jeudi 19 février 2026

Fantasy - Au croisement de deux mondes se trouve "L'île de Noirebraise"

Énorme roman gigogne de l'univers du Cosmère, « L’île de Noirebraise » de Brandon Sanderson mélange plusieurs mondes, de l'espace à la jungle, avec dragons, aventuriers et conquérants galactiques.

Certains romans viennent de très loin. Une petite idée qui va faire du chemin dans la tête de l'auteur. Quand il se lance dans la rédaction de la novella (une grosse nouvelle) intitulée Sixième du Crépuscule, comme le nom du personnage principal, Brandon Sanderson ne se doute pas que ce n'est que le début d'un de ses plus ambitieux projets dans l'univers du Cosmère qu'il développe depuis quelques années. On y découvre la vie de ce trappeur, sorte de défenseur de la nature, chargé de capturé les Aviares, des oiseaux aux pouvoirs fantastiques et mystérieux. Ces volatiles  prolifèrent sur l'île de Patji, « le dieu de toutes les îles ». Crépuscule a continué à trotter dans la tête de Sanderson et après une longue maturation est reparti à l'aventure dans « L'île de Noirebraise » qui sort simultanément aux USA et en France début 2026.

Une partie du roman reprend la novella, sous forme de flash-back, quand Crépuscule, trappeur solitaire, rencontrait pour la première fois Vathi, jeune femme ambitieuse. On la retrouve dix ans plus tard, gouverneure de ce monde qui doit faire face à deux menaces : la modernité inéluctable et l'arrivée d'un peuple d'explorateurs spatiaux à bord de vaisseaux volants.

On est rapidement happé par les inventions de l'auteur. Notamment sur l'île de Patji, terre dangereuse où seuls les meilleurs trappeurs parviennent à survivre. Car la faune et la flore sont d'une rare agressivité. L'arrivée en bateau se fait au risque d'être broyé par une « ombre », monstre sous-marin sans pitié. Sur terre gare aux « fourmis tueuses » cachées dans les rares fruits comestibles, aux « tranchelianes » qui vous tombent dessus depuis la branche d'un arbre et vous broient les os. 

Les plus redoutables restent les « Gueule de nuit », oiseaux ne sachant pas voler, sortes de gros dodos nocturnes, dotés d'un bec muni de dents acérées. Pour se protéger, Crépuscule peut compter sur ses deux oiseaux, Sak et Kokelii, capables de le rendre invisible et de prévoir les possibles morts de leur « humain ».  

Cette seule partie du roman suffit largement à contenter les fans de mondes imaginaires. Mais Sanderson va beaucoup plus loin. Il imagine un univers parallèle, où vit une dragonne, Alcyone, seconde héroïne du récit. Elle a une apparence humaine, a perdu en partie ses pouvoirs et va de planète en planète à bord d'un astronef de commerce. On bascule alors dans la série de science-fiction. Mais pas longtemps car Alcyone découvre une entrée vers l'univers de Crépuscule. Ce même Crépuscule qui débarque dans le monde d'Alcyone après la longue et périlleuse traversée d'une « non-mer », plongée dans une obscurité totale. Les deux mondes se rencontrent, les deux héros unissent leurs forces, le roman décolle vers des sommets rarement atteints dans le genre de la fantasy. 

« L'île de Noirebraise » de Brandon Sanderson, 672 pages, 24,90 € l'édition courante, 29,90 € l'édition collector. 

mercredi 18 février 2026

BD - Le dépisteur remue un passé trouble


Suite et fin de la quête de Samuel, un "dépisteur" chargé de retrouver une petite fille disparue depuis dix ans. L'action se déroule en 1951 à Saint-Cirq-Lapopie, petit village du Lot. Dans cette campagne typique, il y a dix ans donc, un couple de juifs, acculé par l'occupant allemand, a confié sa fillette âgé d'un an, à une famille française. La cacher avant la déportation vers les camps de la mort. Ces endroits maudits où Samuel a passé de longues années. Un survivant, ancien scout, qui décide de se mettre au service des familles à la recherche de ces enfants cachés, oubliés. 


Le scénariste de ce diptyque historique, Antoine Ozanam, en a confié la réalisation graphique à Marco Venanzi, dessinateur réaliste dans la veine de Juillard.  Le premier tome montrait le dépisteur arriver dans le village et se heurter au silence des habitants. Comme si parler de l'enfant caché en 1941 faisait ressortir tous les cauchemars enfouis de ces mauvaises consciences. 

