mardi 22 septembre 2026

BD - "Pump", le petit escroc se sent pousser des ailes


Ambitieux, sans scrupule et avide de pouvoir et d'argent : Eddie, beau gosse à qui tout sourit, est bien décidé à se faire une place au soleil. Ce petit escroc a profité de l'attaque de la diligence dans laquelle il se trouvait pour imaginer un plan machiavélique. Blessé mais seul rescapé, il a usurpé l'identité du neveu d'une certaine Pump. Le voilà avec un nouveau pedigree et surtout l'occasion de repartir à zéro. 

Dans le tome 1, Rodolphe, le scénariste, et Laurent Gnoni, le dessinateur, racontent comment il devient incontournable dans cette petite ville du farwest. Ami du shérif, copain avec le patron du saloon, il s'enrichit vite et facilement. Jusqu'à l'arrivée d'une brune ténébreuse prétendant être elle aussi la nièce de la morte. La cousine Betty semble être faite du même bois. Comme si une escroquerie réussie se transformait en aimant à usurpatrice. 


Le tome 2 de cette série délicieusement subversive et non politiquement correcte, débute par le face à face entre les deux. Des histoires de famille. Fausses, évidemment. Et comme Eddie est aussi intelligent que Betty, ils trouvent vite un terrain d'entente : le butin est suffisamment gros pour leur permettre à tous les deux de prospérer sur ce mensonge. D'autant qu'ils découvrent la possibilité d'acquérir pour une somme ridicule un terrain qui prendra beaucoup de valeur dès que le chemin de fer en construction passera juste à côté. 

En réalité Pump raconte en filigrane l'histoire sombre de l'Amérique et de quelques profiteurs. Des décennies plus tard, cela donne des fortunes familiales colossales. Souvent mises à contribution pour conquérir le nouveau pouvoir. Économique ou politique cette fois. Alors ceux qui trouvent que le nom du héros ressemble à celui d'un homme politique omniprésent depuis quelques années aux USA auront tout compris. Notamment sa façon de se moquer de tout du moment qu'il continue à être sur le devant de la scène et à s'enrichir. 

Sinon c'est un western de grande qualité, réalisé par un dessinateur au trait précis et souple, d'un réalisme bluffant malgré sa simplicité apparente.  

"Pump" (tome 2), Anspach, 46 pages, 15,50 €


lundi 21 septembre 2026

BD - La noirceur tombe sur "Shadow Hills"


L'écologie fait une percée remarquée dans les sujets de préoccupation des Français. Une prise de conscience un peu moins rapide aux USA. Pour réveiller les consciences, Sean Ford, auteur complet, propose un roman graphique où fantastique et pollution se conjuguent. Comme pour mieux faire peur. 

Dans cette petite ville perdue dans le désert américain, l'avenir n'est pas reluisant. Plus de travail ni d'avenir pour la jeunesse. Alors tous se tournent vers cette nouvelle manne pétrolière promise par la fracturation hydraulique. Ce n'est pas sans conséquence pour les sols et la nature. Mais les dollars sont rois… Jusqu'à l'apparition d'une mystérieuse maladie. 


Certains habitants sont recouverts d'une matière noire et gélatineuse. Jusqu'à complètement disparaître. Le récit d'anticipation se déroule à deux niveaux. Général avec plusieurs exemples dans la ville, et de façon plus ciblée autour de Anne, une jeune fille solitaire. Il y a quelques années, sa sœur Dana a disparu. Était-elle la première de l'épidémie. Et si un remède est trouvé, va-t-elle revenir ? 

Ce récit complet cauchemardesque raconte comment certaines régions des USA, pour quelques dollars, acceptent d'être défigurées et de s'aliéner tout futur. Heureusement, quelques jeunes prennent conscience du danger et font tout pour stopper la catastrophe. Une BD typique d'un nouveau genre, l'éco-fiction.  

"Shadow Hills", Delcourt, 224 pages, 20,50 €. (Album paru le 13 mars 2024).


Rentrée littéraire - « Fuck Circus », errance torride

Lauréate du prix Sade du premier roman, Esther Teillard récidive dans le texte trash et torride avec « Fuck Circus », roman publié chez Grasset, mais période Olivier Nora tient elle à préciser. Le texte retrace 12 heures de la vie d'une narratrice non identifiée. On sait seulement qu'elle est jeune, originaire de Marseille et vient d'être larguée par son compagnon. 

Après une brève errance dans cette ville terrassée par la canicule, elle échoue dans une boite de nuit. C'est là que l'action va se nouer, entre lesbiennes en chasse, homos trouillards, politique arrogant, noble décadent, influenceuse en chaleur et toute cette faune en mal de reconnaissance. 

Se noyant dans l'alcool et la drogue, elle se rêve romancière, racontant la vie d'un sexagénaire amoureux d'une très jeune cinéphile. Le titre du livre ? « Plus sale que la merde ». Un récit radical, autopsie du monde de la nuit et de tous ses excès. 

« Fuck Circus », Esther Teillard, Grasset, 224 pages, 19 €

dimanche 20 septembre 2026

BD - "Le siège" : armés pour rire


Personnages hilarants, dialogues percutants, situations toutes plus absurdes les unes que les autres : en racontant le siège d'un château fort au Moyen Âge, ces deux auteurs vous offrent surtout l'occasion de vous gondoler à chaque page. Un recueil de gags en une planche (de quatre cases généralement) parfait pour oublier durant quelques minutes le triste monde contemporain. Au scénario on retrouve l'énigmatique Ami Inintéressant au pseudonyme particulièrement trompeur. Derrière ce sobriquet étrange se cache un certain Pascal Galibourg, game designer, connu essentiellement pour ses contributions humoristiques sur les réseaux sociaux depuis le début des années 2020. Il a confié la réalisation graphique de ce Siège à Josselin Duparcmeur, grand spécialiste du "katcaz", lui aussi originaire de Lyon


Il y a du Monty Python et du Kaamelott dans cette BD mélangeant allègrement les genres et les époques. En ces temps violents et affamés, trois protagonistes sont sur le devant de la scène. Trois rois pour un château assiégé. Le premier, retranché derrière ses murs n'a qu'une envie : se rendre et qu'on en finisse. Le second, l'attaquant, fait essentiellement ça pour la gloriole. Il est tellement fier de son beau cheval blanc… Le troisième, le renfort potentiel de l'assiégé, décide de partir à sa rescousse. Mais il ne trouvera jamais la bonne route. 

Trois rois, trois idiots, pas véritablement aidés par les personnages secondaires, de l'espion qui se fait systématiquement capturer (par son propre camp…), au chevalier gascon, phrasé ampoulé et prétention aussi grande que le nez de Cyrano, sans oublier les hommes de troupe, entre clampins résignés, pestant sur la mauvaise nourriture et syndicalistes vindicatifs capables de déclencher une révolte à cause d'un ragoût périmé. Une centaine de gags et autant de rires. 

On apprécie notamment les références à notre époque. Comme quand les attaquants sortent leur arme fatale ultime : un stand-uper. Et encore, ils n'ont pas fait comme d'autres, encore plus fourbes, qui ont déployé au pied des remparts, pour faire craquer les assiégés, tout un comedy club ! Un album délicieusement absurde, piquant et qui nous ferait presque regretter de ne plus devoir porter une armure pour aller trucider nos voisins sans la moindre raison. 

"Le siège", Delcourt - Pataquès, 104 pages, 15,95 €


samedi 19 septembre 2026

BD - L'honorable juge Wonq, héros des Terres d'Ynuma


La justice est un peu spéciale sur les Terres d'Ynuma, création, la dernière en date, des Mondes d'Aquilon. Les juges sont aussi un peu enquêteurs. Et ils ne travaillent pas seuls. Exemple avec ce tome 3 de la série. Nicolas Jarry au scénario et Jean-Paul Bordier au dessin racontent le quotidien du juge Wonq. Un vieux monsieur, chétif et ridé, mais étrangement très respecté par toutes les races. Il est toujours accompagné d'un pantin en bois doté d'intelligence et d'un Kugo, guerrier musculeux chargé de sa protection. Sa nouvelle mission est encore plus particulière. Il n'a que trois jours pour résoudre une énigme entre Elfes. Trois jours pour faire la lumière sur la mort d'une jeune Elfe. Passé ce délai, si le coupable n'est pas retrouvé, le grand-père de la victime rasera la région du principal suspect. 


En s'aventurant dans l'enquête policière (mâtinée cependant de beaucoup de fantastique), les auteurs prouvent que cet univers offre toutes les possibilités de narration possibles et imaginables. On apprécie dans cette troisième partie de la saga (prévue en 5 tomes, le quatrième vient de sortir début septembre) l'invention des pantins, sortes d'ordinateurs portables dotés de jambes et de bras, mais sans toute l'intelligence artificielle du moment. Quant au guerrier, il apporte la dose importante de sauvagerie et de premier degré viriliste dans un genre qui n'en manque jamais.   

"Terres d'Ynuma" (tome 3), Soleil, 56 pages, 16,50 € (Album paru en juin 2026)


vendredi 18 septembre 2026

BD - Découvrez la beauté des Ten-no-Tori, oiseaux merveilleux des Terres d'Ynuma


Poursuivons l'exploration des Terres d'Ynuma, nouvelle création du monde d'Aquilon, dans ce second tome ayant pour héros Hijo, un messager de la nation Raïda. Messager le jour, espion d'élite la nuit. Dans cet univers mêlant tradition asiatique et fantasy, Hijo se déplace sur son fidèle Ten-no-Tori qui répond au nom de Lambao. Ces oiseaux, gigantesques, ressemblant un peu à des grues, permettent aux messagers de se déplacer d'île en île. Ils vont vite mais ne sont pas à l'abri d'une attaque de dragon. Imaginé par David Courtois, le scénariste de ce tome 2, Lambao est dessiné par Ma Yi, chargé de la réalisation graphique de cette suite très attendue. Un artiste chinois pour faire vivre les Terres d'Ynuma : c'est l'excellente idée qui donne toute son ampleur à cet album. 


Pour ce qui est de l'histoire, contrairement au tome 1 composé d'histoires courtes, c'est un grand récit, allant de l'enfance de Hijo à ses succès en tant qu'espion qui est raconté sur 60 pages. Hijo devient orphelin quand des Elfes massacrent sa famille. Recueilli, il est formé pour devenir messager Raïda. Officiellement. En secret, il reçoit une formation encore plus poussée pour devenir un espion capable de tout comprendre dans ce monde encore secoué par de nombreux conflits armés. Hijo qui voue une haine absolue aux Elfes. Pourtant, au cours d'une mission, il doit secourir une fillette et une… elfe dissidente. Une longue fuite compliquée et mouvementée qui semble appeler une suite même si cet album est présenté comme une histoire complète. 

"Terres d'Ynuma" (tome 2), Soleil, 60 pages, 16,50 € (Album paru en mars 2026)


jeudi 17 septembre 2026

BD - Le Samouraï rouge inaugure les Terres d'Ynuma


Nouvelle extension du Monde d'Aquilon, vaste galaxie où la fantasy règne en maître. Des elfes, beaucoup d'orcs, pléthore de nains, quelques mages et sans cesse de nouvelles terres découvertes (imaginées) par les auteurs. Cette fois, c'est un archipel aux accents asiatiques qui est proposé aux lecteurs friands de nouveautés. Les Terres d'Ynuma sont prévues en cinq tomes. 

Le premier, écrit par Nicolas Jarry et dessiné par Vax se présente sous forme d'histoires courtes. Même personnages, mais des rencontres et épreuves multiples, comme pour mieux présenter cet univers aux fans. La prêtresse Mei-Jen et le samouraï rouge Zhao forment un duo d'une rare efficacité. Leur rôle : traquer les esprits qui franchissent le Voile. 


On est dans la mythologie japonaise à fond. Ces esprits maléfiques profitent de failles pour torturer les humains. Le duo, l'une avec des incantations, l'autre avec son sabre et sa force herculéenne, s'interposent. 

Une mise en bouche parfaite et somptueuse. Les décors sont d'une grande beauté, les monstres et autres entités fantastiques effrayants au possible. Reste la personnalité des deux héros. Une femme qui est tout sauf frêle malgré les apparences. Un grand gaillard qui cache pourtant bien des fissures et des secrets. Un tome 1 prometteur.  

"Terres d'Ynuma" (tome 1), Soleil, 80 pages, 16,50 € (Album paru en septembre 2025)


Rentrée littéraire - Dans la « Pampa » infinie

Un train file dans la « Pampa ». Roman de l'étrangeté signé Eduardo F. Varela.

Des champs de maïs à perte de vue. La pampa décrite dans ce roman d'Eduardo F. Varela est assez différente de la réalité de cette immense zone géographique d'Amérique du Sud. Là où d'ordinaire des prairies peuplées de milliers (millions) de bovins donnent une première impression de l'infini, du maïs pousse à perte de vue. Champs sauvages, à la croissance spontanée, envahissant tout, ne s'arrêtant qu'aux portes des rares villages encore habités et du ballast de la voie de chemin de fer qui traverse le pays du Nord au Sud. Sur ces rails, un train de marchandises, personnage principal perpétuellement en mouvement de ce roman étrange, parfois obsédant, flirtant avec le fantastique. 

Pour faire fonctionner ce convoi de plus en plus long (bien au-delà de 1000 mètres, des dizaines de wagons), trois personnes seulement. Le machiniste-conducteur, Olszen, dormant dans le poste de pilotage de l'increvable locomotive, le contrôleur, Buenaventura Sanchez, par ailleurs employé de la poste chargé de distribuer le courrier aux habitants des villages traversés et sa femme, Josefina, née dans le train, fille du précédent conducteur.

Le romancier  multiplie les indices pour faire prendre conscience au lecteur que ce train n'a rien de normal. Parti depuis des années, sans but, il semble perdu dans cette pampa infinie recouverte d'une marée verte. L'équipage ne sait même pas quels villages il traverse. Les lettres s'empilent, non distribuées. Les wagons s’additionnent, chargés de galets, de bois ou de charbon. Un monde sur le monde, où Josefina a reconstitué le cimetière de sa famille, où un wagon rempli d'eau sert de piscine, un autre, garni de sable, devient terrain de pétanque. Le conducteur a longtemps été aidé par un assistant. Un jeune homme perdu, recueilli, hagard, au bord de la voie. Mais il a préféré fuir, pour découvrir l'amour dans un des villages traversés. 

La petite communauté va radicalement évoluer quand des villageois prennent d'assaut le convoi, fuyant un mystérieux danger venu des champs de maïs. Le train, surpeuplé, devient une bouilloire au bord de l'explosion avec l'arrivée de Montoya, général de l'armée, ambitieux, manipulateur, persuadé que cette petite armée en devenir lui permettra de prendre le pouvoir dès qu'il aura retrouvé un rocher légendaire. Encore faut-il que le convoi arrive à destination. 

Un roman a ne pas lire dans un train, au risque de faire des cauchemars et de se persuader qu'on est bloqué dans cet abominable convoi de l'étrange.  

« Pampa » d'Eduardo F. Varela, Métailié, 336 pages, 22,50 €

mercredi 16 septembre 2026

BD - Max Klein et Malika arpentent le "Macadam"


Aix-en-Provence, sa gare, ses joueurs de pétanque, ses terrasses, son pastis.... son tueur en série. Max Klein, flic agité, est muté dans cette petite ville prétendue tranquille. Dès son premier jour de travail il va découvrir un cadavre découpé en morceaux. Une jeune femme de type méditerranéen. Il fait rapidement le rapprochement avec des bouts de cadavres découverts dans la décharge. Ses collègues, très sceptiques au début, devront finalement l'admettre, un serial killer sévit en Provence. 

Klein voudrait coincer le fou sadique. Il devra d'abord s'habituer à la présence de Malika, une stagiaire beurette. Mais de ce côté tout se passe très bien, une réelle complicité, et plus si affinités, s'installe rapidement entre les deux jeunes gens...

Lacaf, dans ce deuxième tome de sa série Macadam, dénonce toutes les intolérances. Il arrive même à mettre le lecteur dans la peau du tueur, à le comprendre sans l'excuser.

"Macadam" (tome 2), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


mardi 15 septembre 2026

BD - Frank Lincoln, parfait dans la collection Bulle Noire


Si dans la collection Bulle Noire de chez Glénat vous avez aimé la série Gil Saint-André de Kraehn, vous pouvez acheter les yeux fermés le premier tome de cette nouvelle série se passant en Alaska. Marc Bourgne frappe fort d'entrée avec un dessin réaliste sans faille, une solide intrigue et, pour lier le tout, les tourments du héros. 

Il y a cinq ans la femme de Frank Lincoln, Susan, a disparu mystérieusement. Depuis, ce flic efficace a quitté la police pour se mettre à son compte.

Détective privé avec de plus en plus de clients. Cette surcharge de travail alliée à son problème personnel l'oblige à négliger sa fille Jeannie, une adolescente en pleine crise existentielle. Le personnage de Billy Yapana, jeune eskimo voulant absolument réussir, permet d'accentuer le côté humain de cette remarquable série policière.

Un polar très cinématographique, les décors du grand Nord permettant à Bourgne de signer quelques planches d'exception. 

"Frank Lincoln" (tome 1), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron