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mardi 6 octobre 2026

BD – Belle et terrifiante bête du Gévaudan


Un Poupard peut en cacher un autre. L'amateur de BD, quand on lui parle de Poupard, pense immédiatement Rugbymen, gags et style humoristique. Attention, il y a un piège. Car il y a désormais un second dessinateur qui signe Poupard. Jean-Charles de son prénom. Et on ne rigole pas dans ses albums. Un simple coup d’œil permet de vite les différencier. Là ou le premier Poupard (en réalité le pseudonyme d'Alexandre Mermin) use de la caricature et du « gros nez », le second ose le réalisme intégral, avec décors à couper le souffle et action à gogo. 

Des années d'apprentissage pour Jean-Charles Poupard et la certitude, en découvrant la seconde partie des Griffes du Gévaudan, que l'on est en présence d'un futur très grand, un peu dans le sillage d'un Ralph Meyer ou d'un Philippe Xavier. 

Pour atteindre la plénitude de ses moyens graphiques, Poupard a une nouvelle fois fait confiance aux scénarios de Sylvain Runberg. Après les quatre tomes du « Chant des Runes », il s'attaque au Gévaudan quand une fameuse bête faisait cauchemarder les paysans de cette région de la Lozère. En 1765, un chasseur du roi traque la bête. Sans le moindre résultat. Après plusieurs échecs, malgré d'importants moyens, il décide de changer de tactique. Il va tenter de comprendre comment fonctionne cette société coupée de tous durant les longs mois d'hiver. Et découvrir que la Bête a des capacités bien supérieures à un simple loup géant. 

Enquête policière, infiltration, coup de théâtre, terreur... l'album se dévore d'une traite. Lecture d'autant plus facile que le dessin de Poupard nous donne l'impression d'être au cœur de ces forêts froides, sinistres et diablement dangereuses. Une superbe réussite, qui semble bien partie pour devenir une série télé. 

« Les griffes du Gévaudan » (tome 2/2), Glénat, 64 pages, 16 €

dimanche 27 septembre 2026

BD – Peintre de génie dans « Bleu lézard »


Pour peindre comme un génie faut-il être particulièrement torturé ? Cette interrogation est au cœur de la série Bleu Lézard de Benoît Roels. L'héroïne, Ellen Oliver, jeune infirmière en pause carrière, signe de remarquables marines. Pourtant dans les précédents tomes elle a vécu l'enfer sur son bateau. Son mentor, Luke Sigourney, réussit particulièrement ses paysages montagneux de la Haute Provence. Une montagne qui lui est pourtant d'un souvenir douloureux.

Lloyd Eckelton, riche amateur d'art est le premier à acheter une toile d'Ellen. Il a notamment apprécié une technique qui était propre à un vieil ami d'enfance. Ellen le met sur la piste de Sigourney. Et sans le savoir, elle signe l'arrêt de mort du peintre vieillissant retiré dans le sud de la France. Ellen qui n'est pas insensible au charme de Lloyd.

Suspense palpitant pour ce polar magnifié par les dessins et surtout les couleurs de Roels. 

« Bleu Lézard » (tome 3), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


jeudi 24 septembre 2026

BD - Mercader, l'espion, a-t-il assassiné Trotsky ?


Certaines énigmes ont la vie dure. Malgré une explication officielle, les doutes persistent. Il en va ainsi de l'assassinat de Kennedy. Ou dans un tout autre genre, celui de Trotsky. Pat Perna, scénariste féru d'histoire contemporaine, s'attaque à cette seconde énigme dans un diptyque publié chez Glénat : "Mercader, l'assassin de Trotsky". Le tout dessiné par Stéphane Bervas. 

Plusieurs ombres restent au tableau de la célèbre scène du leader soviétique tué par un homme armé d'une hache. Le meurtrier se nomme Mercader. Ramon de son prénom. Mais il est aussi connu sous d'autres identités : Jacques Mornard ou Franck Jackson. Un seul homme, un seul espion plus exactement, à la solde des Russes, déterminés à éliminer ce dissident, réfugié au Mexique. 