Malgré ce mur du silence, Samuel va retrouver la trace de la fillette. Et de son funeste sort. Il va alors sortir de son rôle de simple dépisteur. Dans ce second tome, à la tension implacable, il est pris en chasse par la police. Il croisera la route de quelques bonnes âmes. Comme le facteur, au courant de tous les mensonges. 

Cette BD, en ces temps de volonté délibérée d'oubli (voire de remise en cause) des exactions de l'occupant nazi et des collaborateurs français, apporte une petite note d'espoir. Même si on comprend qu'hier comme aujourd'hui, être antifasciste est souvent le chemin le plus compliqué et risqué dans une société penchant de plus en plus à droite.      

"Le dépisteur" (tome 2/2), Glénat, 56 pages, 15,50 €


jeudi 5 février 2026

Polar - Deux femmes flics face à l'adversité

POLAR. Des débuts de la jeune Sanna Berling au purgatoire de l'expérimentée Helen Grace : deux thrillers au féminin pluriel.

On découvre dans « Prédateurs de la nuit » les débuts de la jeune Suédoise récemment sortie de l'école de police en 1986, on frémit en suivant dans « Pas de fumée sans feu » la longue descente aux enfers de Helen Grace, la policière intrépide de Southampton ayant préféré démissionner au lieu de couvrir les mensonges et magouilles de sa hiérarchie. Deux romans policiers trépidants signés Maria Grund et M. J. Arlidge avec un point commun : une femme face à l'adversité. Sanna doit faire face aux moqueries et dédain de ses collègues masculins peu enclins à accepter une femme parmi les enquêtrices, Helen, en décidant de donner un grand coup de pied dans la fourmilière se fait énormément d'ennemis et surtout perd toute crédibilité quand elle veut défendre une femme maltraitée.

Alors qu'elle vient de prendre du bon temps avec un amant, Helen, regarde une altercation dans la rue entre deux hommes et une femme. N'écoutant que ses presque trente années en tant que flic d'action partant au quart de tour, l'héroïne de M. J. Arlidge se précipite. Mais en petite culotte, dans le froid, elle est rapidement mis hors combat par les deux malotrus qui enlèvent la victime. Dès lors, Helen va tenter de la retrouver se lançant dans une enquête non officielle au cours de laquelle elle va constater qu'une fois hors de l'institution policière, les portes se ferment et les malfrats ne vous craignent plus. En l'occurrence des trafiquants de migrants. Un polar au cœur de l'actualité avec son lot de rebondissements côté feuilleton. Car M. J. Arlidge, par ailleurs producteur de séries télé, sait faire évoluer ses personnages. Helen va ainsi découvrir un pan inconnu de sa féminité alors que la journaliste Emilia retrouve son père et le pire ennemi de sa jeunesse. Sans oublier Charlie, la seconde d'Helen, bombardée chef et peu à l'aise dans ses nouvelles fonctions.

Maria Grund aussi aime ses personnages. Au point de leur imaginer une jeunesse à peine abordée dans les précédents thrillers. Sanna Berling, avant de devenir la redoutable enquêtrice découverte dans « La fille-renard », était peu sûre d'elle, fraîchement diplômée de l'école de police. Elle va être envoyée à Augu pour ramener au bercail une fugueuse, témoin d'un meurtre. Un travail peu intéressant mais quelle fait seule car en ce mois de mars 1986, toutes les autres forces de police suédoises sont mobilisées pour retrouver l'assassin d'Olof Palme, Premier ministre abattu en pleine rue. Avec obstination et opiniâtreté, Sanna va écouter la jeune victime, faire le rapprochement avec une autre disparition et plonger dans un monde secret où les prédateurs nocturnes aiment la chair fraîche. On appréciera tout particulièrement l'intrigue ciselée au cordeau, le rebondissement final et la description minutieuse des sentiments de la policière encore un peu naïve face à sa découverte de la noirceur de certaines âmes humaines.


« Pas de fumée sans feu », M. J. Arlidge, Les Escales, 448 pages, 22,90 €

« Prédateurs de la nuit », Maria Grund, Robert Laffont, 380 pages, 21,90 €