jeudi 5 novembre 2026

Thriller - La mort rode au km 666

Réfléchissez bien avant de vous engager sur « La route du diable », thriller horrifique signé Caleb Traskman, pseudo de Franck Thilliez.

Dans un décor désolé des grandes forêts de l'Amérique du Nord, mettez un peu de fantastique, une bonne dose d'angoisse, quelques psychopathes et des innocents en guise de victimes idéales. Recouvrez le tout d'une montagne d'hémoglobine et pour enjoliver l'ensemble n'oubliez pas haches et tronçonneuses. La recette semble simple. Mais il faut tout le talent de Franck Thilliez alias Caleb Traskman pour la transformer en pageturner qui va vous tenir éveillé jusqu'au petit matin. Traskman n'est pas un inconnu pour les véritables amateurs de thrillers. Cet écrivain est un des personnages du roman « Le manuscrit inachevé » de Thilliez. 

La route du diable est un cul-de-sac. La trouée dans l'immense forêt du Grand Nord dessert trois stations hydrauliques qui fournissent de l'électricité. Route du diable car elle mesure exactement 666 kilomètres. Diabolique aussi car on y disparaît souvent. Les rares touristes de passage se volatilisent mystérieusement. C'est le cas d'un couple de jeune Français, Iris et Mathis. 

Un an après qu'ils aient donné un dernier signe de vie, à l'entrée de la route, Abigaël, la mère d'Iris et Jean-Bernard, le père de Mathis foncent eux aussi sur la piste en mauvais état à la recherche de leurs enfants en compagnie de deux jeunes youtubers animant une chaîne sur les crimes inexpliqués. A mi-chemin, ils font de l'essence dans la seule station en service. Ils aperçoivent un étrange gamin « petit et râblé. Sous son crâne rasé, il a la tête légèrement plate côté gauche. Ses yeux ne sont que deux fentes très fines, ses lèvres à peine plus épaisses. » Il ressemble à « un gosse sorti d'une soufflerie hyperpuissante qui lui aurait tiré la peau vers l'arrière. » Ce n'est que la première figure d'une galerie de monstres, toute une famille isolée et particulièrement dangereuse. 

Les voyageurs hésitent, mais continuent leur périple, malgré un accrochage avec le frère du gamin, en ignorant les risques d'attaque d'ours et l'état de plus en plus défoncé de la route. Une bien mauvaise idée, comme toujours dans ce type de récit où l'angoisse laisse vite place à l'horreur. 

La quête de vérité va se transformer en épreuve de survie. En sachant que « cette terre impitoyable, d'une beauté sauvage, ne connaît ni pitié ni répit. Le Grand Nord ne pardonne pas. Il dévore les faibles, les perdus, les innocents. Il rend fous les autres. » Un décor idéal pour un roman addictif. Franck Thilliez, loin de se contenter des repères obligatoires du genre, amène analyse psychologique, personnages complexes et cause scientifique à des phénomènes fantastiques. Le tout dans un schéma narratif implacable. 

« La route du diable », Caleb Traskman (Franck Thilliez), Styx - Fleuve Noir, 272 pages, 19,95 €

BD - Naufragés maudits sur l'atoll de "Vanikoro"


En 1788, dans l’Océan Pacifique, l’expédition Lapérouse s’est littéralement volatilisée. Deux vaisseaux, l’Astrolabe et la Boussole sillonnaient toutes les mers du monde depuis deux ans. Dans les cales des richesses botaniques inestimables. Car l’expédition était scientifique. Que s’est-il passé ? Le mystère, des siècles plus tard est élucidé et Patrick Prugne, dans ce long récit de plus de 100 pages tente d’imaginer le sort des marins rescapés de la tempête. Une petite cinquantaine qui a trouvé refuge sur l’atoll de Vanikoro.

On suit leur tentative de construction d’un navire avec les restes des deux vaisseaux, l’affrontement avec les autochtones coupeurs de têtes, les manigances des uns et des autres pour s’approprier la fortune de Lapérouse sauvée du naufrage.

Un récit passionnant, permettant à l’auteur de donner libre cours à sa passion pour les horizons lointains, magnifiés dans des aquarelles dignes des plus grands. Un véritable livre d’art.

➤ « Vanikoro », Daniel Maghen éditions, 19,50 €  (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans L'Indépendant du Midi en novembre 2018)

mercredi 4 novembre 2026

Poche - "Habemus Piratam", les voies (numériques) du Seigneur sont impénétrables

Les confessions imaginaires d'un pirate informatique par un spécialiste en la matière, Pierre Raufast, romancier et ingénieur en cybersécurité.


Tous les jours, des milliers de piratages informatiques mettent en péril l'équilibre précaire des budgets familiaux ou de toute une nation. Le pirate peut s'attaquer à très gros pour un gain maximal en un seul clic ou multiplier les raids sur des particuliers pour au final dérober l'équivalent de la moitié du PIB d'un pays en développement. Cette nouvelle pègre est très intelligente, efficace et finalement peu dangereuse. Les risques de bavure au cours d'un braquage sont nulles. C'est le gros avantage du numérique, du virtuel. 

