mercredi 30 juin 2021

BD - Androïdes et espoir artificiel


Collection concept, Androïdes de chez Soleil donne l’occasion aux meilleurs auteurs de BD de s’aventurer sur les chemins de la science-fiction. Le thème imposé est très simple : une histoire d’androïde. 

Dans ce 10e titre (ils sont tous indépendants), Alain Brion y couple une variation sur la fin du monde. 

Sur la Lune, une petite communauté de scientifiques découvre un immense astéroïde quelques heures avant l’impact avec la Terre annihilant toute civilisation. Quelques mois plus tard, la base lunaire étant à court de ressources, il est décidé d’envoyer Darwin, un androïde, sur la planète bleue pour évaluer la situation. 

La BD raconte en parallèle la découverte d’un monde en ruines par Darwin, l’émancipation de ces derniers et les errances des habitants de la Lune. C’est très pessimiste mais assez réaliste sur les défauts de la nature humaine

« Androïdes » (tome 10), Soleil, 15,50 € 

mardi 29 juin 2021

De choses et d’autres - Elections et participation du futur

Dans un article sur l’abstention paru dans Le Monde, on apprend que certains bulletins déclarés nuls sont très originaux. Des électeurs ont fait un stock de bulletins François Mitterrand et à chaque scrutin votent pour l’ancien président de gauche. Sans doute la meilleure façon de dire à tout le monde que finalement « c’était mieux avant ».

Ces électeurs nostalgiques vont-il léguer leurs ultimes bulletins Mitterrand à leur descendance pour qu’elle fasse perdurer cette étrange tradition dans les prochaines décennies ?

Vous me direz, avec les progrès de la science et du clonage, si cela se trouve, vers 2181, c’est une véritable réplique du chef socialiste qui se présentera à la présidentielle en France. Il aura en face de lui le nouveau général de Gaulle qui devra cependant faire avec les clones dissidents de Pompidou et de Chirac.

Personne n’aura eu l’idée de lancer de faux Sarkozy ou Hollande : ils sont tombés dans les oubliettes de l’Histoire.

Pour Macron c’est différent : le président est toujours vivant. La technologie révolutionnaire de l’ARN messager lui a permis de survivre jusqu’à ses 204 ans le transformant en doyen tricolore. Mais comme son programme n’a pas bougé d’un iota depuis son fameux « c’est notre projet », il semble dépassé et totalement has-been.

Chez les Le Pen, c’est la foire d’empoigne à cause de cette autorisation donnée aux clones de se présenter. Qui du dernier représentant de la famille (moins blond mais tout aussi d’extrême droite), du père, de la fille, de la petite-fille et nièce ou de la cousine germaine par alliance (candidate de 2090 à 2120) arrivera en tête à l’issue du premier tour ?

Les instituts de sondage ne savent plus comment pondérer les scores des uns et des autres.

Seule certitude du côté des enquêtes d’opinion, depuis que les intelligences artificielles ont obtenu le droit de vote, la participation a fait un bond notable. Pas bêtes les IA, elles savent que depuis toujours, le seul pouvoir légitime est issu du décompte des voix déposées dans les urnes. 
 


lundi 28 juin 2021

De choses et d'autres - Le bar de vivre à la française

L’avantage, avec la réouverture des bars, c’est qu’on peut de nouveau entendre quelques saillies hilarantes des piliers des comptoirs. Cela ne vole pas souvent haut, c’est méchant et gratuit, mais c’est aussi ça l’art de vivre à la française, le bar de vivre exactement. Car, il faut savoir, parfois, se moquer sans la moindre complaisance.

Par exemple, en apprenant que Nicolas Sarkozy a enregistré ses mémoires pour un livre audio durant 13 heures, un client a expliqué : « A sa place, j’aurai attendu un peu. Une fois en prison, il risque de s’ennuyer. »

Un peu plus tard, sur les résultats des régionales, un petit génie à la solution pour ramener l’abstention à quantité négligeable « Faut faire comme à la télé et leurs jeux où tu gagnes une voiture : t’envoie un SMS avec le numéro de ta liste préférée. Non seulement tu peux repartir avec une bagnole, mais, en plus, tu renfloues les caisses de l’État, parce que ces SMS, mine de rien, ça rapporte une blinde aux organisateurs. »

