mercredi 21 octobre 2026

Fantastique – Terreur chez les Usher

Sacré challenge que celui relevé par T. Kingfisher dans ce roman terrifiant : réécrire en la réinventant la nouvelle d'Edgar Allan Poe, « La chute de la maison Usher ». Un classique de la littérature américaine qu'elle a bonifié en donnant un rôle prépondérant à l'étang proche près de ce manoir quasiment en ruines. De ces eaux stagnantes aux couleurs changeantes mais jamais engageantes, part ce qui va bouleverser les vies des membres de la famille Usher. 

Pour raconter ces faits, l'autrice passe par le pragmatisme d'Alex Easton, ami de la famille, secrètement amoureux de Madeline. L'ancien militaire a combattu au coté du frère jumeau de Madeline, Roderick. Viennent compléter ce casting étonnant une spécialiste en champignons et un médecin militaire expert en amputation. 

Sans oublier les animaux. Un cheval fier et téméraire et ces lièvres, peu méfiants, curieux, possédés eux aussi par le mal de l'étang, ce très étrange fungus cause de nombreux cauchemars. Un texte hommage distillant la peur après chaque virgule.

« Ce qui réveille les morts », T. Kingfisher, Verso Seuil, 192 pages, 15,90 €


BD – Les Korrigans et les légendes irlandaises


Connaissez-vous les légendes rattachées à la nuit de Samain ? La première nuit de novembre est très particulière. Durant ces quelques heures, des passages s'ouvrent entre notre terre et le monde des dieux des temps héroïques et des créatures enchantées. 

Ainsi en Irlande, en 1100 de notre ère, une pauvre carriole se fraie péniblement un chemin le long des côtes par une tempête redoutable. Quatre humains qui bravent les légendes et en seront victimes. Les cluricaunes, un peuple de lutins sanguinaires et voleurs, attaque les voyageurs. Le père est tué, la mère et le grand-père sont enlevés, Luaine, la petite fille, est sauvée in extremis par deux korrigans. Mais les malfrats ont emmené les parents de Luaine de l'autre côté, dans le monde enchanté.

Première partie d'une saga haute en couleurs signée Mosdi (scénario) et Civiello (dessin). 

« Korrigans » (tome 1), Delcourt. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 22 octobre 2000).


mardi 20 octobre 2026

Récit - Les vivifiants souvenirs d'un petit Audois

Découvrez la vie d'un petit Audois curieux au cœur des années 60 dans la seconde partie de l'autobiographie de Bernard Revel.   


Début des années 60 à Lézignan-Corbières dans l'Aude, Bernard Revel n'est qu'un gamin découvrant la vie urbaine dans cette ville moyenne. Un total dépaysement pour « L'enfant de la Matrie », cette ferme où il a passé les premières années de sa vie. L'ancien journaliste de l'Indépendant a trempé sa plume dans la nostalgie pour décrire cette vie simple, heureuse malgré les privations et le manque flagrant de confort. Après avoir raconté la genèse de cette famille, magnifique fruit de l'amour et de l'immigration (mélange d'Italie et d'Espagne) et les premières années de sa vie, il devient le sujet principal de cette seconde partie couvrant la fin des années 50 et le début des années 60. L'intégration a joué son rôle. Le petit Revel est un Français à part entière, fréquentant l'école publique qui à cette époque faisait encore la chasse au patois, cette langue occitane pourtant encore très présente à la maison. Bernard Revel se glisse dans l'esprit de l'enfant qu'il semble n'avoir jamais complètement oublié ou abandonné. Cela donne des réflexions parfois naïves, souvent mignonnes, tout le temps vivifiantes et rafraîchissantes.

Dieu... ou les filles ? 

