jeudi 23 avril 2026

Thriller - Terreur sur Malaven

Une petite île au large de la Bretagne est la véritable héroïne  du roman. Malaven, quelques centaines d'habitants à la fin des années 80, zéro en 2007, année où se déroule le final de ce thriller signé Olivier Bal. En 1987, après une tempête, presque tous les îliens ont été retrouvés morts. Explication officielle : un raz-de-marée. Pour les quatre rescapés, des adolescents, les souvenirs sont flous. 

Quand, 20 ans plus tard, ils se rendent sur Malaven à l'invitation d'un célèbre écrivain, la mémoire va leur revenir. Lentement. Au gré d'une chasse aux indices risquée. Ce gros volume est un tour de force d'Olivier Bal. Il jongle au gré des époques, multiplie les fausses pistes et rebondissements, tout en jouant avec la puissance de l'imagination. Le lecteur se laissera happer sans rechigner par la malédiction de Malaven et frissonnera jusqu'à la dernière page pour découvrir le fin mot de cette étrange affaire.      

« Malaven », Olivier Bal, Pocket, 512 pages, 9,90 €

jeudi 2 avril 2026

Science-fiction - Explorez « Les jardins du temps » d'Emilie Querbalec


Sillonnez le Japon d'antan et du futur dans ce roman inclassable d’Émilie Querbalec.

Dragons, religion, technologie et voyage dans le temps. Ce roman d’Émilie Querbalec offre de multiples occasions au lecteur de franchir les limites de l'imaginaire. Mais le thème principal, celui qui permet au texte d'être cohérent dans sa longueur, c'est le Japon. Un pays que l'autrice connaît parfaitement. En plus d'y être née, elle y a vécu une partie de son enfance, s'imbibant de ses traditions pour mieux les raconter dans « Les jardins du temps ».

Quand un roman s'aventure dans l'exploration du voyage dans le temps, la grande difficulté pour l'auteur (comme pour le lecteur) est de trouver une sorte de logique pour passer d'une époque à l'autre avec les mêmes personnages. Dans ce texte fascinant, certains héros vont d'un cercle du temps à un autre. Le concept des cercles permet de casser la continuité temporelle. Il n'existe pas un seul temps dans ce monde japonais imaginaire mais plusieurs, parallèles, parfois imbriqués les uns dans les autres. Normalement, seuls les dieux peuvent passer d'un cercle à un autre. Mais quand un seigneur de guerre trop ambitieux à la fin de notre XVIe siècle extermine les Gardiennes du temps, des brèches se créent. Dès lors, des interférences vont apparaître, bousculant le quotidien en divers lieux du Japon.

Il faut un peu s'accrocher au début pour comprendre le concept des cercles du temps. Mais après une première partie dans le passé lointain, la suite, quasiment de nos jours, avec le renfort de démonstrations scientifiques, permet de mieux s'immerger dans cette farandole des siècles et des époques. Quand Émilie Querbalec entreprend de raconter le Japon du futur, c'est d'une beauté et d'une grâce extraordinaire. Car dans cette temporalité alternative, après le saccage de la planète, un retour de bâton démographique permet de retrouver l'équilibre des éléments. Une utopie résumée par une des gardiennes à un homme venu d'une époque où la violence était la seule réponse aux problèmes : « Nous n'avons pas d'ennemis. Cette notion nous est totalement étrangère. (…) S'entretuer est à la portée de n'importe qui. (…) Nous pourrions créer des armes formidables. Des humains, sur d'autres cercles, en d'autres temps, les ont conçues et fabriquées. Mai ici, nous n'en avons pas besoin. » On retiendra donc surtout de ce roman cette vision optimiste de notre avenir. En espérant qu'un jour, nos descendants, parviendront à se passer des armes, anciennes, actuelles ou du futur.

« Les jardins du temps » d’Émilie Querbalec, Albin Michel, 352 pages, 21,90 €. 

