vendredi 21 août 2026

BD - L’énigme Lapérouse


Fantastique expédition scientifique destinée à mieux connaître notre monde, le périple de Lapérouse et de ses deux navires n’est pas allé au bout. Que s’est-il passé au large d’îles isolées et totalement sauvages du Pacifique ? 

Peter Dillon, plusieurs décennies après le drame, affirme avoir la réponse à cette interrogation qui passionne encore la France. Le récit de Boris Beuzelin s’appuie sur des documents certifiés, mais se permet d’extrapoler. 

On suit donc ce marin anglais, aventurier aux faux airs de Corto Maltese, cherchant avant tout à faire fortune en ramenant les derniers vestiges de l’aventure maritime royale de la fin du XVIIe siècle. On entre avec une grande facilité dans cette histoire où les sauvages ne sont pas forcément là où on les attend. 

« Peter Dillon », Glénat, 17,50 €

jeudi 20 août 2026

BD - Tombelaine ou un Français chez les Boxers

En 1900, la Chine s'éveille. La révolte des Boxers marque la déroute des puissances coloniales pensant pouvoir se partager les richesses de l'empire du Milieu.

Cet épisode capital de l'histoire de l'Asie sert de toile de fond au premier volume d'une nouvelle série écrite par Chaillet et dessinée par Capo. Tombelaine c'est le nom d'un domaine de Normandie, propriété familiale de Quentin Fortune un jeune instituteur frais émoulu de l'école normale. Mais les ruines du château ont été rachetées par Lebeuf, le père d'Amélie, une jeune fille amoureuse de Quentin. Un amour contrarié car Quentin découvre les trafics de Lebeuf.

Victime d'un odieux chantage, il doit oublier Amélie, quitter la France, et s'engager dans le corps expéditionnaire mis en place pour mater la révolte des Chinois. Chaillet, sans justifier la violence des Boxers, dénonce le climat d'affairisme et de pillage organisé mis en place par les colonisateurs. Bernard Capo s'en tire à merveille grâce à son trait réaliste très précis.

"Tombelaine" (tome 1), Casterman (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron


Rentrée littéraire – La folie Van Gogh


Exemple parfait de l'artiste torturé, Vincent Van Gogh s'invite dans cette rentrée littéraire de 2026 en devenant le personnage principal du premier roman de Vincent Vigneron, « Rien que de grands tournesols ». Une phrase prononcée par le peintre quelques mois avant sa mort. Installé en Provence, il envisage de décorer la chambre de son ami Gauguin. En déclinant à l'infini cette fleur jaune qui le rendra mondialement célèbre longtemps après sa disparition à l'issue d'une vie de misère et d'incompréhension. En s'attaquant à la vie de ce monument de la peinture européenne, l'écrivain semble avant tout laisser parler son cœur. Car il raconte la folie qui a saccagé la vie sociale de Van Gogh avec beaucoup d'empathie. Fils de bourgeois hollandais, Vincent tente de s'intégrer. Son père est pasteur. Il essaie de le devenir à son tour. En vain. Il donne des cours en Angleterre, vend des tableaux à Paris, vit d'expédients en Belgique. Une errance avec toujours son frère Théo pour l'aider, le sauver en dernier recours. Jusqu'à cet exil dans le Sud, là où son talent éclate, où la folie explose. Le style de Vincent Vigneron se cherche encore un peu (premier roman oblige), mais certaines envolées, aussi épiques que tarabiscotées, valent bien des tableaux longtemps incompris.

« Rien que de grand tournesols », Vincent Vigneron, Robert Laffont, 304 pages, 21 €


mercredi 19 août 2026

BD - Une énergie nouvelle pour aller encore plus vite et plus loin


Le petit génie qui travaille depuis des années sur un moteur à eau et qui pense arriver au bout de ses recherches doit se mordre les doigts. Paradoxalement, l'eau que l'on croyait présente en énormes quantités partout sur la planète se raréfie au même rythme que le réchauffement climatique explose… Il n'y a pas d'engin doté d'un moteur à eau dans "L'équipée du siècle", BD écrite par Dominique Latil et dessinée par Romain Sordet. Dans un passé légèrement remanié (fin du XIXe siècle), la révolution industrielle bat son plein. Les premières voitures permettent de raccourcir les distances. 

