dimanche 31 décembre 2017

BD - Au cœur de vos cauchemars


Franck Thilliez, romancier renommé qui s’est fait une spécialité des polars sombres et alambiqués, met sa plume au service de la BD. La BD pour adolescents exactement, avec la création de cette série intitulée « La brigade des cauchemars ». Dans un immense asile, deux adolescents, Tristan et Esteban, sont chargés, la nuit venue, de pénétrer dans les cauchemars d’autres enfants pour les libérer de ces peurs primales. 


Dessiné par Yomgui Dumont, cet univers sombre va réellement vous faire avoir les chocottes. On apprécie particulièrement le fait qu’un des héros, handicapé en fauteuil roulant dans la vraie vie, peut galoper quand il est dans les cauchemars. Mais parfois, il faut mieux car tout en étant un rêve, il y risque réellement sa vie.

➤ « La brigade des cauchemars » (tome 1), jungle, 11,95 € 

BD - Un café très corsé


Après le vin, et peut-être avant le jambon (certaines viandes ibériques sont plus chères que le caviar), Corbeyran se penche sur le parcours économique du café. Une façon détournée de faire le procès des grandes multinationales. Le premier tome de cette trilogie dessinée par Luc Brahy présente les trois personnages principaux. Une jeune Occidentale, nez chez un parfumeur mais qui décide de mettre son odorat au service d’une marque de café dirigée par un riche Parisien. Au Brésil, sur une plantation, une descendante d’une vieille famille tente de faire du café d’exception. Entre violence sociale, magouilles financières et exactions, le récit passionnant est aussi ludique qu’instructif.

➤ "Alto Plano" (tome I), Delcourt, 12 €

BD - Picsou, Balthazar de son prénom, superstar


Au Panthéon des avares, il a son trône. Picsou, pour son 70e anniversaire, revient dans un nouveau gros recueil d’histoires complètes parmi les meilleures de Carl Barks ou Don Rosa. Mais cette somme de plus de 400 pages est aussi constituée comme une encyclopédie pour tout savoir du redoutable oncle. 

Et comme la France n’est pas rancunière avec cette horrible création capitaliste américaine, vous trouverez en fin de volume quelques interprétations graphiques du personnage, de Cosey à Kéramidas en passant par Dav, Loisel se permettant même de signer la couverture.

➤ « Balthazar Picsou, l’encyclopédie », Glénat, 29,95 €

Roman - Amours bien cachées

Réalisateur et scénariste, Gérard Krawczyck signe avec « Foudroyé(s) » son premier roman. Comme par hasard, son personnage principal est issu de ce milieu cinématographique qu’il connaît si bien. Un créateur en plein doute. Lassé de signer des suites de ses premiers succès et de servir de docteur en film non abouti, il voudrait être reconnu comme auteur complet. Une ambition contrariée par sa rencontre coup de foudre avec Audrey, journaliste vedette de la télévision française.

Le début du roman, un peu comique, très gnangnan, inquiète. Quelques scènes hot plus tard et des questionnements du héros, on est sur le point de tout abandonner quand… Krawczyck n’a pas totalement perdu son savoir-faire.

➤ « Foudroyé(s) » de Gérard Krawczyck, Cherche-Midi, 19 €.

BD - Hommage à un génial dessinateur


La littérature française utilise souvent l’autofiction pour masquer son manque d’imagination. Edika fait un peu pareil. À la différence que de l’imagination, lui, il en a à revendre à la pelle. Ce n’est pas de l’autofiction qu’il utilise dans ces histoires courtes publiées depuis quelques décennies dans Fluide Glacial, mais de l’autodélire. En cette fin d’année, on peut retrouver quelques-unes de ses histoires dans un recueil dont le contenu a été sélectionné par ses collègues et amis (Bouzard, Riad Sattouf, Goossens...). Il y a les premiers récits, en noir et blanc, avec une précision dans le trait qui lui donnait un petit air de Moëbius. Puis des grands délires avec utilisation de la photo et la mise en abîme de l’auteur en train de réaliser ses dessins. Une bonne façon de se replonger dans une œuvre gigantesque toujours en pleine évolution.
➤ « Edika », Fluide Glacial, 19,90 € 

Thriller - Morts spectaculaires dans le Brésil actuel

Le Feu follet dont il est question dans ce polar brésilien c’est celui du roman de Pierre Drieu LaRochelle. L’écrivain français, tombé en disgrâce après ses compromissions avec l’ennemi (il se suicidera à la Libération), a signé son chef-d’œuvre avec ce texte sur la destruction d’un homme dépendant de la drogue. Adapté en pièce de théâtre, le rôle principal est tenu par Fabio Cassio. Un pari risqué pou ce jeune homme, idole dans son pays mais essentiellement pour ses interprétations de beau gosse dans des télévolelas sans grande ambition dramaturgique. Fabio, vivant avec la belle et vénéneuse Cayanne, starlette qui tente désespéré- ment de percer, quitte à participer à de mauvaises émissions de téléréalité. Quand, à la fin de la représentation, Fabio se fait véritablement sauter la cervelle, la police est sur les dents. Accident, meurtre suicide ?