Émilie Querbalec fait partie des auteurs invités au Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur le Lydia au Barcarès dans les Pyrénées-Orientales.


mercredi 25 mars 2026

Thriller - Sinistre Hameau sur le Danube

En décrivant les agissements des habitants du Hameau sur le Danube, Niko Tackian raconte aussi les errements guerriers de l'Europe.

Deux lieux et trois destins composent le menu de ce thriller signé Niko Tackian. Les lieux : le hameau, réplique d'un village français du XVIIIe siècle et le Danube, immense fleuve traversant toute l'Europe, chemin naturel des guerres et des exils. Les destins : Paul, un Français moyen, rattrapé par son histoire familiale à la mort de son père, Léna, jeune Allemande à la recherche des meurtriers de sa jeune sœur et Dmitri, virtuose russe, obligé d'aller se battre contre les Ukrainiens dans une guerre qu'il va fuir. Ces trois parcours parallèles permettent à l'auteur de donner une grande diversité de ton et de style à ce roman haletant. Le lecteur passe donc des transports en commun parisiens (Paul est chauffeur à la RATP), aux salons de massage de Berlin (Léna survit péniblement en esquivant les propositions salaces des clients et de son patron) au front du Donbass, entre boue, neige fondue, chairs putréfiées et snipers sans pitié, terrifiant quotidien de Dmitri, soldat russe qui a miraculeusement conservé son seul bien de valeur : un violon.

Trois solitaires qui arrivent à un tournant de leur vie. Paul apprend la mort de son père qui l'a abandonné quand il était bébé. Il va hériter d'une fortune. Léna est contactée par la police car sa jeune sœur vient d'être découverte assassinée, son corps malmené après des mois passés dans les eaux du Danube . Dmitri, enfin, n'en peut plus. Il va déserter, troquer son violon contre un passage vers l'Ouest dans une péniche qui remonte le Danube de la Roumanie à l'Allemagne en passant par Vienne en Autriche. Ce fleuve est au centre du roman : « On appelait le Danube le fleuve noir, car son lit, profond et chargé de limon, absorbait la lumière comme une gueule affamée. Dmitri fixait ses eaux, hypnotisé par son mouvement(...) Il se demanda combien de gens comme lui il avait transporté. Combien d'amoureux, de fuyards, de soldats... combien d'espoirs brisés charriait-il dans son ventre d'ombre ? »

Des trois atmosphères décrites par Niko Tackian, celle de la fuite de Dmitri est la plus prenante. En se plongeant dans la détresse, les doutes et la détermination du soldat russe déserteur, on comprend mieux cette guerre qui ravage le sol européen, à quelques centaines de kilomètres de chez nous.

Finalement, ces trois errants solitaires, ballottés par les événements, vont s'échouer sur une petite île isolée du Danube, pas loin de Vienne en Autriche. Là où a été construit la réplique du Hameau de Marie-Antoinette, petit village édifié dans le parc du château de Versailles, lieu où elle aimait jouer à la paysanne avec ses amis de la Cour. Une partie historique du roman, comme pour démontrer que la folie guerrière des peuples européens est une constance de notre Histoire

« Le hameau » de Niko Tackian, Calmann Lévy, 360 pages, 20,50 €

jeudi 19 mars 2026

True crime - Le feuilleton Eugène Weidmann en quatre fascicules chez 10/18

Le genre du « true crime » associé au feuilleton : simple mais il fallait trouver la matière pour transformer l'idée en expérience éditoriale et littéraire convaincante. Cyril Gay a relevé le défi et inaugure une nouvelle collection chez 10/18. Un fait divers raconté dans quatre fascicules hebdomadaires. 

Découvrez « L'affaire Eugène Weidmann » qui a passionné le public avide de morts violentes à la fin des années 30. Cet Allemand, parlant parfaitement l'anglais et le français, a tué plusieurs personnes à Paris et dans les environs. Pour des butins dérisoires la plupart du temps. Des femmes seules trop naïves et des hommes attirés par de fausses opportunités financières. 

