dimanche 30 août 2026

BD - Les enfants de la tour Eiffel


Surnommée la Dame de Fer (bien avant l'ancienne Première ministre britannique) par les Parisiens, la tour Eiffel est au centre de cette nouvelle série jeunesse écrite par le duo de scénaristes catalano-audois constitué de Carbone et Cee Cee Mia. Les Phénix de Paris, ce sont des gamins, orphelins, qui vivent en détroussant les touristes dans les rues de la capitale française. Des orphelins, sans repaires, gibier idéal pour Hector, voyou notoire, chef du gang des Loups de Montmartre. Il a enrôlé ces cinq âmes esseulées pour leur apprendre à voler en toute discrétion. En échange, ils ont un toit et un bout de pain. Et si le butin n'est pas assez gros, pas de pain mais des torgnoles à la place. 

Il y a un petit air de Dickens avec l'accent titi parisien dans cet album inaugural. Mais sans trop de misérabilisme. Les enfants sont déterminés à se sortir de ce bourbier. Le plus décidé reste Gabin. Il déteste voler. Cherche toujours une autre solution. Violette, sa compagne de larcin, est plus pragmatique. Quelques pièces ou bijoux en moins dans les poches des riches bourgeois ne leur manqueront pas. Par contre cela lui permettra, en fin de journée, de se remplir (un peu) l'estomac. 

Les premières planches, dessinées par Paolo Voto, artiste italien, promènent le lecteur dans ce Paris de la fin du XIXe siècle. Grands monuments existants et surtout future vedette, en pleine construction, la tour Eiffel. C'est à ses pieds que Gabin et Violette parviennent à voler une belle montre à un gamin qui a failli se faire renverser par un fiacle. Gabin lui sauve la vie, Violette le déleste de son bien précieux. Montre qui termine dans la poche d'Hector. Le lendemain, Albert, le volé, retrouve Gabin et le supplie de lui rendre ce souvenir offert par son père. Qui n'est autre que Gustave Eiffel, le concepteur de la fameuse tour. Entre Gabin, Albert et Violette naît une belle amitié et complicité. Albert retrouve sa montre, mais Gabin et Violette deviennent des parias, recherchés par Hector décidé à les trucider. Ils vont se cacher dans une baraque du chantier de la tour Eiffel en compagnie de leurs trois autres amis orphelins et se transformer en gardiens de la grande dame. 

Une belle histoire d'amitié faisant fi des différences de classes, une intrigue prenante, des amourettes naissantes, des décors à couper le souffle : Les Phénix de Paris vous feront voyager dans le temps pour redécouvrir la vie dans la Capitale il y a plus d'un siècle.    

"Les Phénix de Paris" (tome 1), Jungle, 56 pages, 13,95 €


jeudi 27 août 2026

BD - "Rural !", Davodeau avec la Conf'


Un bulldozer contre une vache qui broute : la couverture de « Rural ! », album signé d'Etienne Davodeau, est hautement symbolique. Sous-titré "Chronique d'une collision politique », ce livre en noir et blanc d'une centaine de pages est en fait un long reportage graphique.

L'auteur a suivi durant une année trois agriculteurs en Gaec dans la région d'Angers. Militants de la Confédération paysanne, reconvertis dans le bio, ils sont opposés au tracé d'une autoroute qui va traverser leur exploitation de part en part. Davodeau nous fait partager ses étonnements (il n'y connaît rien en agriculture et le reconnaît), ses enthousiasmes, sa rage quand il fait témoigner les «petits » impuissants et démunis face aux forces du capital.

Un livre militant, bon exemple de ce qui peut se passer quand on décide au plus haut niveau de tracer de nouveaux axes de circulation.

"Rural !", Delcourt, 144 pages, 16,50 € (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mercredi 26 août 2026

BD - "Goetz", du Sartre version barbare


Envie de lire du Sartre tout en bénéficiant d'une montée d'adrénaline justifiée par des combats sanglants entre barbares ? L'exercice semble contradictoire et pourtant c'est exactement ce que vous pourrez obtenir en vous plongeant dans "Goetz", roman graphique écrit par Fane et dessiné par Didier Cassegrain. Une adaptation très libre (barbares et science-fiction oblige) d'un livre de Jean-Paul Sartre un peu oublié. Ce projet, monumental (par sa complexité et sa lourdeur) a occupé plusieurs années de la vie de Fane. L'ancien dessinateur du Joe Bar Team a découvert cette pièce de théâtre au lycée. Un professeur de philo un peu original décide, pour mieux persuader ses élèves de l'importance de la pensée sartrienne, de leur faire interpréter des extraits de l'œuvre. Fane hérite du rôle-titre, le guerrier bâtard. Il va donner la réplique à la plus belle fille de la classe qui interprète Katerine. Jeune beauté dont il est secrètement amoureux… 


De cet épisode adolescent, Fane conservera une fascination pour Goetz. Plusieurs décennies ont passé. Le dessinateur remet en cause son travail. Il veut changer de registre et s'attaque à l'adaptation du texte adoré. Une réinterprétation dans les codes de l'époque. Dans un futur très lointain, les Terriens débarquent sur une planète primitive. Ils vont la coloniser, aidés de leur puissante technologie. En face, les autochtones, toujours à l'âge du fer, subissent puis résistent. Il faudra l'arrivée de Goetz, un bâtard violent, à la tête d'un clan pour que tout change. Avec l'aide des Dieux, il est sur le point de massacrer toute la colonie. Mais le discours d'un médecin lui donne l'occasion de changer. D'adorateur du Mal, il va devenir apôtre du Bien. Goetz, a deux visages, deux trajectoires mais un seul destin. 

Fane a réalisé le storyboard des 150 pages de cette BD dantesque. Mais il a préféré donner cette matière à un autre dessinateur, capable de magnifier ces scènes d'anthologie. Didier Cassegrain accepte le challenge. Il se lance donc dans la réalisation de ces 150 planches d'une force et d'une splendeur redoutables. Cassegrain, connu pour son style inimitable qui magnifie la féminité. Katerine est fragile et belle, les guerrières barbares fortes et audacieuses. 

Reste le cas de Goetz, omniprésent, insaisissable. D'une cruauté inimaginable dans la première partie, exemple parfait  du "bon" dans la seconde. Qui l'emportera ? C'est toute la morale de ce roman graphique beau, puissant et inspirant

"Goetz", Comix Buro - Glénat, 184 pages, 29 €


mardi 25 août 2026

BD - "SOS Bonheur", chef-d'oeuvre de Van Hamme et Griffo en intégrale


Avant de connaître le succès phénoménal de XIII et de Largo Winch, Jean Van Hamme a dû batailler ferme. Ainsi il avait dans ses cartons une idée de série TV explorant divers aspects d'un monde à la Orwell. Rien à voir avec le Big Brother de M6, d'ailleurs le projet n'aboutira jamais.

Mais ces synopsis serviront de base aux deux premiers tomes de SOS Bonheur, une BD. des années 80, emblématique de la collection Aire Libre. Les éditions Dupuis ressortent cette histoire de science fiction prémonitoire en version intégrale. Force est de constater que cette bande dessinée n'a pas pris une ride.

Le scénario, noir et pessimiste à souhait, n'en a que plus de force en ce début de III° millénaire. Au dessin, Griffo jetait les bases de ce style réaliste très fouillé qui s'épanouira quelques années plus tard dans Giacomo C. 

Un classique à redécouvrir d'urgence.

"SOS Bonheur", Dupuis, 176 pages. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


BD - A la recherche des derniers colons


Le space opéra n’a pas dit son dernier mot. «Colonisation» de Denis-Pierre Filippi (scénario) et Vincenzo Cucca (dessin, et bien évidemment Italien...) reprend les bases du genre. Des vaisseaux spatiaux, quelques aliens, gentils et dotés d’une technologie très avancée, des pirates, des nef perdues au fin fond de  la galaxie et une mission de secours périlleuse. Le compte est bon, surtout si l’on rajoute à cela un équipage mené par une forte tête, la rousse, mignonne mais pas commode, Milla Aygon

Dans un futur assez éloigné, la terre au bord de l’asphyxie, envoie des dizaines de nefs dans tout l’espace pour tenter de trouver des planètes à coloniser. Quelques années plus tard, une nouvelle technologie permet de trouver ces lieux à coloniser sans les années de voyage.Des missions sont alors lancées pour retrouver les nefs. 

Milla est à la tête d’une de ces expéditions et retrouve dans un vaisseau en ruines un seul corps encore en vie, celui de l’officier Clarence Sternis.

Un peu complexe dans ses premières pages, cette série est pourtant prometteuse pour les fans de ce genre d’histoires. Et ils n’auront pas à attendre trop longtemps pour découvrir la suite puisque le tome 2 devrait se poser le 11 avril prochain dans toutes les bonnes librairies de la galaxie.

«Colonisation» (tome 1), Glénat, 13,90 €

lundi 24 août 2026

BD - Les premiers pas de l'Agence Hardy


Après avoir beaucoup exploré le futur et le présent, Pierre Christin, scénariste de Valérian et de quelques légendes oubliées illustrées par Bilal, a volontairement décidé de se plonger dans le Paris de son enfance. 

Mme Hardy est détective privé, près des entrepôts de Bercy, en 1955. Cette belle et grande bourgeoise travaille en indépendante pour oublier son veuvage, comme d'autres iraient à la messe. 

Cela ne marche pas très fort mais un gros client pourrait renflouer les caisses. Un industriel s'inquiète de la disparition d'un jeune chimiste qui venait de mettre au point un nouveau parfum.

Aidé de son jeune assistant Victor, Mme Hardy va vite être plongée dans une sombre affaire d'espionnage industriel entre Russes et Américains.

Finement illustrée par Annie Goetzinger, cette histoire bien ficelée est pleine de charme.

"Agence Hardy - Le parfum disparu", Dargaud. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron)


dimanche 23 août 2026

BD - Mars peut sauver la Terre


Dès le début du 3e tome d’Olympus Mons, écrit par Christophe Bec, Aveyronnais vivant dans le Tarn et dessiné par Stefano Raffaele, un Italien, le ton est donné : l’apocalypse semble inévitable. A moins qu’une cosmonaute russe, bloquée sur Mars, trouve une entrée dans le vaisseau spatial gigantesque découvert que Olympus Mons. Là pourrait se trouver la solution pour empêcher la fin prochaine de notre planète. 

Rythme de parution soutenu, multiplication des lieux où  se déroule l’action, aller-retours dans le temps, premières apparitions de ce qui semble être des extraterrestres (ou des robots, on ne sait pas encore trop pour l’instant) : il n’y a rien à jeter dans cette  BD caractéristique de l’univers foisonnant et toujours très imaginatif de Christophe Bec. 

«Olympus Mons» (tome 3), Soleil, 14,50 €

samedi 22 août 2026

BD - « Oblivion Song », l’autre monde de Robert Kirkman


De tous les scénaristes de BD américains, Robert Kirkman est sans doute le plus connu. Normal, on lui doit la série «The Walking Dead», série ultime sur les zombies au succès démultiplié depuis qu’il l’ adapté à la télévision. Aussi quand il décide de lancer une nouvelle série, les fans sont aux anges. 

«Oblivion Song», dessiné par l’Italien Lorenzo De Felici est remplie de monstres. Mais pas du tout humains. A Philadelphie, en quelques secondes, une partie de la ville est vidée de 300 000 de ses habitants.Ils ont basculé dans une autre dimension peuplée de monstres. Nathan Cole, le héros, a trouvé un moyen pour aller récupérer les rares survivants.

Double intrique pour ce premier tome de 160 pages. Sur terre avec les manigances de l’armée US et dans l’autre dimension, Oblivion, où tout le monde ne veut pas revenir. Un univers très addictif, tant par ses rebondissements que sa beauté graphique.

«Oblivion Song» (tome 1), Delcourt, 16,50 € (Album paru en 2018)

vendredi 21 août 2026

BD - L’énigme Lapérouse


Fantastique expédition scientifique destinée à mieux connaître notre monde, le périple de Lapérouse et de ses deux navires n’est pas allé au bout. Que s’est-il passé au large d’îles isolées et totalement sauvages du Pacifique ? 

Peter Dillon, plusieurs décennies après le drame, affirme avoir la réponse à cette interrogation qui passionne encore la France. Le récit de Boris Beuzelin s’appuie sur des documents certifiés, mais se permet d’extrapoler. 

On suit donc ce marin anglais, aventurier aux faux airs de Corto Maltese, cherchant avant tout à faire fortune en ramenant les derniers vestiges de l’aventure maritime royale de la fin du XVIIe siècle. On entre avec une grande facilité dans cette histoire où les sauvages ne sont pas forcément là où on les attend. 

« Peter Dillon », Glénat, 17,50 €

jeudi 20 août 2026

BD - Tombelaine ou un Français chez les Boxers

En 1900, la Chine s'éveille. La révolte des Boxers marque la déroute des puissances coloniales pensant pouvoir se partager les richesses de l'empire du Milieu.

Cet épisode capital de l'histoire de l'Asie sert de toile de fond au premier volume d'une nouvelle série écrite par Chaillet et dessinée par Capo. Tombelaine c'est le nom d'un domaine de Normandie, propriété familiale de Quentin Fortune un jeune instituteur frais émoulu de l'école normale. Mais les ruines du château ont été rachetées par Lebeuf, le père d'Amélie, une jeune fille amoureuse de Quentin. Un amour contrarié car Quentin découvre les trafics de Lebeuf.

Victime d'un odieux chantage, il doit oublier Amélie, quitter la France, et s'engager dans le corps expéditionnaire mis en place pour mater la révolte des Chinois. Chaillet, sans justifier la violence des Boxers, dénonce le climat d'affairisme et de pillage organisé mis en place par les colonisateurs. Bernard Capo s'en tire à merveille grâce à son trait réaliste très précis.

"Tombelaine" (tome 1), Casterman (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron