dimanche 20 septembre 2026

BD - "Le siège" : armés pour rire


Personnages hilarants, dialogues percutants, situations toutes plus absurdes les unes que les autres : en racontant le siège d'un château fort au Moyen Âge, ces deux auteurs vous offrent surtout l'occasion de vous gondoler à chaque page. Un recueil de gags en une planche (de quatre cases généralement) parfait pour oublier durant quelques minutes le triste monde contemporain. Au scénario on retrouve l'énigmatique Ami Inintéressant au pseudonyme particulièrement trompeur. Derrière ce sobriquet étrange se cache un certain Pascal Galibourg, game designer, connu essentiellement pour ses contributions humoristiques sur les réseaux sociaux depuis le début des années 2020. Il a confié la réalisation graphique de ce Siège à Josselin Duparcmeur, grand spécialiste du "katcaz", lui aussi originaire de Lyon


Il y a du Monty Python et du Kaamelott dans cette BD mélangeant allègrement les genres et les époques. En ces temps violents et affamés, trois protagonistes sont sur le devant de la scène. Trois rois pour un château assiégé. Le premier, retranché derrière ses murs n'a qu'une envie : se rendre et qu'on en finisse. Le second, l'attaquant, fait essentiellement ça pour la gloriole. Il est tellement fier de son beau cheval blanc… Le troisième, le renfort potentiel de l'assiégé, décide de partir à sa rescousse. Mais il ne trouvera jamais la bonne route. 

Trois rois, trois idiots, pas véritablement aidés par les personnages secondaires, de l'espion qui se fait systématiquement capturer (par son propre camp…), au chevalier gascon, phrasé ampoulé et prétention aussi grande que le nez de Cyrano, sans oublier les hommes de troupe, entre clampins résignés, pestant sur la mauvaise nourriture et syndicalistes vindicatifs capables de déclencher une révolte à cause d'un ragoût périmé. Une centaine de gags et autant de rires. 

On apprécie notamment les références à notre époque. Comme quand les attaquants sortent leur arme fatale ultime : un stand-uper. Et encore, ils n'ont pas fait comme d'autres, encore plus fourbes, qui ont déployé au pied des remparts, pour faire craquer les assiégés, tout un comedy club ! Un album délicieusement absurde, piquant et qui nous ferait presque regretter de ne plus devoir porter une armure pour aller trucider nos voisins sans la moindre raison. 

"Le siège", Delcourt - Pataquès, 104 pages, 15,95 €


samedi 19 septembre 2026

BD - L'honorable juge Wonq, héros des Terres d'Ynuma


La justice est un peu spéciale sur les Terres d'Ynuma, création, la dernière en date, des Mondes d'Aquilon. Les juges sont aussi un peu enquêteurs. Et ils ne travaillent pas seuls. Exemple avec ce tome 3 de la série. Nicolas Jarry au scénario et Jean-Paul Bordier au dessin racontent le quotidien du juge Wonq. Un vieux monsieur, chétif et ridé, mais étrangement très respecté par toutes les races. Il est toujours accompagné d'un pantin en bois doté d'intelligence et d'un Kugo, guerrier musculeux chargé de sa protection. Sa nouvelle mission est encore plus particulière. Il n'a que trois jours pour résoudre une énigme entre Elfes. Trois jours pour faire la lumière sur la mort d'une jeune Elfe. Passé ce délai, si le coupable n'est pas retrouvé, le grand-père de la victime rasera la région du principal suspect. 


En s'aventurant dans l'enquête policière (mâtinée cependant de beaucoup de fantastique), les auteurs prouvent que cet univers offre toutes les possibilités de narration possibles et imaginables. On apprécie dans cette troisième partie de la saga (prévue en 5 tomes, le quatrième vient de sortir début septembre) l'invention des pantins, sortes d'ordinateurs portables dotés de jambes et de bras, mais sans toute l'intelligence artificielle du moment. Quant au guerrier, il apporte la dose importante de sauvagerie et de premier degré viriliste dans un genre qui n'en manque jamais.   

"Terres d'Ynuma" (tome 3), Soleil, 56 pages, 16,50 € (Album paru en juin 2026)


vendredi 18 septembre 2026

BD - Découvrez la beauté des Ten-no-Tori, oiseaux merveilleux des Terres d'Ynuma


Poursuivons l'exploration des Terres d'Ynuma, nouvelle création du monde d'Aquilon, dans ce second tome ayant pour héros Hijo, un messager de la nation Raïda. Messager le jour, espion d'élite la nuit. Dans cet univers mêlant tradition asiatique et fantasy, Hijo se déplace sur son fidèle Ten-no-Tori qui répond au nom de Lambao. Ces oiseaux, gigantesques, ressemblant un peu à des grues, permettent aux messagers de se déplacer d'île en île. Ils vont vite mais ne sont pas à l'abri d'une attaque de dragon. Imaginé par David Courtois, le scénariste de ce tome 2, Lambao est dessiné par Ma Yi, chargé de la réalisation graphique de cette suite très attendue. Un artiste chinois pour faire vivre les Terres d'Ynuma : c'est l'excellente idée qui donne toute son ampleur à cet album. 