Le texte est incisif, direct, entre récit journalistique et historique. Il est renforcé par une importante iconographie : photos des tueurs, des victimes et des lieux des drames. Un tout petit prix (4,95 euros chaque numéro), pour  se souvenir que côté délinquance et meurtres gratuits, non, ce n'était pas mieux avant.

mercredi 18 mars 2026

Thriller - Confinement puissance 1000 dans ce thriller de Michaël Mention


Le Covid et le confinement ? La bonne blague ! Pour s'en persuader il vous suffit de lire « Qu'un sang impur », thriller horrifique signé Michaël Mention. Dans ce thriller, la France (comme le reste de la planète), est frappé par un mal mystérieux. Les arbres sont les premiers à souffrir en perdant leurs feuilles. Mais quand les humains se transforment en tueurs assoiffés de sang, le gouvernement décrète... le confinement. 

Le roman raconte ces quelques jours de folie meurtrière en suivant une famille française basique, Matt, Clem et leur fils Téo de quatre ans. Entre belle solidarité, trahison, opportunisme, sacrifices et coups tordus, ce sont tous les aspects de l'Humanité qui sont passés à la moulinette par le romancier, imaginant le pire de jour en jour. Les survivalistes vont adorer, les amateurs de frissons se poser bien des questions.

« Qu'un sang impur » de Michaël Mention, Belfond noir, 336 pages, 20 €  L'auteur fait partie des invités du Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur le Lydia au Barcarès.



jeudi 5 mars 2026

Roman - Les couleurs envoûtantes de Montréal

Voyage fantastique dans le temps avec « L'incroyable histoire de Mary Gallagher », roman signé du Canadien francophone, Eric Dupont.

Découvrez la ville de Montréal comme vous ne l'avez jamais vue. La cité canadienne est la véritable héroïne de ce roman, inédit en France, d'Eric Dupont. Une ville racontée à deux époques différentes. D'abord à la fin du XIXe siècle, quand la vie dans cette colonie française ressemblait plus à celle du moyen âge européen. Puis en 1967, quand Montréal accueillait le modernisme triomphant lors de l'exposition universelle. Avec pour se retrouver dans ces méandres du temps deux guides : Mary Gallagher et Aimé Sanschagrin. Personnages touchants, aux parcours hors normes, ballottés par leur problème (pouvoir ?) provoqué par leur sensibilité extrême aux couleurs, notamment le rouge. Entre roman historique et fable fantastique, « La couleur du temps » parle aussi de melon, de prostituées, d'ordres religieux et d'avortement clandestin. C'est foisonnant, riche et très réussi.

Tout commence véritablement en 1879. Mary Gallagher, jeune prostituée au parcours riche en péripéties, est retrouvée sauvagement assassinée. Pour comprendre pourquoi, l'auteur retrace toute sa vie qui a débuté... dans un melon. En ces temps où l'exploitation des enfants était la base de toute la société (on ne vivait pas vieux, mieux valait vite rentabiliser les bouches à nourrir), un agriculteur du cru produit un succulent melon. Mais pour qu'il mûrisse malgré le froid de l'Amérique du Nord, il faisait dormir des enfants autour des fruits. Et un matin, dans un melon, un bébé a poussé son premier cri : Mary. Passionnée de jardinage, elle sera victime de du patriarcat, obligée de fuir sa famille d'accueil et de se prostituer.

Vortex temporel

Toujours à Montréal, mais en 1967, Aimé Sanschagrin est le fils d'une descendante de la famille de Mary et d'un sauvageon reconverti en médecin, spécialiste de l'avortement. Il a été recueilli par un autre médecin, homosexuel caché.

L'occasion pour Eric Dupont de décrire ce milieu bourgeois et francophone, dans les années 60, encore très conservateur et prude. Aimé souffre d'une étrange maladie. Il est hyper sensible au rouge. Quand il visite un pavillon de l'expo universelle de 1967, il est pris dans un vortex temporel et débarque dans le Canada des premiers colons. Il va y croiser Mary.

Loin de se réduire à ces deux trajectoires, le roman part dans tous les sens au grand bonheur du lecteur qui n'en demandait pas tant. On ira aux USA dans une communauté hippies bizarre (que des roux), au sein d'une procession religieuse pour demander de l'aide à Dieu face à une invasion de doryphores ou dans une salle de tribunal, véritable série Netflix d'avant l'invention de la télévision.

