vendredi 10 juillet 2026

BD - Cosey raconte l'histoire de "Yiyun", petite fille chinoise


Après le Tibet, la Suisse et les USA, Cosey met le cap sur Taïwan. Le dessinateur suisse s'intéresse dans ce gros roman graphique au destin compliqué de Yiyun, petite fille chinoise née au pire moment, en pleine politique de l'enfant unique. Yiyun est la seconde fille d'un couple espérant avoir enfin un garçon. Yiyun , la sœur de Mei… Cette dernière a un signe particulier. Elle porte un cache-oeil.

Devenue adolescente, brillante dans toutes les matières, Mei bénéficie d'une bourse pour étudier à l'étranger. Ce sera une école anglaise. Et en hiver, elle profite d'un séjour à la montagne. En Suisse exactement, dans cette région du Pays-d'Enhaut. C'est sur les pentes enneigées qu'elle croise la route de Urs, un jeune local, passionné de ski, expert en papier découpé, une tradition picturale de cette Suisse très authentique.


Urs tombe amoureux de Mei car elle ressemble terriblement à Miss Wu, l'héroïne d'une série de comics américains. Miss Wu, Chinoise fière et rebelle, pilote un avion de chasse. Ses aventures font rêver Urs. Mei lui permet de les transformer en presque réalité. Presque car la jeune Chinoise ne peut pas céder aux avances d'Urs. Elle cache un terrible secret, ressort dramatique de cet album aux couleurs sino-helvétiques.

Avec son trait élégant et ses couleurs pastels, signatures de son style unique, Cosey embarque le lecteur dans une vaste quête après un bonheur impossible, Urs ne comprendra jamais pourquoi Mei l'a repoussé lors de leur seconde rencontre, une année après la première.

Deux thèmes émergent de cette BD entre romantisme, initiation artistique et histoire contemporaine. Les fameux papiers découpés, un art à part dont Cosey propose quelques exemples de son cru, loin des Edelweiss et plus tournés vers les héros de la BD franco-belge. Plus dramatique le sort des hukou, ces enfants sans identité, clandestins car en surnombre dans cette Chine trop peuplée. Un volet politique de l'œuvre de Cosey qui a toujours été présente dans ses albums.

"Yiyun", Le Lombard, 112 pages, 21,45 €


jeudi 9 juillet 2026

BD - Jhen déjoue un complot au Vatican dans "La louve céleste"


Certaines séries de bande dessinée ont des vies plus agitées que d'autres. Dans la catégorie
"BD emblématique mais trop rare", Jhen fait figure d'exemple à ne pas suivre. Au commencement, dans les années 80, Jacques Martin, fort du succès des aventures d'Alix, cherche à bonifier sa production. Il imagine une nouvelle série historique se déroulant en France du temps de Jeanne d'Arc. Ce sera Xan, prépubliée dans Tintin et au Lombard en albums. Au dessin, un élève appliqué de Martin, Jean Pleyers, surtout connu alors pour une série de SF parue dans Métal Hurlant, "Les êtres de lumière". Mais au bout de deux aventures, Xan disparaît et renaît sous le nom de Jhen… chez Casterman.

Un héros un peu délaissé par Martin. Après une assez longue éclipse, il revient avec de nouveaux scénaristes et le renfort de dessinateurs (Cayman, Teng) pour augmenter la cadence de parution. Mais finalement, c'est un retour à la stabilité (et à la rareté…) qui s'impose. Le 20e titre de la série (en plus de 40 ans, ce n'est pas beaucoup), est écrit par Nejib et dessiné par… Jean Pleyers qui a désormais plus de 80 ans.

L'action se déroule en 1440 au Vatican. Jhen arrive à Rome en compagnie d'un peintre et d'un collègue architecte. Ils doivent proposer au pape Eugène IV un spectacle qui a pour but de favoriser le rapprochement entre les églises d'Orient et d'Occident. Alors même que le Romain est contesté par Félix V, autre pape qui siège à Bâle.

Intrigues, complot, diplomatie, chantage et vengeance sont au programme de cette histoire très dense aux multiples rebondissements. Jhen essaiera de s'opposer à une tentative d'assassinat d'Eugène IV, mais se retrouve accusé d'être à l'origine du complot. Emprisonné, il risque même de passer à la question, torturé par un moine, vieille connaissance de l'architecte français.