Pour ce qui est de l'histoire, contrairement au tome 1 composé d'histoires courtes, c'est un grand récit, allant de l'enfance de Hijo à ses succès en tant qu'espion qui est raconté sur 60 pages. Hijo devient orphelin quand des Elfes massacrent sa famille. Recueilli, il est formé pour devenir messager Raïda. Officiellement. En secret, il reçoit une formation encore plus poussée pour devenir un espion capable de tout comprendre dans ce monde encore secoué par de nombreux conflits armés. Hijo qui voue une haine absolue aux Elfes. Pourtant, au cours d'une mission, il doit secourir une fillette et une… elfe dissidente. Une longue fuite compliquée et mouvementée qui semble appeler une suite même si cet album est présenté comme une histoire complète. 

"Terres d'Ynuma" (tome 2), Soleil, 60 pages, 16,50 € (Album paru en mars 2026)


jeudi 17 septembre 2026

BD - Le Samouraï rouge inaugure les Terres d'Ynuma


Nouvelle extension du Monde d'Aquilon, vaste galaxie où la fantasy règne en maître. Des elfes, beaucoup d'orcs, pléthore de nains, quelques mages et sans cesse de nouvelles terres découvertes (imaginées) par les auteurs. Cette fois, c'est un archipel aux accents asiatiques qui est proposé aux lecteurs friands de nouveautés. Les Terres d'Ynuma sont prévues en cinq tomes. 

Le premier, écrit par Nicolas Jarry et dessiné par Vax se présente sous forme d'histoires courtes. Même personnages, mais des rencontres et épreuves multiples, comme pour mieux présenter cet univers aux fans. La prêtresse Mei-Jen et le samouraï rouge Zhao forment un duo d'une rare efficacité. Leur rôle : traquer les esprits qui franchissent le Voile. 


On est dans la mythologie japonaise à fond. Ces esprits maléfiques profitent de failles pour torturer les humains. Le duo, l'une avec des incantations, l'autre avec son sabre et sa force herculéenne, s'interposent. 

Une mise en bouche parfaite et somptueuse. Les décors sont d'une grande beauté, les monstres et autres entités fantastiques effrayants au possible. Reste la personnalité des deux héros. Une femme qui est tout sauf frêle malgré les apparences. Un grand gaillard qui cache pourtant bien des fissures et des secrets. Un tome 1 prometteur.  

"Terres d'Ynuma" (tome 1), Soleil, 80 pages, 16,50 € (Album paru en septembre 2025)


mercredi 16 septembre 2026

BD - Max Klein et Malika arpentent le "Macadam"


Aix-en-Provence, sa gare, ses joueurs de pétanque, ses terrasses, son pastis.... son tueur en série. Max Klein, flic agité, est muté dans cette petite ville prétendue tranquille. Dès son premier jour de travail il va découvrir un cadavre découpé en morceaux. Une jeune femme de type méditerranéen. Il fait rapidement le rapprochement avec des bouts de cadavres découverts dans la décharge. Ses collègues, très sceptiques au début, devront finalement l'admettre, un serial killer sévit en Provence. 

Klein voudrait coincer le fou sadique. Il devra d'abord s'habituer à la présence de Malika, une stagiaire beurette. Mais de ce côté tout se passe très bien, une réelle complicité, et plus si affinités, s'installe rapidement entre les deux jeunes gens...

Lacaf, dans ce deuxième tome de sa série Macadam, dénonce toutes les intolérances. Il arrive même à mettre le lecteur dans la peau du tueur, à le comprendre sans l'excuser.

"Macadam" (tome 2), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


mardi 15 septembre 2026

BD - Frank Lincoln, parfait dans la collection Bulle Noire


Si dans la collection Bulle Noire de chez Glénat vous avez aimé la série Gil Saint-André de Kraehn, vous pouvez acheter les yeux fermés le premier tome de cette nouvelle série se passant en Alaska. Marc Bourgne frappe fort d'entrée avec un dessin réaliste sans faille, une solide intrigue et, pour lier le tout, les tourments du héros. 

Il y a cinq ans la femme de Frank Lincoln, Susan, a disparu mystérieusement. Depuis, ce flic efficace a quitté la police pour se mettre à son compte.

Détective privé avec de plus en plus de clients. Cette surcharge de travail alliée à son problème personnel l'oblige à négliger sa fille Jeannie, une adolescente en pleine crise existentielle. Le personnage de Billy Yapana, jeune eskimo voulant absolument réussir, permet d'accentuer le côté humain de cette remarquable série policière.

Un polar très cinématographique, les décors du grand Nord permettant à Bourgne de signer quelques planches d'exception. 