Parler aux morts

Toutes les versions sont plausibles. Et pour tenter de trouver la bonne, les policiers devront faire confiance à l’équipe de police scientifique de São Paulo dirigée par Azucena. Une flic un peu trop sentimentale « Avant de toucher le cadavre, elle lui demande la permission mentalement. Comme si elle allait entrer dans une maison. Parfois elle demande aussi au mort qu’il l’aide à percer le mystère. Parler aux morts c’est sa plus grande qualité. Inversement proportionnel à celui de communiquer avec les vivants ». Patricia Melo, Brésilienne pourtant vivant depuis quelques années en Suisse, connaît parfaitement son pays et les mœurs de ce dernier. On se délecte quand elle décrit la suffisance de Fabio, les ambitions démesurées de Cayanne ou les manœuvres d’Olga, la mère de Fabio. Au royaume du paraître, ils sont experts.

Par contre Azucena elle ne sait pas faire semblant. Quand elle découvre que son mari couche avec sa petite sœur, elle ne sort pas le grand air du 3e acte. Elle s’écroule, tout simplement. Mais la vie continue et des morts réclament vengeance. 

➤ «Feu follet» de Patricia Melo, Actes Sud, 22 €

samedi 30 décembre 2017

De choses et d'autres - Fondre pour du fromage

Les derniers excès du réveillon ne sont pas encore digérés que je vais encore vous parler victuailles. A la base, je me suis fait avoir une nouvelle fois par un titre du site parodique du Gorafi. Berné car je suis absolument persuadé de la véracité de leur titre : « Selon une étude, le bonheur serait étroitement corrélé à l’ajout de fromage fondu sur tout ». Le « sur tout » aurait dû m’alerter. Mais à part ça, comment ne pas reconnaître qu’une mauvaise journée s’illumine dès que l’on saupoudre ses pâtes au beurre de quelques grammes de gruyère râpé ? Une raclette ? Qu’y a-t-il de plus réconfortant face à l’adversité de la vie qui tourne et du temps qui passe ? Un camembert, à point si possible, c’est succulent. Mais un camembert coulant passé au four ou sous la braise, dans lequel on trempe des mouillettes de pain de campagne frais... Si ça, ce n’est pas la personnification ultime du bonheur, à quoi bon continuer de vivre ?

Et pourtant, il s’agit encore une bêtise du Gorafi qui parfois voudrait prendre mes envies pour des réalités. Non, tout fromage fondu n’est pas synonyme de bonheur. Par exemple, la dernière fois que j’ai mangé une raclette justement, je me suis brûlé l’index en prenant trop vite ma tranche de lard croustillante. Naïf, je me suis dit qu’un peu de fromage fondu sur le bobo apaiserait la douleur. Perdu, ça fait encore plus mal.

Autre exemple je tombe sur une bouteille de vin bouchonné. Pas bon, mais je ne vais quand même pas jeter 9 toute la bouteille. J’essaie ma recette magique : un peu de  camembert passé au micro- ondes dans le verre à pied. Alors sur le coup, c’est vrai, le goût de bouchon est moins prononcé, mais la mixture qui le remplace n’a pas à propre- ment parler le goût du bon- heur non plus.

De choses et d'autres - 7 d'un coup

Les grands barons de la drogue n’ont qu’à bien se tenir : la police nationale de Loire-Atlantique veille et, à deux jours de Noël, a mis le paquet pour améliorer ses quotas de saisies. Tout semble parti d’une information venant du personnel de l’hôpital psychiatrique de Saint-Jacques à Rézé : de la drogue circule entre les patients. Alors la direction de l’établissement de santé, en collaboration avec la police, organise une journée de fouille complète de toutes les chambres de tous les bâtiments.

Cette opération de sécurisation est programmée le 23 décembre et le jour J, 24 policiers sont mobilisés avec l’appui de deux chiens spécialisés en recherche de stupéfiants. Une « Belle collaboration » selon le compte Twitter Police Nationale 44 qui dévoile également le bilan de la journée «7 gr de résine découverts dans la chambre d’un patient ». Alors forcément, 24 policiers pour 7 grammes, cela propulse le prix de revient du shit à celui de la cocaïne pure à 100 %.

