vendredi 7 août 2026

BD - Blake et Mortimer, du passé faisons l'avenir avec "L'étrange rendez-vous"


Prolonger la vie des héros de bande dessinée au-delà de celle du créateur est un pari risqué. Quand les éditions Dargaud ont décidé de faire une suite à Blake et Mortimer, la série culte de Jacobs, beaucoup criaient à l'hérésie et au casse-pipe.

Aujourd'hui, le troisième titre de la seconde vie de ces héros « so british » explose les ventes. Il est vrai que le duo Jean Van Hamme au scénario et Ted Benoit au dessin est une assurance de qualité.

L'étrange rendez-vous se passe presque exclusivement aux USA, dans les années 50. Sur fond de guerre froide et de recrudescence d'apparitions d'Ovni, un soldat anglais, le major Macquarrie, disparu en 1777, est retrouvé mort dans l'État du Colorado. Peu avant la découverte, des témoins ont aperçu un étrange rayon jaune, bleu et rouge venant du ciel. Le mystère réside dans le fait que le major est mort d'asphyxie quelques minutes auparavant. Il semble avoir fait un saut dans le temps de 177 ans. Sur sa ceinture est gravé un mystérieux message codé parlant d'un roi jaune, de peupliers et de plutonium.

De plus, il a des lunettes noires d'une matière inconnue sur terre. Comme il s'agit d'un lointain aïeul de Mortimer, le savant britannique est convié aux USA pour enquêter sur ce cas extraordinaire. Là, il devra faire face à une machination machiavélique mettant en péril l'avenir de la planète.


Parmi les méchants on retrouve Olrik mais également un nouveau personnage, le docteur Z'ong, petit par la taille mais immense par son pouvoir de nuisance. Blake n'intervient qu'en fin d'histoire, en compagnie de Jessie Wingo, intrépide agent du FBl, métisse indienne qui ne semble pas indifférente au charme bourru de Mortimer.

Souvenirs d'enfance

Cet album de 64 pages est une totale réussite. Au niveau du dessin, Ted Benoit, tout en restant fidèle au maître Jacobs, apporte beaucoup de sa connaissance de l'Amérique. Il a longuement sillonné le centre des USA en repérages pour retranscrire parfaitement l'ambiance de l'Amérique profonde. Désert et plaines sans fin amènent une horizontalité au récit, en opposition à la verticalité du rayon vecteur de bouleversement.

Van Hamme explique sans honte qu'il a écrit cette histoire pour retrouver une partie de la magie de son enfance. Le secret de l'Espadon est le titre déclencheur dans son itinéraire de créateur. En proposant une sorte de suite à cet album, il espère prolonger son émerveillement et par ricochet celui du lecteur. Mais que les plus jeunes se rassurent, cet Etrange rendez-vous peut tout à fait se lire indépendamment. La seule conséquence sera de vous donner envie de redécouvrir les premiers titres de cette série définitivement hors du commun.

"L'étrange rendez-vous" de  Jean Van Hamme et Ted Benoit, Dargaud, 68 pages, 17,5 € (Chronique parue le 14 octobre 2001 dans Centre Presse Aveyron)


jeudi 6 août 2026

BD - Mystérieux crimes commis durant la Commune


Dans le cadre des 150 ans de la Commune de Paris, voici un roman graphique qui tout en permettant de revivre cette formidable et triste aventure politique et sociale de l’intérieur, donne aussi l’occasion de se distraire avec une enquête policière trépidante. Raoul, jeune artiste peintre, fait partie des insurgés

Une fois les Versaillais chassés de la capitale, il est bombardé commissaire de police. Il entend assurer la sécurité des communards et se retrouve confronté à plusieurs crimes aussi sanglants que spectaculaires. 


Il va enquêter durant les quelques semaines où il occupe son poste, pressé de démasquer ce tueur en série alors que Thiers châtie durement le peuple qui a osé défier l’État. Le scénario est signé de Carole Trébor aidée par Jean-Louis Robert, grand spécialiste de cette période de l’Histoire de France. 

Les dessins, en noir et blanc, rehaussés parfois de rouge, sont de Nicola Gobi, illustrateur italien installé en France qui multiplie les œuvres politiques majeures (Tropiques toxiques).   

« Rouges estampes », Steinkis, 19 €

mercredi 5 août 2026

BD - Caledonia, ses guerriers, ses dieux et ses… monstres


Suite et fin de Caledonia, série historico-fantastique écrite par Corbeyran et dessinée par Despujol. Débutée comme une histoire sur la conquête avortée du nord de la Grande-Bretagne par les légions romaines, elle a glissé vers le fantastique et cette ultime partie lorgne clairement vers la science-fiction. On découvre qui sont véritablement les Fomôres, ces êtres gigantesques, entre dieux et monstres sanguinaires, prêts à tout pour préserver leur tranquillité et la paisible coexistence avec les tribus locales, les Caledonii. Quand les soldats romains arrivent en conquérants, en colonisateurs, ils sortent de leurs cachettes et déciment les envahisseurs. On comprend assez rapidement que les Fomôres sont des extraterrestres échoués sur terre en attente, depuis des siècles, d'une hypothétique mission de secours. 

