jeudi 20 août 2026

Rentrée littéraire – La folie Van Gogh


Exemple parfait de l'artiste torturé, Vincent Van Gogh s'invite dans cette rentrée littéraire de 2026 en devenant le personnage principal du premier roman de Vincent Vigneron, « Rien que de grands tournesols ». Une phrase prononcée par le peintre quelques mois avant sa mort. Installé en Provence, il envisage de décorer la chambre de son ami Gauguin. En déclinant à l'infini cette fleur jaune qui le rendra mondialement célèbre longtemps après sa disparition à l'issue d'une vie de misère et d'incompréhension. En s'attaquant à la vie de ce monument de la peinture européenne, l'écrivain semble avant tout laisser parler son cœur. Car il raconte la folie qui a saccagé la vie sociale de Van Gogh avec beaucoup d'empathie. Fils de bourgeois hollandais, Vincent tente de s'intégrer. Son père est pasteur. Il essaie de le devenir à son tour. En vain. Il donne des cours en Angleterre, vend des tableaux à Paris, vit d'expédients en Belgique. Une errance avec toujours son frère Théo pour l'aider, le sauver en dernier recours. Jusqu'à cet exil dans le Sud, là où son talent éclate, où la folie explose. Le style de Vincent Vigneron se cherche encore un peu (premier roman oblige), mais certaines envolées, aussi épiques que tarabiscotées, valent bien des tableaux longtemps incompris.

« Rien que de grand tournesols », Vincent Vigneron, Robert Laffont, 304 pages, 21 €


samedi 15 août 2026

BD - Les "Rapaces" à l'oeuvre


Avez-vous un petit kyste derrière l'oreille ? Si oui, mauvaise nouvelle, Camilla et son frère rodent dans les parages et ont décidé de faire le ménage. Ce kyste est le signe distinctif d'une petite élite au pouvoir qui ne craint pas la mort.

Un grand financier, un acteur connu, le chef d'un gang black, le principal policier, ils ont concentré toutes les formes de pouvoir entre leurs mains, s'assurant mutuellement une impunité éternelle. Mais voilà, les deux oiseaux noirs du malheur ont percé le secret de la caste et tuent à tour de bras, en plantant une aiguille d'argent dans ce kyste magique.

Du fantastique de premier ordre signé Dufaux au scénario et Marini au dessin. Ce dernier utilise au maximum les couleurs directes pour meure en place une ambiance oppressante. Son travail sur le rouge est du grand art. Les deux exterminateurs sont les personnages principaux mais il ne faut pas négliger le rôle de l'inspecteur Lenore, une femme-flic en quête de vérité et qui ne se laisse pas démonter par les tours de magie de ses adversaires.

Un peu de pragmatisme pour mieux faire passer l'irréel. 

"Rapaces" (tome 1), Dargaud, 56 pages, 17,50 € (Album paru en 1998, chronique publiée initialement en septembre 1998 dans Centre Presse Aveyron)

vendredi 14 août 2026

BD - No War, fin de partie


No War
d’Anthony Pastor se termine dans un seul gros volume de 230 pages reprenant les deux derniers épisodes de cette série de politique-fiction. Dans le petit pays imaginaire du Vukland, archipel ressemblant à l’Islande et au Groenland, la révolte populaire prend de l’ampleur. 


Le peuple Kivik se lève contre les agissements des capitalistes américains et chinois. La magie va s’immiscer dans cette bataille économique. Une belle parabole politique servie par un dessin réaliste nerveux et beau, tout en restant redoutablement efficace.  

« No War » (tomes 5 & 6), Casterman, 232 pages 25 € (Album paru en mars 2021)

jeudi 13 août 2026

BD - Adorable Imbattable


Ce serait le plus fort des super-héros. C’est en tout cas le plus gentil et le plus original de ces justiciers masqués. Imbattable, création de Pascal Jousselin, est avant tout un inventeur de génie. Pas de machines compliquées pour arrêter les méchants mais de sauts quantiques dans la narration. Cette BD est un laboratoire d’expériences graphiques. 

En passant d’une case à l’autre, Imbattable a souvent un coup d’avance. Mais certains ennemis ont aussi des pouvoirs bousculant la linéarité d’une histoire. On adore ces expériences où la logique est mise à rude épreuve mais où l’imagination se révèle essentielle. 

Dans ce 3e recueil d’histoires courtes parues dans l’hebdomadaire Spirou, se niche une aventure de Jean-Pierre (le gendarme qui aide Imbattable dans ses enquêtes) d’une tendresse et d’une force émotionnelle totalement inattendue dans ce type d’album. Tout ça par la force d’un peu de vernis et en modifiant légèrement l’angle de lecture. Génial ! 