Les deux albums racontent le parcours assez incroyable de cet homme endoctriné très tôt, amoureux d'une autre militante intransigeante et qui aurait tenté de dévoiler toutes les ficelles de ce complot dans un livre particulièrement recherché par les divers protagonistes. L'histoire s'ouvre d'ailleurs par la découverte du manuscrit en 1978 dans l'appartement d'un homme retrouvé mort dans la rue à Prague. Il aurait sauté du cinquième étage. Un suicide… Le policier, fil rouge de l'histoire, est sceptique. Mais pas évident d'enquêter sérieusement quand le KGB surveille vos moindres faits et gestes. 

Dessiné dans un style réaliste d'une grande efficacité par Stéphane Bernas, cette histoire permet au lecteur de sauter de décennie en décennie, découvrant les manigances des services d'espionnage durant la seconde moitié du XXe siècle. C'est aussi palpitant qu'un bon thriller se déroulant de nos jours.     

"Mercader, l'assassin de Trotsky" (tomes 1 et 2), Glénat, 56 pages, 15,50 € chaque volume. Albums parus en septembre 2024 et mai 2025


mercredi 16 septembre 2026

BD - Max Klein et Malika arpentent le "Macadam"


Aix-en-Provence, sa gare, ses joueurs de pétanque, ses terrasses, son pastis.... son tueur en série. Max Klein, flic agité, est muté dans cette petite ville prétendue tranquille. Dès son premier jour de travail il va découvrir un cadavre découpé en morceaux. Une jeune femme de type méditerranéen. Il fait rapidement le rapprochement avec des bouts de cadavres découverts dans la décharge. Ses collègues, très sceptiques au début, devront finalement l'admettre, un serial killer sévit en Provence. 

Klein voudrait coincer le fou sadique. Il devra d'abord s'habituer à la présence de Malika, une stagiaire beurette. Mais de ce côté tout se passe très bien, une réelle complicité, et plus si affinités, s'installe rapidement entre les deux jeunes gens...

Lacaf, dans ce deuxième tome de sa série Macadam, dénonce toutes les intolérances. Il arrive même à mettre le lecteur dans la peau du tueur, à le comprendre sans l'excuser.

"Macadam" (tome 2), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


mardi 15 septembre 2026

BD - Frank Lincoln, parfait dans la collection Bulle Noire


Si dans la collection Bulle Noire de chez Glénat vous avez aimé la série Gil Saint-André de Kraehn, vous pouvez acheter les yeux fermés le premier tome de cette nouvelle série se passant en Alaska. Marc Bourgne frappe fort d'entrée avec un dessin réaliste sans faille, une solide intrigue et, pour lier le tout, les tourments du héros. 

Il y a cinq ans la femme de Frank Lincoln, Susan, a disparu mystérieusement. Depuis, ce flic efficace a quitté la police pour se mettre à son compte.

Détective privé avec de plus en plus de clients. Cette surcharge de travail alliée à son problème personnel l'oblige à négliger sa fille Jeannie, une adolescente en pleine crise existentielle. Le personnage de Billy Yapana, jeune eskimo voulant absolument réussir, permet d'accentuer le côté humain de cette remarquable série policière.

Un polar très cinématographique, les décors du grand Nord permettant à Bourgne de signer quelques planches d'exception. 

"Frank Lincoln" (tome 1), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


samedi 12 septembre 2026

BD - Corse : se méfier des apparences


La Corse, ses traditions, ses secrets... Dodo raconte dans ce roman graphique comment ce poids du passé peut bouleverser la vie d’une famille. Car parfois, au lieu de dire les choses, les Corses préfèrent les taire, voire complètement les oublier.

Inspirée de bribes de récits entendus dans sa jeunesse (Dodo est d’origine corse), «Une histoire corse» débute en 1982 au bord d’une rivière. Catherine nage dans l’eau vivifiante puis se dore au soleil.