Le plus grand des pays, les USA, lance une gigantesque compétition pour encourager l'innovation et décider quelle sera la prochaine source d'énergie privilégiée par l'Etat. Il faut tout simplement traverser le continent, d'Est en Ouest, de l'Atlantique au Pacifique, le plus rapidement possible. Des grandes firmes engagent des bolides novateurs. Mais dans cette cohorte de voitures ou camions avançant grâce au pétrole ou au charbon, une moto compacte semble peu apte à l'emporter. Et pourtant, elle est conduite par Lewis Carver, as du guidon et des cabrioles (il survit en effectuant des cascades dans un cirque ambulant). Il aurait largement sa place dans le championnat national, mais il a le handicap d'être Noir. Dans ce passé déformé, si certaines énergies sont nouvelles, les préjugés et le racisme sont anciens et toujours d'actualité. Derrière Lewis, la rousse au yeux verts, Maddie Clarke, jeune ingénieure qui a trouvé dans un minerai rare la possibilité d'alimenter un générateur électrique portable. Le GEAR (générateur d'électricité aérobique récursif) lui permet de faire rouler la moto durant plusieurs jours d'affilée sans avoir besoin de ravitailler, contrairement aux autres concurrents. 

Histoire complète menée à 100 à l'heure, L'équipée du siècle, après la présentation scientifique du GEAR et des deux héros que tout oppose en dehors de la soif de victoire, est une trépidante course dans les USA en pleine construction. Les embûches sont nombreuses. En provenance des locaux croisés, mais surtout des autres conducteurs, souvent plus payés pour saboter les adversaires que pour faire avancer leur prototype. Romain Sordet prend beaucoup de plaisir à dessiner ces belles mécaniques imaginaires et les grands espaces américains. Il a aussi très réussi les portraits de Lewis et Maddie. Un régal pour les yeux.   

"L'équipée du siècle", Bamboo Drakoo, 64 pages, 16,90 €


mardi 18 août 2026

BD - Pilotes sous contrôle


Tanguy et Laverdure, les chevaliers du Ciel imaginés par Charlier et Uderzo, volent toujours pour l’armée française. Dans ce 9e album de la nouvelle série, dessiné par Sébastien Philippe et scénarisé par Buendia et Zumbiehl, le duo est aux prises avec un savant fou qui, en implantant des nano-robots dans le cerveau d’un pilote, peut prendre le contrôle de sa volonté. 

Un de nos héros va être victime de cette piraterie des temps modernes. Combats en Bretagne, survol de Guernesey, attaque d’une base secrète par un commando : beaucoup d’action dans cette histoire qui verra sa conclusion dans le 10e titre.  

« Les chevaliers du Ciel » (tome 9), Dargaud, 13 €

lundi 17 août 2026

BD - Femmes puissantes ou simples sorcières


Les féministes luttant de nos jours seraient traitées de sorcières au Moyen Âge. Ce constat évident est au centre du roman graphique Sorcières ! disent-ils de Juliette Ihler et Singeon. 150 pages où les auteurs retracent l’histoire de la chasse aux sorcières en racontant ce qui s’est passé dans un petit village de France profonde, Sauzelle, en 1489. 


Les villageois vivent en bonne intelligence. Le soir venu, les femmes aiment à se retrouver ensemble. Il y a Yolanda, diseuse de bonne aventure, Ermentrude, guérisseuse, Theodora, forgeronne, célibataire et libertine et Boussarde, mariée et excellente cuisinière. Des femmes qui pensent par elles-mêmes, ne sont pas inféodées aux hommes. 

Trop puissantes pour l’époque. Cela ne plaît pas à deux inquisiteurs chargés de prouver que ce sont des sorcières et qu’il faut les brûler en place publique après des procès qui s’apparentent plus à des séances de tortures pour esprits sadiques qu’à de la justice. Même divine.      

« Sorcières ! disent-ils », Delcourt, 18,95 €

dimanche 16 août 2026

BD - Candélabres, êtres merveilleux aimant le feu


Un peu de fantastique, une touche de psychologie et beaucoup de poésie, tel est le cocktail savoureux que nous propose Algésiras dans le deuxième tome de "Candélabres ».