Et les réponses moqueuses ont fusé sur le réseau social. « 7gr d’un produit qui est considéré comme thérapeutique dans pas mal de pays » fait remarquer OlivM. Piet est assez radical « on a abattu des cochons truffiers qui trouvaient plus que vous. » Beaucoup évoquent une fake news à la Gorafi tant les chiffres sont risibles et d’autres sur un second degré assumé clament à qui veut l’entendre « Quel exploit, je me sens plus en sécurité maintenant. »

De cette histoire, il faut sur- tout retenir que la police, parfois, devrait se méfier des nouveaux moyens de communication. Des petites saisies, tous les jours des agents en réalisent. C’est leur métier, leur quotidien. La lutte contre la drogue passe aussi par là. Par contre, elles ne bénéficient pas d’un tweet ronflant donnant des armes aux pro de la légalisation.

De choses et d'autres - Les mots de votre génération

Trouvé sur Internet un tableau reprenant les mots emblématiques apparus chaque année dans la langue française depuis la fin des années 40 selon les nouveautés affichées par le Petit Robert.


Cela permet de se dresser une sorte de portrait chinois en fonction de sa date de naissance. Parfois on se reconnaît idéalement comme ce membre de Facebook, né en 1976 et qui conserve un attrait certain pour la musique rasta et les couleurs fluos. Un autre, de 2000, n’a pas trop le choix entre bobo et zénitude. Plus compliqué pour le natif de 1997 face au dilemme entre les redoutés spams et les délicieuses panna cotta... Je plains par contre les natifs de 1980. Ils sont la génération perdue ayant vu la naissance de deux symboles de modernités n’ayant pas dépassé la décennie : le minitel et le walkman...
Perso, né en 1961, si j’ai beaucoup utilisé le magnétoscope pour rattraper mes retards en films, je n’ai par contre jamais mis le pied sur la moindre planche de surf. Rire en regardant une vieille VHS de « Jaws », d’accord, risquer de me faire boulotter un mollet voire de me noyer en vrai, pas question.
Plus on se rapproche des dernières années, plus on s’aperçoit que tout ce qui tourne autour d’internet prend le dessus. Comme si les nouveaux terrains d’exploration de l’humanité étaient devenus irrémédiablement virtuels. 1984 : hacker. 1993 ADSL. 1994 : email. 1995 : Gif. 2001 : Wifi. 2009 : hashtag. 2013 : selfie... Pour cette année 2017, le net affirme encore sa supré- matie avec spoiler et emoji.
Et 2018 ? Dans deux jours, quel mot va faire la course en tête ? Quelle mode va envahir nos vies ? Rares sont ceux qui en ont la moindre idée. Et cela reste tout l’attrait de la nouveauté. 

vendredi 29 décembre 2017

BD - Hommage à un animal génial


Depuis la jungle de Palombie, des dessinateurs venus de tous les horizons ont rêvé au Marsupilami. Plusieurs jeunes générations ont imaginé, un jour, s’attaquer à la représentation graphique de la création de Franquin. Son pelage et surtout sa queue permettant une infinité de variations. 
De son vivant, le créateur du Marsu l’a confié à Batem, mais les éditions Dupuis ont donné leur chance à plusieurs auteurs de se frotter à l’animal génial. Des histoires courtes vues dans le journal Spirou et reprises dans ce gros volume de 100 pages. Du très décalé au fantastique sombre en passant par l’humour simple ou l’hommage aux films de guerre, il y en a pour tous les goûts. Mais à chaque fois il n’y a qu’un seul et unique vainqueur : le Marsupilami.
➤ « Marsupilami », Dupuis, 19€

jeudi 28 décembre 2017

Livres de poche - Mots voraces

Bernard Pivot raconte l’histoire d’un homme qui, malgré ses succès de romancier – invitation à Apostrophes, consécration au Goncourt –, a toujours eu l’impression d’être mangé par les mots. D’être leur jouet plutôt que leur maître. Un hommage malicieux, inventif et drôle aux hôtes du dictionnaire, une déclaration d’amour fou à notre langue !
➤ « Au secours ! Les mots m’ont mangé », Points, 5,60 €


Trois correcteurs (dont une correctrice) décortiquent plaisamment règles casse-tête et étrangetés de notre langue, puisant leurs exemples en grande partie dans la presse. L’orthographe et ses peaux de banane, le mystère des termes grammaticaux, la langue de bois des médias, des questions de lecteurs, l’évolution du français, la typographie, voilà quelques-uns des chemins sur lesquels ils vous invitent à les suivre.
➤ « Retour sur l’accord du participe passé », Points, 7,40 €

lundi 25 décembre 2017

De choses et d'autres : Bise ou pas bise ?

La décision de la maire de Morette, village de la communauté de Sud Isère a causé grand bruit parmi ses collègues élus. Dans un mail, elle explique que désormais, elle n’embrassera plus personne lors de son arrivée aux réunions. Rien de religieux ni de féministe derrière cette décision radicale. Aude Picard-Wolff explique simplement qu’elle n’en peut plus de « faire la bise » à tout le monde. Et de noter que souvent elle est arrivée exprès en retard à une réunion communautaire, juste pour éviter la longue tournée des bisous. 

