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lundi 12 octobre 2026

BD - Adorable Niala, esprit de la forêt africaine


Sur la sellette avant même sa sortie, cet album érotique de Deveney et Rossi était accusé de propager une image avilissante de la femme africaine. Ceux ou celles qui ont osé prétendre cela n’avaient pas lu l’histoire de Niala, l’esprit de la forêt. 

Seuls pourraient se plaindre de la BD les ecclésiastiques, les explorateurs et d’une façon générale les colonisateurs. Niala, au contraire, est intelligente, sage et épanouie. Et pas avare de son savoir puisqu’elle prêche la parole de l’amour dès qu’elle le peut. Ainsi elle libère d’un tour de main toute une chorale de nonnes perdues dans la forêt vierge. Elle explique aussi à ce Blanc complexé comment assumer tous ses désirs, même les plus refoulés. 

Bref Niala est tellement utile dans la forêt qu’elle pourrait être payée à plein temps par la sécurité sociale. 

« Niala », Glénat, 17 € (il existe une version grand format en noir et blanc à 29,50 €) (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)


dimanche 11 octobre 2026

BD - Folie révolutionnaire et "Peintre hors-la-loi"


Ce roman graphique de Frantz Duchazeau a pour cadre la France de la Révolution. Le bel espoir des débuts est envolé. Les nouveaux maîtres de Paris guillotinent à tour de bras. L’album débute par l’exécution de Louis XVI. Dans la foule, de nombreux dessinateurs croquent l’instant historique. Lazare Bruandet, peintre et escrimeur de talent, ne s’abaisse pas à de telles pratiques. Il est en train de réinventer la peinture en même temps que de perdre la raison. 


Après avoir tué sa femme dans une violente scène de jalousie, il se réfugie en province. Là, des brigands profitent de l’agitation révolutionnaire pour semer la terreur. Le peintre abandonne son pinceau pour l’épée. Une réflexion très poussée et d’une grande virtuosité graphique sur la création et la folie. Du grand art.  

« Le peintre hors-la-loi », Casterman, 20 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans L'Indépendant du Midi)


samedi 10 octobre 2026

BD - Dorison et Lauffray, le duo gagnant à la tête de "Prophet



Prophet
fait partie de ces bandes dessinées trop rares. D'abord parce qu'elles sont particulièrement réussies mais aussi (et surtout) car il a fallu trois ans aux auteurs pour achever les 46 premières planches et on devra donc prendre son mal en patience pour connaître la suite. Et pourtant Dieu sait qu'en refermant l'album on est pressé de se plonger dans la suite des aventures de Jack Stanton.

Cet archéologue est le seul rescapé d'une expédition dans l'Himalaya. A plus de 5 000 mètres d'altitude, il a découvert un monolithe de 400 mètres de haut, preuve qu'une  civilisation très avancée était sur terre bien avant l'apparition des hommes. Il en a fait un livre qui va totalement bouleverser l'ordre des choses.

Stanton sera emporté dans une contrée mystérieuse. II devra déjouer bien des pièges pour rester en vie.

Dorison au scénario et Lauffray au dessin, le nouveau duo gagnant de la BD fantastique. 

"Prophet" (tome 1), Les Humanoïdes associés. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


vendredi 9 octobre 2026

BD - "Yang = yin", 35e adaptation BD des aventures de Bob Morane


Le bon vieux Bob Morane est toujours fidèle au poste. Comme son scénariste, Henri Vernes, qui affiche à son compteur 150 romans et 82 ans... Dans ce (seulement) 35e album publié aux éditions du Lombard, le bel aventurier est seul à San Francisco. Il est contacté par un ami chinois, un antiquaire qui veut lui vendre un bronze. Mais arrivé dans la boutique, Bob trouve le propriétaire du magasin moribond.

Avant d'expirer, ce dernier lui remet un billet sur lequel il a écrit «Yang = Yin ». Dans la foulée, Bob est attaqué par une horde de voyous chinois qui tentent de le trucider. II ne doit son salut qu'à l'intervention inespérée de la belle Li-Yang. Guerre des gangs, mais également tentative de prise du pouvoir en Chine par la mafia immigrée aux USA, notre invincible héros aura fort à faire, sans oublier les séismes dus à la faille de San Andrea. Coria au dessin fait toujours de son mieux.

Espérons que les dessins animés (26 épisodes de 30 minutes) en chantier seront plus fluides. 

"Bob Morane" (tome 35), Le Lombard. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


jeudi 8 octobre 2026

BD - Psy-bombe et terreur dans le tome 1 de "L’histoire de Siloë"


La terreur règne à Washington. En cette première moitié du XXIe siècle une nouvelle forme de terrorisme fait fureur : la psy-bombe. Ce sont des drogués qui deviennent fou et communiquent leurs délires à toutes les personnes autour d'eux.

Les plus proches meurent et si les autres s'en tirent, les importantes séquelles au cerveau leur empêchent de mener une vie normale.

C'est également le cas pour Siloë et son père. La gamine a dix ans. Sa mère est morte en plein accouchement. Une expérience du père qui a mal tourné. Siloë, depuis, est différente. Ses capacités psychiques sont démultipliées.

Et le Consortium, l'entreprise gigantesque qui emploie son père, utilise la fillette comme cobaye. Un journaliste un peu plus clairvoyant fait le rapprochement entre la fillette et les attentats...

Ce premier tome signé de Servain et Le Tendre est la bombe de la rentrée. A ne pas manquer ! 

"L'histoire de Siloë" (tome 1), Delcourt. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


mercredi 7 octobre 2026

BD - Dernières lueurs


Son pseudo, ce sont ses patients qui l’ont trouvé. Xavier, infirmier dans un service de soins palliatifs, est devenu l’Homme étoilé à cause de ses nombreux tatouages. Du bonheur qu’il distille aussi auprès de ces hommes et femmes qui savent que la fin est proche. Un dessin simple pour des émotions complexes. 

Ces histoires courtes ont le chic pour vous faire sourire ou vous bouleverser. Car le quotidien dans ce service est fait de beaucoup d’allers simples. Ils sont rares ceux qui ont la chance de revoir l’Homme étoilé après leur séjour. Il y a cependant quelques petites notes d’espoir dans l’édition poche de la première BD de ce fan de rock, géant aux cheveux longs et à la douceur désarmante.

« À la vie », Le Livre de Poche, 9,90 € (« Je serai là », un second recueil vient de sortir chez Calmann-Lévy) (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021)

mardi 6 octobre 2026

BD – Belle et terrifiante bête du Gévaudan


Un Poupard peut en cacher un autre. L'amateur de BD, quand on lui parle de Poupard, pense immédiatement Rugbymen, gags et style humoristique. Attention, il y a un piège. Car il y a désormais un second dessinateur qui signe Poupard. Jean-Charles de son prénom. Et on ne rigole pas dans ses albums. Un simple coup d’œil permet de vite les différencier. Là ou le premier Poupard (en réalité le pseudonyme d'Alexandre Mermin) use de la caricature et du « gros nez », le second ose le réalisme intégral, avec décors à couper le souffle et action à gogo. 

Des années d'apprentissage pour Jean-Charles Poupard et la certitude, en découvrant la seconde partie des Griffes du Gévaudan, que l'on est en présence d'un futur très grand, un peu dans le sillage d'un Ralph Meyer ou d'un Philippe Xavier. 

Pour atteindre la plénitude de ses moyens graphiques, Poupard a une nouvelle fois fait confiance aux scénarios de Sylvain Runberg. Après les quatre tomes du « Chant des Runes », il s'attaque au Gévaudan quand une fameuse bête faisait cauchemarder les paysans de cette région de la Lozère. En 1765, un chasseur du roi traque la bête. Sans le moindre résultat. Après plusieurs échecs, malgré d'importants moyens, il décide de changer de tactique. Il va tenter de comprendre comment fonctionne cette société coupée de tous durant les longs mois d'hiver. Et découvrir que la Bête a des capacités bien supérieures à un simple loup géant. 

Enquête policière, infiltration, coup de théâtre, terreur... l'album se dévore d'une traite. Lecture d'autant plus facile que le dessin de Poupard nous donne l'impression d'être au cœur de ces forêts froides, sinistres et diablement dangereuses. Une superbe réussite, qui semble bien partie pour devenir une série télé. 

« Les griffes du Gévaudan » (tome 2/2), Glénat, 64 pages, 16 €

lundi 5 octobre 2026

BD - L’angoissé chronique selon Théo Grosjean


Comment vivre en société quand on n’a pas les codes pour s’immiscer dans une conversation ? Comment vivre le confinement quand on est asocial ? Comment survivre dans ce monde qui glorifie les relations sociales ? Ces questions sont au centre du second tome du journal intime dessiné de Théo Grosjean, plus connu sur Instagram sous le sobriquet d’Homme le plus flippé du monde. 