Pour tenter de faire comprendre au quidam de base les nombreux risques qu'il court en surfant sur Facebook, lisant ses emails ou plus prosaïquement quand il se pèse sur sa balance moderne et connectée, Pierre Raufast a écrit « Habemus Piratam », roman jonglant entre quiétude de la campagne française et coups fourrés de légende des plus célèbres  hackers. 

Le père Francis s'ennuie ferme dans son petit village montagnard. Seules les confessions des vieilles bigotes apportent un peu de sel dans son existence de curé. Jusqu'au jour où un homme désire confesser ses péchés. Des exactions essentiellement numériques car c'est un hacker expérimenté, persuadé que sa dernière escroquerie va lui coûter la vie. Il a volé, pour un concurrent, les projets de fusions-acquisitions d'un fonds de pension américain. Le milliardaire lésé a juré de faire la peau du hacker, après avoir « bouffé ses couilles avec de la confiture de figues. » Sans doute le summum de la gastronomie US.

Pierre Raufast, ingénieur en cybersécurité, sait parfaitement de quoi il parle dans ce roman. Grâce au secret du confessionnal, comme le père Francis, on apprend comment dérober le manuscrit d'un roman très attendu, un an avant sa sortie, plonger dans le noir toute une ville, escroquer les passionnés de football américain ou faire pression, indirectement, pour favoriser un candidat à la présidentielle. Un récit d'autant plus efficace que chaque piratage est associé à un des péchés capitaux.   

« Habemus Piratam », Pierre Raufast, Pocket, 198 pages, 8,40 € 

BD - Se faire oublier dans les tréfonds d'Urani


Que Superman range son pyjama rouge, Europe prend la relève. Europe est une création du professeur Odin. Une commande de l'Union européenne en mal de symbole pour redorer son blason. Europe, donc, est une sorte de robot doté du corps d'une femme et d'une force extraordinaire. Elle a été programmée pour faire triompher le Vieux Continent dans l'éternelle lutte contre les puissances obscures.

Mais le professeur Odin, craignant que l'on ne duplique son invention pour fabriquer une armée invincible, décide de prendre la fuite. Dans Urani, la ville des mauvais reves, bâtie autour d'un cimetière, il doit échapper aux mafia russe, sans oublier la belle Europe. Il trouvera refuge dans les entrailles d'Urani, le domaine d'un gitan taxidermiste.

Cet album noir et aventureux de la collection Poisson-Pilote est réalisé par David B. et Joann Sfar. Les deux auteurs complets se sont partagé les planches, chacun écrivant et dessinant de courts chapitres de 4 à 5 pages. Original et réussi.

"Urani, la ville des mauvais rêves", Dargaud, (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 12 novembre 2000.)


mardi 3 novembre 2026

BD - Novembre toute l'année pour Théodore Poussin


Tout en se déroulant en grande partie sur un cargo mixte, le 11e album de Théodore Poussin est un bel hommage au théâtre grand guignol. Ce genre était très à la mode dans les années 30. Il remplaçait les films gore qui font tant d'entrées de nos jours.

La troupe Ballet, embarquée pour une longue traversée en direction de l'Indochine, présente en l'honneur de l'équipage sa célèbre pièce « Les deux visages du docteur Mounier ». A un moment clé, un des personnages se coupe une main puis se plante un couteau dans le cœur. Mais une main malveillante a remplacé l'arme truquée...

Le héros de Frank Le Gall, auteur complet qui s'affirme de jour en jour, retrouve sur son chemin le ténébreux Novembre qui endosse cette fois les habits d'un acteur spécialisé dans les méchants. Pas forcément un rôle de composition.

"Théodore Poussin" (tome 11), Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre presse Aveyron le 5 novembre 2000.)


lundi 2 novembre 2026

Polar historique – Avec l'enquêteur Balzac

Découvrez dans ce roman truculent d'Hervé Jubert comment Balzac occupait ses journées à 20 ans, avant même d'avoir publié un premier roman. Racontée par un homme qui aura été à son service toute sa vie, « L'affaire Balzac » est en réalité une sorte d'enquête policière dans la campagne tarnaise en 1818. Balzac part à la rescousse d'un oncle accusé d'avoir étranglé une jeune servante enceinte. Le lecteur est immergé dans cette société rurale pleine de rancœur et de frustration. Mais le plus intéressant rester la description de ce futur grand écrivain, au charisme évident. Son employé le décrit ainsi : « Balzac était un angoissé, un orgueilleux, un acharné. Surtout, c'était un original. (…) Balzac avait été fondu à la cire perdue. » Côté polar, on se passionne pour deux questions : Qui est le véritable assassin de la belle Cécile Soulié ? Pourquoi l'oncle s'est-il laissé accuser ? Balzac aurait pu en faire un roman, Hervé Jubert a réparé cet oubli.

« L'affaire Balzac », Hervé Jubert, 10/18, 240 pages, 8,60 €


BD - Le jeune Déogracias face à la tragédie rwandaise


A en pas douter, on reparlera de Déogratias au prochain festival d'Angoulême. Un prix pour la collection « Aire Libre » ne serait que justice tant on n'y trouve que du bon, voire de l'excellent avec cette œuvre signée Stassen.

Rwanda, années 90. Hutus et Tutsi, les deux ethnies se partageant le pays se détestent de plus en plus. La mort du président déclenche une guerre civile horrible. Près d'un million de Tutsis sont massacrés en quelques jours. Derrière ces chiffres se cachent des vies. Stassen nous en fait découvrir quelques-unes : Déogratias, jeune Hutu, ami de Bénigne, belle Tutsi, et amoureux d'Apollinaire, métisse et demi-sœur de Bénigne. 

Autour du drame gravitent des religieux belges et des militaires français. Amour, haine et mort : cette BD vous prend aux tripes ; entrailles qui servent de festin aux chiens africains...

"Déogracias", Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre presse Aveyron le 5 novembre 2000.)


dimanche 1 novembre 2026

BD - Cotton Kid et la légende de Zorro


Comment est né le personnage de Zorro ? Cotton Kid, jeune héros de Pearce (dessin) et Léturgie (scénario) n'est pas tout à fait étranger à la légende du justicier masqué. Comme à son habitude Cotton sèche les cours pour suivre son grand frère, détective pour la très célèbre agence Pinkerton.

Trevor s'attaque cette fois au Mexicain Murieta, spécialisé dans l'enlèvement de riches bourgeoises.

Mais sa dernière victime est une Américaine, Trévor va lui faire un sort. Kid aussi tentera de capturer Murieta avec l'aide du petit Sorro, apprenti justicier qui signe ses exploits d'un Z, car s'il est brave, sa connaissance de l'alphabet est assez limitée. Truffée de gags, cette nouvelle histoire intitulée « Z comme Sorro » se moque des chefs autoritaires, des justiciers couards, des militaires chanteurs et des femmes fatales.

"Cotton Kid" tome 3, Vents d'Ouest. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre presse Aveyron le 5 novembre 2000.)


samedi 31 octobre 2026

BD - Ric Hochet affronte la sorcière mal aimée


Halloween et son cortège de maléfices sont encore dans tous les esprits. La fête importée des Etats-Unis a parfaitement pris sous nos latitudes. Mais des traditions de ce type il y en a un peu partout en Europe. Ainsi la nouvelle enquête de Ric Hochet le conduit dans les Ardennes belges où il assiste au fameux sabbat du gouffre des Macrales. Parmi ces dernières, la jeune et jolie Hélène, voyante de son état, est à l'origine de l'invitation du beau reporter. Elle a récemment eu une vision : Ric Hochet s'est trompé dans une de ses précédentes enquêtes. Il n'a pas fait arrêter le véritable coupable...

Dans un décor que Duchâteau et Tibet (auteurs belges s'il en était) connaissent bien, leur héros se retrouve une nouvelle fois aux prises avec les membres d'un club très spécial : des fans de BD peu recommandables.

"Ric Hochet" (tome 63), Le Lombard. (Album paru en octobre 2000. Chronique publiée initialement dans Centre presse Aveyron le 5 novembre 2000.)


vendredi 30 octobre 2026

BD - L’armée française, chenille soumise en pleine "Déconfiture"


Défaite éclair, humiliation suprême. En 1940, quand les bataillons allemands ont fondu sur la France, les soldats français ont très rapidement été débordés, isolés. Battus. Une page peu glorieuse de l’Histoire de France qui est au centre de « La déconfiture » de Pascal Rabaté. Après quelques réalisations au cinéma (dont l’adaptation de certaines de ses BD), le dessinateur revient à ses premières amours. Un noir et blanc épuré, comme brûlé au soleil de ce mois de juin caniculaire, prend à contre-pied la situation dramatique de ces soldats prisonniers avant même d’avoir eu l’occasion de combattre. 

Dans la colonne on retrouve Videgrain. Avec quelques amis audacieux, il n’a pas perdu l’espoir de se faire la belle. Mais en attendant il marche vers le Nord Est en compagnie de ses compagnons d’infortune tous les jours sur des dizaines de kilomètres, escorté par les Allemands impitoyables pour les retardataires. La fringante armée française n’est plus qu’une chenille soumise. 

La nourriture commence à manquer et certains deviennent presque fous. 

Rabaté, dans ce huis clos en plein air, raconte comment ne pas perdre espoir. Il montre aussi les faiblesses humaines. Devenus prisonniers, certains se transforment immédiatement en bons petits chiens des gardiens, n’hésitant pas à dénoncer ceux qui, trois jours auparavant, auraient risqué leur vie pour eux. Une leçon d’Humanité à mettre entre toutes les mains. 

« La déconfiture » (tome 2), Futuropolis, 20 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi en juin 2018)