Bien avant la tyrannie des réseaux sociaux et du paraître, « Bernadico » a des soucis avec son image. « Physiquement, je ne suis pas satisfait. A cause de ma tête qui enfle. Je mangez trop peut-être. Pourtant je ne suis pas gros. Costaud, oui. Mais je suis trop joufflu. ». Il tente de modifier sa tête et ce « regard doux ». « J'essaie de paraître méchant en faisant de petits yeux, en rentrant les joues et en me dépeignant, ça me donne une tête d'ahuri. » Et pourquoi vouloir passer pour un dur alors qu'il constate, désolé : « tout est mou dans mon visage comme celui d'un bébé » ? Tout simplement pour être remarqué des filles. Car le petit garçon devient un adolescent très sensible à la beauté de certaines de ses connaissances. Ainsi il rencontre Dieu et fréquente assidûment le catéchisme. Pas par conviction religieuse. Juste pour passer quelques heures chaque semaine près de la sublime Ghislaine. En vain. 

Ce second tome a le mérite aussi de raconter la découverte des prémices de l'amour chez un pré-adolescent de province dans les années 60. Une partie plus sérieuse et intello du récit. A lire en parallèle avec la critique en creux de sa mère, éternelle insatisfaite, vitupérant contre son bon à rien de mari dénué de toute ambition. De phare illuminant la vie quotidienne de Bernard, elle va devenir femme aigrie, colportant les ragots, chantant de moins en moins. Tout psychanalyste y trouverait matière à réflexion. 

Reste le futile, essentiel dans la vie d'un enfant comme ces cabanes construites dans les bois avec les copains, ces sprints sur son vieux vélo rouillé où on se prend pour Anquetil ou les premières gorgées de vin qui font tourner la tête. Une vie simple, l'été à la campagne, avec les grands-parents restés à la Matrie, entre aide active des oncles à la moisson, farniente sous le noyer à lire des bandes dessinées ou des romans passionnants comme « Les trois mousquetaires » ou régler son sort à un chat un peu trop chapardeur.  

« L'enfant de la Matrie – L'âge ingrat » tome 2, Bernard Revel, Balzac Editeur, 252 pages, 21,90 € 

BD - Buck Danny retrouve la Corée


Quelques jours après la remise du prix Nobel de la Paix au président sud coréen, cette 49e aventure du colonel Buck Danny semble très datée. En effet tout le ressort dramatique est bâti sur la tension constante et en plein regain sévissant entre les deux Corées.

Les premières pages de l'album montrent deux actions parallèles. En Corée du Nord, un aviateur américain, victime d'une machination, est forcé de s'éjecter en territoire ennemi. Au même moment Buck Danny et ses amis (Tumbler, Sonny et Dick Jackson) sont au Bourget. Ils vont faire une démonstration en vol des capacités du nouveau prototype de l'US Air Force, le F22. C'est au cours de leur exhibition que les pilotes apprendront leur nouvelle destination : le Japon. Ils participeront quelques heures plus tard à l'opération « Serpent trompeur ». 

Bergèse signe une aventure palpitante, très militaire et rigoureuse, digne de Charlier et Hubinon.

« Buck Danny » (tome 49), Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 22 octobre 2000).

lundi 19 octobre 2026

BD - Une nouvelle identité pour XIII dans le 14e album de la série


Ceux qui croyaient tout savoir sur le fameux XIII, alias Jason Fly, MacLane ou El Cascador devront aller se rhabiller. Le scénariste Jean Van Hamme, dans le quatorzième album de la série, «Secret défense », vient de tout remettre en question. En fait l'amnésique le plus célèbre de la bande dessinée serait un terroriste de l'IRA...

Dans les dernières planches du précédent album, le héros dessiné par Vance venait de tomber entre les mains de Giordano, le patron de la National Security Agency (NSA). Ses autres compagnons, notamment le major Jones, avaient réussi à se réfugier dans une petite île des Caraïbes après avoir fait reconnaître en direct à la télévision à l'actuel président des USA qu'il était le chef d'un complot visant l'instauration d'un régime d'extrême droite à la tête du pays le plus puissant de la planète.

