En
décrivant les agissements des habitants du Hameau sur le Danube,
Niko Tackian raconte aussi les errements guerriers de l'Europe.

Deux
lieux et trois destins composent le menu de ce thriller signé Niko
Tackian. Les lieux : le hameau, réplique d'un village français
du XVIIIe siècle et le Danube, immense fleuve traversant toute
l'Europe, chemin naturel des guerres et des exils. Les destins :
Paul, un Français moyen, rattrapé par son histoire familiale à la
mort de son père, Léna, jeune Allemande à la recherche des
meurtriers de sa jeune sœur et Dmitri, virtuose russe, obligé
d'aller se battre contre les Ukrainiens dans une guerre qu'il va
fuir. Ces trois parcours parallèles permettent à l'auteur de donner
une grande diversité de ton et de style à ce roman haletant. Le
lecteur passe donc des transports en commun parisiens (Paul est
chauffeur à la RATP), aux salons de massage de Berlin (Léna survit
péniblement en esquivant les propositions salaces des clients et de
son patron) au front du Donbass, entre boue, neige fondue, chairs
putréfiées et snipers sans pitié, terrifiant quotidien de Dmitri,
soldat russe qui a miraculeusement conservé son seul bien de
valeur : un violon.
Trois
solitaires qui arrivent à un tournant de leur vie. Paul apprend la
mort de son père qui l'a abandonné quand il était bébé. Il va
hériter d'une fortune. Léna est contactée par la police car sa
jeune sœur vient d'être découverte assassinée, son corps malmené
après des mois passés dans les eaux du Danube . Dmitri, enfin,
n'en peut plus. Il va déserter, troquer son violon contre un passage
vers l'Ouest dans une péniche qui remonte le Danube de la Roumanie à
l'Allemagne en passant par Vienne en Autriche. Ce fleuve est au
centre du roman : « On appelait le Danube le fleuve
noir, car son lit, profond et chargé de limon, absorbait la lumière
comme une gueule affamée. Dmitri fixait ses eaux, hypnotisé par son
mouvement(...) Il se demanda combien de gens comme lui il avait
transporté. Combien d'amoureux, de fuyards, de soldats... combien
d'espoirs brisés charriait-il dans son ventre d'ombre ? »
Des
trois atmosphères décrites par Niko Tackian, celle de la fuite de
Dmitri est la plus prenante. En se plongeant dans la détresse, les
doutes et la détermination du soldat russe déserteur, on comprend
mieux cette guerre qui ravage le sol européen, à quelques centaines
de kilomètres de chez nous.
Finalement,
ces trois errants solitaires, ballottés par les événements, vont
s'échouer sur une petite île isolée du Danube, pas loin de Vienne
en Autriche. Là où a été construit la réplique du Hameau de
Marie-Antoinette, petit village édifié dans le parc du château de
Versailles, lieu où elle aimait jouer à la paysanne avec ses amis
de la Cour. Une partie historique du roman, comme pour démontrer que
la folie guerrière des peuples européens est une constance de notre
Histoire
« Le
hameau » de Niko Tackian, Calmann Lévy, 360 pages, 20,50 €