Algésiras est une jeune dessinatrice au trait d'une incroyable élégance. Si un des héros est danseur, ce n'est certainement pas par hasard. Les personnages, jeunes et élancés, ne semblent jamais toucher le sol, comme en état d'apesanteur. Une grâce qui illumine en permanence ces 46 pages.


Pour ce qui est de l'histoire, relativement compliquée, elle met en lumière des êtres merveilleux, les candélabres, qui n'apparaissent qu'à certains élus. Ils savent utiliser le feu et dans un monde parallèle une lutte acharnée se déroule pour contrôler ce pouvoir.

Julien, le héros, a été sauvé des flammes par Solédango, un candélabre. Depuis ce dernier vient régulièrement le hanter, l'aider et le guider.

"Candélabres" (tome 2), Delcourt. Album paru fin 2000, chronique publiée initialement en avril 2001 dans Centre Presse Aveyron 


samedi 15 août 2026

BD - Les "Rapaces" à l'oeuvre


Avez-vous un petit kyste derrière l'oreille ? Si oui, mauvaise nouvelle, Camilla et son frère rodent dans les parages et ont décidé de faire le ménage. Ce kyste est le signe distinctif d'une petite élite au pouvoir qui ne craint pas la mort.

Un grand financier, un acteur connu, le chef d'un gang black, le principal policier, ils ont concentré toutes les formes de pouvoir entre leurs mains, s'assurant mutuellement une impunité éternelle. Mais voilà, les deux oiseaux noirs du malheur ont percé le secret de la caste et tuent à tour de bras, en plantant une aiguille d'argent dans ce kyste magique.

Du fantastique de premier ordre signé Dufaux au scénario et Marini au dessin. Ce dernier utilise au maximum les couleurs directes pour meure en place une ambiance oppressante. Son travail sur le rouge est du grand art. Les deux exterminateurs sont les personnages principaux mais il ne faut pas négliger le rôle de l'inspecteur Lenore, une femme-flic en quête de vérité et qui ne se laisse pas démonter par les tours de magie de ses adversaires.

Un peu de pragmatisme pour mieux faire passer l'irréel. 

"Rapaces" (tome 1), Dargaud, 56 pages, 17,50 € (Album paru en 1998, chronique publiée initialement en septembre 1998 dans Centre Presse Aveyron)

vendredi 14 août 2026

BD - No War, fin de partie


No War
d’Anthony Pastor se termine dans un seul gros volume de 230 pages reprenant les deux derniers épisodes de cette série de politique-fiction. Dans le petit pays imaginaire du Vukland, archipel ressemblant à l’Islande et au Groenland, la révolte populaire prend de l’ampleur. 


Le peuple Kivik se lève contre les agissements des capitalistes américains et chinois. La magie va s’immiscer dans cette bataille économique. Une belle parabole politique servie par un dessin réaliste nerveux et beau, tout en restant redoutablement efficace.  

« No War » (tomes 5 & 6), Casterman, 232 pages 25 € (Album paru en mars 2021)

jeudi 13 août 2026

BD - Adorable Imbattable


Ce serait le plus fort des super-héros. C’est en tout cas le plus gentil et le plus original de ces justiciers masqués. Imbattable, création de Pascal Jousselin, est avant tout un inventeur de génie. Pas de machines compliquées pour arrêter les méchants mais de sauts quantiques dans la narration. Cette BD est un laboratoire d’expériences graphiques. 

En passant d’une case à l’autre, Imbattable a souvent un coup d’avance. Mais certains ennemis ont aussi des pouvoirs bousculant la linéarité d’une histoire. On adore ces expériences où la logique est mise à rude épreuve mais où l’imagination se révèle essentielle. 

Dans ce 3e recueil d’histoires courtes parues dans l’hebdomadaire Spirou, se niche une aventure de Jean-Pierre (le gendarme qui aide Imbattable dans ses enquêtes) d’une tendresse et d’une force émotionnelle totalement inattendue dans ce type d’album. Tout ça par la force d’un peu de vernis et en modifiant légèrement l’angle de lecture. Génial ! 

« Imbattable » (tome 3), Dupuis, 10,95 €