lundi 14 septembre 2026

BD - Météorite et destin

En découvrant la maquette et mise en page de La météorite de Hodges, superbe album signé Fabien Roché, on a l’impression d’être dans une œuvre de Chris Ware. Pourtant l’auteur est de Lyon et c’est sa première incursion dans le monde de la BD. Une grande réussite tant graphique que narrative. 

A la base un simple petit fait divers. Le 30 novembre 1954, à Sylacauga, petite ville de l’Alabama, un fragment de météorite tombe sur Anne Elizabeth Hodges. L’auteur explore tous les possibles pour raconter cette histoire. Qui est Hodges, d’où vient la météorite, quelles conséquences pour les protagonistes ? Un récit d’une grande clarté, servi par un dessin minimaliste mais inspiré.  

« La météorite de Hodges », Delcourt, 18,95 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)

dimanche 13 septembre 2026

BD - Niklos Koda face au dieu des chacals


Quand il s'agit de négocier de gros contrats, toutes les armes sont bonnes. Ainsi la délégation du gouvernement d'un pays du tiers-monde compte dans ses rangs Barrio Jésus surnommé le dieu des chacals. Un homme de l'ombre, des ombres. 

Ce puissant sorcier vaudou reste enfermé dans une chambre de palace. Il tente d'ensorceler les négociateurs parisiens. C'est à ce moment que Niklos Koda, le plus séducteur des espions, entre en jeu. Avec quelques amis férus de maléfices, il va s'interposer. Pour entrer dans la place, il devra user de tout son charme. Théodora, la belle métisse, femme du responsable de la délégation étrangère et maîtresse de Barrio paiera de sa vie une petite faiblesse pour le beau brun aux yeux bleus.

Jean Dufaux au scénario utilise la même recette que pour Jessica Blandy : jolies filles, fantastique et conspiration. Grenson au dessin affine son trait de planche en planche. Et ses femmes sont si belles... 

"Niklos Koda" (tome 2), Le Lombard. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron.


samedi 12 septembre 2026

BD - Corse : se méfier des apparences


La Corse, ses traditions, ses secrets... Dodo raconte dans ce roman graphique comment ce poids du passé peut bouleverser la vie d’une famille. Car parfois, au lieu de dire les choses, les Corses préfèrent les taire, voire complètement les oublier.

Inspirée de bribes de récits entendus dans sa jeunesse (Dodo est d’origine corse), «Une histoire corse» débute en 1982 au bord d’une rivière. Catherine nage dans l’eau vivifiante puis se dore au soleil.

Sur le chemin du retour, vers la maison de famille où sa mère est née mais où elle n’a jamais que passé des vacances, elle croise le chemin d’Antoine. Un beau dragueur qui roule en Porsche. Et qui se révèle être son demi-frère. Car la mère de Catherine a eu deux vies. De la première, elle n’a jamais rien raconté à sa fille. 

Tout au long de ces 140 pages dessinées par Glen Chapron, elle va reconstruire ce passé mystérieux, et se retrouver plongée dans cette «histoire corse», de tous temps marquée par la violence et les morts violentes. Récit fluide malgré sa complexité et ses allers-retours dans le passé, dessins d’une beauté éblouissante : cet album nous en apprend beaucoup sur l’âme corse, d’hier et d’aujourd’hui.

«Une histoire corse», Glénat, 19,50 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement en avril 2018 dans l'Indépendant du Midi)


vendredi 11 septembre 2026

BD - Papyrus et la légende du "Cheval de Troie"

Enlevés par des pirates phéniciens, Papyrus et son amie Théti profitent d'une tempête pour s'enfuir. Ils débarquent sur les côtes de la ville de Troie. Près des restes du fameux cheval en bois, ils découvrent ce qui reste de la ville détruite après dix années de combats acharnés. Pourtant il y a encore de la vie dans ces ruines. Quelques habitants qui protègent le fameux trésor et une bande de pillards qui justement voudraient bien mettre la main sur cette fabuleuse montagne d'or. Papyrus, pour tenter de sauver Théti, devra assouvir tous les caprices de la fille du chef, la belle Hélène...

Cet album est le premier volet de l'odyssée de Papyrus qui permettra aux jeunes lecteurs, en trois volumes, de faire le tour du bassin méditerranéen. Un peu de fantastique, de l'aventure et beaucoup d'humour saupoudré d'histoire : le cocktail mis au point par Lucien De Gieter fonctionne à merveille. 

"Papyrus - Le cheval de Troie" (tome 23), Dupuis. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron


jeudi 10 septembre 2026

BD - Le dessinateur et l’anorexique un peu "Cintrée"

Pas évident de raconter sa vie en bande dessinée. Jean-Luc Loyer est un talent reconnu dans ce genre. Il a débuté en racontant son enfance dans le Nord. Des récits touchants, avec juste ce qu’il faut de nostalgie. Dans «Cintrée» il poursuit ce travail d’introspection.