Sur le chemin du retour, vers la maison de famille où sa mère est née mais où elle n’a jamais que passé des vacances, elle croise le chemin d’Antoine. Un beau dragueur qui roule en Porsche. Et qui se révèle être son demi-frère. Car la mère de Catherine a eu deux vies. De la première, elle n’a jamais rien raconté à sa fille. 

Tout au long de ces 140 pages dessinées par Glen Chapron, elle va reconstruire ce passé mystérieux, et se retrouver plongée dans cette «histoire corse», de tous temps marquée par la violence et les morts violentes. Récit fluide malgré sa complexité et ses allers-retours dans le passé, dessins d’une beauté éblouissante : cet album nous en apprend beaucoup sur l’âme corse, d’hier et d’aujourd’hui.

«Une histoire corse», Glénat, 19,50 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement en avril 2018 dans l'Indépendant du Midi)


mardi 1 septembre 2026

BD - Passionnant et intrigant "Décalogue"


Deux nouveaux volumes du Décalogue viennent de paraître chez Glénat. Frank Giroud est toujours au scénario de cette série d'histoires indépendantes les unes des autres ayant pour point commun un des dix commandements tirés du Nahik, un livre mystérieux qui contiendrait les dernières volontés du prophète Mahomet.

« Le météore » est dessiné par Jean-François Charles. Des bibliophiles sont à la recherche du Nahik en Grèce durant l'hiver 58. Parmi eux un fou sanguinaire récemment échappé d'un asile. 

Dans « Le serment », illustré par le dessinateur yougoslave TBC, l'action se passe peu de temps après la guerre 39 - 45. Une histoire de vengeance alors que le Vatican semble jouer un étrange manège dans la fuite des dignitaires nazis vers l'Amérique du Sud. 

Deux dessinateurs expérimentés pour deux opus réussis de cette expérience éditoriale originale et intrigante.

"Le Décalogue" (tomes 3 et 4), Glénat. (Albums parus en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


mercredi 26 août 2026

BD - "Goetz", du Sartre version barbare


Envie de lire du Sartre tout en bénéficiant d'une montée d'adrénaline justifiée par des combats sanglants entre barbares ? L'exercice semble contradictoire et pourtant c'est exactement ce que vous pourrez obtenir en vous plongeant dans "Goetz", roman graphique écrit par Fane et dessiné par Didier Cassegrain. Une adaptation très libre (barbares et science-fiction oblige) d'un livre de Jean-Paul Sartre un peu oublié. Ce projet, monumental (par sa complexité et sa lourdeur) a occupé plusieurs années de la vie de Fane. L'ancien dessinateur du Joe Bar Team a découvert cette pièce de théâtre au lycée. Un professeur de philo un peu original décide, pour mieux persuader ses élèves de l'importance de la pensée sartrienne, de leur faire interpréter des extraits de l'œuvre. Fane hérite du rôle-titre, le guerrier bâtard. Il va donner la réplique à la plus belle fille de la classe qui interprète Katerine. Jeune beauté dont il est secrètement amoureux… 


De cet épisode adolescent, Fane conservera une fascination pour Goetz. Plusieurs décennies ont passé. Le dessinateur remet en cause son travail. Il veut changer de registre et s'attaque à l'adaptation du texte adoré. Une réinterprétation dans les codes de l'époque. Dans un futur très lointain, les Terriens débarquent sur une planète primitive. Ils vont la coloniser, aidés de leur puissante technologie. En face, les autochtones, toujours à l'âge du fer, subissent puis résistent. Il faudra l'arrivée de Goetz, un bâtard violent, à la tête d'un clan pour que tout change. Avec l'aide des Dieux, il est sur le point de massacrer toute la colonie. Mais le discours d'un médecin lui donne l'occasion de changer. D'adorateur du Mal, il va devenir apôtre du Bien. Goetz, a deux visages, deux trajectoires mais un seul destin. 

Fane a réalisé le storyboard des 150 pages de cette BD dantesque. Mais il a préféré donner cette matière à un autre dessinateur, capable de magnifier ces scènes d'anthologie. Didier Cassegrain accepte le challenge. Il se lance donc dans la réalisation de ces 150 planches d'une force et d'une splendeur redoutables. Cassegrain, connu pour son style inimitable qui magnifie la féminité. Katerine est fragile et belle, les guerrières barbares fortes et audacieuses. 

Reste le cas de Goetz, omniprésent, insaisissable. D'une cruauté inimaginable dans la première partie, exemple parfait  du "bon" dans la seconde. Qui l'emportera ? C'est toute la morale de ce roman graphique beau, puissant et inspirant

"Goetz", Comix Buro - Glénat, 184 pages, 29 €


mardi 25 août 2026

BD - A la recherche des derniers colons


Le space opéra n’a pas dit son dernier mot. «Colonisation» de Denis-Pierre Filippi (scénario) et Vincenzo Cucca (dessin, et bien évidemment Italien...) reprend les bases du genre. Des vaisseaux spatiaux, quelques aliens, gentils et dotés d’une technologie très avancée, des pirates, des nef perdues au fin fond de  la galaxie et une mission de secours périlleuse. Le compte est bon, surtout si l’on rajoute à cela un équipage mené par une forte tête, la rousse, mignonne mais pas commode, Milla Aygon. 

Dans un futur assez éloigné, la terre au bord de l’asphyxie, envoie des dizaines de nefs dans tout l’espace pour tenter de trouver des planètes à coloniser. Quelques années plus tard, une nouvelle technologie permet de trouver ces lieux à coloniser sans les années de voyage.Des missions sont alors lancées pour retrouver les nefs. 

Milla est à la tête d’une de ces expéditions et retrouve dans un vaisseau en ruines un seul corps encore en vie, celui de l’officier Clarence Sternis.

Un peu complexe dans ses premières pages, cette série est pourtant prometteuse pour les fans de ce genre d’histoires. Et ils n’auront pas à attendre trop longtemps pour découvrir la suite puisque le tome 2 devrait se poser le 11 avril prochain dans toutes les bonnes librairies de la galaxie.

«Colonisation» (tome 1), Glénat, 13,90 €

vendredi 21 août 2026

BD - L’énigme Lapérouse


Fantastique expédition scientifique destinée à mieux connaître notre monde, le périple de Lapérouse et de ses deux navires n’est pas allé au bout. Que s’est-il passé au large d’îles isolées et totalement sauvages du Pacifique ? 

Peter Dillon, plusieurs décennies après le drame, affirme avoir la réponse à cette interrogation qui passionne encore la France. Le récit de Boris Beuzelin s’appuie sur des documents certifiés, mais se permet d’extrapoler. 

On suit donc ce marin anglais, aventurier aux faux airs de Corto Maltese, cherchant avant tout à faire fortune en ramenant les derniers vestiges de l’aventure maritime royale de la fin du XVIIe siècle. On entre avec une grande facilité dans cette histoire où les sauvages ne sont pas forcément là où on les attend. 

« Peter Dillon », Glénat, 17,50 €

mardi 4 août 2026

BD - Larkia, dure-à-cuire


Ingrid Chabbert, lasse d’être cantonnée aux histoires destinées à la jeunesse, a décidé de frapper un grand coup en imaginant Larkia. Dans un monde post-apocalyptique, cette jeune femme, seule, va se déchaîner quand on va tenter de lui dérober son bébé. 


Dessiné par Patricio Angel Delpeche, un Argentin, ce gros livre de 112 pages a des airs de Mad Max au féminin. Beaucoup de combats, du sang à gogo, des morts à foison et un petit espoir pour l’avenir de l’Humanité, même si le bébé de la fougueuse Larkia est plus une menace qu’un futur joyeux.  