On rit beaucoup dans ces situations, basiques pour le commun des mortels, épreuves ultimes pour Théo. Des histoires courtes qui permettent aussi aux handicapés de la relation sociale de trouver quelques trucs et astuces pour faire bonne figure face à l’adversité. Même si le plus simple reste toujours un nouveau confinement.

« L’homme le plus flippé du monde » (tome 2), Delcourt, 15,50 €  (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)


dimanche 4 octobre 2026

BD - "M. Vadim", un légionnaire fatigué


On trouve de tout dans les Ephad. Même d’anciens légionnaires dopés aux soap opéras. Vadim, vieux Polonais ancien sniper à la Légion étrangère, a conservé son accent polonais. Sa mauvaise humeur aussi. Il végète dans cette maison de retraite mais se retrouve expulsé après avoir été victime d’un escroc. A la rue, il va devoir retrouver un emploi. 


Facile sur la côte d’Azur où les différentes mafias s’affrontent et sont toujours à la recherche de travailleurs qualifiés. Ce thriller de Gihef dessiné par Morgann Tanco lorgne vers les films noirs américains. Avec un peu d’accent de chez nous. 

Par ordre d’apparition, du belge, du polonais et du méridional. Un cocktail explosif dans lequel Vadim, vieux monsieur fatigué, va retrouver un peu de joie de vivre. ou de tuer plus exactement. 

« Monsieur Vadim » (tome 1), Bamboo Grand Angle, 14,90 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi)

samedi 3 octobre 2026

BD - Comès est de retour avec "Les larmes du tigre"

Comès est resté silencieux durant cinq longues années. Il est de retour avec un album moins ambitieux que le fameux Silence de 1980, mais qui enchantera quand même tous les fans de cet auteur complet qui a élevé le noir et blanc a un niveau rarement atteint (si ce n'est par Hugo Pratt).

Dans le grand nord canadien, au 2e siècle de notre ère, un chaman solitaire, "Parle avec le feu", défiguré pour s'être trompé dans ses prédictions, reçoit la visite d'une jeune indienne. On lui a volé son ombre. Elle demande l'aide au chaman pour redevenir normale. Ils devront aller dans un territoire interdit, à la source de leurs légendes, pour que tout rentre dans l'ordre. 

En chemin ils feront connaissance avec un nain, coléreux et arrogant, mais finalement bon compagnon de voyage. Un nain qui apporte une touche d'humour salutaire à ce récit très initiatique magnifié par les décors dépouillés des étendues glacées recouvertes de neige.

"Les larmes du tigre, Casterman. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


vendredi 2 octobre 2026

BD - Lumières sur le pays sombre


Ce très gros album de 256 pages est une merveille pour faire découvrir et aimer la fantasy aux plus jeunes. Tim Probert, l’auteur américain, a imaginé une planète, Irpa, plongée dans le noir depuis qu’un oiseau géant a mangé le soleil. 


Par chance un peuple a fabriqué des « Lumières » qui ont rendu la clarté à Irpa. Des années plus tard, la jeune Béa doit retrouver son grand-père, un cochon sorcier, qui a découvert que l’oiseau est de retour. Un voyage dans des contrées magiques en compagnie de Cad, aussi facétieux que bagarreur.   

« Lightfall » (tome 1), Gallimard, 19,90 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en 2021 dans l'Indépendant du Midi)

jeudi 1 octobre 2026

BD - Peu d’amour familial chez les Cestac


Florence Cestac poursuit le récit de ses vertes années. Cette fois elle se désintéresse un peu de sa personne pour dresser le portrait de ses parents. Son papa et sa maman, formidables selon la dessinatrice mais manquant cruellement d’amour. 

Ancienne génération, où le mari est le maître, la femme quasiment sa servante. Florence, jeune fille prise dans l’enthousiasme de Mai 68, a coupé les ponts avec ces bourgeois rétrogrades. 


Mais dans cette BD, qui va jusqu’à la mort des parents, elle met de l’eau dans son encre de Chine pour finalement les comprendre et même presque les excuser. 

Un album parfait, à mettre dans les mains des familles brouillées  de longue date. Normalement, la tension devrait tomber d’un cran et la situation s’améliorer un peu. 

« Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne) », Dargaud, 14,50 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en 2021 dans l'Indépendant du Midi)

mercredi 30 septembre 2026

BD - Spirou et la fille du dictateur

Nouvelle version de Spirou, confié cette fois à Christian Durieux. Dans un style quasi réaliste, le dessinateur des Gens Honnêtes est fidèle au costume de groom. Et même au métier puisque Spirou est groom au Pacific Palace. Il y a fait embaucher Fantasio, renvoyé du journal le Moustique. 

L’hôtel de luxe va accueillir pour trois jours un ancien dictateur de l’Est. Le temps que le gouvernement trouve une solution pour lui permettre de bénéficier de l’asile politique, malgré les milliers de morts qu’il laisse derrière lui. 

Spirou, surveillé par les gardes du corps du dictateur et son patron, le très obséquieux M. Paul, va surtout croiser la route d’Elena, la fille de celui qui est surnommé le Boucher dans son pays. 

Un Spirou irrésistiblement attiré par la mystérieuse et très belle Elena. Mais quel peut être l’avenir d’une romance entre un groom et la fille d’un dictateur déchu ? 

Entre intrigue politico-policière et romantisme, ce « Spirou de… » casse un peu le mythe du fier héros mais humanise considérablement un personnage aux mille facettes.    

« Pacific Palace », Dupuis, 16,50 €. Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en 2021 dans l'Indépendant du Midi.

mardi 29 septembre 2026

BD – Angoisse maritime dans « Typhaon » de Guillaume Sorel


Guillaume Sorel, après des albums très tortueux (notamment la série « L'île des morts »), a pacifié sa mise en page. Tout en gardant son extraordinaire maîtrise des couleurs, il a gagné en lisibilité.

Résultat, ses albums explosent depuis quelques années, véritables expositions de 46 tableaux tous plus beaux les uns que les autres. 

Sa nouvelle série, Typhaon, bénéficie en plus de l'expérience de Dieter, scénariste confirmé qui signe une étrange histoire de vaisseau fantôme, de naufragée désespérée et des monstres marins surgis des abysses. Eléonore, la narratrice de ce premier volume, nous raconte ses malheurs : son abandon en pleine mer sur un frêle esquif par les marins d'un navire touché par une mystérieuse maladie. Inconsciente, elle est recueillie sur un voilier conduit par un équipage étrange, silencieux et méfiant, recherchant en permanence les pires tempêtes, comme pour défier l'océan.

Une mise en bouche angoissante à souhait. 

« Typhaon » (tome 1), Casterman. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


dimanche 27 septembre 2026

BD – Peintre de génie dans « Bleu lézard »


Pour peindre comme un génie faut-il être particulièrement torturé ? Cette interrogation est au cœur de la série Bleu Lézard de Benoît Roels. L'héroïne, Ellen Oliver, jeune infirmière en pause carrière, signe de remarquables marines. Pourtant dans les précédents tomes elle a vécu l'enfer sur son bateau. Son mentor, Luke Sigourney, réussit particulièrement ses paysages montagneux de la Haute Provence. Une montagne qui lui est pourtant d'un souvenir douloureux.

Lloyd Eckelton, riche amateur d'art est le premier à acheter une toile d'Ellen. Il a notamment apprécié une technique qui était propre à un vieil ami d'enfance. Ellen le met sur la piste de Sigourney. Et sans le savoir, elle signe l'arrêt de mort du peintre vieillissant retiré dans le sud de la France. Ellen qui n'est pas insensible au charme de Lloyd.

Suspense palpitant pour ce polar magnifié par les dessins et surtout les couleurs de Roels. 

« Bleu Lézard » (tome 3), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


samedi 26 septembre 2026

BD – Milane et Arlov en fâcheuse posture


Sur la planète Kobadia, Milane et Arlov sont en bien mauvaise posture. Les deux adolescents sont emprisonnés dans des cages sur l'ordre de l'immonde Metcalf, un mutant de la pire espèce, passionné par les manipulations génétiques, pour le meilleur et souvent le pire.

Mais la situation n'est pas désespérée. Ils sont deux à tenter de libérer le jeune couple : le professeur Stroker qui réactive le commando noir et le lance à l'assaut de la forteresse de Metcalf et la belle Stonia, prisonnière elle aussi mais qui réussit à prendre en otage le maître des lieux. Au moment même où le commando noir attaque,  Stonia, Milane, Arlov et Metcalf sous la contrainte plongent dans les profondeurs de la base, cœur des cellules dans lesquelles des cobayes très agressifs prennent également la poudre d'escampette.

