jeudi 3 septembre 2026

BD - Les Petits Mythos trouvent l'Atlantide


Apprendre en s'amusant, tel est le credo des albums hors-série des Petits Mythos. Après les mythologies égyptiennes et nordiques, les petits héros imaginés par Cazenove et Larbier mettent le cap sur l'Atlantide. Pays légendaire décrit par Platon, l'Atlantide n'a sans doute jamais existé. Pas de conditionnel mais une certitude pour Amandine Marshall, caution universitaire de l'album et rédactrice des nombreux textes explicatifs qui s'intercalent entre les gags. Car cette BD a une forte prétention pédagogique. 

Vous apprendrez ainsi tout du Timée et du Critias, deux textes de Platon où il évoque cette fameuse Atlantide, civilisation très en avance mais qui a sombré par orgueil. Poséidon, dieu très colérique, a rasé l'archipel. Selon la légende, bien évidemment. 

Une légende détaillée, dans ses origines, ses possibilités scientifiques (des éléphants nains, ça existe ?) et ses interprétations trop souvent erronées. Une première entrée idéale pour les jeunes en quête de savoir mythologique. 

Et pour ceux qui, tout en s'instruisant, aiment se bidonner, les gags écrits par Cazenove et illustrés par Bloz (Larbier, le créateur de l'univers se consacre uniquement à la série principale, un 17e tome est prévu en octobre) sont une bonne raison de rire des facéties de ces Dieux aux réactions parfois très humaines.   

"Les Petits Mythos présentent l'Atlantide", Bamboo, 48 pages, 11,90 € 


mercredi 2 septembre 2026

BD - "Mille Visages" ou la version fantastique du western


Fuir. Fuir le plus loin possible. Le docteur Quinn va vers l'Ouest. Ces terres américaines encore inconnues en 1840. II tente d'échapper aux griffes d'un démon redoutable. Pourtant son premier contact avec le docteur Laney s'était passé sous de très bons auspices.

Jeune médecin, Quinn a beaucoup appris de ce chirurgien aux techniques révolutionnaires. Avant tout le monde il a utilisé la transfusion sanguine pour redonner des forces aux opérés. Une image humanitaire qui cachait une tout autre facette. Quinn a compris et c'est la raison de sa fuite en avant. Son errance va prendre fin dans une tribu de Sioux. Il y trouvera l'amour. Mais le démon retrouve sa trace et sème la mort et la désolation.

Un scénario de Thirault captivant qui, tout en utilisant les ressorts du fantastique, accorde beaucoup d'importance au cadre et aux humains. Malès, au dessin, semble enfin donner toute la mesure de son talent pointilleux.

"Mille Visages" (tome 1), Les Humanoïdes associés. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mardi 1 septembre 2026

BD - Passionnant et intrigant "Décalogue"


Deux nouveaux volumes du Décalogue viennent de paraître chez Glénat. Frank Giroud est toujours au scénario de cette série d'histoires indépendantes les unes des autres ayant pour point commun un des dix commandements tirés du Nahik, un livre mystérieux qui contiendrait les dernières volontés du prophète Mahomet.

« Le météore » est dessiné par Jean-François Charles. Des bibliophiles sont à la recherche du Nahik en Grèce durant l'hiver 58. Parmi eux un fou sanguinaire récemment échappé d'un asile. 

Dans « Le serment », illustré par le dessinateur yougoslave TBC, l'action se passe peu de temps après la guerre 39 - 45. Une histoire de vengeance alors que le Vatican semble jouer un étrange manège dans la fuite des dignitaires nazis vers l'Amérique du Sud

Deux dessinateurs expérimentés pour deux opus réussis de cette expérience éditoriale originale et intrigante.

