vendredi 30 octobre 2026

BD - L’armée française, chenille soumise en pleine "Déconfiture"


Défaite éclair, humiliation suprême. En 1940, quand les bataillons allemands ont fondu sur la France, les soldats français ont très rapidement été débordés, isolés. Battus. Une page peu glorieuse de l’Histoire de France qui est au centre de « La déconfiture » de Pascal Rabaté. Après quelques réalisations au cinéma (dont l’adaptation de certaines de ses BD), le dessinateur revient à ses premières amours. Un noir et blanc épuré, comme brûlé au soleil de ce mois de juin caniculaire, prend à contre-pied la situation dramatique de ces soldats prisonniers avant même d’avoir eu l’occasion de combattre. 

Dans la colonne on retrouve Videgrain. Avec quelques amis audacieux, il n’a pas perdu l’espoir de se faire la belle. Mais en attendant il marche vers le Nord Est en compagnie de ses compagnons d’infortune tous les jours sur des dizaines de kilomètres, escorté par les Allemands impitoyables pour les retardataires. La fringante armée française n’est plus qu’une chenille soumise. 

La nourriture commence à manquer et certains deviennent presque fous. 

Rabaté, dans ce huis clos en plein air, raconte comment ne pas perdre espoir. Il montre aussi les faiblesses humaines. Devenus prisonniers, certains se transforment immédiatement en bons petits chiens des gardiens, n’hésitant pas à dénoncer ceux qui, trois jours auparavant, auraient risqué leur vie pour eux. Une leçon d’Humanité à mettre entre toutes les mains. 

« La déconfiture » (tome 2), Futuropolis, 20 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi en juin 2018)

jeudi 29 octobre 2026

BD - Ramirez, un nettoyeur d'élite


Nicolas Petrimaux aime le cinéma américain. Et les séries qui permettent de mieux planter la personnalité des personnages. Il semble maîtriser à la perfection ces codes et quand on plonge dans son album de 144 pages, c’est un peu comme si on assistait à la projection d’un film de Tarantino, avec l’humour décalé de la série télé « Big bang theory ». On ne s’ennuie pas une minute et on profite des dessins de cet auteur qui débute dans la BD mais qui a beaucoup dessiné pour les jeux vidéo. 

Qui est exactement Ramirez ? A priori ses collègues de la société d’aspirateurs basée dans l’Arizona pensent que c’est un expert en réparation, serviable et pas bavard. Pas du tout même puisqu’il est muet. Un petit monsieur effacé, qui ne fait pas de bruit, que personne ne remarque. Sauf quand deux gangsters viennent au service après-vente de la société pour un mixer déficient. Ils tombent en arrêt devant l’insipide Ramirez. Et prennent leurs jambes à leur cou. 

Ramirez, dans une autre vie, a été tueur. Le meilleur qui soit. Infaillible, sans pitié. S’il a changé de vie, c’est parce que la pègre veut sa peau. Tout l’album sera cette course-poursuite entre un ancien méchant et les véritables, avec un duo de jolies nanas en crise pour compliquer le tout. 

Ne manquez pas cette BD, idéale pour passer un très bon moment de détente durant les vacances et qui devrait taper dans l’œil d’un producteur audiovisuel tant le scénario s’adapte idéalement à une sortie sur les écrans.

« Il faut flinguer Ramirez » (tome 1), Glénat, 19,95 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement en juin 2018 dans l'Indépendant du Midi)

mercredi 28 octobre 2026

BD - Les débuts tonitruants du Scorpion


Marini, dessinateur suisse, était très « manga » à ses débuts. Quelques albums plus tard (notamment Rapaces avec Dufaux au scénario) il a affiné son trait et s'attaque dans le premier tome de ce « Scorpion » à la BD historique, dans l'Italie du XVIIIe siècle. Pour ce faire, avec Desberg au scénario, il reforme le duo de « L'étoile du désert ».

Armando Catalano a deux vies. Pour la haute ville il est un sympathique aventurier qui déniche des reliques dans les catacombes romaines. La nuit, dans la basse ville, il est le Scorpion, redoutable avec son épée, aimé de toutes les femmes. Mais le Scorpion gène, notamment le cardinal Trabaldi, impitoyable maître des moines-guerriers. Dans les coulisses du Vatican la lutte incessante entre le bien et le mal se poursuit.

Combats, bons mots, jolies filles et intrigues rythment cette BD qui se penche en filigrane sur l'origine des religions. 

« Le Scorpion » (tome 1), Dargaud. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 22 octobre 2000).


mardi 27 octobre 2026

BD - Les conquistadores mettent le cap au Nord


Suite et fin des aventures d’Isabel, la princesse Aztèque poursuivie par un conquistador sanguinaire, Guzman à qui elle a été promise. Une fuite orchestrée par deux hommes que tout oppose : frère Marcos, jeune prêtre venu évangéliser les Indiens et Esteban, ancien esclave noir devenu mercenaire, expert dans le maniement de l’épée.

Dans le désert mexicain, ils foncent vers le Nord et ces terres encore inconnues. Le trio va-t-il parvenir à rejoindre les sept cités de Cibola ? Récit palpitant, plein de passion, de découvertes et d’action écrit par François Armanet (rédacteur en chef de l’Obs) et Jean Helpert, mis en images par Stefano Carloni. 

« Le nouveau monde » (tome 2), Dargaud, 13,99 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi en juin 2018) 

lundi 26 octobre 2026

Littérature américaine - « Les Trois Rivières », débordement d'émotion


Ce premier roman, d'une singulière justesse, prouve le talent pétri d'humanité de l'autrice américaine Tiffany Quay Tyson.

Trois destinées. Trois jours. Trois rivières. Tiffany Quay Tyson place son premier roman (paru en 2015 aux USA) sous le signe de ce nombre si particulier. Alors que les éléments vont se déchaîner sur cette région du sud des États-Unis, provoquant des inondations meurtrières, Melody, Geneva et Obi devront faire des choix cruciaux pour leur avenir et celui de leurs proches.  

Melody, à peine plus de 20 ans, est musicienne. Claviériste avec un beau brin de voix. Pourtant elle se morfond dans ce groupe de musique chrétienne. Elle va de festival en festival depuis des années, chantant à la gloire de Jésus-Christ devant des fidèles. Ce samedi soir en 1990, après avoir reçu un coup de fil de son jeune frère désespéré par la dégradation de l'état de santé de leur père, elle plaque tout sans oublier de copieusement insulter, sur scène, la chanteuse, petit chef tyrannique insupportable. Obligée de retourner à la ferme familiale, les Trois Rivières, car sa mère a disparu depuis une semaine. 

La mère c'est Geneva. Belle, flamboyante, elle est aussi infidèle et dépressive. Encore plus depuis que son fils a failli mourir lors de son baptême. Alors que le pasteur le plonge entièrement dans l'eau d'un bassin, une lampe bascule, se casse et électrifie l'adolescent. Il survivra mais avec des séquelles. Geneva cherche des réponses auprès d'une femme un peu voyante, un peu sorcière. D'habitude elle paie au prix fort, mais pour une fois la chamane lui demande simplement un service en échange : que son fils puisse vivre quelques mois dans les bois de la ferme. 

Le fils, troisième personnage principal de ce drame en trois actes. Obi, 30 ans, a quitté la vie civilisée moderne. Il élève seul son enfant de trois ans, campe au bord des rivières sauvages, vit de pêche et de chasse. Un soir, des jeunes lui cherchent querelle. Obi se défend et tue son agresseur. Il fuit. Veut se faire oublier. Les Trois Rivières seront une cachette parfaite, loin de tout. 

Le deuxième jour, Melody arrive à la ferme. Constate que son père, qu'elle aime autant qu'elle déteste sa mère, va bientôt mourir. Elle retrouve son frère et voit l'arrivée d'Obi en compagnie de ce quasi bébé. La pluie ne cesse pas de tomber. Les rivières commencent à déborder. 

Le troisième jour, la mère tente de rentrer, mais toutes les routes sont coupées. Le rez-de-chaussée est transformé en piscine, la tension entre Obi, Melody et le père atteint des sommets. Tout est réuni pour que cela finisse mal. A moins que...

Un style ample et limpide transforme ce roman en véritable quête. Triple quête pour trois humains, si faibles face au déchaînement des éléments mais forts pour tenter de sauver leurs proches. Un ballon d'essai très réussi pour Tiffany Quay Tyson qui annonçait le succès mondial de « Un profond sommeil » édité en France par Sonatine en 2022.

« Les trois rivières », Tiffany Quay Tyson, Sonatine, 320 pages, 22,50 €

BD - Toujours plus vite sur le miroir de sel


Si Bonneville ne dit rien au quidam de base, tous les fous de vitesse savent parfaitement situer ce coin paumé des USA aux confins de l’Utah sur une carte. C’est là, sur un lac salé asséché, lisse comme un miroir en plein été que les bolides s’élancent pour battre les records de vitesse.

Marvano, dessinateur au trait stylé et aérien, prend beaucoup de plaisir à reproduire les prototypes qui s’élancent dans les années 50 et 60 pour dépasser les 500 km/h. Le record, réalisé en 1947, est de 630 km/h. Le battre est le rêve de tous ces fous dont beaucoup ne survivront pas à leur tentative.

Entre documentaire et récit de vie, « Bonneville » est aussi beau qu’une calandre profilée de Bluebird...

«Bonneville » (tome 1), Dargaud, 13,99 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi en juin 2018) 

dimanche 25 octobre 2026

BD - Le nouveau Ric Hochet fréquente des assassins lettrés

 

Dans le 3e tome des « nouvelles enquêtes de Ric Hochet », on retrouve Zidrou dans un tout autre genre. Il fallait oser reprendre le scénario d’une série ayant marqué la jeunesse de quatre générations de lecteurs du Lombard. Finalement, il n’a pas changé grand-chose, Ric Hochet est toujours impulsif, beau et futé. Il a simplement ajouté un peu de second degré ou, plus simplement, de vraie vie dans celle de ce héros trop parfait.

Donc Ric, sous la plume de Simon Van Liemt, n’est plus imberbe après deux nuits passées à dormir dans sa voiture, flirte ouvertement avec Nadine qui dévoile un peu ses charmes et participe activement à l’enquête. 


Le commissaire Bourdon n’est pas plus intelligent, mais un peu moins ridicule. Dans « Comment réussir un assassinat », le couple se rend à Verviers en Belgique au siège des éditions Marabout. Un faux guide pratique inonde le marché. On y apprend comment réussir un assassinat sans se faire prendre. En quelques mois le bouquin à permis à 77 personnes, assassins lettrés, de se débarrasser en toute impunité d’un proche encombrant. Qui a fabriqué le livre ? Pour quel motif ?

On retrouve l’esprit des Ric Hochet avec pléthore de suspects réunis en fin d’histoire pour la révélation finale. Le cocktail est savoureux. Avouons-le, on découvre dans cette reprise les histoires et le ton qu’on aurait aimé lire quand on était adolescents. On ne remerciera jamais assez Zidrou d’avoir compris cela.  

« Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet » (tome 3), Le Lombard, 12,45 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi en juin 2018)

samedi 24 octobre 2026

BD - L’amour n’a pas d’âge


La crédibilité d’une histoire, passe parfois par le choix des prénoms des personnages principaux. Zidrou a pris des risques en nommant le couple de « L’obsolescence programmée de nos sentiments" Ulysse et Méditerranée. Ulysse, jeune retraité et Méditerranée, fromagère corse exilée dans le Nord.

Le récit, dessiné par Aimée de Jongh, est bien séparé au début. On découvre le quotidien morne de Ulysse. Fraîchement retraité, à 57 ans, à la faveur d’un dégraissement dans l’entreprise. Il n’a jamais pris l’avion mais a bouffé des kilomètres dans sa vie en étant déménageur. Il vit seul et s’ennuie. Sa femme est morte à 45 ans, son fils, médecin, a trop de travail. Surtout il y a le fantôme de sa fille, morte à 16 ans sur un manège de foire.


Pour Méditerranée, les moments sont durs. Elle vient de perdre sa mère. Neuf mois de souffrance. Pour la mère comme la fille. Elle s’occupe d’une fromagerie, vendant les spécialités corses au Nordistes, l’action se déroule près de Lens. Méditerranée regrettant la beauté de sa jeunesse, quand elle était mannequin, osant même poser pour Lui dans les années 70.

Et puis Ulysse rencontre Méditerranée. Un sourire, une plaisanterie et le plus naturellement du monde l’amour frappe à la porte de ces deux solitaires. Mais avec Zidrou, expert en sentiments, rien n’est aussi simple.

La suite du récit est littéralement sidérante et pose bien des questions à tous ceux qui ont dépassé la cinquantaine. Les « jeunes » découvriront un monde qu’ils devront eux aussi, un jour apprivoiser.

« L’obsolescence programmée de nos sentiments », Dargaud, 19,99 €


vendredi 23 octobre 2026

BD - Ils sont vieux et verts, ce sont les "Papy Boomers"



Les Papy Boomers, héros de cette nouvelle série comique, ce sont ces cinquantenaires qui ont été punks et rockers dans leur jeunesse mais qui aujourd’hui sont grands-pères. Problème, dans leurs têtes, ils sont toujours ados. 

Le personnage principal est Roger, alias Roro. Santiags aux pieds, barbe taillée mais poivre et sel, il s’obstine à vouloir séduire des jolies filles de 30 ans plus jeunes que lui. 

Son bagout et son expérience lui permettent d’emballer. Mais par la suite, difficile de suivre ces jeunettes très exigeantes une fois en position allongée. 

Réflexion sur l’écart entre esprit et corps, cette BD est écrite par Goulesque et dessinée par Widenlocher. Deux auteurs qui se connaissent bien puisqu’ils ont déjà imaginé les aventures de Nabuchodinosaure dans les années 80. Ils maîtrisent parfaitement le sujet aussi car ce ne sont pas des débutants.

Les gags, hilarants, sont souvent 100 % véridiques. Car les Papy Boomers ont avant tout une qualité qui se perd chez les jeunes : l’autodérision.

« Les Papy Boomers » (tome 1), Bamboo, 10,95 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans L'Indépendant du Midi en juin 2018)

jeudi 22 octobre 2026

BD – L’orfèvre et la moiteur du colonialisme en Afrique


Tropiques trop piquants. Formule lapidaire pour cataloguer cet album de Warnauts et Raives assez inclassable entre l'étude de mœurs, l'enquête policière et la description détaillée et sans concession d'une certaine aristocratie coloniale.

L'orfèvre, héros qui donne le nom à la série, c'est Charles-Albert Lafleur, surnommé. Charlie par quelques amies. Lunettes aussi rondes que sa silhouette, cet attaché culturel d'ambassade est chargé d'enquêter le plus discrètement possible sur la tentative d'empoisonnement de la femme de l'ambassadeur français.

L'occasion pour ce baroudeur des tropiques de retrouver Maman-Jo, tenancière d'un bordel qui aime beaucoup Charlie. Ce plaisir qui semble être à la base de tout.

Un petit milieu pas très net qui semble avoir beaucoup de secrets à cacher à la sagacité de l'Orfèvre.

« L'orfèvre » (tome 1), Glénat. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 22 octobre 2000).