Et vous, au boulot, bise ou pas bise ? Cette pratique typiquement française se dé- cline de surcroît en un, deux, trois voire quatre exemplaires en fonction des régions. Personnellement je soutiens absolument la maire de Morette. Une bise reste un contact physique pas du tout innocent. Et comme par hasard, les hommes aiment bien embrasser leurs collègues femmes sans jamais leur demander leur avis, beaucoup plus rarement leurs collègues hommes. 

Pourquoi ne pas démocratiser la poignée de main ? Simple, efficace, sans affect: elle place tout le monde sur le même pied d’égalité. Attention messieurs cependant, apprenez à doser votre force. Car si certains ont la poignée de main un peu mollassonne, d’autres ont la mauvaise habitude de vous broyer les métacarpes. A choisir, même la maire de Morette préférerait une bise. 

Enfin reste l’argument ultime, le meilleur, celui qui règle tous les problèmes. Une bonne grosse grippe de derrière les fagots. Quand vous arrivez, vous saluez à la cantonade et faites bien comprendre : « ne m’approchez pas si vous ne voulez pas que je vous contamine avec mes microbes ! » Souvent cela suffit largement à éloigner tous les amateurs de bisous. 

dimanche 24 décembre 2017

Roman - Quand la gazelle se transforme en lionne


Les lions ont tendance à somnoler, sauf quand il s’agit de se repaître de la proie que les femelles ont chassée pour eux. Paru à la rentrée littéraire de septembre, il nous a semblé judicieux de « Réveiller les lions » à la manière d’Ayelet Gundar-Goshen, qui nous fait connaître là des voix dont nous, les Occidentaux, n’entendons parler que de très loin. Tout en abordant des thèmes récurrents et universels tels que l’amour, le courage, l’amitié mais aussi le racisme quotidien, l’humiliation, les trafics mafieux d’une société israélienne hyper réglementée et catégorisée, elle nous raconte une histoire haletante, bouleversante, dans laquelle chacun de nous pourrait se reconnaître.

■ Où l’honnêteté ne paie pas

Chouchou du chef de service de neuro-chirurgie du plus grand hôpital de Tel Aviv, le Dr Ethan Green se voit contraint d’accepter une « mutation » à l’hôpital Soroka de Beer-Sheva, petite ville au milieu du désert. Plein d’illusions et d’intégrité, Ethan, lorsqu’il s’aperçoit que son patron touche de grosses enveloppes pour opérer prioritairement tel ou tel patient, le dénonce au directeur de l’hôpital... lequel lui fait bien comprendre que le procédé est non seulement connu mais apprécié. Sa propre épouse, Liath, pourtant inspecteur de police, l’encourage elle-aussi à ne pas faire de vagues. Après tout, ils ont deux petits garçons et un emprunt immobilier. Mais Ethan a l’impression d’étouffer dans la poussière de cette petite ville, dans l’étroitesse de son propre esprit. Une nuit de fin de garde, il prend son 4X4, fait hurler à fond le moteur et Janis Joplin, et se lance sur les pistes du désert.
Quatre heures du mat, la plus belle lune de sa vie, la sensation de liberté et d’ivresse qu’il recherche depuis si longtemps atteint son paroxysme. Jusqu’au choc. Terrible.
Quatre heures du mat. Une piste dans le désert. Personne. Pourtant, il vient de percuter un homme. Paniqué, il constate très vite que la tête de l’Erythréen n’a aucune chance face au solide pare-choc – indestructible, disait le vendeur. Sa décision est vite prise, finalement.
Quatre heures du mat. Une piste dans le désert. Personne. Il repart, laissant agoniser l’homme dans la nuit. Et là, pour Ethan, commence le pire des cauchemars. 
Fabienne Huart 
➤ "Réveiller les lions", Ayelet Gundar-Goshen, Les Presses de la Cité, 22,50 €

samedi 23 décembre 2017

BD - Les Forêts d’Opale reverdissent


Nouvelle époque, nouveaux personnages et nouveau cycle pour « Les Forêts d’Opale », série écrite par Arleston et dessinée par Pellet. De longues années après le sacrifice du titan de Darko, un équilibre précaire règne dans ce monde imaginaire désormais mis en images par Cédric Fernandez. Un maître archéologue recrute un petit prestidigitateur un peu escroc sur les bords, Luksand, et va tenter d’extorquer un bijou magique à une redoutable femme de pouvoir. On apprécie les animaux imaginaires, les rebondissements et la beauté de l’autre héroïne, Altä.

« Les Forêts d’Opale » (tome 10), Soleil, 14,50 € 



vendredi 22 décembre 2017

BD - Le cauchemar Bumidom



Durant les années 60, l’Etat français a organisé un véritable exode forcé pour quantité de jeunes Antillais et Réunionnais. Un exil pour atténuer la pression démographique de ces petites îles et tenter de repeupler une métropole vieillissante. Ce passé coupable, tout le monde veut l’oublier, tant les organisateurs que les « victimes ». Jessica Oublié, fille d’Antillais, née en France justement, a enquêté et signe un album (dessiné par Marie-Ange Rousseau) de témoignages très forts. Entre réveil de conscience et regrets éternels, le Bumidom pour « Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer » aura amplifié le sentiment de déracinement de ces « Iliens ».
➤ « Peyi an nou », Steinkis, 20 €

jeudi 21 décembre 2017

De choses et d'autres - Des pulls et des couleurs

Vu à la machine à café avant-hier, un petit mot anonyme demandant aux employés du journal de venir travailler ce jeudi habillé d’un pull moche de Noël. Désolé, pas pour moi. Non seulement je refuse de suivre les modes idiotes lancées outre-atlantique (sauf quand il y a des sabres-lasers), mais en plus je suis toujours sapé avec la dernière élégance. (Ah zut, 90 % des personnes me connaissant se sont littéralement étouffées en lisant ces lignes.)

En réalité, dire que j’apporte peu d’importance à mon look est mille fois en des- sous de la réalité. Je suis de ceux qui s’en contrebalancent totalement. Une chemise repassée me donne de l’urticaire, c’est dire.

À la limite, le pull moche de Noël me ferait presque envie. Au détail près que je ne supporte pas les pulls. La laine me gratte, le synthétique bourré d’électricité statique me donne l’impression de me transformer en torche humaine. De plus ma femme a toutes les qualités, dont celle de ne pas savoir tricoter (et de détester ça).

Ensuite, le pull moche est forcément sujet à controverse. Pourquoi un renne du père Noël souriant de toutes ses dents dans des couleurs criardes est plus vilain qu’un pull Desigual, version art contemporain du vêtement bariolé ?

Si la journée mondiale du pull moche de Noël est de- venue une institution planétaire, navré de doucher les espoirs de celui ou celle qui a collé le post-it à la machine à café, mais cette journée tombe chaque année le 3e vendredi de décembre.

La semaine dernière donc. Être ridicule, passe encore, mais avec sept jours de retard, c’est au-dessus de mes forces.

Des idées cadeaux de films, séries et coffrets...

L’hiver est terminé

Pour ceux qui ont raté le phénomène « Game of Thrones » ces dernières années, voilà l’occasion parfaite de tout découvrir d’un coup. Les sept saisons dans un gros coffret, pour des heures et des heures de plongée dans cet univers violent et inquiétant. Avec en plus quantité de bonus. Et si vous êtes attentif, vous pourrez reconnaître certains lieux de tournage, notamment Gérone en Catalogne.
➤ Coffret Game of Thrones, Warner home vidéo, environ 100 €

Parisiennes

Elles sont cinq. Cinq femmes dans Paris. Valeria Bruni-Tedeschi, Anaïs Demoustier, Naidra Ayadi, Lou Roy-Lecollinet, Zabou Breitman interprètent ces Parisiennes modernes qui vivent, aiment, jouissent et se posent des questions. Ludique et passionnant.
➤ "Paris, etc », Studiocanal

Frenchy-space

Tiré de la BD de Christin et Mézières, l’adaptation de Valérian par Luc Besson est une superbe réussite. Effets, spéciaux, humour, 3D, monstres... Le film n’a rien à envier aux superproductions américaines. A déguster dans son canapé à la vitesse de la lumière.
➤ « Valérian », EuropaCorp

Bébél éternel


Jean-Paul Belmondo (qui pourrait de nouveau tourner prochainement), a longtemps assuré ses cascades lui-même. Ce coffret reprend six de ses films les plus mouvementés dont « L’alpagueur » tourné en grande partie à Perpignan. Du cinéma efficace et spectaculaire.

➤ « Belmondo cascadeur », Studiocanal

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Entre cape, épée et comédie US


Son nom s’est peu à peu effacé de la mémoire collective mais André Hunebelle n’en reste pas moins un grand réalisateur français du XXe siècle. Si la trilogie Fantômas et OSS 117 sont ses films les plus populaires, le cinéaste a aussi révélé Louis de Funès (il lui a donné son premier rôle dans Taxi, Roulotte et Corrida), Bourvil, Jean Marais (avec qui il a tourné « Le Miracle de Loups » dans la Cité de Carcassonne) et même le scénariste et dialoguiste Michel Audiard. Pathé ressuscite deux de ses œuvres issues de sa période de cape et d’épée : « Les Trois Mousquetaires » et « Le Capitan ». Les Trois Mousquetaires est un véritable monument de la littérature française. En 1953, André Hunebelle en fait une adaptation drôle et musclée sur des dialogues de velours. Il faut dire que le scénario est signé Michel Audiard.

Un an après avoir réalisé Le Bossu, André Hunebelle signe Le Capitan en 1960, adapté du roman éponyme de Michel Zévaco, avec la même équipe à succès. Le réalisateur retrouve en effet Jean Marais et Bourvil dans des rôles similaires avec, en prime, Guy Delorme, éternel méchant des films de cape et d’épée, aussi bien chez Hunebelle que chez Bernard Borderie. Une fois encore, le casting est épatant. Jean Marais apporte une touche d’émotion et de justesse à son rôle. Coloré, historiquement fidèle et majestueusement décoré, Le Capitan est une pépite du genre. Vif, rocambolesque et rythmé, le film joue sur les scènes d’action et d’aventure qui se succèdent avec panache.


Qui se souvient de Preston Sturges ? Pas assez de cinéphiles malheureusement alors voilà l’occasion de se replonger dans l’œuvre de ce grand maître de la comédie hollywoodienne, artiste avant-gardiste enfin célébré à sa juste valeur par un objet d’exception ! Ce coffret reprend six trésors restaurés et présentés pour la première fois en HD. Sarcastique dans « Le Gros Lot » avec Dick Powell, Jimmy MacDonald rêve de remporter le gros lot du concours de slogans. Ses collègues lui font croire qu’il a gagné… Il se lance alors dans de folles dé- penses pour ravir sa famille et sa fiancée. Romance dans « Un cœur pris au piège » avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda. Après un voyage en Amazonie, Charles Pike, riche héritier, rencontre sur le bateau du retour une femme fatale en quête de mari, Jean Harrington. Elle va bientôt jeter son dévolu sur lui.
Dans le coffret vous retrouverez un livre exclusif grand format (24x30cm à l’italienne) de 188 pages, rassemblant à la fois un texte inédit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares.
➤ Coffret Hunebelle, Pathé.
➤ Coffret Preston Sturges, Wild Side Vidéo

mercredi 20 décembre 2017

De choses et d'autres - Ecrits perdus

Aujourd’hui sort au cinéma (voir dans la page dédiée au 7e art dans notre édition de ce mercredi), l’adaptation de «La promesse de l’aube », roman de Romain Gary. Gary, poussé par sa mère, a raconté comment, dès son enfance, il était persuadé de s’imposer dans son rayon, la littérature. Effectivement, il a remporté le Goncourt en 1956 pour « Les racines du ciel ». Et pour entrer définitivement dans le panthéon des lettres françaises, il a décidé d’obtenir un second Goncourt. 

Normalement, c’est impossible car un lauréat ne peut être sélectionné de nouveau. Qu’importe pour celui qui a transformé sa vie en roman, il lance dans le bain un certain Emile Ajar. Et sans coup férir, il remporte le prix en 1975 pour « La vie devant soi ». Une supercherie qu’il dévoilera peu de temps plus tard. 

Par contre pas de Nobel pour ce génie de la littérature. À l’époque les spécialistes suédois ont préféré Claude Simon, chantre du Nouveau roman. Avec un peu de recul, ont-ils fait le bon choix ? Car une nouvelle affaire d’imposture littéraire vient de faire grand bruit. Des admirateurs de Claude Simon ont sélectionné un extrait d’un de ses romans paru en 1962. Ils l’ont envoyé à 19 éditeurs nationaux. Résultat 12 réponses négatives et 7 qui n’ont même pas daigné donner des nouvelles… 

Au mieux, on se dit que les goûts littéraires d’aujourd’hui ont changé. Au pire que les comités de lecture sont dramatiquement nuls et incultes. Car expliquer son refus par « les phrases sont sans fin, faisant perdre totalement le fil au lecteur » paraît un poil prétentieux quand il s’agit de lignes écrites par un prix Nobel. Dans ces conditions, si Romain Gary était toujours de ce monde (il s’est suicidé en 1980), il aurait eu le Nobel, mais pas sûr qu’il soit toujours publié sous un faux nom. 