"Le Décalogue" (tomes 3 et 4), Glénat. (Albums parus en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


lundi 31 août 2026

BD - Mélodie, rêveuse de papier


Mélodie est à cran. Adolescente à fleur de peau, elle voit sa vie être bouleversée par la séparation de ses parents. Et pour couronner le tout, elle déménage, obligée de suivre sa mère qui refait sa vie avec un nouveau compagnon et de laisser son père, seul et en pleine dépression. Nouvel appartement, loin de ses copines, notamment Shania, sa meilleure amie. Par contre elle doit toujours se coltiner son petit frère, insouciant et surtout très copain avec Nono, gentil surnom qu'il a trouvé à Arnaud, le nouvel amoureux de sa maman. 

Rien ne va donc dans la vie de Mélodie en ce jour de déménagement. Elle poirote au pied du camion. Quand surgit de l'immeuble d'en face un jeune skateur, très blond, très beau, très sûr de lui. Des 36e dessous, Mélodie est propulsée au 7e ciel par un coup de foudre aussi incompréhensible que irrésistible. 

Roman graphique plus spécialement destiné aux adolescents (adolescentes même, serait-on tenté d'écrire si l'on ne redoutait les procès en wokisme), La vie Mélodie est réjouissante. De ces histoires simples, presque banales, de la vie de tous les jours, qui pourtant au moment du twist final, parviennent presque à nous arracher quelques larmes (on résiste car on est un mec, nouveau procès en wokisme…). 

Pour raconter cet été bizarre, Jérôme Derache nous met au niveau de Mélodie, partageant avec délectation ses espoirs, ses rêves et déceptions. Mélodie qui tente de trouver sa voie. Du moins une qui aurait pour conséquence d'attirer l'attention du jeune Adonis. Skate, théâtre, dessin… elle hésite. 

Pour montrer ces montagnes russes d'émotion, Fabio Lai adopte un dessin coloré, vif et en mouvement, se passant des cases trop rigides pour donner encore plus de force à ses talents de dessinateur passé par l'étape très formatrice de l'animation. Beau et émouvant.  

"La vie Mélodie, Bamboo, 72 pages, 15,90 €


dimanche 30 août 2026

BD - Les enfants de la tour Eiffel


Surnommée la Dame de Fer (bien avant l'ancienne Première ministre britannique) par les Parisiens, la tour Eiffel est au centre de cette nouvelle série jeunesse écrite par le duo de scénaristes catalano-audois constitué de Carbone et Cee Cee Mia. Les Phénix de Paris, ce sont des gamins, orphelins, qui vivent en détroussant les touristes dans les rues de la capitale française. Des orphelins, sans repaires, gibier idéal pour Hector, voyou notoire, chef du gang des Loups de Montmartre. Il a enrôlé ces cinq âmes esseulées pour leur apprendre à voler en toute discrétion. En échange, ils ont un toit et un bout de pain. Et si le butin n'est pas assez gros, pas de pain mais des torgnoles à la place. 

Il y a un petit air de Dickens avec l'accent titi parisien dans cet album inaugural. Mais sans trop de misérabilisme. Les enfants sont déterminés à se sortir de ce bourbier. Le plus décidé reste Gabin. Il déteste voler. Cherche toujours une autre solution. Violette, sa compagne de larcin, est plus pragmatique. Quelques pièces ou bijoux en moins dans les poches des riches bourgeois ne leur manqueront pas. Par contre cela lui permettra, en fin de journée, de se remplir (un peu) l'estomac. 

Les premières planches, dessinées par Paolo Voto, artiste italien, promènent le lecteur dans ce Paris de la fin du XIXe siècle. Grands monuments existants et surtout future vedette, en pleine construction, la tour Eiffel. C'est à ses pieds que Gabin et Violette parviennent à voler une belle montre à un gamin qui a failli se faire renverser par un fiacle. Gabin lui sauve la vie, Violette le déleste de son bien précieux. Montre qui termine dans la poche d'Hector. Le lendemain, Albert, le volé, retrouve Gabin et le supplie de lui rendre ce souvenir offert par son père. Qui n'est autre que Gustave Eiffel, le concepteur de la fameuse tour. Entre Gabin, Albert et Violette naît une belle amitié et complicité. Albert retrouve sa montre, mais Gabin et Violette deviennent des parias, recherchés par Hector décidé à les trucider. Ils vont se cacher dans une baraque du chantier de la tour Eiffel en compagnie de leurs trois autres amis orphelins et se transformer en gardiens de la grande dame. 

Une belle histoire d'amitié faisant fi des différences de classes, une intrigue prenante, des amourettes naissantes, des décors à couper le souffle : Les Phénix de Paris vous feront voyager dans le temps pour redécouvrir la vie dans la Capitale il y a plus d'un siècle.    

"Les Phénix de Paris" (tome 1), Jungle, 56 pages, 13,95 €


samedi 29 août 2026

BD - "Les hommes feuilles", 16e album de Jeannette Pointu


Comment se distraire tout en devenant incollable en génétique ? Wasterlain a peut-être la solution en 46 pages. "Les Hommes feuilles" est le titre de la 16e aventure de Jeannette Pointu. L'intrépide journaliste se rend au cœur de la forêt amazonienne. Elle observe une équipe de scientifiques explorant la canopée à bord d'un radeau des cimes. Entre les araignées, les serpents et autres singes hurleurs, la faune est diversifiée. Et même plus que n'auraient osé l'espérer ces chercheurs. 

Jeannette, la première, découvre de mystérieux hommes feuilles vivant dans les arbres.

Des êtres qui semblent être le chaînon manquant entre les singes et l'Homme. Mais rapidement notre héroïne découvrira qu'il ne s'agit que du résultat d'une manipulation génétique d'un savant fou, Jean Nabuse (jeu de mot douteux mais quand y'a de la gène y'a pas de plaisir...).

Un album passionnant qui annonce une suite tout aussi trépidante.

"Jeannette Pointu, les hommes feuilles" (tome 16). Dupuis. (Album paru en 2001. Chronique initialement publiée en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


vendredi 28 août 2026

BD - Ambiance noire dans "Ciao Pékin"


Alfred est un livreur de pizzas en chômage. Habitué du bar de Riri, il croit sa chance venue quand un réalisateur décide de planter ses caméras dans ce troquet parisien pittoresque. Sûr, Alfred va se retrouver en haut de l'affiche, enlaçant tendrement la vedette féminine. La réalité est tout autre. 

Le gros rouge aidant, Alfred démolit le portrait de Jean-Pierre Koulechov, le Jeune premier. Et quand ce dernier est retrouvé assassiné chez lui, les policiers soupçonnent immédiatement Alfred. Il devra trouver refuge dans un squat. 

Et pour prouver son innocence il ne lui reste plus qu'à démasquer les coupables.

Pourquié (dessin) et Pecherot (scénario) n'en sont pas à leur coup d'essai. Un tandem bien rodé au ton nouveau mêlant humour, polar et poésie. À noter un petit clin d'œil aveyronnais : une des trois fins possibles se déroule en plein Larzac, entre Le Caylar et La Couvertoirade.

"Ciao Pékin", Casterman. Album paru en 2001. (Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


jeudi 27 août 2026

BD - "Rural !", Davodeau avec la Conf'


Un bulldozer contre une vache qui broute : la couverture de « Rural ! », album signé d'Etienne Davodeau, est hautement symbolique. Sous-titré "Chronique d'une collision politique », ce livre en noir et blanc d'une centaine de pages est en fait un long reportage graphique.

L'auteur a suivi durant une année trois agriculteurs en Gaec dans la région d'Angers. Militants de la Confédération paysanne, reconvertis dans le bio, ils sont opposés au tracé d'une autoroute qui va traverser leur exploitation de part en part. Davodeau nous fait partager ses étonnements (il n'y connaît rien en agriculture et le reconnaît), ses enthousiasmes, sa rage quand il fait témoigner les «petits » impuissants et démunis face aux forces du capital.

Un livre militant, bon exemple de ce qui peut se passer quand on décide au plus haut niveau de tracer de nouveaux axes de circulation.