Reste à découvrir l'identité de "La louve céleste", titre de l'album. La réponse, très étonnante, est donnée à l'avant-dernière page. L'ensemble est une belle réussite, avec ce qu'il faut d'action et de rappel historique. Seul petit bémol, le dessin de Jean Pleyers n'est plus aussi proche de la perfection. On sent le poids des années, mais il a conservé son style méticuleux, hyper réaliste et d'une grande précision architecturale et historique.

"Jhen" (tome 20), Casterman, 48 pages, 13,50 €


mercredi 8 juillet 2026

BD - Petit démon et île mystérieuse


Dans le genre violent et réservé aux adultes, la série Hellboy imaginée par Mike Mignola fait partie des maîtres étalons. Mais pourquoi se priver de la vaste audience des plus jeunes fans de comics ? Avec pas mal d'audace, le créateur du diable les plus rouge et cornu de l'enfer ose la version "young". Avant de faire parler son poing surdimensionné, le petit démon a vécu une enfance (presque) normale.

Pour raconter ces débuts, on retrouve le duo Thomas Sniegoski (scénario) et Craig Rousseau (dessin). L'histoire revendique une certaine naïveté couplée à une intrigue faisant la part belle à quelques célèbres chimères, du gorille géant à la femme vampire en passant par l'île mystérieuse cachée de tous. Rien de bien nouveau, mais force est de constater que le tout mélangé prend comme une mayonnaise (un aïoli pour les Sudistes) ferme et goûteuse. En compagnie du professeur Bruttenholm, son protecteur et tuteur, Hellboy, dix ans, est très excité à l'idée de prendre l'avion pour aller visiter un site de fouilles en Amérique du Sud.

En plein vol, un illuminé religieux, persuadé que sa mission sur terre est d'éliminer ce démon rouge, tue les pilotes. L'avion se crashe, Hellboy et le professeur survivent et s'échouent sur la plage d'une île. Premier problème : l'attaque de crabes géants. Heureusement, un gorille monumental aux yeux mauves surgit de la jungle et passe au court-bouillon les crustacés XXL. Un peu plus tard, Hellboy, sur le point d'être enseveli dans des sables mouvants, est sauvé par une sauvageonne qui semble être l'amie d'un peuple de singes évolués. La suite ? Des dinosaures, une malédiction, une femme vampire et pas mal de baston pour un Hellboy pas encore au top de sa force mais déjà courageux face à l'adversité.

Les plus critiques diront que c'est simplet. Les autres reconnaîtront l'hommage permanent à une certaine BD, passée de mode mais qui a façonné l'imaginaire de millions d'adolescents des cinq dernières générations.

"Young Hellboy" (tome 1), Delcourt, 120 pages, 15,95 €


mardi 7 juillet 2026

Nouvelles – Sales mômes littéraires

Dix auteurs, dix nouvelles inédites. Un point commun, les héros sont des enfants. Pas forcément de « Sales mômes » comme suggéré dans le titre de ce recueil dont tous les bénéfices seront reversés à l'association d'Aide aux Jeunes Diabétiques. En plus d'une bonne action, vous pourrez vous évader et peut-être retrouver un peu de votre enfance. Parmi les grandes signatures vous pourrez retrouver quelques célébrités de la scène du polar et du thriller mais aussi des plumes aux millions d'exemplaires vendus comme Tatiana de Rosnay, Marc Levy ou Virginie Grimaldi

L'avantage de ces recueils, c'est leur diversité. Ainsi avec Maxime Chattam, vous découvrez une bande de copains très particulière. Ce seraient des fils et filles de... grands méchants des mondes imaginaires (de la momie au loup-garou). Michel Bussi joue sur la corde nostalgie en racontant le bel été des années 70 de Sitting Bouboule, l'Indien potelé transformé après un mois de colonie de vacances en Auvergne

Quant à Valérie Perrin elle prend tout le monde à contre-pied en racontant son enfance de « sale môme » dans l'ombre de ses grands-parents. 