C'est dans ce contexte que l'amour vient bousculer toutes les certitudes. Lucius Karus, officier œuvrant pour la gloire de Rome, infiltre une tribu Caledonii. Il y retrouve une ancienne prisonnière, Leta, fille du chef et déterminée à le tuer. Sauf que Cupidon est le plus rapide et décoche quelques flèches dans les cœurs d'artichaut des deux héros plus habitués à tailler dans la chair vive des ennemis qu'à se faire des câlins. Le couple va tout faire pour sauver le plus d'Humains, pris entre Romains et Caledonii, avec la menace des Fomôres en plus. 

Un dernier acte particulièrement violent permettant à Despujol de multiplier les scènes de combats au corps à corps. Un genre dans lequel il excelle.    

"Caledonia" (tome 3), Soleil, 56 pages, 15,95 €


mardi 4 août 2026

BD - Larkia, dure-à-cuire


Ingrid Chabbert, lasse d’être cantonnée aux histoires destinées à la jeunesse, a décidé de frapper un grand coup en imaginant Larkia. Dans un monde post-apocalyptique, cette jeune femme, seule, va se déchaîner quand on va tenter de lui dérober son bébé. 


Dessiné par Patricio Angel Delpeche, un Argentin, ce gros livre de 112 pages a des airs de Mad Max au féminin. Beaucoup de combats, du sang à gogo, des morts à foison et un petit espoir pour l’avenir de l’Humanité, même si le bébé de la fougueuse Larkia est plus une menace qu’un futur joyeux.  

« Larkia », Glénat, 19,95 €

lundi 3 août 2026

BD - Action totale et sans limite dans le tome 1 de Blood and Thunder


Certains scénaristes, de cinéma, de série ou de BD, ont déjà suggéré que le héros donne un petit nom à son arme favorite. Dans le cas de Blood, la policière (en freelance) de cette série imaginée par Robert Kirkman, écrite par Benito Cereno et dessinée par E. J. Su, son gros flingue, en plus de répondre au nom de Thunder, est doté d'une intelligence artificielle et peut répondre à la femme qui a le doigt sur la gâchette. "Blood and Thunder", soit "le sang et la foudre", les deux ingrédients essentiels à tout comic book digne d'intérêt selon le maître du genre, Jack Kirby. Une anecdote racontée par Kirkman qui revient sur la longue gestation de cette série cyberpunk hyper violente mais avec quand même de gros morceaux de philosophie (entre les bouts de cervelles et d'os broyés par les méchants). 

Dans un futur très lointain, les Humains tentent de coloniser le maximum de planètes habitables. Les indigènes y subissent le même sort que les Indiens d'Amérique il y a quelques siècles. Futur lointain, mais en fait rien n'a changé en profondeur. Et comme la violence prospère, des agents indépendants sont missionnés par la police pour intercepter voleurs, tueurs et autres monstruosités dangereuses. Blood, surnom de Akeldama Bledsoe, est d'une rare efficacité. Elle traque le rebelle armée de son vieux Thunderhead de classe Fulminator. 


Une pétoire révolutionnaire à l'époque. Abandonnée depuis. Son intelligence artificielle était un peu trop pacifique. Ce modèle rechigne ainsi à tirer à balles réelles sur de simples suspects. Et comme le flingue est doté de la parole, il ne se prive pas de dire ses quatre vérités aux flics un peu trop zélés. De telles armes de nos jours et les bavures seraient éliminées en deux semaines… 

Si Blood refuse de se séparer de Thunder, c'est pour la simple raison que c'est l'arme de son père, un ancien policier. Père adoptif. Car Blood n'est pas humaine à 100 %. La jeune femme n'a pas de cheveux. A la place, un nuage de sang flotte au sommet de son crâne. 

Le duo est la meilleure trouvaille de la série, donnant lieu à des dialogues savoureux, entre une Blood soucieuse de coffrer les méchants pour faire honneur à son père et un Thunder finalement assez couard, préférant de loin abandonner toute velléité agressive dès que le danger est trop important. Et quand Blood se lance à la poursuite d'un alien géant quasi indestructible, trois fois plus grand qu'un humain, plus intelligent et doté de tentacules en guise de chevelure, le danger augmente de façon exponentielle.  

C'est une série de pure SF, avec combats incessants entrecoupés de dialogues teintés de philosophie sur les croyances des peuplades primitives (mais primitives par rapport à qui ?). Le lecteur amateur de baston à sa ration de gnons, alors que l'intello pourra cogiter des heures sur les véritables motivations de l'alien. Et comme d'habitude dans ces gros albums reprenant six fascicules US de la série, une galerie de toutes les couvertures alternatives permet de prolonger cette plongée dans un monde futuriste attrayant. 