« La couleur du temps ou l'incroyable histoire de Mary Gallagher », Eric Dupont, éditions 10/18, 360 pages, 8,90 €


jeudi 19 février 2026

Fantasy - Au croisement de deux mondes se trouve "L'île de Noirebraise"

Énorme roman gigogne de l'univers du Cosmère, « L’île de Noirebraise » de Brandon Sanderson mélange plusieurs mondes, de l'espace à la jungle, avec dragons, aventuriers et conquérants galactiques.

Certains romans viennent de très loin. Une petite idée qui va faire du chemin dans la tête de l'auteur. Quand il se lance dans la rédaction de la novella (une grosse nouvelle) intitulée Sixième du Crépuscule, comme le nom du personnage principal, Brandon Sanderson ne se doute pas que ce n'est que le début d'un de ses plus ambitieux projets dans l'univers du Cosmère qu'il développe depuis quelques années. On y découvre la vie de ce trappeur, sorte de défenseur de la nature, chargé de capturé les Aviares, des oiseaux aux pouvoirs fantastiques et mystérieux. Ces volatiles  prolifèrent sur l'île de Patji, « le dieu de toutes les îles ». Crépuscule a continué à trotter dans la tête de Sanderson et après une longue maturation est reparti à l'aventure dans « L'île de Noirebraise » qui sort simultanément aux USA et en France début 2026.

Une partie du roman reprend la novella, sous forme de flash-back, quand Crépuscule, trappeur solitaire, rencontrait pour la première fois Vathi, jeune femme ambitieuse. On la retrouve dix ans plus tard, gouverneure de ce monde qui doit faire face à deux menaces : la modernité inéluctable et l'arrivée d'un peuple d'explorateurs spatiaux à bord de vaisseaux volants.

On est rapidement happé par les inventions de l'auteur. Notamment sur l'île de Patji, terre dangereuse où seuls les meilleurs trappeurs parviennent à survivre. Car la faune et la flore sont d'une rare agressivité. L'arrivée en bateau se fait au risque d'être broyé par une « ombre », monstre sous-marin sans pitié. Sur terre gare aux « fourmis tueuses » cachées dans les rares fruits comestibles, aux « tranchelianes » qui vous tombent dessus depuis la branche d'un arbre et vous broient les os. 

Les plus redoutables restent les « Gueule de nuit », oiseaux ne sachant pas voler, sortes de gros dodos nocturnes, dotés d'un bec muni de dents acérées. Pour se protéger, Crépuscule peut compter sur ses deux oiseaux, Sak et Kokelii, capables de le rendre invisible et de prévoir les possibles morts de leur « humain ».  

Cette seule partie du roman suffit largement à contenter les fans de mondes imaginaires. Mais Sanderson va beaucoup plus loin. Il imagine un univers parallèle, où vit une dragonne, Alcyone, seconde héroïne du récit. Elle a une apparence humaine, a perdu en partie ses pouvoirs et va de planète en planète à bord d'un astronef de commerce. On bascule alors dans la série de science-fiction. Mais pas longtemps car Alcyone découvre une entrée vers l'univers de Crépuscule. Ce même Crépuscule qui débarque dans le monde d'Alcyone après la longue et périlleuse traversée d'une « non-mer », plongée dans une obscurité totale. Les deux mondes se rencontrent, les deux héros unissent leurs forces, le roman décolle vers des sommets rarement atteints dans le genre de la fantasy. 

« L'île de Noirebraise » de Brandon Sanderson, 672 pages, 24,90 € l'édition courante, 29,90 € l'édition collector. 

mercredi 18 février 2026

BD - Le dépisteur remue un passé trouble


Suite et fin de la quête de Samuel, un "dépisteur" chargé de retrouver une petite fille disparue depuis dix ans. L'action se déroule en 1951 à Saint-Cirq-Lapopie, petit village du Lot. Dans cette campagne typique, il y a dix ans donc, un couple de juifs, acculé par l'occupant allemand, a confié sa fillette âgé d'un an, à une famille française. La cacher avant la déportation vers les camps de la mort. Ces endroits maudits où Samuel a passé de longues années. Un survivant, ancien scout, qui décide de se mettre au service des familles à la recherche de ces enfants cachés, oubliés. 


Le scénariste de ce diptyque historique, Antoine Ozanam, en a confié la réalisation graphique à Marco Venanzi, dessinateur réaliste dans la veine de Juillard.  Le premier tome montrait le dépisteur arriver dans le village et se heurter au silence des habitants. Comme si parler de l'enfant caché en 1941 faisait ressortir tous les cauchemars enfouis de ces mauvaises consciences. 

Malgré ce mur du silence, Samuel va retrouver la trace de la fillette. Et de son funeste sort. Il va alors sortir de son rôle de simple dépisteur. Dans ce second tome, à la tension implacable, il est pris en chasse par la police. Il croisera la route de quelques bonnes âmes. Comme le facteur, au courant de tous les mensonges. 

Cette BD, en ces temps de volonté délibérée d'oubli (voire de remise en cause) des exactions de l'occupant nazi et des collaborateurs français, apporte une petite note d'espoir. Même si on comprend qu'hier comme aujourd'hui, être antifasciste est souvent le chemin le plus compliqué et risqué dans une société penchant de plus en plus à droite.      

"Le dépisteur" (tome 2/2), Glénat, 56 pages, 15,50 €


jeudi 5 février 2026

Polar - Deux femmes flics face à l'adversité

POLAR. Des débuts de la jeune Sanna Berling au purgatoire de l'expérimentée Helen Grace : deux thrillers au féminin pluriel.

On découvre dans « Prédateurs de la nuit » les débuts de la jeune Suédoise récemment sortie de l'école de police en 1986, on frémit en suivant dans « Pas de fumée sans feu » la longue descente aux enfers de Helen Grace, la policière intrépide de Southampton ayant préféré démissionner au lieu de couvrir les mensonges et magouilles de sa hiérarchie. Deux romans policiers trépidants signés Maria Grund et M. J. Arlidge avec un point commun : une femme face à l'adversité. Sanna doit faire face aux moqueries et dédain de ses collègues masculins peu enclins à accepter une femme parmi les enquêtrices, Helen, en décidant de donner un grand coup de pied dans la fourmilière se fait énormément d'ennemis et surtout perd toute crédibilité quand elle veut défendre une femme maltraitée.

Alors qu'elle vient de prendre du bon temps avec un amant, Helen, regarde une altercation dans la rue entre deux hommes et une femme. N'écoutant que ses presque trente années en tant que flic d'action partant au quart de tour, l'héroïne de M. J. Arlidge se précipite. Mais en petite culotte, dans le froid, elle est rapidement mis hors combat par les deux malotrus qui enlèvent la victime. Dès lors, Helen va tenter de la retrouver se lançant dans une enquête non officielle au cours de laquelle elle va constater qu'une fois hors de l'institution policière, les portes se ferment et les malfrats ne vous craignent plus. En l'occurrence des trafiquants de migrants. Un polar au cœur de l'actualité avec son lot de rebondissements côté feuilleton. Car M. J. Arlidge, par ailleurs producteur de séries télé, sait faire évoluer ses personnages. Helen va ainsi découvrir un pan inconnu de sa féminité alors que la journaliste Emilia retrouve son père et le pire ennemi de sa jeunesse. Sans oublier Charlie, la seconde d'Helen, bombardée chef et peu à l'aise dans ses nouvelles fonctions.