« Sales mômes », Pocket, 8 €


BD - La menace Cthulhu plane sur Arkham


Richard D. Nolane, scénariste prolixe, aime revisiter les grands mythes de la littérature populaire. Son immense savoir lui permet de faire des parallèles audacieux, imaginer des situations abracadabrantes et sortir certains créateurs de leur rôle passif de "raconteurs d'histoires" pour endosser le costume de "héros".

Dans "Arkham Mysteries", série fantastique dessinée par Manuel Garcia, auteur espagnol, Nolane convoque un de ses maîtres : Lovecraft. L'écrivain visionnaire, façonneur des plus horribles monstres de la littérature fantastique, est embarqué dans une étrange affaire en compagnie de Seth Armitage, professeur d'université et de Skylark Duquesne, propriétaire et principale journaliste du journal d'Arkham, ville fictive récurrente dans l'univers lovecraftien où se trouve l'université de Miskatonic.

Dans ce second tome, Armitage est mal en point. Un tatouage dans son dos se met à bouger. Horribles douleurs, délire… Lovecraft est persuadé que c'est un compte à rebours.

Au même moment, les centaines d'aliénés de l'asile d'Arkham se révoltent et fuient vers la rivière. Tout serait lié. On trouve derrière ces événements le réveil d'une entité millénaire malfaisante.

Le scénario, comme dans les romans de Lovecraft, est assez touffu et parfois déconcertant. Pas toujours facile de suivre, d'autant qu'il est souvent fait référence aux tome 1 de la série. Souvent étant un euphémisme puisque ce ne sont pas moins de 10 notes de renvoi qui ornent les bas de page. Le lecteur devra s'accrocher mais sera récompensé dans le final avec quelques planches d'une grande beauté. Là aussi c'est un euphémisme car Manuel Garcia dessine surtout des monstres incroyablement effrayants.

"Arkham Mysteries" (tome 2), Soleil, 56 pages, 15,95 €


lundi 6 juillet 2026

BD - Se méfier du petit "Pépère" bordelais


Il ne paye pas de mine le Pépère imaginé par Emmanuel Moynot. Un petit retraité solitaire, quasi invisible après des années derrière un guichet de la Poste. Dans son petit pavillon, avec jardin à l'arrière, il vit un peu comme il y a 40 ans. Quand il vivait avec sa vieille mère acariâtre. Le décor aussi n'a pas changé. Vieux papier peint, meubles en formica… Dans la cave, Bordeaux oblige, quelques bonnes bouteilles. Il y a aussi quelques trous rebouchés. Le Pépère a la mauvaise habitude de trucider ses semblables puis de les enterrer, en toute discrétion dans cette cave toujours fermée à double tour. Tueur en série, le Pépère passe sous les radars de la police depuis des années. 


Tout a commencé quelques mois après la mort de sa mère. La représentante d'une agence immobilière a la mauvaise idée de sonner chez l'orphelin, de visiter la maison en critiquant tant et plus et lui conseille de vendre rapidement car un immeuble est en projet derrière le jardin. Elle finit empalée sur un porte-manteau. Un accident… Mais étonnamment le Pépère apprécie et quelques mois plus tard c'est une collègue un peu trop entreprenante qui termine dans la cave sous 15 centimètres de terre.

Portrait sombre d'une vie minable qui se suffit de peu, ce roman graphique, débute comme une critique sociale est continue dans le registre du polar noir et sans concession. A la misère du Pépère, vient se greffer celle de Vanessa, droguée, SDF et prostituée occasionnelle. Le Pépère, elle le croise souvent dans la rue. Il est gentil avec elle. Lui donne parfois une pièce. C'est quand elle tombe sous la coupe de Sacha, sorte de punk à chien (sans chien) vivant dans l'épave d'une caravane que le Pépère change de statut. Pourquoi ne pas profiter de sa gentillesse ? S'installer chez lui et dérober ses économies ? Deux petits voyous chez un grand méchant, la suite s'éloigne résolument de la comédie sentimentale à dominante rose. 

Une noirceur implacable, bonifiée par le dessin sombre de Moynot retrouvant son propre style en s'éloignant de celui de Tardi, adopté quand il a repris les aventures de Nestor Burma. Une excellence dans la "noirceur, la drôle, la tragique, la pathétique", saluée dans la préface de Pascal Rabaté, autre expert dans la description de la vie des humbles.