Un peu de SF, un brin de manga et beaucoup de gore dans cette série signée Djian (scénario) et Rouan (dessin). 

« Milane et Arlov » (tome 2), Soleil. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


vendredi 25 septembre 2026

BD - La sorcière ailée, troisième méchante du monde des Runes


Parfois, une histoire prend le dessus sur la volonté de l'auteur. Cela semble être un peu le cas avec Runes, série imaginée et dessinée par Carlos Sanchez. A la base, les aventures de Chiri et de Daï ne devaient comporter que trois volumes. Mais à la fin de ce fameux 3e titre, pas de conclusion. Au contraire, le suspense est à son comble et annonce un quatrième titre. Le lecteur ne devrait pas s'en plaindre car c'est de plus en plus passionnant. Une superbe réussite pour cet auteur de Barcelone qui travaille directement en anglais, preuve que ses BD, comme la fantasy en général, sont multiculturelles. 

Chiri et Daï sont séparés. Chiri pleure son meilleur ami, capturé par le Roi des Ombres. Ce fils de la noirceur joue un double jeu. Il a profité de sa liberté conditionnelle pour s'échapper en enlevant au passage Daï et son épée magique capable de copier la magie à proximité. Pendant ce temps, la Noirceur, enfin libre de ses mouvements, contrôle le corps et l'esprit du roi Mango III et fait main basse sur toute la magie du royaume d'Horchata. 

Le salut viendra peut-être d'un petit oiseau porteur de messages. Derrière le volatile se cache une puissante magicienne, Magareth, grand-mère de Chiri et formatrice de la guerrière Sophie. Encore faudra-t-il vaincre la sorcière ailée, autre femme aux puissants pouvoirs, fille de la noirceur et elle aussi capable de se transformer en volatile, une chouette en l'occurrence. 

Magie, combats, amitié, résilience : le petit monde mis en place par Carlos Sanchez est d'une belle cohérence. D'autant plus que son dessin, simple et très accessible dès 10 ans, donne une parfaite idée du merveilleux de ces "Runes" en passe de devenir un classique de la BD magique. 

"Runes" (tome 3), Casterman, 160 pages, 16 €


jeudi 24 septembre 2026

BD - Mercader, l'espion, a-t-il assassiné Trotsky ?


Certaines énigmes ont la vie dure. Malgré une explication officielle, les doutes persistent. Il en va ainsi de l'assassinat de Kennedy. Ou dans un tout autre genre, celui de Trotsky. Pat Perna, scénariste féru d'histoire contemporaine, s'attaque à cette seconde énigme dans un diptyque publié chez Glénat : "Mercader, l'assassin de Trotsky". Le tout dessiné par Stéphane Bervas. 

Plusieurs ombres restent au tableau de la célèbre scène du leader soviétique tué par un homme armé d'une hache. Le meurtrier se nomme Mercader. Ramon de son prénom. Mais il est aussi connu sous d'autres identités : Jacques Mornard ou Franck Jackson. Un seul homme, un seul espion plus exactement, à la solde des Russes, déterminés à éliminer ce dissident, réfugié au Mexique. 


Les deux albums racontent le parcours assez incroyable de cet homme endoctriné très tôt, amoureux d'une autre militante intransigeante et qui aurait tenté de dévoiler toutes les ficelles de ce complot dans un livre particulièrement recherché par les divers protagonistes. L'histoire s'ouvre d'ailleurs par la découverte du manuscrit en 1978 dans l'appartement d'un homme retrouvé mort dans la rue à Prague. Il aurait sauté du cinquième étage. Un suicide… Le policier, fil rouge de l'histoire, est sceptique. Mais pas évident d'enquêter sérieusement quand le KGB surveille vos moindres faits et gestes. 

Dessiné dans un style réaliste d'une grande efficacité par Stéphane Bernas, cette histoire permet au lecteur de sauter de décennie en décennie, découvrant les manigances des services d'espionnage durant la seconde moitié du XXe siècle. C'est aussi palpitant qu'un bon thriller se déroulant de nos jours.     