"Frank Lincoln" (tome 1), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron


Roman – Laura Vazquez joue avec « Les forces »


Certains poètes n'ont jamais connu la notoriété de leur vivant. Longtemps après leur disparition, leur œuvre s'est imposée. Laura Vazquez va à contre-courant. Elle n'avait pas 40 ans qu'elle remportait le prix Goncourt de la Poésie en 2023 puis le Prix Décembre 2025. Et le village de son enfance, Villeneuve-de-la-Rivière dans les Pyrénées-Orientales, a donné son nom à la bibliothèque-médiathèque municipale. 

Pour cette rentrée littéraire 2026, on peut découvrir son roman « Les Forces » au format poche. Avec cette voix très singulière de la littérature française, il ne faut pas s'attendre à du suspense ou aux prémices d'une grande saga échevelée. Encore moins à de la fade autofiction. La narratrice, une jeune fille, se souvient. De son enfance, ses interrogations face à ses parents ou inconnus qu'elle tente en vain de comprendre, des attentes de ses amies, de son plaisir à malaxer les mots. 

Long poème en prose sondant la beauté de notre époque, « Les Forces » est un roman gonflé aux références littéraires ou philosophiques comme d'autres se goinfrent de protéines pour augmenter leur masse musculaire. Clairement, Laura Vazquez boxe dans une catégorie largement au-dessus de la moyenne littéraire française.  

« Les Forces » de Laura Vazquez, Points, 288 pages, 9,30 €

lundi 14 septembre 2026

BD - Météorite et destin

En découvrant la maquette et mise en page de La météorite de Hodges, superbe album signé Fabien Roché, on a l’impression d’être dans une œuvre de Chris Ware. Pourtant l’auteur est de Lyon et c’est sa première incursion dans le monde de la BD. Une grande réussite tant graphique que narrative. 

A la base un simple petit fait divers. Le 30 novembre 1954, à Sylacauga, petite ville de l’Alabama, un fragment de météorite tombe sur Anne Elizabeth Hodges. L’auteur explore tous les possibles pour raconter cette histoire. Qui est Hodges, d’où vient la météorite, quelles conséquences pour les protagonistes ? Un récit d’une grande clarté, servi par un dessin minimaliste mais inspiré.  

« La météorite de Hodges », Delcourt, 18,95 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)

dimanche 13 septembre 2026

BD - Niklos Koda face au dieu des chacals


Quand il s'agit de négocier de gros contrats, toutes les armes sont bonnes. Ainsi la délégation du gouvernement d'un pays du tiers-monde compte dans ses rangs Barrio Jésus surnommé le dieu des chacals. Un homme de l'ombre, des ombres. 

Ce puissant sorcier vaudou reste enfermé dans une chambre de palace. Il tente d'ensorceler les négociateurs parisiens. C'est à ce moment que Niklos Koda, le plus séducteur des espions, entre en jeu. Avec quelques amis férus de maléfices, il va s'interposer. Pour entrer dans la place, il devra user de tout son charme. Théodora, la belle métisse, femme du responsable de la délégation étrangère et maîtresse de Barrio paiera de sa vie une petite faiblesse pour le beau brun aux yeux bleus.

Jean Dufaux au scénario utilise la même recette que pour Jessica Blandy : jolies filles, fantastique et conspiration. Grenson au dessin affine son trait de planche en planche. Et ses femmes sont si belles... 

"Niklos Koda" (tome 2), Le Lombard. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron.


samedi 12 septembre 2026

BD - Corse : se méfier des apparences


La Corse, ses traditions, ses secrets... Dodo raconte dans ce roman graphique comment ce poids du passé peut bouleverser la vie d’une famille. Car parfois, au lieu de dire les choses, les Corses préfèrent les taire, voire complètement les oublier.

Inspirée de bribes de récits entendus dans sa jeunesse (Dodo est d’origine corse), «Une histoire corse» débute en 1982 au bord d’une rivière. Catherine nage dans l’eau vivifiante puis se dore au soleil.

Sur le chemin du retour, vers la maison de famille où sa mère est née mais où elle n’a jamais que passé des vacances, elle croise le chemin d’Antoine. Un beau dragueur qui roule en Porsche. Et qui se révèle être son demi-frère. Car la mère de Catherine a eu deux vies. De la première, elle n’a jamais rien raconté à sa fille. 

Tout au long de ces 140 pages dessinées par Glen Chapron, elle va reconstruire ce passé mystérieux, et se retrouver plongée dans cette «histoire corse», de tous temps marquée par la violence et les morts violentes. Récit fluide malgré sa complexité et ses allers-retours dans le passé, dessins d’une beauté éblouissante : cet album nous en apprend beaucoup sur l’âme corse, d’hier et d’aujourd’hui.

«Une histoire corse», Glénat, 19,50 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement en avril 2018 dans l'Indépendant du Midi)