"Le pépère", Glénat, 80 pages, 19 €


dimanche 5 juillet 2026

BD - Alix, sénateur mais avant tout père


En décidant de prolonger les aventures de son héros après sa mort, Jacques Martin ne se doutait pas que sa série Alix s'épanouirait sous plusieurs franchises, de sa jeunesse à sa vieillesse. Si la série principale se prolonge dans des titres classiques, dignes des albums signés par Jacques Martin, le plus intéressant pour l'amateur d'histoire romaine est indéniablement la version "Alix senator". Valérie Mangin, scénariste surtout connue pour ses incursions dans le monde de la science-fiction, a imaginé un Alix devenu adulte, sénateur, père d'une jeune adulte, Titus, plus spectateur qu'acteur des intrigues impériales. Le dessin, d'une rigueur académique d'une étonnante beauté et souplesse, a été confié à Thierry Démarez. Une première incursion dans la BD pour cet ancien décorateur (Comédie française) d'une rare efficacité. Le duo en est effectivement à son 17e titre en sachant que la première aventure est parue en 2012.


Après un périple dans le grand Nord (tome 16), le sénateur Alix est de retour à Rome. Il est seul car Titus est parti se former aux métiers des armes dans la Légion. Lors d'une permission, avec des camarades, il se risque dans une taverne à la mauvaise réputation. Il boit. Trop. Et tombe dans une embuscade, enlevé avec ses amis par de mystérieux hommes cachés derrière des masques représentant des animaux. Titus découvre qu'il est aux mains d'une organisation qui propose aux riches notables de la région des spectacles sanglants. Les jeunes hommes doivent se battre contre des animaux affamés.

Quand Alix comprend que son fils est en grand danger, il va tout faire pour le retrouver et faire cesser ces représentations barbares.

Beaucoup de politique dans cet album. Avec la critique d'une certaine oisiveté des puissants, incapables de se passer de sensations fortes. La mort comme spectacle. C'est lamentable mais reste encore tout à fait d'actualité deux millénaires plus tard.

"Alix senator" (tome 17), Casterman, 48 pages, 15,50 €


samedi 4 juillet 2026

BD - Un petit boulot d'enfer !


Illustrateur allemand très connu dans son pays d'origine, Patrick Wirbeleit s'essaie avec bonheur à la BD pour adolescents. Son dessin, caricatural et expressif, donne sa pleine puissance à cette histoire aussi simple que absurde. A la base, le jeune Jonas craque pour la belle Annika. Mais cette dernière ne le remarque pas. Elle n'en a que pour un certain Tristan. Enfin surtout la Vespa…

Alors Jonas en déduit que pour séduire sa dulcinée, il lui suffit de se payer une Vespa. Facile à dire, plus compliqué à réaliser quand on est pauvre. Il se lance donc à la recherche d'un job. Les annonces ne sont pas nombreuses.

Alors pourquoi ne pas répondre à celle concernant un "balayeur de cendres" ? Même si la paye n'est pas terrible, il postule. Il aurait dû se méfier des termes utilisés : "Intéressé ? Appuyez trois fois sur le six avec un doigt ensanglanté et demandez Stan." Voilà comment Jonas se retrouve salarié de Satan (Stan, avec un a de plus) à balayer les immenses couloirs de l'enfer avec des démons d'une bêtise crasse.

Partie comme une BD actuelle sur les amours des jeunes d'aujourd'hui, "Un crush d'enfer" glisse rapidement vers le conte horrifique et comique. Car on rit beaucoup dans ce roman graphique très inventif. Les réactions de Jonas sont souvent désopilantes. Si l'on rajoute les gaffes des démons et la tentative d'évasion d'un diablotin plus téméraire, on se retrouve avec une des BD les plus marrantes de ces derniers mois. Alors ne boudez pas votre plaisir et découvrez cet auteur allemand à l'univers déconcertant et unique.

"Un crush d'enfer", Aventuriers d'ailleurs (Bamboo), 104 pages, 16,90 €


vendredi 3 juillet 2026

BD - Flânez dans le Port de la Lune avec François Ayroles


Si vous avez un jour acheté le journal Sud-Ouest à Bordeaux, vous aurez certainement remarqué une petite rubrique dans les pages locales joliment titrée "Le piéton…". Un petit écho sur la ville, entre billet d'humeur, réflexion sur le devenir de la cité ou anecdote sur un habitant.

Les éditions Glénat ont repris cette appellation pour une collection de BD signées des meilleurs auteurs. Deux premiers titres sont disponibles, Lyon par Didier Tronchet et Bordeaux, ville de résidence de François Ayroles. Dans ce titre, la longue balade dans le Port de la Lune débute gare Saint-Jean. Le point de départ des milliers de visiteurs de la capitale d'Aquitaine au riche passé. Ayroles se met en scène devant les monuments et autres originalités cachées de cette ville qu'il semble connaître (et aimer) parfaitement.


Une promenade savante qui a son côté loufoque grâce aux interventions de son compagnon : un brave chien aux réparties souvent cinglantes. Cela adoucit le côté didactique de l'ensemble. Notamment dans les premiers chapitres, très historiques et architecturaux, de Saint-Michel à Saint-Pierre, noms des quartiers du centre. Mais Bordeaux ce n'est pas que du passé glorieux, ce sont aussi des œuvres d'art en plein air (de la soucoupe volante à la Cité du vin) et des quartiers modernes comme Mériadeck. Des zones vertes aussi comme le superbe Jardin public ou l'aménagement de la Rive Droite avec l'ouverture du nouveau pont Chaban-Delmas.

On appréciera aussi les nombreuses références à l'origine de la fortune de plusieurs familles bordelaises : pas le vin mais la traite des esclaves. Il faut parfois explorer son passé et reconnaître certaines erreurs avant d'accepter son héritage.

"Le piéton de Bordeaux", Glénat, 152 pages, 20 €


jeudi 2 juillet 2026

BD - La Belgique de la jeunesse d'Annie Cordy


Impossible de faire plus belge ! Cet album écrit par Bernard Swysen et dessiné par Christophe Alvès est le summum de la belgitude. Le cadre : Bruxelles. L'héroïne : Annie Cordy. L'époque : la fin de la seconde guerre, quand l'Europe commençait à espérer un avenir de paix et de progrès. A cela se rajoutent le média : la BD et le style : franco-belge, tendance Jacobs et Jacques Martin, parfaitement maîtrisé par Christophe Alvès qui a déjà signé plusieurs albums des aventures de Guy Lefranc sur des scénarios de Corteggiani.

En 1949, Annie Cordy est encore totalement inconnue en France. Par contre dans son pays de naissance, c'est déjà une vedette, même si elle n'a que 20 ans. Il faut dire qu'elle a débuté très jeune. Issue d'un milieu modeste, (mère épicière, père ébéniste), elle aime chanter et amuser la galerie. Adolescente elle remporte un radio crochet et découvre le music-hall. En 1949, le petite Léonie Cooreman est connue sous le nom de Nini Cordy. Elle est meneuse de revue au Bœuf sur le toit

C'est dans les coulisses de ce célèbre cabaret bruxellois que l'intrigue débute. Un des musiciens de l'orchestre est poursuivi par deux hommes parlant russe. Ils l'abattent mais ne trouvent pas le document qu'ils cherchent. La suite, entre polar et roman d'espionnage en pleine guerre froide, fait la part belle à Nini, dépositaire du dernier message, codé, du musicien. Il y est question d’œuvre à protéger, d'un musicien en danger… 

Les péripéties sont multiples, permettant à Bernard Swysen de s'amuser à placer la future vedette dans des situations qui rappellent aux plus anciens ses grands succès populaires comme la trépidante et pittoresque la bonne du curé. Nini qui recevra l'aide de son amoureux du moment, un dompteur de fauves et croisera la route de ceux qui l'aideront à faire carrière à Paris, de Francis Lopez à Maurice Chevalier en passant par Pierre-Louis Guérin, le patron du Lido. Un album qui passionnera les amateurs d'Histoire, de chansons populaires et de biographie. 

Un dossier de huit pages en fin de volume permet de mieux comprendre l'époque (la guerre froide), la ville (Bruxelles en plein bouleversement architectural) et découvrir la suite de la carrière de Nini, transformée en Annie Cordy, artiste protéiforme excellant tant sur les planches que devant un micro ou une caméra.

"Nini Cordy 1949", Éditions Anspach, 56 pages, 16,50 €