Maria Grund aussi aime ses personnages. Au point de leur imaginer une jeunesse à peine abordée dans les précédents thrillers. Sanna Berling, avant de devenir la redoutable enquêtrice découverte dans « La fille-renard », était peu sûre d'elle, fraîchement diplômée de l'école de police. Elle va être envoyée à Augu pour ramener au bercail une fugueuse, témoin d'un meurtre. Un travail peu intéressant mais quelle fait seule car en ce mois de mars 1986, toutes les autres forces de police suédoises sont mobilisées pour retrouver l'assassin d'Olof Palme, Premier ministre abattu en pleine rue. Avec obstination et opiniâtreté, Sanna va écouter la jeune victime, faire le rapprochement avec une autre disparition et plonger dans un monde secret où les prédateurs nocturnes aiment la chair fraîche. On appréciera tout particulièrement l'intrigue ciselée au cordeau, le rebondissement final et la description minutieuse des sentiments de la policière encore un peu naïve face à sa découverte de la noirceur de certaines âmes humaines.


« Pas de fumée sans feu », M. J. Arlidge, Les Escales, 448 pages, 22,90 €

« Prédateurs de la nuit », Maria Grund, Robert Laffont, 380 pages, 21,90 €


jeudi 29 janvier 2026

Roman - « La reine de mai », image de la luxure

Dans le second roman (sur sept) consacré aux péchés capitaux, NéO se penche avec volupté sur la luxure.

La transgression sous toutes ses formes. NéO, pseudonyme de Nicolas d'Estienne d'Orves, abandonne le genre de la saga historique pour des romans plus adultes et sulfureux. Il s'est lancé le défi d'écrire une histoire contemporaine sur les sept péchés capitaux. A l'heure des réseaux sociaux et de l'émergence de l'intelligence artificielle, c'est sans doute un peu daté mais diablement bine vu. Car malgré les progrès de la technologique, l'homme reste intrinsèquement tenté par l'interdit, tourmenté par des restes d'éducation judéo-chrétienne.

Après « L'île de l'orgueil », paru en 2025, place à la luxure dans « La reine de mai ». Le sexe occupe une place prépondérante dans la vie de Tobias Gantzer. Il admet être un séducteur. De ces hommes qui dégagent une attirance irrésistible pour toute femme sensible à la beauté, la finesse, la prestance.

Tobias est expert en tableaux anciens. Une pointure dans son rayon, célèbre dans le tout paris, tant par ses trouvailles que sa tenue excentrique que le nombre astronomique de ses conquêtes. Il vient de passer la soixantaine mais continue à « chasser », dans les soirées ou lors des conférences qu'il donne dans des écoles d'art.

La première partie du roman (une fois passé le prologue glauque donnant un ton de thriller à l'histoire) raconte comment la jeune Manon est tombée en admiration pour cet homme qu'on ne peut que remarquer. « Son trois-pièces cerise était sûrement fait sur mesure et il devait passer des heures à plaquer ses cheveux argentés et à pommader sa moustache. » Il captive son auditoire en racontant l'histoire d'un tableau mystérieux, La reine de mai. Il a consacré un livre à cette toile aujourd'hui disparue et qui aurait inspiré tous les grands maîtres de ces quatre derniers siècles. Selon Tobias, on retrouve dans ces tableaux « une même silhouette, en majesté, triomphale et pourtant modeste ; une même structure primaire, d'une simplicité désarmante : cette femme nue, debout, de face ; ces cheveux de feu, d'un roux aveuglant ; cette vulve si crue, présente mais chaste. » Et à ses pieds, des corps emmêlés dans une infernale orgie alors que « la reine, allégorie de la luxure, semblait flotter, à la fois déesse et démone. » Une image puissante, troublante. Tobias ne l'a jamais vue. Il rêve de la posséder.

En attendant, il compose en secret des faux de peintres célèbres, ces supposés hommages qu'il peint avec un ingrédient spécial, ce que l'auteur présente comme le rose-perdu, un pigment composé « d'une poudre argileuse rose pâle qui offre un éclat particulier aux carnations. »

Si le thème principal du roman reste cette folle envie de jouir, capable de tout renverser, d'effacer toutes les barrières morales, on se délectera aussi de la passion des belles peintures, œuvres d'un artiste talentueux, capable, avec quelques touches de couleur et des courbes harmonieuses, de déclencher des torrents d'émotions.

« La reine de mai », Néo, Albin Michel, 274 pages, 20,90 €