 Une dernière, entendue, avant le match de ce soir, de l’équipe de France contre le Portugal. « S’ils sont déjà qualifiés quel que soit le résultat, pourquoi ils vont jouer ? Franchement, ils feraient mieux de faire l’impasse. S’ils gagnent, ils se croiront trop beaux et s’ils perdent, terminé le peu de confiance qui leur reste. De toute manière on l’a bien vu, ce dimanche, ceux qui gagnent en ce moment, ce sont les abstentionnistes. » 


dimanche 27 juin 2021

De choses et d’autres - Mince, le monde d’avant est de retour

Maintenant que je suis doublement vacciné (depuis samedi dernier, le même jour que le Premier ministre, Jean Castex) je sens bien qu’on est complètement revenu dans le monde d’avant. Car, il se confirme, jour après jour, que cette grave crise sanitaire n’aura en rien changé nos habitudes et défauts.

Par exemple, hier, c’était la fête de la musique. Certes, les amateurs n’avaient pas le droit de pousser la chansonnette (nous casser les oreilles exactement), à l’improviste, dans la rue, mais les petits concerts ont fleuri dans les cafés qui n’en demandaient pas tant pour augmenter encore plus leur chiffre d’affaires.

Des excès éthyliques qui devraient également animer les nuits estivales aux abords des discothèques. Après un été sans le moindre problème, je sens poindre quantité d’embrouilles entre 3 et 4 heures du matin, quand la vodka et autres alcools forts sont au summum de leurs conséquences néfastes.

Et, pour couronner le tout, hier matin, je suis retourné à la salle de sport (personne n’est parfait). Et là, quelle ne fut pas ma surprise en constatant que deux distributeurs sur trois d’essuie-tout étaient vides. Vous me direz, que représentent 40 pas de plus dans la salle alors que vous venez de manger du tapis de course durant 40 minutes ? Par chance, les produits de nettoyage et le gel étaient bien achalandés.

Mais, les deux jeunes, la vingtaine, qui sont arrivés et ont utilisé des vélos d’entraînement, sans passer par la case désinfection, ni avant ni après, s’en moquent éperdument qu’il n’y ait plus d’essuie-tout.

Quand je vous dis qu’on est en train de revenir au pas de course dans le monde d’avant.  

Humour - Peut-on se moquer des pigeons ?

Le dessin d’humour américain est d’une étonnante vitalité. Il est vrai que de l’autre côté de l’Atlantique c’est considéré comme un art majeur.

La preuve Steve Martin, célèbre comédien comique, lauréat d’un Oscar, par ailleurs romancier, a souhaité distiller son humour absurde dans des dessins. Il admire la concision et l’efficacité du média. Notamment quand c’est dessiné par Harry Bliss, autre célébrité de l’humour américain qui publie un dessin tous les jours dans des dizaines de journaux aux USA.

Dans ces 140 pages on retrouve pas mal de pigeons, des chiens, des chats et autres animaux parlants. S’ils sont parfois ridicules, souvent c’est l’inverse et ce sont les humains qui en prennent pour leur grade. Comme cet astronaute qui, au moment de planter pour la première fois le drapeau US sur le sol de Mars se dit : « J’espère seulement que je ne serai pas réduit à ça dans l’histoire. »

Et pour prouver que la dérision est la valeur sûre de ce recueil, les deux auteurs se moquent d’eux mêmes lorsqu’ils sont en plein travail de création. 

« Une abondance de pigeons »,  de Steve Martin et Harry Bliss, Baker Street, 20 € 

samedi 26 juin 2021

BD - Le film de Dali pour les Marx Brothers devient une bande dessinée


Durant les années 30, Salvador Dali a sillonné les USA. Alors que les bruits de bottes résonnent dans sa Catalogne, il va à la rencontre de ceux qu’il considère comme les plus grands surréalistes américains du moment : les Marx Brothers. Les humoristes sont des stars. Le courant passe particulièrement avec Harpo et Dali décide d’écrire le scénario d’un film pour le mettre en vedette.

Ce sera « La femme surréaliste », comédie longtemps tombée dans l’oubli. Car le film ne se fera pas et le manuscrit a longtemps été considéré comme perdu. Josh Frank, scénariste de BD, a retrouvé l’histoire originale et l’a confié à une dessinatrice espagnole.

On découvre dans ce film-BD l’histoire d’un homme trop sérieux, amoureux d’une beauté fatale, la femme surréaliste, qui va parvenir à le faire basculer dans le monde fou de Dali et du surréalisme

« La femme surréaliste », Nouveau Monde Graphic, 22 € 

vendredi 25 juin 2021

BD - Arno, premières aventures


Napoléon est à la mode. Voilà une excellente raison de redécouvrir les aventures d’Arno, Vénitien au service de l’empereur, imaginé par Jacques Martin et dessiné par Juillard. Cette intégrale propose les trois premières aventures.

Arno y rencontre Bonaparte, encore général de la République et le sauve de plusieurs complots. Les deux autres tomes se déroulent en Égypte puis en Angleterre.

On retrouve toute la dextérité de Jacques Martin pour mêler la petite histoire à la grande. Quant au dessin de Juillard, c’est déjà du grand art. 

« Arno » (intégrale), Casterman, 35 € 

jeudi 24 juin 2021

BD - Récits courts de Jean-Claude Denis


Jean-Claude Denis a toujours aimé les récits courts destinés à la presse. Il a débuté comme ça et plusieurs de ces nouvelles graphiques bénéficient enfin d’une publication en album dans Reliefs de l’ancien monde.

La première, Frère humain, de 11 pages, est même inédite puisque le journal qui l’a commandée ne l’a jamais publiée… Elle date de 1999, parle d’humanitaire et de puissantes filles au pair allemandes. Un régal.

On retrouve aussi des récits plus anciens comme ce Petit mur de l’Atlantique datant de 1988 paru dans un Pilote sur l’enfance.  

« Reliefs de l’ancien monde », Futuropolis, 20 € 

mercredi 23 juin 2021

BD - La jeunesse d'Arsène Lupin


Il est partout. Le retour d’Arsène Lupin, héros de roman à la base, est multiple. En plus de la série Netflix, redécouvrez dans cette intégrale les trois tomes racontant la jeunesse du roi des voleurs.

Deux scénaristes (Deschodt et Abtey) ont imaginé ce récit pour Gaultier. Arsène, pas encore Lupin, est prisonnier d’un bagne pour enfant. Il va être sauvé par un noble qui lui fournit éducation et droiture morale. Mais sur sa route se dressent des intérêts puissants décidés à éliminer son protecteur et le jeune homme trop brillant.

On apprécie le côté feuilleton de cette intégrale de plus de 170 pages.

mardi 22 juin 2021

BD - Solitude, nom féminin


La BD s’adresse de plus en plus aux filles. Et pas toujours sous forme de trucs roses et sirupeux. Le premier tome de Filles uniques de Beka et Camille Méhu en est le parfait exemple. Paloma est une fille de l’assistance. Depuis son plus jeune âge elle va de famille en famille. Paloma n’a pas d’amies. Paloma est difficile.

Cela n’empêche pas quatre autres filles de tenter de l’intégrer dans leur club des « mal-barrées ».

Pour la convaincre, le mieux est d’en savoir un peu plus sur son enfance. L’émotion vous guette derrière chaque page d’un album abordant nombre de problèmes de la jeunesse actuelle

« Filles uniques » (tome 1), Dargaud, 12 € 

lundi 21 juin 2021

De choses et d’autres - Les Français deviendraient-ils obéissants ?


Qui peut désormais oser prétendre que les Français font toujours l’inverse que ce que leur demande le gouvernement ?

Mercredi Jean Castex, après avoir endossé son maillot de champion du monde des bonnes nouvelles, annonçait qu’il n’était désormais plus obligatoire de porter le masque en extérieur. Le lendemain, comme par enchantement, tout le monde respecte scrupuleusement et à la lettre la directive du Premier ministre.

Moi le premier en sortant au petit matin pour ma promenade au frais dans les rues du village. Je croise les habituels voisins qui vont chercher leur pain ou rejoignent leur jardin au bord de la rivière. Ils sourient et cela se voit. Pas un passant avec le masque. Très obéissants les Français quand ils le veulent.

Un peu tête en l’air aussi. Près de la boulangerie, je vois une cliente marcher avec entrain vers la bonne odeur du pain frais. Et freiner d’un coup d’un seul. Elle réalise qu’elle n’a pas de masque, toujours obligatoire pour pénétrer dans la boutique. Et comme elle n’en a plus dans son sac, elle rebrousse chemin et revient quelques minutes plus tard avec l’accessoire qui a failli totalement disparaître de notre vie.

Plus de masque dans la rue cela décuple mon autre plaisir du matin. En ce moment, en trois endroits de la commune (chez un particulier et sur deux parterres municipaux), le faux jasmin étoilé est en fleur. Passer sous les treilles c’est respirer à plein poumons ce doux parfum, un de mes préférés avec le frangipanier.

Je l’avoue aujourd’hui : avant l’autorisation de Jean Castex, arrivé sous les fleurs odorantes, je retirais mon masque durant quelques secondes pour profiter pleinement de ce petit bonheur enfin redevenu légal. 

dimanche 20 juin 2021

De choses et d’autres - Le foot et ses à-côtés

On va en manger du foot les prochaines semaines. Un peu de jeu et beaucoup de commentaires chauvins, de polémiques stériles et d’à-côtés pas toujours reluisants. Je frise déjà l’indigestion. Car, l’entrée victorieuse de la France dans la compétition va décupler les angles d’attaques.

Normalement, le match gagné contre l’Allemagne aurait suffi à tous les amateurs de ballon rond. Mais, en fait, on parle de tout, sauf du match. D’entrée, un ULM de Greenpeace s’est crashé dans les tribunes.

Ensuite les Bleus n’ont pas posé un genou à terre pour montrer leur soutien au mouvement antiraciste Live Black Matter.

Durant la rencontre, une sorte de Batman allemand a carrément mordu Pogba. Après le match, lors de la conférence de presse, le même Pogba a dédramatisé l’incident, mais a ostensiblement enlevé une bouteille de bière (sans alcool) de la table où il était installé.

Un peu plus tôt, Ronaldo avait fait de même, mais avec des bouteilles de soda. Le placement produit liquide ne plaît pas à certains joueurs.

La dernière polémique en cours concerne le titre de Une de l’Équipe. Pour saluer la victoire 1 à 0 contre les Allemands, le quotidien a inscrit en gros « Comme en 18 ». Les supporters pensent forcément à 2018, l’année du second titre mondial tricolore, ceux qui ont un peu de culture historique y voient plutôt une référence maladroite à la fin du grand massacre de 14-18 dans les tranchées.

ULM, genou à terre, morsure, bière ou référence historique : bref on est loin, très loin du foot. 

samedi 19 juin 2021

De choses et d’autres – Mandryka c'était un concombre masqué et de sacrés délires

Des trois maîtres qui ont révolutionné la BD adultes, c’est le dernier à avoir tiré sa révérence. Mandryka est mort, ce lundi, chez lui, en Suisse. Mandryka, avec Gotlib et Bretécher, dessinaient dans le Pilote de Goscinny. Mais, ils se sentaient bridés, empêchés de raconter et dessiner sans tabou. Le public, plutôt jeune de Pilote ne leur suffisait plus. Ils ont osé lancer une nouvelle revue, sans pub, mais surtout, sans contrainte.

L’Écho des Savanes a ouvert une brèche, la BD s’émancipait et Mandryka y apportait sa marque. Auteur complet, ayant débuté dans Vaillant, l’ancêtre de Pif Gadget, Mandryka était surtout connu pour le Concombre masqué, légume philosophe de l’absurde.

Personnellement, il fait partie de ces auteurs qui m’ont ouvert les yeux sur la psychanalyse et la sexualité. Dans l’Écho des Savanes, on se perdait dans les méandres de Horde, puis on riait sans retenue aux aventures génitales de Bitoniot, personnage principal du Retour du refoulé. 

Mandryka n’a jamais cessé de dessiner. Les dernières aventures du Concombre ont été publiées dans Spirou, puis sur le site internet créé par Mandryka. Sa disparition est passée inaperçue dans le grand public, mais le monde de la BD pleure un de ses plus grands dynamiteurs. 


vendredi 18 juin 2021

De choses et d’autres - Pas de couvre-feu dans le XVIe !

L’affaire a fait grand bruit et ne va pas améliorer l’image de président des riches qui colle de plus en plus à Emmanuel Macron. Vendredi soir, la seconde demi-finale de Roland-Garros s’éternise. Djokovic bataille ferme pour dégager le squatteur de la terre battue : Nadal. Et, comme désormais le tournoi continue qu’il pleuve ou qu’il fasse nuit, on se rapproche inéluctablement de l’heure du couvre-feu.

Mais à quelques minutes de la fin de la permission de sortie des quelques milliers de privilégiés bon chic bon genre (un billet d’entrée à Roland-Garros n’est pas à la portée de toutes les bourses…), le speaker annonce que le gouvernement autorise le public à voir la conclusion du match, même après 23 heures. Envolés, le couvre-feu et les restrictions sanitaires dans cette partie du XVIe arrondissement de Paris.

Et les amateurs de balle jaune d’entonner spontanément un « Merci Macron ! » qui vient du cœur. Le problème, c’est qu’à quelques kilomètres de là, dans le VIIe, sur l’immense esplanade des Invalides, d’autres personnes ont décidé de s’octroyer la permission de minuit. Mais là, pas de grâce présidentielle. Juste une bonne charge de CRS contre ces milliers de dangereux fêtards. À l’avenir, les petits jeunes devraient réviser leur plan.

Première solution, faire la fête, mais dans les jardins du Trocadéro. Comme ils sont dans le XVIe, difficile d’interdire ce qui est permis à trois kilomètres de là.

Autre option, inviter Nadal et Djokovic. Si les champions viennent danser avec une raquette en main et en short, quel est le CRS assez fou qui va oser les asperger de gaz lacrymogène ? 

 

jeudi 17 juin 2021

Cinéma - La fine fleur de la réinsertion

Eve (Catherine Frot), petite patronne en difficulté, va transmettre son savoir à des jeunes en réinsertion comme Nadège (Marie Petiot). Estrella Productions 

Un film sur les roses ? Le concept semble assez incongru. Et pourtant Pierre Pinaud transforme cette idée peu banale en un long-métrage remarquable par sa finesse, son intelligence et son universalisme. Car tel un hybrideur de talent (ceux qui créent de nouvelles variétés de roses), il a greffé sur la tige austère du savoir incarné par Eve (Catherine Frot), la bonne volonté et l’innocence de trois personnes en réinsertion sociale. 

La fine fleur débute lors du concours international de roses au parc de Bagatelle à Paris. Le plus prestigieux au monde. Eve, horticultrice dont la petite exploitation est en redressement judiciaire, tente une nouvelle fois de remporter le premier prix. Elle s’est spécialisée depuis quelques années dans le blanc nacré. Une nouvelle variation, très belle mais qui n’a pas les faveurs du jury. 

La situation économique ne fait qu’empirer. Son unique employée, la très cartésienne Véra (Olivia Côte), tente de trouver une solution pour sauver la saison. À court de finances, elle fait appel à une association de réinsertion pour avoir de la main-d’œuvre moins chère. Eve découvre donc la nouvelle équipe composée d’un délinquant en liberté conditionnelle, d’une timide maladive et d’un chômeur de 50 ans en fin de droits. 

■ La menace du rachat 

La fine fleur, c’est surtout la fine équipe. Car entre ce trio qui n’a jamais mis les pieds dans une jardinerie et la très exigeante Eve, le courant va difficilement passer. Mais les circonstances font qu’il est parfois utile d’avoir des néophytes et qu’en plus, quand ils ont certains talents cachés, le travail collectif paye doublement. Le film repose en grande partie sur les épaules de Catherine Frot. Cette patronne de fer, attachée à son indépendance (un des ressorts du film est la menace de rachat de l’entreprise par une grosse société), semble au début peu sympathique. Obnubilée par ses roses, incapable de voir que la richesse est aussi dans les gens qui travaillent avec elle. Il lui faudra faire un long cheminement pour devenir touchante. Alors certes on en apprend beaucoup sur la création de roses dans ce film, mais son véritable intérêt reste cette histoire de réinsertion exemplaire. 

« La fine fleur », film français de Pierre Pinaud avec Catherine Frot, Melan Omerta, Vincent Dedienne 



BD - Politique très terre à terre


Ancien ministre, tombé pour malversation financière, Henri-Xavier de Lapègre est obligé de revenir aux fondamentaux de la politique : faire campagne auprès des électeurs. Manque de chance, il doit convaincre des électeurs d’un petit village perdu dans ce monde qui lui est totalement inconnu : la campagne.

Campagne à la campagne, tel est le titre du second recueil de gags de la série Homo Politicus, écrite par Nena et dessinée par Soulcié. Attention, on est dans le domaine de la caricature à gros trait. Quand son staff lui demande s’il a déjà été à la campagne, il demande, « le bois de Vincennes ça compte ? » Sur place il s’attend à de l’air pur, mais le village est aussi le siège d’une vieille usine chimique.

Écologie, pollution, tradition, loto du 3e âge, corruption… toutes ces thématiques sont passées à la moulinette dans cette BD qui parfois s’approche étonnamment de la réalité des campagnes des régionales et des départementales en cours.

« Homo politicus » (tome 2), Fluide Glacial, 9,90 €, parution le 16 juin 

mercredi 16 juin 2021

Cinéma - “Teddy”, l’ado solitaire qui se rêvait en loup

Ce film d’horreur très décalé a été tourné en 2019 dans le Vallespir

Anthony Bajon, une fois encore, est excellent dans le rôle d’un asocial du genre velu. Il interprète Teddy, un jeune provincial qui croit au grand amour avec Rebecca (Christine Gautier). The Jokers 

Teddy peut enfin se faire les griffes sur les grands écrans des cinémas. Le film des frères Boukherma, tourné au printemps 2019 dans le Vallespir dans les Pyrénées-Orientales, a vu sa sortie être décalée à plusieurs reprises. Un loup-garou craint les balles en argent, mais ce qu’il y a de plus redoutable en ce moment pour ces créatures légendaires c’est un coronavirus qui provoque la fermeture de tous les cinémas de France et d’Europe durant plu sieurs mois. Le taux d’incidence étant redescendu sous les 50 et les cinémas pouvant enfin repasser à jauge pleine, Teddy sort du bois.

Dans un petit village des Pyrénées, Teddy (Anthony Bajon) s’ennuie à mourir. Orphelin, il vit chez sa tante très handicapée et son ami Pépin (Ludovic Torrent). Il n’a pas d’ami dans ce village un peu caricatural de la France profonde. Le film s’ouvre par un dépôt de gerbes au monument aux morts. Marseillaise, appel aux morts et puis Teddy met son grain de sel. La gendarmerie est carré ment obligée d’intervenir et d’évacuer le fauteur de troubles manu militari. Alors Teddy monte dans son van et roule à fond avec du hard rock dans les oreilles. Il va rêver sur le terrain paumé dans la montagne où il espère construire sa maison (avec pergola, important la pergola) afin d’y vivre avec sa petite amie, Rebecca (Christine Gautier). Les deux réalisateurs, eux-mêmes originaires du Lot-et-Garonne, aiment à présenter la province sous un jour peu reluisant. 

■ Personnages cabossés 

Un peu comme un Jean-Pierre Mocky ou un Bruno Dumont, ils ont soigné leur casting. Pas de « belles gueules ». Ils sont tous plus ou moins cabossés, acteurs professionnels comme amateurs recrutés dans les parages du tournage. Cela donne un grand loto dans la salle des fêtes qui sonne juste. 

Pour ce qui est du fantastique, Teddy ne montre pas. Quelques scènes un peu gore, mais pas de gros effets spéciaux. Quand Teddy est mordu dans le bois, on ne sait pas exactement par quoi. Et quand il débute sa « transformation », c’est peut être aussi les conséquences de sa consommation excessive de champignons hallucinogènes. Mais au final, un loup, qu’il soit garou ou solitaire, n’a jamais sa place dans notre société. C’est aussi cette réalité vécue par la majorité des adolescents de province que Teddy raconte. 

➤ Film français de Ludovic et Zoran Boukherma avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent 



BD - Presque dans l’espace


Quand une fusée russe qui veut rejoindre la station spatiale internationale explose au décollage, c’est la panique car une organisation terroriste affirme être à l’origine du sabotage. Dans l’espace, l’évacuation est ordonnée mais un irréductible décide de rester seul en poste. Rapidement, il va perdre pied.

Par chance il est contacté par les membres de la mission Mars Base. Eux aussi voient leur quotidien chamboulé. Y a-t-il un terroriste infiltré ? Amir, belgo-marocain, se retrouve suspecté. Une aberration pour ce jeune scientifique parfaitement athée. Il va être cuisiné par la capitaine de Mars Base, même si la nuit, ils se retrouvent secrètement pour s’envoyer en l’air.

Cette BD en noir et blanc de 180 pages de Max de Radiguès est une brillante réflexion sur la conquête de l’espace, ses difficultés et les sacrifices qu’elle implique dans la vie d’hommes et de femmes ayant fait le choix de sacrifier une vie familiale sur l’autel de la science. 

« Alerte 5 », Casterman, 15 € 

mardi 15 juin 2021

BD - Monstres visibles et invisibles


Un peu de freaks (le film de monstres de Tod Browning des années 30), un soupçon de fantastique, le tout sur fond de road trip : telle est la recette de la nouvelle série écrite par Eric Corbeyran.

C’est Emmanuel Despujol qui se charge de la dessiner et son trait entre réalisme et caricature fait des merveilles pour passer d’un univers à l’autre.

Le héros c’est Charly. Au début de l’histoire un gamin qui découvre qu’il a le pouvoir de faire fuir les monstres invisibles comme les vampires ou les lamies, ces femmes qui tuent les hommes après avoir abusé d’eux. Adulte, il capture une lamie qui reprend son aspect originel, celui d’une fillette de 7 ans. La police les cherche et ils trouvent refuge dans un cirque itinérant.

Un univers très touchant.

« Sideshow » (tome 1), Soleil, 14,95 €  

Série télé - « Mixte », étude des mœurs des années 60

Amazon a mis le temps mais semble enfin avoir trouvé un bon projet pour booster ses audiences côté séries françaises originales. Mixte est une plongée dans la France du début des années 60. Imaginée par Marie Roussin, l’histoire raconte comment à la rentrée 1963, pour la première fois en France, un lycée va devenir mixte. Exactement ce sont 11 filles qui intègrent le lycée Voltaire face à une centaine de garçons en pleine ébullition hormonale. Michèle (Léonie Souchaud) fait partie des 11 filles accueillies comme des bêtes de foire. 

Le début de la série semble assez caricatural. Garçons arrogants, profs rétrogrades qui ne veulent jamais interroger les filles, surveillant général suspectant toujours les filles… Mais petit à petit l’histoire prend de la chair, les personnages gagnent une âme et en découvrant certains secrets, on comprend qu’à cette époque, il valait mieux se monter comme un macho de première pour avoir un minimum de crédibilité dans une société où les femmes n’ont aucun pouvoir. C’est dans le développement des idées féministes, leur révolte, la façon qu’elles tentent de se faire entendre que la série Mixte est la plus convaincante. 

Au casting, les jeunes comédiens lycéens tiennent la dragée haute à des professionnels au long parcours artistique comme Pierre Deladonchamps en « surgé » un peu dépassé, François Rollin, proviseur qui se veut moderne mais ne l’assume pas et Anne Le Ny en archétype de la vieille prof acariâtre et un peu vicelarde avec ces jeunes filles qu’elle trouve trop belles pour être honnêtes. 

lundi 14 juin 2021

BD - Magouilles non républicaines


Philippe Richelle est devenu le spécialiste BD de la politique contemporaine. Il relance trois « Affaires d’État » pour explorer ces magouilles qui ont ébranlé la République ces dernières décennies. Celle consacrée à l’extrême droite, dessinée par Pierre Wachs, reprend des pans de l’histoire d’un parti qui est devenu tout-puissant.

Pourtant, à la base, c’est une captation d’héritage qui est racontée dans ce premier tome. À côté, on découvre comment un des « penseurs » du groupuscule, devenu un peu trop important, va être froidement abattu. Qui est le commanditaire ? Mystère pour le lecteur ainsi que le commissaire de police chargé de l’enquête.

Une BD à clé, avec quelques évidences (le chef du parti, ancien para) et d’autres moins connues mais qui nous rappellent à point nommé d’où vient ce parti. 

« Affaires d’État, Extrême droite » (tome 1), Glénat, 14,50 € 

Série télé - Méchant virus et gentils hybrides dans "Sweet Tooth"


Il est des univers imaginaires plus passionnants que d’autres. Et puis il y a parfois un monde qui paraît tellement crédible qu’on pourrait presque croire qu’il existera bien un jour. A la base, Sweet Tooth est une bande dessinée écrite et dessinée par Jeff Lemire. Les trois gros albums parus en France chez Urban comics racontent l’histoire de Gus et de Jepperd. On retrouve les deux personnages principaux de cette série télé dont la première saison vient d’être mise en ligne sur Netflix

Il y a dix ans, deux événements ont fait chanceler l’Humanité. Un virus a tué 80 % de la population. Et tous les enfants qui naissaient étaient des hybrides, moitié humain, moitié animal. Gus (Christian Convery) est sauvé du chaos qui règne en ville par son père. Au fond d’une forêt dans un parc, il élève cet enfant qui a des oreilles et des cornes de cerf. Quand Gus se retrouve seul, il quitte son cocon et part à l’aventure. Ce qu’il ne sait pas c’est qu'en bas, dans la ville, les hybrides sont chassés et exterminés. Par chance il croise la route de Jepperd, un colosse taiseux qui après bien des hésitations va prendre ce petit garçon imprévisible sous son aile. Leur but : retrouver la maman de Gus. 

■ Deux énigmes captivantes 

Les huit premiers épisodes sont la très bonne surprise de ce début d’été sur la plateforme de streaming. La complicité entre ces deux solitaires joue à merveille. Gus est craquant, Jepperd touchant quand on en apprend un peu plus sur son passé. L’action se déroule dans des paysages grandioses (Canada et Nouvelle-Zélande), avec effets spéciaux très discrets et reconstitution d’un monde post-apocalyptique très crédible. 

Quant au spectateur, il se perd en conjectures sur les deux énigmes de Sweet Tooth : d’où vient ce virus si mortel pour les humains et quel rapport avec l’apparition des hybrides ? On aura peut-être un début de réponse dans la saison 2 qui sera forcément lancée en production tant cette série est réussie et intrigante. 

dimanche 13 juin 2021

De choses et d’autres - L'histoire du mari infidèle trahi par sa Fitbit

La fin programmée du télétravail est redoutée par certains, vivement souhaitée par d’autres. Par exemple les maris infidèles. Le retour au bureau sera l’excellente occasion pour nombre d’entre eux de prétexter une réunion tardive pour aller rejoindre leur maîtresse.

Tromper sa femme est un art typiquement français. Il y a des bases qu’il faut apprendre pour ne pas se faire prendre. Vérifier les traces de rouge à lèvres, éviter les suçons, chasser les cheveux sur les épaules et se méfier du parfum. Pour cette dernière problématique, le plus simple est d’acheter la même marque aux deux femmes.

Mais avec les nouvelles technologies, les pièges se multiplient. Un téléphone portable peut-être traçable. Mais la plus belle façon de découvrir le pot aux roses est racontée par cette femme à sa meilleure amie. Quand cette dernière lui demande comment la pauvre cocufiée a su, elle explique qu’elle a accès au compte de la Fitbit de son mari, la montre connectée qui surveille son rythme cardiaque. Elle a remarqué des pics à 130 battements par minute les soirs où il reste au bureau pour « des réunions », suivies d’une phase de repos. Et il doit un peu culpabiliser puisqu’il lui écrit à chaque fois un petit SMS juste après la séquence.

Je ne sais pas si un relevé cardiaque à distance peut-être utilisé comme preuve d’adultère dans un divorce compliqué, mais il est certain que dans ce cas précis, le mari infidèle a été trahi par sa Fitbit. 

Cinéma en streaming - Vous ne vous endormirez pas devant « Awake »


Nouveau film inédit sur Netflix. Une énième variation sur la fin du monde. Jill (Gina Rodriguez), ancienne militaire, tente d’élever seule ses deux enfants, Noah, un grand ado et Matilda encore petite fille. Quand l’électricité s’arrête, la civilisation commence à s’écroule. Mais le pire est la mutation vécue par tous les humains qui ne peuvent plus dormir. Mais ne plus se reposer implique mourir à brève échéance. Une semaine maximum. 

Le film va crescendo, comme la composition des acteurs qui doivent littéralement se transformer en zombies épuisés et déments plus le temps passe. Gina Rodriguez, héroïne des 5 saisons de « Jane the virgin », est très convaincante dans ces scènes entre violence absolue et délire hallucinatoire.