« Larkia », Glénat, 19,95 €

mardi 28 juillet 2026

BD - Procès religieux


Si l’on en croit la préface signée du scénariste, JD Morvan, cette série en trois tomes a mis bien des années avant d’être réellement lancée. Un problème de dessinateur réglé avec l’arrivée de Scietronc, Rémois comme Morvan. 

Le moine mort est un récit d’héroïc fantasy qui ressemble plus à une pièce de théâtre qu’à une saga. Un moine meurt et laisse dans sa cellule un livre où il raconte le combat de sa vie. 


Il a tenté de faire innocenter un simple d’esprit capturé par hasard sur un champ de bataille. Il est question d’hérétiques, de justice, divine et expéditive. 

Malgré le minimum de décors et d’action, Scietronc parvient à sublimer l’histoire avec des flash-back et une grande science de la mise en scène. Un récit « surprenant », comme le décrit Morvan, très éloigné des sentiers battus de la fantasy.   

« Le moine mort », Glénat, 13,90 €

mercredi 22 juillet 2026

BD - Le mafieux évolue


Les truands d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec les grands voyous du passé. Ce roman graphique écrit par Loulou Dedola, par ailleurs auteur compositeur lyonnais, dessiné par le Sicilien Lelio Bonaccorso, raconte la trajectoire violente et semée d’embûche de Giacomino surnommé le Sarde.


Il règne sur le trafic de drogue à Lyon et n’hésite pas à attiser les tensions entre bandes pour mieux contrôler la situation. Passionné de foot, il fait aussi dans les paris truqués et vient de découvrir un jeune surdoué du ballon rond. Mais en l’aidant (le jeune et sa mère, belle et célibataire), il rompt son premier principe de vie qui consiste à ne jamais avoir de moyen de pression contre lui. 

Cela finit assez mal, comme toutes les histoires de gangsters. Ça, cela ne change pas quelle que soit l’époque. 

« Le Sarde », Glénat, 19 €

lundi 6 juillet 2026

BD - Se méfier du petit "Pépère" bordelais


Il ne paye pas de mine le Pépère imaginé par Emmanuel Moynot. Un petit retraité solitaire, quasi invisible après des années derrière un guichet de la Poste. Dans son petit pavillon, avec jardin à l'arrière, il vit un peu comme il y a 40 ans. Quand il vivait avec sa vieille mère acariâtre. Le décor aussi n'a pas changé. Vieux papier peint, meubles en formica… Dans la cave, Bordeaux oblige, quelques bonnes bouteilles. Il y a aussi quelques trous rebouchés. Le Pépère a la mauvaise habitude de trucider ses semblables puis de les enterrer, en toute discrétion dans cette cave toujours fermée à double tour. Tueur en série, le Pépère passe sous les radars de la police depuis des années. 


Tout a commencé quelques mois après la mort de sa mère. La représentante d'une agence immobilière a la mauvaise idée de sonner chez l'orphelin, de visiter la maison en critiquant tant et plus et lui conseille de vendre rapidement car un immeuble est en projet derrière le jardin. Elle finit empalée sur un porte-manteau. Un accident… Mais étonnamment le Pépère apprécie et quelques mois plus tard c'est une collègue un peu trop entreprenante qui termine dans la cave sous 15 centimètres de terre.

Portrait sombre d'une vie minable qui se suffit de peu, ce roman graphique, débute comme une critique sociale est continue dans le registre du polar noir et sans concession. A la misère du Pépère, vient se greffer celle de Vanessa, droguée, SDF et prostituée occasionnelle. Le Pépère, elle le croise souvent dans la rue. Il est gentil avec elle. Lui donne parfois une pièce. C'est quand elle tombe sous la coupe de Sacha, sorte de punk à chien (sans chien) vivant dans l'épave d'une caravane que le Pépère change de statut. Pourquoi ne pas profiter de sa gentillesse ? S'installer chez lui et dérober ses économies ? Deux petits voyous chez un grand méchant, la suite s'éloigne résolument de la comédie sentimentale à dominante rose. 