"Blood and Thunder", Delcourt, 160 pages, 17,95 €


dimanche 2 août 2026

BD - Partir en création


Les éditions Gallimard, submergées de manuscrits confinés, ont demandé aux auteurs en herbe de cesser leurs envois. Voilà qui ne va pas arranger le héros de Partir un jour, BD de Manu Boisteau

Une autofiction où un homme blanc la quarantaine, décide de quitter son emploi de bureau avec mutuelle et 13e mois pour entrer en écriture. Le roman n’avance pas, sa vie personnelle plonge dans les bas-fonds. 


Cela pourrait être sinistre et sans espoir, c’est enjoué, parfois caustique, toujours marrant et édifiant. Tous les grands écrivains méconnus (et grands dépressifs assumés), soit un tiers de la population totale de la France, doivent lire ces 128 pages pour enfin comprendre le sens de leur vie.  

« Partir un jour », Casterman, 21 € (Album paru en 2021)

samedi 1 août 2026

BD - Vénus steampunk


Le Château des étoiles d’Alex Alice voit son univers s’étoffer de cette série écrite par Alain Ayroles et dessinée par Jung. On suit les aventures du bagnard Aurélien et de son amoureuse, l’actrice Hélène Martin. Le premier est utilisé comme main d’œuvre gratuite pour construire une ville nouvelle sur Vénus, nouvelle colonie française. 

Hélène rejoint la planète sauvage pour tenter de le libérer. Cet univers steampunk fera rêver petits et grands. Inventions géniales, dinosaures agressifs, forêt vierge hostile et mystérieux Vénusiens : cette trilogie s’annonce palpitante. 

« Les Chimères de Vénus » (tome 1), Rue de Sèvres, 15 €

vendredi 31 juillet 2026

BD - Faites vos premiers achats dans le "Magasin général" de Loisel et Tripp


L'histoire de Magasin général se déroule dans un village du Québec rural à partir du début des années 1940. Elle gravite autour d'un personnage féminin, Marie, veuve avant l'heure et héritière du principal commerce local (le « Magasin général » qui donne son titre au récit), que l'irruption d'un étranger dans la petite communauté va progressivement réconcilier avec le bonheur; bonheur d'aimer, bonheur d'être aimé(e), mais pas exactement de la manière que l'on pourrait imaginer...

Écrit et dessiné à quatre mains, cet album d'une extraordinaire sensibilité est dû au talent conjugué de Loisel et de Tripp. Loisel crayonne, Tripp encre. Au final le dessin est d'une étonnante beauté, totalement au service d'une histoire profondément humaine, plongeant le lecteur dans un univers dépaysant. Le Québec rêvé.

"Magasin général" de Loisel et Tripp, Casterman, 82 pages, 18 € (Chronique parue initialement dans Centre Presse Aveyron le dimanche 14 mai 2006)


jeudi 30 juillet 2026

Secret de tournage à Hollywood dans la BD "La bobine d'Alfred"


Alfred Hitchcok a-t-il laissé un film inachevé en guise de testament cinématographique ? Cette interrogation est au centre de cet album de BD écrit par Malika Ferdjoukh et Nicolas Pitz. Ce film, tiré d’une pièce de J. M. Barrie, est passé entre les mains de Harry, fils du cuisinier de Lina Lamont, ancienne gloire du cinéma muet. A Hollywood, Harry va assister au tournage secret de ce film racontant une histoire de fantôme. Il y rencontrera la star et va en tomber amoureux. 

C’est en partie pour elle qu’il dérobe la pellicule. Cette histoire complète, en plus de l’intrigue, nous plonge avec réalisme sur un plateau de tournage mais aussi dans les fêtes organisées par des magazines, parfaites pour récolter des potins quand l’alcool coule à flot.

➤ « La Bobine d’Alfred », Rue de Sèvres, 14 € (Album paru en 2018)

mercredi 29 juillet 2026

BD - L’Afrique n’a rien d’un conte pour enfants


Textes de Paule Constant, dessins de Barroux, ce roman graphique sous des airs de graphisme naïf et de couleurs vives est un véritable cauchemar. Celui que vivent depuis des décennies les habitant de ce continent ravagé par les guerres, l’exploitation et les maladies. Cela commence comme un conte pour enfants. 

Dans la brousse, près d’une rivière, une fillette recueille un bébé chauve-souris. Au même moment une une jeune française vient vacciner les populations locales. Elle croise un gentil compatriote et un drôle de médecin. Cela pourrait être pittoresque si l’action ne se déroulait pas près de la rivière Ebola...

➤ "Des chauves-souris, des singes et des hommes», Gallimard , 18 €