DVD et blu-ray - Cette blonde, c’est de la bombe



Charlize Theron en «Atomic Blonde » c’est de l’action toutes les 30 secondes, du charme toutes les minutes et des rebondissements tous les quarts d’heure. Un film survitaminé, sorte d’ovni à base d’espionnage, se déroulant entre Berlin Ouest et Est, les trois jours au cours desquels l’Histoire a basculé et le Mur abattu. Reste que sur place, les différents services secrets sont toujours actifs et en plein chambardement. Une liste, recensant tous les agents en poste à Berlin, des deux côtés, est mise à prix. Tous la veulent, des Britanniques aux Russes en passant par les Français et bien évidemment les Américains.
Le meilleur agent anglais abattu, le MI décide d’y envoyer Lorraine Broughton (Charlize Theron) pour récupérer la liste et surtout démasquer un agent double. Le film de David Leitch en plus de nous plonger dans le Berlin de la fin des années 80 (avec la bande originale top de chez top, de David Bowie à The Clash en passant par Nena et son 99 luftballons), film Charlize Theron sous toutes les coutures, habillée, peu vêtue, entièrement nue. Belle ou amochée. Car l’espionne prend beaucoup de coups au cours du film et plus on approche du dénouement, plus ses jolis yeux sont cernés, ses lèvres explosées et ses jambes couvertes de bleus.
De l’action et un beau retournement de situation dans les dernières minutes. Du grand art. 
➤ « Atomic Blonde », Universal vidéo, 14,99 € le DVD, 17,99 € le blu-ray

mardi 19 décembre 2017

De choses et d'autres - On dirait le Sud

Certains ne s’encombrent pas de consultation populaire pour déterminer le nouveau nom de leur région. Là où Carole Delga a lancé une vaste enquête ouverte à tous les habitants des Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon défuntes, d’autres ont décidé unilatéralement. Après le Nord Pas-de-Calais Picardie devenu du jour au lendemain Hauts-de-France, c’est la région PACA pour Provence, Alpes-Côte-d’Azur qui vient d’être rebaptisée.

Un choix de Renaud Muselier, le nouveau président. Qui ne s’est pas trop pris le chou pour trouver son idéal. Xavier Bertrand a abandonné le Nord ? Qu’à cela ne tienne, Muselier préempte le Sud. Il s’en explique dans un tweet : « Notre territoire c’est le soleil, la mer, la montagne, le bien-vivre. Il était indispensable de donner à notre région un nom valorisant tous nos atouts : le Sud. ». Au moins, il n’aura pas de difficulté pour trouver un hymne, la chanson de Nino Ferrer étant encore dans toutes les mémoires.

Si c’était aussi simple... J’imagine déjà les millions de Provençaux qui vont manifester, lancer des pétitions, saisir le Conseil d’Etat pour avoir perdu leur identité dans leur nouvelle appellation. Sans compter que le Sud de la France, a priori (tous les professeurs de géographie vous le confirmeront), ne se limite pas à ce territoire. Aude et Pyrénées-Orientales, par exemple, se situent plus au sud que Marseille ou Nice. Et franchement, nous sommes certainement plus nombreux à nous sentir « sudistes » dans notre région que dans l’ancienne PACA.

De toute manière, Renaud Muselier a pris quelques précautions. Ce n’est pas seulement région Sud mais «Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Alors rien que pour l’énerver, au lieu de dire Sud, je propose qu’on dise SudPACA, ou mieux encore SPACA

Quelques idées de cadeaux BD pour les fêtes de fin d'année

Ligne claire... et noire


Voici le côté Noir de la ligne Clerc avec les récits de « Manoir », de « L’irrésistible ascension », des « Mémoires de l’espion » et de nombreux inédits. Ce volume constitue une exploration chronologique et exhaustive des recoins sombres de la fiction avec Serge Clerc pour guide exclusif, assorti d’un dossier signé Frédéric Prilleux : plus de 350 dessins et pages de BD au total !
➤ « Noir », Dupuis, 48 €
Blutch le caméléon


Il est sans doute l’un des plus doués de sa génération. Blutch n’en oublie cependant pas ses maîtres. Dans cet album très grand formant, il revisite une planche de classiques de la BD. En noir et blanc, on peut redécouvrir Astérix, Gaston ou Blueberry, mais avec cette ironie et décontraction spécifiques à cet auteur. On apprécie aussi sa vision de Blake et Mortimer et de séries plus sulfureuses comme Valentina de Crépax.
➤ « Variations », Dargaud, 29,90 €
L’œuvre de Will


Durant des décennies, il a consciencieusement illustré les aventures de Tif et Tondu. Mais au fond de lui, Will ne désirait qu’une chose : « dessiner des femmes, belles de préférence ». Cette énorme anthologie, courant sur toute sa carrière, monte quantité de croquis de ces « belles ». Mais aussi nombre de reproductions des planches, avec tous les détails, ratures, collages et autres « rustines ». Une plongée dans son art. 400 pages commentées, sobrement, par Vincent Odin.
➤ « Mirages », Daniel Maghen, 59 €

