samedi 18 juillet 2026

BD - Mutations terrifiantes dans le monde du "Convoyeur"


Le second tome du Convoyeur, série futuro fantastique de Roulot (scénario) et Armand (dessin), se déroule en grande partie dans la cité aux mille flèches. Les amateurs reconnaîtront la Cité de Carcassonne, devenue la capitale du territoire tenu d’une main de fer par le duc d’Arcasso.


Ce dernier a demandé au Convoyeur, mystérieux chasseur de primes, de lui ramener son fils. Le héros s’exécute mais ne peut ramener que la tête de l’héritier. Jeté aux oubliettes, pourchassé par une tueuse, aidé par un mutant fanatique religieux, il va tenter de s’en sortir et continuer son travail dans ce monde où les nouveau-nés sont tous malformés ou victimes de mutations monstrueuses.

Une série pour adultes, assez violente et pessimiste, mais qui offre un dépaysement total.   

« Le convoyeur » (tome 2), Le Lombard, 14,75 € 

vendredi 17 juillet 2026

BD - Rock éternel


Le rock est devenu une musique de vieux. Il n’y a que les plus de 50 ans pour glorifier des compositions des Rolling Stones. Georges et Jean-Pierre ont 70 ans passés. A la retraite, encore fringants mais pas trop, ils ont une résurgence de rock attitude quand ils sentent qu’il ne leur reste plus beaucoup de temps pour vivre pleinement leur passion.

Anciens musiciens d’un groupe qui a connu son heure de gloire à la fin des années 60, ils décident de remonter sur scène. Cet album écrit et dessiné par Phil Castaza a des airs de Vieux fourneaux, avec une bande-son plus bruyante.

Ils sont adorables les papys rockers et finalement donnent furieusement envie de ressortir le vieux tourne-disque et les vinyles poussiéreux.   

« Sold out » (tome 1), Soleil, 14,95 € 

jeudi 16 juillet 2026

BD - Seccotine, seule dans le grand bain de l'aventure


L'arrivée d'une scénariste, Sophie Guerrive, dans l'équipe chargée d'imaginer les nouvelles aventures de Spirou et Fantasio n'est certainement pas étrangère à la mise en valeur de la seule présence féminine de cet univers : Seccotine. Elle revient en force dans les aventures principales, dessinées par Schwartz, mais bénéficie en plus de sa propre collection. Premier titre paru : "Mystère à Champignac" avec Elric au dessin.

La jeune journaliste intrépide, décide de quitter la ville pour s'installer à la campagne. Une petite maison isolée dans la commune de Champignac, à quelques kilomètres du château du comte, inventeur de génie, passionné de champignons. En allant au marché, elle découvre que le village est comme coupé en deux. D'un côté les tenants de la tradition (élevage intensif, chasse…) de l'autre les membres d'une communauté qui fabrique des aliments pour bétail bio et éthique. La traditionnelle querelle des anciens et des modernes, encore très présente de nos jours.

La tension est forte car depuis quelques semaines, le bétail (vaches, poules, cochons, moutons) et animaux de compagnie (chats, chiens…) disparaissent. Qui sont les voleurs ? Une milice est montée à la hâte. Armée, elle patrouille la nuit, au risque de provoquer des dégâts collatéraux car les rondes sont copieusement arrosées de liquide issu de ces fameuses traditions. Seccotine enquête et va rapidement comprendre que ces enlèvements d'animaux cachent un problème autrement plus grave.

Cette première histoire, avec message politique sous-jacent et quantité de champignons plus ou moins néfastes, illustre la duplicité de certains profiteurs du système. On apprécie l'esprit frondeur et déterminé de la reporter vedette. Très réussi aussi le côté naïf de sa presque collègue, Colette, rondelette et pas très futée, parfait contraire de la filiforme et très observatrice Seccotine.

Pour ce qui est du dessin, Elric est très fidèle au Franquin des années 50, surtout au niveau des personnages. Les décors sont plus sommaires et le tout manque encore de dynamisme. Les amateurs de copier-coller à base de nostalgie apprécieront, les vrais fans de Franquin risquent d'être beaucoup moins indulgents.

"Une aventure de Seccotine - Mystère à Champignac", Dupuis, 56 pages, 13,50 €


mercredi 15 juillet 2026

BD - Rêves de jeunesse pour les personnages de "L'île oubliée"


A priori, Eve et Mia, les jumelles, devaient passer des vacances de rêve. Un tour des îles grecques en voilier avec leur père et leur mère à la barre. Problème, une tempête soudaine les oblige à accoster sur une île non répertoriée.


Une île mystérieuse et oubliée, où les habitants semblent idolâtrer la déesse Aphrodite. Une escale qui s’éternise, comme si les jumelles se retrouvaient prisonnières des rêves des habitants.

Très originale histoire fantastique imaginée par Xavier Bétaucourt et mis en images lumineuses par la surdouée italienne Paola Antista.   

« L’île oubliée », Jungle, 12,95 € 

mardi 14 juillet 2026

BD - Best-seller, mode d'emploi


Si pendant vos vacances vous décidez de changer d'orientation et, pourquoi pas, de vous reconvertir en auteur à succès. Mais avant d'investir dans une ramette de papier A4, lisez ce recueil de gags de M. la Mine. Derrière ce pseudo se cache un homme à qui tout réussit. 

Non seulement il a du talent, du style, de l'imagination et le sens de l'intrigue, mais en plus ses livres se vendent à des centaines de milliers d'exemplaires. Bref c'est un expert en la matière.

Dans cet album très second degré, on suit un jeune écrivain en devenir, bien décidé à « écrire un chef-d'œuvre immortel qui balaiera tous les codes, glanerai tous les prix littéraires, sera élu à l'Académie française et enfin, ultime consécration, passera à la Grande Librairie. » Calant dès le milieu du premier chapitre de sa grande œuvre, il décide finalement de faire des haikus.

Une vision très sombre du milieu littéraire, où tout n'est que magouille et réseau. Du moins quand on ne parvient pas à faire publier son manuscrit, sans imaginer une seconde que c'est peut-être parce qu'il est nul… 

« Comment devenir un auteur à succès", Delcourt, 15,50 € 

lundi 13 juillet 2026

BD - Le Docteur Poche, toujours aussi magique


Retour aux sources pour le Docteur Poche, héros imaginé par Marc Wasterlain et lancé dans les pages du journal Spirou à l'occasion de la parution du numéro 2001 en août 1976… il y a donc un demi-siècle. Dans cette nouvelle aventure, le magicien au costume rouge (qui lui donne le pouvoir de voler), retrouve quelques personnages de ses précédentes aventures, parues aux éditions Dupuis ou Casterman et disponibles sous forme d'intégrales.

Dès les premières pages, il retombe sur le bossu de sa première aventure. Ce dernier lui confie une poupée cassée. Le crâne ouvert, elle n'a plus de cerveau, encore moins de personnalité. Elle se souvient pourtant appartenir à une petite fille, Alice, vivant en Angleterre. 

Le Docteur la soigne sommairement et part à la recherche de cette mystérieuse Alice. Alice comme la fameuse héroïne du roman de Lewis Caroll. Justement, le jeune photographe poète est hébergé par la tante d'Alice, de même qu'Einstein et Proust. En cherchant Alice, le docteur se perd dans un jardin merveilleux où le talent de Wasterlain fait des merveilles.

Plus qu'une nouvelle version des escapades d'Alice, cet album est un peu la somme de tous les émerveillements provoqués par la littérature et bande dessinée quand elle s'affranchit de toutes les limites et frontières. Fleurs bavardes, lapins jardiniers, souris intrépides ou sorcières dansant le sabbat donnent une saveur magique inégalée à cet univers propice aux rêves.

"Docteur Poche - Les jardins d'Alice", Anspach, 46 pages, 15,50 €


dimanche 12 juillet 2026

BD - "Les Mémés", des vieilles insortables


La bande dessinée aime les personnes âges. Les sympas comme les Vieux fourneaux, mais aussi les pénibles genre Pervers Pépère ou Carmen Cru. Dans cette veine, toujours dans Fluide Glacial, de nouvelles têtes font rire la jeunesse.

Les Mémés, série de gags de Sylvain Frécon, ont les honneurs de la publication en album. 

96 pages pour quasiment autant d'histoires courtes hilarantes, où ces vieilles dames qui se promènent avec des caddies pour faire leurs courses, donnent leur vision de notre époque. Ce n'est pas très gai. Car une Mémé est nostalgique du bon vieux temps, notamment quand elles étaient alertes et girondes.

Désormais courbées, moches et décrépies, elles se vengent en disant du mal de tout quidam croisé dans la rue. Indirectement on en prend pour notre grade car les critiques de ces octo ou nonagénaires on peut presque toutes les endosser.

Ainsi va la vie, quand une génération doit s'effacer, ce n'est pas sans dégâts collatéraux dans les rangs des suivantes. 

« Les Mémés », Fluide Glacial, 9,90 € (Album sorti en mai 2021. D'autres ont suivi...)

samedi 11 juillet 2026

BD - Les fantômes de la Pieuvre


Troisième récit des contes de la Pieuvre par Gess. Cette fois on découvre la vie de Celestin, serveur à l’auberge de la Pieuvre dans ce Paris de la fin du XIXe siècle, entre pègre et magie. Célestin a un pouvoir. Qu’il cache. Il peut voir le véritable visage des gens. Généralement, ce sont des monstres qui fréquentent l’auberge.

Fidèle serviteur de la Pieuvre, Célestin va être mêlé malgré lui à la malédiction de l’Œil. C’est le nom d’un des patrons de la Pieuvre. Il tente d’avoir un fils pour lui succéder. Mais au moment de l’accouchement, le cœur de Vendrezanne, conservé dans une cave, se transforme en fantôme et va faire mourir le nouveau-né dès qu’il se met à respirer.

Une superbe histoire, pleine de monstres et de malédiction, longuement détaillée sur plus de 200 pages par un dessinateur qui semble avoir trouvé sa voie.  

« Célestin et le cœur de Vendrezanne », Delcourt, 25,50 €  (ouvrage paru en 2021) 

vendredi 10 juillet 2026

BD - Cosey raconte l'histoire de "Yiyun", petite fille chinoise


Après le Tibet, la Suisse et les USA, Cosey met le cap sur Taïwan. Le dessinateur suisse s'intéresse dans ce gros roman graphique au destin compliqué de Yiyun, petite fille chinoise née au pire moment, en pleine politique de l'enfant unique. Yiyun est la seconde fille d'un couple espérant avoir enfin un garçon. Yiyun , la sœur de Mei… Cette dernière a un signe particulier. Elle porte un cache-oeil.

Devenue adolescente, brillante dans toutes les matières, Mei bénéficie d'une bourse pour étudier à l'étranger. Ce sera une école anglaise. Et en hiver, elle profite d'un séjour à la montagne. En Suisse exactement, dans cette région du Pays-d'Enhaut. C'est sur les pentes enneigées qu'elle croise la route de Urs, un jeune local, passionné de ski, expert en papier découpé, une tradition picturale de cette Suisse très authentique.


Urs tombe amoureux de Mei car elle ressemble terriblement à Miss Wu, l'héroïne d'une série de comics américains. Miss Wu, Chinoise fière et rebelle, pilote un avion de chasse. Ses aventures font rêver Urs. Mei lui permet de les transformer en presque réalité. Presque car la jeune Chinoise ne peut pas céder aux avances d'Urs. Elle cache un terrible secret, ressort dramatique de cet album aux couleurs sino-helvétiques.

Avec son trait élégant et ses couleurs pastels, signatures de son style unique, Cosey embarque le lecteur dans une vaste quête après un bonheur impossible, Urs ne comprendra jamais pourquoi Mei l'a repoussé lors de leur seconde rencontre, une année après la première.

Deux thèmes émergent de cette BD entre romantisme, initiation artistique et histoire contemporaine. Les fameux papiers découpés, un art à part dont Cosey propose quelques exemples de son cru, loin des Edelweiss et plus tournés vers les héros de la BD franco-belge. Plus dramatique le sort des hukou, ces enfants sans identité, clandestins car en surnombre dans cette Chine trop peuplée. Un volet politique de l'œuvre de Cosey qui a toujours été présente dans ses albums.

"Yiyun", Le Lombard, 112 pages, 21,45 €


jeudi 9 juillet 2026

BD - Jhen déjoue un complot au Vatican dans "La louve céleste"


Certaines séries de bande dessinée ont des vies plus agitées que d'autres. Dans la catégorie
"BD emblématique mais trop rare", Jhen fait figure d'exemple à ne pas suivre. Au commencement, dans les années 80, Jacques Martin, fort du succès des aventures d'Alix, cherche à bonifier sa production. Il imagine une nouvelle série historique se déroulant en France du temps de Jeanne d'Arc. Ce sera Xan, prépubliée dans Tintin et au Lombard en albums. Au dessin, un élève appliqué de Martin, Jean Pleyers, surtout connu alors pour une série de SF parue dans Métal Hurlant, "Les êtres de lumière". Mais au bout de deux aventures, Xan disparaît et renaît sous le nom de Jhen… chez Casterman.

Un héros un peu délaissé par Martin. Après une assez longue éclipse, il revient avec de nouveaux scénaristes et le renfort de dessinateurs (Cayman, Teng) pour augmenter la cadence de parution. Mais finalement, c'est un retour à la stabilité (et à la rareté…) qui s'impose. Le 20e titre de la série (en plus de 40 ans, ce n'est pas beaucoup), est écrit par Nejib et dessiné par… Jean Pleyers qui a désormais plus de 80 ans.

L'action se déroule en 1440 au Vatican. Jhen arrive à Rome en compagnie d'un peintre et d'un collègue architecte. Ils doivent proposer au pape Eugène IV un spectacle qui a pour but de favoriser le rapprochement entre les églises d'Orient et d'Occident. Alors même que le Romain est contesté par Félix V, autre pape qui siège à Bâle.

Intrigues, complot, diplomatie, chantage et vengeance sont au programme de cette histoire très dense aux multiples rebondissements. Jhen essaiera de s'opposer à une tentative d'assassinat d'Eugène IV, mais se retrouve accusé d'être à l'origine du complot. Emprisonné, il risque même de passer à la question, torturé par un moine, vieille connaissance de l'architecte français.

Reste à découvrir l'identité de "La louve céleste", titre de l'album. La réponse, très étonnante, est donnée à l'avant-dernière page. L'ensemble est une belle réussite, avec ce qu'il faut d'action et de rappel historique. Seul petit bémol, le dessin de Jean Pleyers n'est plus aussi proche de la perfection. On sent le poids des années, mais il a conservé son style méticuleux, hyper réaliste et d'une grande précision architecturale et historique.

"Jhen" (tome 20), Casterman, 48 pages, 13,50 €