"Rural !", Delcourt, 144 pages, 16,50 € (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mercredi 26 août 2026

BD - "Goetz", du Sartre version barbare


Envie de lire du Sartre tout en bénéficiant d'une montée d'adrénaline justifiée par des combats sanglants entre barbares ? L'exercice semble contradictoire et pourtant c'est exactement ce que vous pourrez obtenir en vous plongeant dans "Goetz", roman graphique écrit par Fane et dessiné par Didier Cassegrain. Une adaptation très libre (barbares et science-fiction oblige) d'un livre de Jean-Paul Sartre un peu oublié. Ce projet, monumental (par sa complexité et sa lourdeur) a occupé plusieurs années de la vie de Fane. L'ancien dessinateur du Joe Bar Team a découvert cette pièce de théâtre au lycée. Un professeur de philo un peu original décide, pour mieux persuader ses élèves de l'importance de la pensée sartrienne, de leur faire interpréter des extraits de l'œuvre. Fane hérite du rôle-titre, le guerrier bâtard. Il va donner la réplique à la plus belle fille de la classe qui interprète Katerine. Jeune beauté dont il est secrètement amoureux… 


De cet épisode adolescent, Fane conservera une fascination pour Goetz. Plusieurs décennies ont passé. Le dessinateur remet en cause son travail. Il veut changer de registre et s'attaque à l'adaptation du texte adoré. Une réinterprétation dans les codes de l'époque. Dans un futur très lointain, les Terriens débarquent sur une planète primitive. Ils vont la coloniser, aidés de leur puissante technologie. En face, les autochtones, toujours à l'âge du fer, subissent puis résistent. Il faudra l'arrivée de Goetz, un bâtard violent, à la tête d'un clan pour que tout change. Avec l'aide des Dieux, il est sur le point de massacrer toute la colonie. Mais le discours d'un médecin lui donne l'occasion de changer. D'adorateur du Mal, il va devenir apôtre du Bien. Goetz, a deux visages, deux trajectoires mais un seul destin. 

Fane a réalisé le storyboard des 150 pages de cette BD dantesque. Mais il a préféré donner cette matière à un autre dessinateur, capable de magnifier ces scènes d'anthologie. Didier Cassegrain accepte le challenge. Il se lance donc dans la réalisation de ces 150 planches d'une force et d'une splendeur redoutables. Cassegrain, connu pour son style inimitable qui magnifie la féminité. Katerine est fragile et belle, les guerrières barbares fortes et audacieuses. 

Reste le cas de Goetz, omniprésent, insaisissable. D'une cruauté inimaginable dans la première partie, exemple parfait  du "bon" dans la seconde. Qui l'emportera ? C'est toute la morale de ce roman graphique beau, puissant et inspirant

"Goetz", Comix Buro - Glénat, 184 pages, 29 €


mardi 25 août 2026

BD - "SOS Bonheur", chef-d'oeuvre de Van Hamme et Griffo en intégrale


Avant de connaître le succès phénoménal de XIII et de Largo Winch, Jean Van Hamme a dû batailler ferme. Ainsi il avait dans ses cartons une idée de série TV explorant divers aspects d'un monde à la Orwell. Rien à voir avec le Big Brother de M6, d'ailleurs le projet n'aboutira jamais.

Mais ces synopsis serviront de base aux deux premiers tomes de SOS Bonheur, une BD. des années 80, emblématique de la collection Aire Libre. Les éditions Dupuis ressortent cette histoire de science fiction prémonitoire en version intégrale. Force est de constater que cette bande dessinée n'a pas pris une ride.

Le scénario, noir et pessimiste à souhait, n'en a que plus de force en ce début de III° millénaire. Au dessin, Griffo jetait les bases de ce style réaliste très fouillé qui s'épanouira quelques années plus tard dans Giacomo C. 

Un classique à redécouvrir d'urgence.

"SOS Bonheur", Dupuis, 176 pages. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001)