Dessinateur mal payé pour une revue enfantine, il vivote entre son loyer impayé, son chat affamé et sa maîtresse qui refuse de quitter son mari. Bref ça va pas fort. D’autant que l’album s’ouvre par les obsèques de sa nièce, 22 ans. Un suicide. Après quelques chapitres où il raconte ses déboires avec un scénariste totalement allumé et les refus des maisons d’édition sur un album sur la jungle de Calais avant même que le camp ne soit encore nommé ainsi, il voit sa vie radicalement changer juste après une lettre de Pôle Emploi. Il a un rendez-vous dans une agence de pub pour un emploi de graphiste. Et bingo, il a le poste. Avec cependant une condition imposée par le patron : il devra former et s’occuper de la fille de ce dernier embauchée comme stagiaire. 

Eléonore entre dans sa vie et rien ne sera jamais plus comme avant. Eléonore, jeune fille totalement trash, capable de montrer ses seins à des curés ou s’embrouiller avec un clochard. Elle sort de clinique psy, anorexique, sans doute bipolaire, un peu parano : s’occuper d’elle est un boulot à plein temps. Mais il veut plus : la sauver.

«Cintré(e)», Futuropolis, 20 € (Album publié en 2018)


mercredi 9 septembre 2026

BD - Les chemins de Pierre Christin


Pierre Christin, 80 ans, fait partie de ces créateurs qui ont grandement influencés les jeunes Français et ce sur plusieurs générations. Il a ouvert la BD grand public à la science-fiction, quasiment inventé le roman graphique avec Bilal et formé des centaines de journalistes à l’école de Bordeaux. Une vie bien remplie qu’il ne voulait pas raconter dans une autobiographie classique.

Pourtant on retrouve dans ce gros abum de 140 pages dessiné par Philippe Aymond une bonne partie de la vie du scénariste et écrivain français. Mais au lieu de se mettre en scène, il nous fait partager ses découvertes et émerveillements comme si l’on était embarqué avec lui. Une caméra subjective pour réécrire une vie. Avec un axe majeur : ses pérégrinations à l’Ouest et à l’Est. En 1966, avec Jean-Claude Mézières, il enseigne dans une université de l’Utah. Et quelques années plus tard, toujours avec Mézières, il traverse l’Europe encore soviétique

Christin est le formidable témoin objectif d’un siècle qui a vu s’affronter les deux blocs. Il en a nourri ses histoires, souvent ancrées dans le réel, sauf pour Valérian, même si parfois l’agent spatio-temporel se retrouve au cœur de la grande histoire de l’Humanité. 

Un livre comme un long road movie qui, par chance, n’est pas encore terminé puisque le principal intéressé, dans la dernière page, signale qu’il s’intéresse au Sud, en pleine descente du Mékong.

«Est - Ouest», Dupuis, 26 € (Album paru en 2018. Chronique parue initialement en avril 2018 dans L'Indépendant du Midi)


mardi 8 septembre 2026

BD - Police omniprésente… dans le futur de « Téléportation inc. »


En inventant la téléportation, une société, la compagnie de téléportation galactique, se retrouve aux commandes de machines idéales pour permettre à quelques aigrefins de disparaître aux confins du cosmos. Mais c’est sans compter sur les agents de retour, la police d’élite de l’entreprise. 

Lubia Thorel, héroïne de cette série de SF écrite par Latil et dessinée par Sordet, est la plus efficace. Pas forcément la plus délicate ni la plus diplomate. Flanquée d’un lézard qui ne peut s’empêcher de tomber amoureux, Lubia se retrouve impliquée dans un vaste complot. Beaucoup d’inventivité dans ce premier tome bourré d’action et truffé de gags. 

Une belle réussite du nouveau label Drakoo de chez Bamboo.  

« Téléportation inc. » (tome 1), Bamboo Drakoo, 14,50 € (Album paru en 2021)

lundi 7 septembre 2026

Rentrée littéraire - Amélie Nothomb a un enfant : c'est un perroquet !

Jo, un gris du Gabon, bouleverse la vie du narrateur de « L'adolescence du perroquet », nouveau roman d'Amélie Nothomb.

Après avoir raconté son « Impossible retour » au Japon puis évoqué la mémoire de sa mère dans « Tant mieux », Amélie Nothomb renoue avec la fiction pure dans ce très intrigant « L'adolescence du perroquet ». Alban, le héros-narrateur est un homme, célibataire, Parisien, très cultivé. Les premières pages sont consacrées à son amour du Louvre, musée qu'il considère comme sa deuxième maison. 

On découvre ensuite comment il occupe ses journées. Chroniqueur à la radio presque par accident, il se contente de surfer chaque matin sur le bruissement du monde. Même si l'exercice est parfois exténuant. « Une chronique, c'est une préoccupation constante. Il faut avoir une idée. Personne ne sait comment cela vient. Se mettre à la disposition de l'inconnu, être perpétuellement fécond de n'importe quoi. » A bien y regarder, le métier d'écrivain n'est pas beaucoup différent. Surtout quand comme Amélie Nothomb, on s'engage à sortir un roman à chaque rentrée littéraire. Même s'il paraît que l'autrice belge a plusieurs manuscrits d'avance. On l'imagine donc en train de se creuser la tête à trouver un sujet original pour le « suivant ». 

