, mêlant compétition et affaires familiales. Un parfait hommage au monde de Jean Graton.

« Juie Wood – Mortel rodéo », Graton, 56 pages, 15,50 €

mercredi 19 mars 2025

BD - Quand Cuba était sous influence

Cuba est redevenu une destination touristique prisée malgré la dictature. C'était déjà le cas dans les années 50, avant que Fidel Castro et ses "barbudos" ne fassent chuter Batista. Le premier tome de cette série écrite par Frédéric Brrémaud et dessinée par Vic Macioci débute en 1958. Dans une capitale cubaine en pleine effervescence (un match de base-ball passionne les foules), les deux employés de l'agence de détective Valdès sont chargés d'accueillir au port la fille du patron, Lily, une jeune Américaine. 

Son père, aux prises avec une branche de la mafia locale, doit accomplir une mission risquée pour effacer une dette. Il va charger ses deux employés, John Botia (un ancien agent de la CIA) et José Cojones (un local couard et lâche, l'élément comique du trio), d'enlever la femme d'un rival. Lily voudra apporter son aide, comme pour prouver son amour pour ce père qu'elle n'a quasiment pas connu. Entre le gouvernement corrompu, la police violente, les gangsters encore plus sadiques, les manoeuvres de déstabilisation de la CIA et les attaques des Révolutionnaires, les trois compères vont avoir beaucoup de difficultés à sauver leur otage et leurs fesses. 

Tout en étant un véritable polar, ancré dans la réalité historique, c'est avant tout une BD d'action au second degré, avec de nombreux gags et des situations hautement risibles, même si le danger est réel. La mise en place est un peu longue, mais une fois la course lancée sur l'île, les scènes s'enchaînent et le trait ferme et plein de force de Vic Macioci fait le idéalement le job. 

Vivement le second tome pour savoir si John, José et Lily vont parvenir à sauver Valdès. Quant à l'avenir de Cuba, de Batista et de Castro, il fait désormais partie de l'histoire du XXe siècle.   

"Havana Split" (tome 1), 96  pages, 17,50 €

lundi 3 mars 2025

BD - Manteau maudit dans les Pyrénées

La montagne est souvent assimilée à la nature, la poésie et la beauté. On oublie par contre l'isolement et l'obscurantisme qui perdurent dans ces endroits coupés du monde moderne. Le roman graphique de Jaime Martin paru dans la collection Aire Libre explore ce versant des Pyrénées. 

L'action se situe au XIXe siècle. Pas encore la civilisation moderne. Dans ces vallées ou plateaux, entre les frontières françaises et catalanes, pour se soigner les plantes des guérisseuses sont souvent plus efficaces que les remèdes d'une médecine encore balbutiante. 

Mara est une vieille guérisseuse. Elle vit seule dans sa maison perdue dans la forêt. Quand une jeune femme, juste vêtue d'un sombre manteau débarque apeurée et déboussolée chez elle, elle décide de la protéger, de l'aider, de lui enseigner son savoir. 

Cet apprentissage va causer bien des soucis à Mara et à sa jeune protégée qui semble être recherchée par la police. Qu'a-t-elle fait dans la grande ville ? Mara ne veut pas le savoir. Par contre les villageois vont se mêler de l'affaire et le manteau, de sombre, va devenir définitivement maudit.

Un roman graphique d'une grande force, abordant des thèmes d'antan mais qui résonnent de nos jours : liberté des femmes, émancipation et médecine douce. 

"Un sombre manteau", Dupuis, 104 pages, 21,95 €

lundi 24 février 2025

BD - Un très vieux cold case pour le Lieutenant Bertillon

Il est de très méchante humeur le lieutenant Bertillon dans les premières pages de sa seconde enquête. Il est vrai que ce flic atypique, peu adepte de l'obéissance aux ordres de la hiérarchie, est allé un peu trop loin la dernière fois. Résultat, il se retrouve muté dans un petit village de pêcheurs au bout du bout de la banquise. Pas content Bertillon car il ne se passe rien, qu'il fait très froid et... qu'il fait très froid. Il passe ses journées, alternativement, sous sa couette ou au comptoir du bar-épicerie, épicentre de la vie locale. 

Son supérieur (ils sont trois en poste...) a pourtant besoin de lui. Une tempête se lève, le blizzard arrive et deux gamins sont introuvables. Bertillon va se perdre au guidon de sa moto-neige, manquer de se faire massacrer par un énorme phoque, échapper aux dents d'un orque, porter secours à un pingouin immédiatement adopté et baptisé Tak et, cerise sur le gâteau, découvrir un bateau de pêche au sommet d'un iceberg. 

C'est la découverte du Sedna, disparu depuis 18 ans, qui va donner du fil à retordre aux enquêteurs. Bertillon, avec son flegme habituel, va remuer le passé, ne faisant pas que des heureux quand il résoud cette cold case. 

Cyrille Pomès, au dessin, a également participé au scénario avec Carine Barth. Un album à l'ambiance unique, où, avec un étonnant rebondissement, le lien avec le premier tome permet de donner cohérence et finalité à cette quête au trésor au pays des glaces éternelles et du pétrole abondant. 

"Une enquête du lieutenant Bertillon - Sedna" (tome 2), Dupuis, 80 pages, 17,50 €

dimanche 9 février 2025

BD - Tanis, avant les pharaons


Valérie Mangin et Denis Bajram partagent leur passion de l’Égypte ancienne dans cette nouvelle série dessinée par Stéphane Perger. Tanis est une jeune femme aux cheveux blancs. Un signe tabou dans ce village paisible installé près de trois pyramides monumentales.

Personne ne doit toucher Tanis sous peine de malédiction. Le jeune Sépi, amoureux de Tanis, respecte la consigne et freine ses envies d’aventure. En découvrant une entrée dans la pyramide, Tanis va changer le destin de Sepi. Il deviendra l’égal d’un dieu.

Un récit fluide permet de découvrir la vie en Égypte avant les pharaons.

Et la naissance de certains dieux ainsi que leur origine. Le tout dans une présentation graphique de très grande qualité.
« Tanis » (tome 1), Dupuis, 72 pages, 17,50 €

mardi 4 février 2025

BD - Quatre jeunes et des interrogations sur "L'île de Minuit"


Mélange de Seuls (BD) avec un peu de Lost (série télé), la nouvelle série de Lylian (scénario) et Grébil (dessin) démarre de la plus belle des façons. Pas de long préambule pour présenter les personnages. On est immédiatement plongé au cœur de l'intrigue, du problème. Des problèmes. 

Le premier à entrer en scène est Elijah. Il se réveille sur une plage tropicale. Amnésique. Il rencontre rapidement Elena, elle aussi dans le flou le plus complet. Le duo est complété par Maya, la plus téméraire et Victor, le plus jeune. Quatre enfants perdus dans cet environnement hostile (jungle, animaux féroces, soif et faim). 


Ils trouvent refuge dans un ancien pensionnat désert et à l'abandon. Ils vont aussi rencontrer l'automate, celui qui se prétend dieu de l'île et qui donne des missions aux rescapés. Un jeu ? Une épreuve ? Le lecteur ne sait pas trop sur quel pied danser au début. Rapidement les risques augmentent et un des rescapés est kidnappé. 

Destinée aux adolescents, cette série permet à tout le monde de se reconnaître dans les divers participants. Les pragmatiques et optimistes comme Elijah, les grosses têtes savantes (Elena), les sportives intrépides (Maya) ou les farceurs, toujours insouciants mais aussi très peureux (Victor). Le dessin, simple et efficace de Grébil est parfait pour  faire le contrepoint. Décor de rêve mais enjeux mortels. Un premier tome prometteur qui a bénéficié d'une prépublication dans le journal de Spirou.

"L'île de Minuit" (tome 1), Dupuis, 72 pages, 12,95 €