"Mercader, l'assassin de Trotsky" (tomes 1 et 2), Glénat, 56 pages, 15,50 € chaque volume. Albums parus en septembre 2024 et mai 2025


mercredi 23 septembre 2026

BD - Aventures magiques pour les jeunes héros du tome 2 de "Runes"


Suite des aventures de Chiri et Daï, deux orphelins du monde de Pudding. Un pays imaginaire où la magie est encore puissante. Chiri semble la mieux lotie des deux. Une petite fille sourde mais qui n'a aucun problème de compréhension : elle lit sur les lèvres, a des appareils d'aide auditive et en plus sait communiquer en langue des signes. Daï aussi connaît ce langage, mais n'a pas de pouvoirs. Par contre, il est depuis peu armé d'une épée aux capacités de plus en plus étonnantes. 

Carlos Sanchez, scénariste et dessinateur de cette série pour les plus jeunes, est originaire de Barcelone. Mais son talent lui permet de franchir allègrement les frontières et ses "Runes" font un tabac dans de nombreux pays. 


Dans le tome 2, paru en ce début d'année 2026, Chiri et Daï, après avoir emprisonné dans un bocal de verre hermétique le redoutable Roi des Ombres, tentent de percer le mystère du labyrinthe d'obsidienne. Une longue quête en compagnie de deux guerrières chargées de leur sécurité. Et pour ne pas se perdre dans ce dédale où la Noirceur règne en maître, le quatuor demande conseil au Roi des Ombres. Monstres cauchemardesques, épées ensorcelées, armure indestructible et autres volatiles aux pouvoirs insoupçonnables permettent au lecteur de rester constamment sous pression. Une deuxième partie charnière, qui verra l'amitié des deux enfants mise à rude épreuve. 

Plébiscitée par la critique, les libraires et tous les jeunes qui ont eu la chance de se plonger dans la série, "Runes" séduit par son dessin doux, rond, gommant le côté sombre du récit. Les deux héros sont humains et taraudés par le doute. Même les guerrières attirent la sympathie. Sans oublier le fameux Roi des Ombres, toujours nuisible, mais avec un côté gamin qui regrette de céder à ses pires penchants. Bref, la BD intelligente qui casse tous les codes du manichéisme trop souvent mis en avant dans les histoires de fantasy. 

"Runes" (tome 2), Casterman, 160 pages, 16 € (Album paru en janvier 2026)


mardi 22 septembre 2026

BD - "Pump", le petit escroc se sent pousser des ailes


Ambitieux, sans scrupule et avide de pouvoir et d'argent : Eddie, beau gosse à qui tout sourit, est bien décidé à se faire une place au soleil. Ce petit escroc a profité de l'attaque de la diligence dans laquelle il se trouvait pour imaginer un plan machiavélique. Blessé mais seul rescapé, il a usurpé l'identité du neveu d'une certaine Pump. Le voilà avec un nouveau pedigree et surtout l'occasion de repartir à zéro. 

Dans le tome 1, Rodolphe, le scénariste, et Laurent Gnoni, le dessinateur, racontent comment il devient incontournable dans cette petite ville du farwest. Ami du shérif, copain avec le patron du saloon, il s'enrichit vite et facilement. Jusqu'à l'arrivée d'une brune ténébreuse prétendant être elle aussi la nièce de la morte. La cousine Betty semble être faite du même bois. Comme si une escroquerie réussie se transformait en aimant à usurpatrice. 


Le tome 2 de cette série délicieusement subversive et non politiquement correcte, débute par le face à face entre les deux. Des histoires de famille. Fausses, évidemment. Et comme Eddie est aussi intelligent que Betty, ils trouvent vite un terrain d'entente : le butin est suffisamment gros pour leur permettre à tous les deux de prospérer sur ce mensonge. D'autant qu'ils découvrent la possibilité d'acquérir pour une somme ridicule un terrain qui prendra beaucoup de valeur dès que le chemin de fer en construction passera juste à côté. 

En réalité Pump raconte en filigrane l'histoire sombre de l'Amérique et de quelques profiteurs. Des décennies plus tard, cela donne des fortunes familiales colossales. Souvent mises à contribution pour conquérir le nouveau pouvoir. Économique ou politique cette fois. Alors ceux qui trouvent que le nom du héros ressemble à celui d'un homme politique omniprésent depuis quelques années aux USA auront tout compris. Notamment sa façon de se moquer de tout du moment qu'il continue à être sur le devant de la scène et à s'enrichir. 

Sinon c'est un western de grande qualité, réalisé par un dessinateur au trait précis et souple, d'un réalisme bluffant malgré sa simplicité apparente.  

"Pump" (tome 2), Anspach, 46 pages, 15,50 €