Est-ce la vision d'un clip sur le net d'un perroquet savant ? Ou la découverte, au Louvre justement, d'un tableau montrant des singes et un perroquet se délectant d'un plateau de fruits ? Ou tout simplement la connaissance dans la vraie vie d'un propriétaire de gris du Gabon, l'espèce de perroquet au centre du roman ? Mystère. De toute manière le lecteur n'a pas besoin de savoir pour lire avec gourmandise l'irruption de Jo, le fameux perroquet gris du Gabon dans la vie d'Alban. 

Jo arrive dans l'appartement encore bébé : « un oisillon déplumé avec un bec plus grand que lui ». Un être vivant à protéger. Alban fait rapidement un transfert vers Jo, comme s'il décidait d'adopter du jour au lendemain un nouveau-né pour en faire son fils. Les échanges, au début, sont limités. Mais dès que le volatile découvre qu'il peut émettre des bruits et répéter ce qu'il entend, Alban se consacre de plus en plus à son compagnon. Car un gris du Gabon n'est pas uniquement un oiseau qui parle. C'est « d'abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu'il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. » Amélie Nothomb, au détour d'un chapitre, aime régler quelques comptes avec ses congénères... 

En se renseignant sur les us et coutumes de l'espèce, Alban apprend que ce perroquet, en plus de vivre très longtemps, passe par une phase d'adolescence. Vivre avec Jo va devenir un véritable enfer. Coups de bec, fauteuil déchiré, ordinateur renversé : le jeune Jo devient violent, vindicatif. Sa réplique préférée ? « Arrête ça ! » Et en creux, on a l'impression qu'Amélie Nothomb raconte l'éducation impossible ce cet enfant que, par choix, elle n'a pas eu. Qu'il soit humain ou recouvert de plumes.       

« L'adolescence du perroquet » d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 160 pages, 18,90 €  

BD - La folie enchanteresse des premiers aviateurs


Après des siècles les pieds cloués au sol, quelques hommes et femmes ont enfin pu faire comme l'oiseau, "aller plus haut…" L'invention de l'aviation a marqué une véritable révolution, aux conséquences visibles partout dans la société : transport, spectacle et guerre. Dans cet album écrit par Scott Snyder et dessiné par la talentueuse Tula Lotay, la foule américaine se passionne pour des hommes inconscients, risquant leur vie au quotidien. 

Après des batailles aériennes épiques au-dessus de la ligne de front en France, les as sont de retour outre-Atlantique. Nous sommes en 1918 et le spectacle est dans les airs. Un cirque qui pousse le public à lever la tête et prier pour que les acrobates ne finissent pas dans un crash qui ne pardonne pas. Parmi les "artistes" du manche à balai, le jeune Hawk E. Baron. Rien ne lui fait peur. 


Et pour donner encore plus de piment à ses exhibitions, il cherche une partenaire capable de faire des galipettes sur les ailes de son appareil lancé à toute vitesse très haut dans le ciel. Quand il rencontre Tillie, c'est l'évidence. Non seulement elle peut braver la mort, mais en plus comme elle est très belle, il en tombe raide dingue. Une rencontre qui marque aussi le début de ses ennuis. Car dans cette Amérique du début du XXe siècle, la mafia est omniprésente et Hawk se retrouve avec toute une bande de malfrats à ses trousses. 

Une histoire romantique très rythmée, avec rebondissements et coups de théâtre. Digne d'un film de l'époque. Hawk et Tillie sont très beaux sous le crayon de Tula Lotay, déjà remarquée dans le très esthétique Somna, mais dans un tout autre genre.  

"Barnstormers, voltige, amour et meurtre", Delcourt, 160 pages, 17,50 € (Album paru en avril 2025)


dimanche 6 septembre 2026

BD - La famille Hermann propose ses "Liens de sang"


Une grande ville américaine, un jeune flic qui débute, un parrain qui règne en maître sur les bas-fonds, une belle chanteuse : décor classique d'un polar de bon ton. Mais quand c'est Hermann qui est chargé d'illustrer le tout, cela prend une autre ampleur. 

La ville est encore plus sinistre, le parrain méchant et la belle ravissante. Hermann qui a décidé de donner un bon coup de pouce à son fils, Yves Huppen, l'auteur du scénario. Ces "Liens de sang" sont d'ailleurs très déroutants car rapidement les protagonistes de l'intrigue sont confrontés à des chocs espace-temps qui font glisser cette BD vers le fantastique. Ce mélange de genre ne passe pas toujours bien mais le travail de Hermann, 51 planches, 51 chefs-d'œuvre, suffit largement au bonheur de tout être normalement constitué.

"Liens de sang", Le Lombard, collection Signé. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 10 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)