Net et masques

Que se passerait-il si toutes les données stockées dans le cloud et les archives du net (mail, textos...) étaient consultables par tout le monde du jour au lendemain ? Cette idée saugrenue a été développée par Brian K. Vaughan, scénariste, dans un long roman graphique présenté à l’italienne. Cette quasi 3e guerre mondiale a laissé des traces. Tout le monde a désormais cessé d’utiliser internet et se déguise pour ne pas être reconnu. Et si on veut une identité secrète, il suffit de la tester en live. Dessinée par Marcos Martin, cette histoire de détective, de paparazzi et de star passionnera les amateurs de comics.
➤ « Private Eyes », Urban Comics, 28 €
Mondrian et ses modèles

Ses toiles sont reconnaissables au premier regard. Mondrian a toujours recherché la simplicité et les couleurs simples. Ce peintre néerlandais vivait comme un ascète dans son atelier. JeanPhilippe Peyraud et Antonio Lapone se sont inspirés d’une simple photo de cet «antre» pour imaginer une relation entre le créateur et une femme, vendeuse dans un grand magasin parisien dans ces années 20, amoureuse comme lui de la musique jazz. Les très grandes planches mettent en valeur la mise en page sophistiquée de cet album idéal à offrir à un amateur d’art contemporain.
➤ « La Fleur dans l’atelier de Mondrian », Glénat, 19,50 €

Cinéma de légendes

Ed Brubaker et Sean Phillips revisitent la période noire du maccarthysme à Hollywood dans ce roman graphique de 400 pages. Charlie, scénariste, n’arrive plus à écrire. Alors il passe un accord avec son collègue et meilleur ami Gil. Ce dernier, dénoncé comme communiste, ne pourra plus écrire officiellement mais en coulisse c’est lui qui finalisera les scripts de Charlie. Un marché du diable qui va mal tourner. Car Charlie tombe amoureux d’une starlette et Hollywood, à cette époque, était peu fréquentable.
➤ « Fondu au noir », Delcourt, 34,95 € 

lundi 18 décembre 2017

De choses et d'autres - Sapins, guirlandes et débrouille

Dernière semaine avant la Noël. Ultimes jours pour trouver les cadeaux, acheter et décorer votre sapin. Rien de plus gai, fin décembre, qu’un vrai sapin. L’odeur du résineux transforme le salon en havre festif. Une fois les décorations placées, les plus jeunes se mettent à rêver à des « jouets par milliers ». 

À moins que comme beaucoup d’autres, vous ayez décidé d’adapter la tradition. Car en ces temps où on proteste pour tout et n’importe quoi, il va bien y avoir des militants de la cause forestière pour plaindre ces arbrisseaux, tronçonnés, tués, voués à une lente sécheresse si cruelle. On peut se rabattre sur le synthétique. Mais là, ce sont les tenants du « Made in France » qui vont bondir. Car les sapins en plastique viennent sans doute tous de Chine. Et sont peut-être fabriqués par des enfants qui eux n’auront pas des « jouets par milliers ». Juste un salaire de misère... 

Alors le plus simple, reste la débrouille. Vous avez une plante verte ? Transformezla en reine du salon. Sortez-la de son coin où plus personne ne la remarque, lustrez ses feuilles, placez quelques guirlandes multicolores autour de son tronc, une étoile lumineuse à son faîte et le tour est joué. Attention si vous déposez les cadeaux à l’avance à son pied, en l’arrosant n’inondez pas la PS4 commandée par le plus grand, ça coûte un bras ces machines. Sur internet j’ai également vu des compositions très originales.

Un sapin en bouchons, un autre réalisé avec des livres installés en pyramide ou avec des canettes de bière vide. La palme de l’originalité à celui d’un marchand de fruits aux Antilles. Il a posé des rangées de bananes vertes les unes sur les autres. L’illusion et parfaite. Et au moins, il utilise les ressources locales pour donner un air de fête à son étal.

BD - Un groom qui a de l'avenir


D’où viens-tu Spirou ? Sente, le scénariste et Verron le dessinateur tenaient à donner une réponse à cette question. Ainsi est donc née l’histoire de Ptirou. Ce gamin, à la tignasse rousse, acrobate dans un cirque, devient groom sur un transatlantique. Le même qui a à son bord un certain Robert, jeune Français qui aime tant dessiner. Ptirou a pour lui un indécrottable optimisme et une audace à toute épreuve. 
Sur ce bateau, il croise la route de la jolie et si gentille Juliette. Un peu comme dans le film Titanic, cette histoire d’amour va servir de fil conducteur à cet album entre hommage, critique sociale et plongée dans le passé. Raconté par l’Oncle Paul, le périple de Ptirou sait aussi émouvoir. Le lecteur et surtout Robert, qui, une fois rentré en France, s’inspirera de son espièglerie pour imaginer Spirou, version éternelle de cet orphelin frappé par le destin.
➤ « Il s’appelait Ptirou », Dupuis, 16,50 €