« Imbattable » (tome 3), Dupuis, 10,95 €

mercredi 12 août 2026

BD - Lockwood & associés chassent les fantômes


Jonathan Stroud, romancier britannique, a tiré le gros lot en publiant les aventures des membres de l'agence Lockwood. Des romans au succès considérable, portes d'entrée vers d'autres horizons culturels. Une première adaptation en série télé (toujours en ligne sur Netflix) puis cette transposition en bande dessinée par une dessinatrice italienne, Rachele

Dans cet univers anglais bourré de magie, l'Angleterre se retrouve confrontée à un étrange phénomène : les âmes des défunts ne trouvent plus le repos et reviennent hanter les vivants. Le moindre contact avec un fantôme peut être mortel. Pour combattre la menace, la police découvre que les plus efficaces sont les enfants. Ainsi des agences d'extermination de fantômes sont créées, un filon pour de grands groupes de sécurité. 


Dans ce milieu dangereux à tous les niveaux, l'Agence Lockwood est à part. Antony, encore adolescent, en est le patron et principal enquêteur. Il est secondé par un petit génie en technologie, George Cubbins, un peu trouillard sur les bords. Le boss cherche un renfort. C'est dans ce cadre que la jeune Lucy Carlyle vient sonner chez Lockwood. Un entretien d'embauche mouvementé pour finalement débuter son contrat le soir même dans une vieille maison désertée après qu'un spectre y sème la zizanie la nuit venue. 

L'esprit du roman est parfaitement préservé par l'adaptation de Rachele. Lockwood est arrogant et prétentieux au risque de se retrouver dans des situations inconfortables, Lucy intrépide et trop souvent inconsciente, ce qui n'arrange pas toujours son patron. La petite agence tente de se faire une réputation dans un Londres qui vit dans la terreur le soir venu. Mais c'est tout sauf sans risque…  

Le récit convient aux adolescents qui apprécieront le dessin dynamique et rond de Rachele, au service de l'intrigue et de l'action. Une série prévue en cinq tomes indépendants les uns des autres. 

"Lockwood & associés" (tome 1), Rue de Sèvres, 64 pages, 14 €


mardi 11 août 2026

BD - Hommage à Greg et Achille Talon


Il y a donc les grand anciens qui continuent et puis certains dont c'est le dernier album. Greg est mort en octobre 1999. Les éditions Dargaud, tout en ayant confié le personnage d'Achille Talon à un autre dessinateur (Widenlocher), ont tenu à rendre un dernier hommage à ce maître de la bande dessinée.

«Le maître est Talon » est le dernier album de Michel Greg. Les fans de Chichille trouveront quelques gags inédits en albums (notamment le premier) des histoires complètes parues dans les Super Pocket Pilote, quelques travaux publicitaires et les seules planches dessinées par Greg du dernier album de Talon. Des planches qui datent de 1992. Lefuneste et Talon viennent de gagner une île paradisiaque dans le Pacifique... Un album voulu et coordonné par Benoît Mouchard, auteur (toujours chez Dargaud) d'une biographie très complète «Michel Greg, dialogues sans bulles ».

Mouchard donne notamment quelques clés pour mieux comprendre les caricatures de l'équipe du journal Pilote de grande époque, de Goscinny à Reiser.

"Achille Talon, le maître est Talon", Dargaud (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en avril 2001 dans Centre Presse Aveyron)

lundi 10 août 2026

BD - "Le chant d'Excalibur" pour une jeune fille intrépide

Peu après l'an Mil, Merlin l'enchanteur se réveille après cinq années de sommeil dans un dolmen. Son Irlande a bien changé. La secte des chrétiens a pris de l'ampleur et est sur le point d'éradiquer la magie, les fées, lutins et autres forces des forêts. Merlin voudrait profiter de la vie après sa longue éclipse, mais il est temps de réagir pour la fée Viviane. Elle demande à Merlin de confier l'épée Excalibur à un guerrier courageux qui saura réunir l'Irlande et chasser les moines.

Mais cela ne se passe pas comme le vieux sorcier le voudrait. Contre toute attente, la fée désigne la jeune Gwyned, descendante de Galahad. La damoiselle, colérique et batailleuse, accepte la mission. Enfant, elle parlait aux arbres, mais depuis la montée en puissance du catholicisme, ces derniers se taisent, perdent leur conscience.

Nouvelle série du scénariste Scotch Arleston, pilier des éditions Soleil, on rit beaucoup dans cet album dessiné par Eric Hübsch et  qui fait la part belle à Merlin. 

"Le chant d'Excalibur" (tome 1), Soleil, 48 pages, 15,50 €. (Chronique parue en août 1998 dans Centre Presse Aveyron)

dimanche 9 août 2026

BD - Makyo auteur complet avec "Le cœur en Islande"


Envie d'air frais par cette chaleur étouffante ? Montez donc à bord de «L'hirondelle des mers » et mettez le cap vers l'Islande. Mais ne vous attendez pas à une croisière d'agrément. L'action du second album du «Cœur en Islande» se déroule presque exclusivement à bord de ce bateau de pêche à voile qui part pour de 1'Islande remplir ses cales de morue. 


Le capitaine, Emest, emmène pour la première fois son fils adoptif, Moïse, mais également, Xas, son second imposé par l'armateur et fauteur de trouble. En pleine mer, Moïse tombe malade suscitant une grande tension au sein de l'équipage certains craignant une possible contagion. Le drame se noue dans le froid et la tempête.

Makyo, surtout connu pour ses scénarios (Balade au bout du monde ou Jérôme K. Jérôme), signe cet album inspiré de la vie son grand-père et qui lui tenait à cœur. Il propose là un chef-d'œuvre d'émotion et de sentiments forts. 

"Le coeur en Islande" (tome 2), Dupuis, Aire Libre, 64 pages. (Chronique parue en juillet 1998 dans Centre Presse Aveyron)

samedi 8 août 2026

BD - Les premiers regards de Violine


Violine tient son prénom de la couleur de ses yeux. Magiques et fascinants. II suffit que Violine fixe intensément une personne pour qu'elle devine ses pensées les plus profondes.

Ce don permet à la fillette de s'échapper avant qu'il ne soit trop tard quand elle tombe entre les mains d'un satire, mais le pouvoir ne fonctionne pas sur sa mère. Une très rigide et acariâtre maman qui a totalement oublié ce qu'aimer veut dire.

La chance de Violine c'est d'aller à l'école. Elle peut se faire quelques amis et surtout reporter tout son amour sur Belphégor, une adorable souris blanche qu'elle sauve du scalpel de la vivisection.

Ce premier album de Tronchet (scénario) et Tarrin (dessin) offre en vrac et à gogo des péripéties, des gags, de la poésie, du mystère, quelques robots, des chasseurs idiots et des chiens un tout petit plus intelligents, mais guère plus...

"Violine", tome 1, Dupuis, 48 pages (Chronique parue en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron)


vendredi 7 août 2026

BD - Blake et Mortimer, du passé faisons l'avenir avec "L'étrange rendez-vous"


Prolonger la vie des héros de bande dessinée au-delà de celle du créateur est un pari risqué. Quand les éditions Dargaud ont décidé de faire une suite à Blake et Mortimer, la série culte de Jacobs, beaucoup criaient à l'hérésie et au casse-pipe.

Aujourd'hui, le troisième titre de la seconde vie de ces héros « so british » explose les ventes. Il est vrai que le duo Jean Van Hamme au scénario et Ted Benoit au dessin est une assurance de qualité.

L'étrange rendez-vous se passe presque exclusivement aux USA, dans les années 50. Sur fond de guerre froide et de recrudescence d'apparitions d'Ovni, un soldat anglais, le major Macquarrie, disparu en 1777, est retrouvé mort dans l'État du Colorado. Peu avant la découverte, des témoins ont aperçu un étrange rayon jaune, bleu et rouge venant du ciel. Le mystère réside dans le fait que le major est mort d'asphyxie quelques minutes auparavant. Il semble avoir fait un saut dans le temps de 177 ans. Sur sa ceinture est gravé un mystérieux message codé parlant d'un roi jaune, de peupliers et de plutonium.

De plus, il a des lunettes noires d'une matière inconnue sur terre. Comme il s'agit d'un lointain aïeul de Mortimer, le savant britannique est convié aux USA pour enquêter sur ce cas extraordinaire. Là, il devra faire face à une machination machiavélique mettant en péril l'avenir de la planète.


Parmi les méchants on retrouve Olrik mais également un nouveau personnage, le docteur Z'ong, petit par la taille mais immense par son pouvoir de nuisance. Blake n'intervient qu'en fin d'histoire, en compagnie de Jessie Wingo, intrépide agent du FBl, métisse indienne qui ne semble pas indifférente au charme bourru de Mortimer.

Souvenirs d'enfance

Cet album de 64 pages est une totale réussite. Au niveau du dessin, Ted Benoit, tout en restant fidèle au maître Jacobs, apporte beaucoup de sa connaissance de l'Amérique. Il a longuement sillonné le centre des USA en repérages pour retranscrire parfaitement l'ambiance de l'Amérique profonde. Désert et plaines sans fin amènent une horizontalité au récit, en opposition à la verticalité du rayon vecteur de bouleversement.

Van Hamme explique sans honte qu'il a écrit cette histoire pour retrouver une partie de la magie de son enfance. Le secret de l'Espadon est le titre déclencheur dans son itinéraire de créateur. En proposant une sorte de suite à cet album, il espère prolonger son émerveillement et par ricochet celui du lecteur. Mais que les plus jeunes se rassurent, cet Etrange rendez-vous peut tout à fait se lire indépendamment. La seule conséquence sera de vous donner envie de redécouvrir les premiers titres de cette série définitivement hors du commun.

"L'étrange rendez-vous" de  Jean Van Hamme et Ted Benoit, Dargaud, 68 pages, 17,5 € (Chronique parue le 14 octobre 2001 dans Centre Presse Aveyron)