Réfléchissez bien avant de vous engager sur « La route du diable », thriller horrifique signé Caleb Traskman, pseudo de Franck Thilliez.
Dans un décor désolé des grandes forêts de l'Amérique du Nord, mettez un peu de fantastique, une bonne dose d'angoisse, quelques psychopathes et des innocents en guise de victimes idéales. Recouvrez le tout d'une montagne d'hémoglobine et pour enjoliver l'ensemble n'oubliez pas haches et tronçonneuses. La recette semble simple. Mais il faut tout le talent de Franck Thilliez alias Caleb Traskman pour la transformer en pageturner qui va vous tenir éveillé jusqu'au petit matin. Traskman n'est pas un inconnu pour les véritables amateurs de thrillers. Cet écrivain est un des personnages du roman « Le manuscrit inachevé » de Thilliez.
La route du diable est un cul-de-sac. La trouée dans l'immense forêt du Grand Nord dessert trois stations hydrauliques qui fournissent de l'électricité. Route du diable car elle mesure exactement 666 kilomètres. Diabolique aussi car on y disparaît souvent. Les rares touristes de passage se volatilisent mystérieusement. C'est le cas d'un couple de jeune Français, Iris et Mathis.
Un an après qu'ils aient donné un dernier signe de vie, à l'entrée de la route, Abigaël, la mère d'Iris et Jean-Bernard, le père de Mathis foncent eux aussi sur la piste en mauvais état à la recherche de leurs enfants en compagnie de deux jeunes youtubers animant une chaîne sur les crimes inexpliqués. A mi-chemin, ils font de l'essence dans la seule station en service. Ils aperçoivent un étrange gamin « petit et râblé. Sous son crâne rasé, il a la tête légèrement plate côté gauche. Ses yeux ne sont que deux fentes très fines, ses lèvres à peine plus épaisses. » Il ressemble à « un gosse sorti d'une soufflerie hyperpuissante qui lui aurait tiré la peau vers l'arrière. » Ce n'est que la première figure d'une galerie de monstres, toute une famille isolée et particulièrement dangereuse.
Les voyageurs hésitent, mais continuent leur périple, malgré un accrochage avec le frère du gamin, en ignorant les risques d'attaque d'ours et l'état de plus en plus défoncé de la route. Une bien mauvaise idée, comme toujours dans ce type de récit où l'angoisse laisse vite place à l'horreur.
La quête de vérité va se transformer en épreuve de survie. En sachant que « cette terre impitoyable, d'une beauté sauvage, ne connaît ni pitié ni répit. Le Grand Nord ne pardonne pas. Il dévore les faibles, les perdus, les innocents. Il rend fous les autres. » Un décor idéal pour un roman addictif. Franck Thilliez, loin de se contenter des repères obligatoires du genre, amène analyse psychologique, personnages complexes et cause scientifique à des phénomènes fantastiques. Le tout dans un schéma narratif implacable.
« La route du diable », Caleb Traskman (Franck Thilliez), Styx - Fleuve Noir, 272 pages, 19,95 €