Mais le président est assassiné et la NSA voudrait bien faire porter le chapeau à MacLane. Au cours d'un simulacre de procès il découvre sa nouvelle identité, Seamus O'Neil, fils d'un terroriste irlandais ayant participé à l'assassinat de Lord Mountbatten dans les années 70. MacLane doute, mais ne peut être sur de rien, toujours ce mur blanc qui lui ôte tout souvenir.

Le procès se déroule à l'abri des regards car classé secret défense. Un classement qui lui sauve la vie.

Dans l'impossibilité de le condamner à mort, c'est la réclusion criminelle à perpétuité qui est ordonnée. Sur le chemin du pénitencier, un arrêt dans un chemin désert semble être le bout du chemin. Tout est prêt pour la dernière mise en scène.

Une tentative de fuite qui se solde par plusieurs balles tirées dans le dos. Mais...

Machination

Une nouvelle fois la magie XIII fonctionne à merveille. Deux pages pour se remettre dans le contexte (de plus en plus compliqué) puis l'impression que tout est joué avant un premier coup de théâtre qui permet au héros de reprendre son incroyable fuite. Mais les ennemis sont nombreux. Le gibier devra affronter de nouveaux ennemis. Dans le rôle des méchants deux superbes femmes, la revenante Irina Svetlanova, la nouvelle Jessica Martin, entrevue dans le précédent album et qui illustre la couverture de ce nouvel opus.

Et ce n'est pas terminé car on devrait retrouver la belle dans le prochain épisode. Si MacLane semble s'en tirer dans un premier temps, ce n'est que provisoire. La chasse est loin d'être terminée.

« XIII » (tome 14, Dargaud. (Album paru en 2000.  Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 5 novembre 2000)

dimanche 18 octobre 2026

BD - Un héros nommé Adler


Aux commandes de son petit hydravion, Adler, le héros très humain de Sterne, se lance dans la traversée de la moitié du Pacifique sud entre le Chili et Bora-Bora, joyau de la Polynésie française. Mais dès la première escale, sur l'archipel des Desventuradas, alors qu'il se prépare à reprendre les airs, un agent secret soviétique embarque de force dans l'avion d'Adler. Le clandestin veut retrouver un cargo soviétique qui dérive depuis plusieurs années en plein Pacifique. Quelle est la mystérieuse cargaison tant convoitée ? Adler ne va-t-il pas y laisser des plumes une nouvelle fois ? D'autant qu'un terrible ouragan transforme la mer en déchaînement de violence.

Après l'atmosphère étouffante de la forêt amazonienne, l'aviateur fatigué en quête de tranquillité (Dieu que les Tahitiennes sont belles sous la plume de Sterne), doit se sortir d'un guêpier redoutable. Cette série, à la base pour les adolescents, prépubliée dans le défunt journal de Tintin, devient de plus en plus adulte. Logique, les lecteurs aussi prennent de la bouteille...

« Adler », (tome 9), Le Lombard. (Album paru en 2000. Chronique publiée dans Centre Presse Aveyron le 29 octobre 2000.)


samedi 17 octobre 2026

BD - Little Blade au centre de la guerre des triades du futur


Dans ce futur très proche, la Chine a basculé. Le communisme a définitivement disparu. Avec lui l'autorité centrale de Pékin. L'immense empire s'est scindé en baronnies toutes détentrices de l'arme atomique.

Des bombes qui ont explosé par endroits. Aujourd'hui le calme est revenu mais une nouvelle guerre est sur le point d'éclater. Entre deux triades. Ces associations de malfaiteurs sont devenues toutes puissantes à Hong Kong. La jeune Blade se trouve au milieu de la bataille à son corps défendant. Esclave achetée par la triade 14k, elle sera programmée pour devenir une redoutable tueuse. Elle bénéficiera notamment des conseils de Samiel Monk, un Américain qui connaît parfaitement ce milieu si particulier.

Sur un scénario à clé de Pécau, le premier album de cette nouvelle série est dessinée par Def. Il aurait pu totalement s'imprégner du style manga mais a réussi à conserver une construction et une lisibilité typique à l'école franco-belge.

"Little Blade" (tome 1), Delcourt.  (Album paru en 2000. Chronique initialement publiée le dimanche 15 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


vendredi 16 octobre 2026

BD - La fin de la fuite pour le Vagabond des Limbes ?


"La réconciliation" marque le retour en grâce d'Axle Munshine au sein du conseil de la Guilde. Axle, le renégat, recherché mort ou vif dans tous les univers explorés par des milliers d'hommes en armes, doit endosser du jour au lendemain la tunique de sauveur de l'humanité. Car l'heure est grave. Un météorite de panspermyth se dirige tout droit vers une étoile à neutrons. La collision se transformera en big bang. Toute matière actuelle sera absorbée avant que tout ne recommence. La matière mais également la vie. 

Le contact est imminent. Seul Axle avec son fabuleux vaisseau le Dauphin d'argent pourra se rendre sur place en un minimum de temps et tenter de dévier la trajectoire de la météorite. En échange, le conseil lui promet une amnistie complète. Le bel aventurier, qui en a un peu marre d'errer dans l'espace (29e album tout de même...), accepte la mission. De la SF classique, avec vaisseaux, robots et extraterrestres par un duo de vétérans : Godard et Ribera. 

"Le Vagabond des Limbes" (tome 29), Dargaud. (Album paru en 2000. Chronique initialement publiée le dimanche 15 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


jeudi 15 octobre 2026

BD - En Ecosse, les 4 as face à des fantômes


Direction l'Ecosse pour les quatre As. Ses manoirs, sa musique stridente, son climat redoutable et... ses fantômes. Les quatre amis créés par Georges Chaulet et dessinés par François Craenhals (avec l'aide de Jacques Debruyne) affichent une longévité à toute épreuve. Il est vrai que cette BD sans prétention, si elle n'a pas révolutionné le genre, a quelques atouts indéniables : un humour bon enfant, un dessin clair et précis et des intrigues extravagantes. 

Mais comme souvent dans ces séries à rallonge (37 titres disponibles et depuis peu le premier tome de l'édition intégrale reprenant trois histoires dans un seul volume), l'intérêt vient des personnages secondaires. L'ignoble Docteur Hargnon et le colonel Ostrogoth, méchants patentés, sont savoureux. Dans le rôle des gentils idiots, le commissaire Brodequin et l'inspecteur Lecardunoie valent leur pesant de cacahuètes. Mais dans cette nouvelle aventure c'est le petit fantôme Spirit qui est particulièrement mis en vedette. 

"Les 4 as" (tome 37), Casterman.  (Album paru en 2000. Chronique initialement publiée le dimanche 15 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


mercredi 14 octobre 2026

BD - L’ado quelconque peut-il devenir un héros ?


L’adolescence est une mine pour les scénaristes. Les corps qui se transforment, les esprits qui s’échauffent : une mine d’or pour les raconteurs d’histoires… 

Kid Toussaint a pris le concept à rebours dans « Absolument Normal", série dessinée par Alessia Martusciello et Alberto Aurelio Pizzetti, deux Italiens. Cosmo, contrairement à ses copains de classe, ne se transforme pas. 

Mais alors pas du tout car dans le monde imaginé par le scénariste, à l’adolescence les jeunes découvrent leurs dons. Ils ont tous des superpouvoirs sauf Cosmo. Un monde idéal pour parler de tolérance et de différence. Cosmo, dramatiquement quelconque, est expédié dans un camp où les scientifiques l’utilisent comme cobaye. Mais on peut être normal et vouloir vivre des moments exceptionnels. Un tome 1 prometteur.  

« Absolument normal » (tome 1), Dupuis, 9,90 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)