Une noirceur implacable, bonifiée par le dessin sombre de Moynot retrouvant son propre style en s'éloignant de celui de Tardi, adopté quand il a repris les aventures de Nestor Burma. Une excellence dans la "noirceur, la drôle, la tragique, la pathétique", saluée dans la préface de Pascal Rabaté, autre expert dans la description de la vie des humbles.

"Le pépère", Glénat, 80 pages, 19 €


vendredi 3 juillet 2026

BD - Flânez dans le Port de la Lune avec François Ayroles


Si vous avez un jour acheté le journal Sud-Ouest à Bordeaux, vous aurez certainement remarqué une petite rubrique dans les pages locales joliment titrée "Le piéton…". Un petit écho sur la ville, entre billet d'humeur, réflexion sur le devenir de la cité ou anecdote sur un habitant.

Les éditions Glénat ont repris cette appellation pour une collection de BD signées des meilleurs auteurs. Deux premiers titres sont disponibles, Lyon par Didier Tronchet et Bordeaux, ville de résidence de François Ayroles. Dans ce titre, la longue balade dans le Port de la Lune débute gare Saint-Jean. Le point de départ des milliers de visiteurs de la capitale d'Aquitaine au riche passé. Ayroles se met en scène devant les monuments et autres originalités cachées de cette ville qu'il semble connaître (et aimer) parfaitement.


Une promenade savante qui a son côté loufoque grâce aux interventions de son compagnon : un brave chien aux réparties souvent cinglantes. Cela adoucit le côté didactique de l'ensemble. Notamment dans les premiers chapitres, très historiques et architecturaux, de Saint-Michel à Saint-Pierre, noms des quartiers du centre. Mais Bordeaux ce n'est pas que du passé glorieux, ce sont aussi des œuvres d'art en plein air (de la soucoupe volante à la Cité du vin) et des quartiers modernes comme Mériadeck. Des zones vertes aussi comme le superbe Jardin public ou l'aménagement de la Rive Droite avec l'ouverture du nouveau pont Chaban-Delmas.

On appréciera aussi les nombreuses références à l'origine de la fortune de plusieurs familles bordelaises : pas le vin mais la traite des esclaves. Il faut parfois explorer son passé et reconnaître certaines erreurs avant d'accepter son héritage.

"Le piéton de Bordeaux", Glénat, 152 pages, 20 €


mercredi 18 février 2026

BD - Le dépisteur remue un passé trouble


Suite et fin de la quête de Samuel, un "dépisteur" chargé de retrouver une petite fille disparue depuis dix ans. L'action se déroule en 1951 à Saint-Cirq-Lapopie, petit village du Lot. Dans cette campagne typique, il y a dix ans donc, un couple de juifs, acculé par l'occupant allemand, a confié sa fillette âgé d'un an, à une famille française. La cacher avant la déportation vers les camps de la mort. Ces endroits maudits où Samuel a passé de longues années. Un survivant, ancien scout, qui décide de se mettre au service des familles à la recherche de ces enfants cachés, oubliés. 


Le scénariste de ce diptyque historique, Antoine Ozanam, en a confié la réalisation graphique à Marco Venanzi, dessinateur réaliste dans la veine de Juillard.  Le premier tome montrait le dépisteur arriver dans le village et se heurter au silence des habitants. Comme si parler de l'enfant caché en 1941 faisait ressortir tous les cauchemars enfouis de ces mauvaises consciences. 

Malgré ce mur du silence, Samuel va retrouver la trace de la fillette. Et de son funeste sort. Il va alors sortir de son rôle de simple dépisteur. Dans ce second tome, à la tension implacable, il est pris en chasse par la police. Il croisera la route de quelques bonnes âmes. Comme le facteur, au courant de tous les mensonges. 

Cette BD, en ces temps de volonté délibérée d'oubli (voire de remise en cause) des exactions de l'occupant nazi et des collaborateurs français, apporte une petite note d'espoir. Même si on comprend qu'hier comme aujourd'hui, être antifasciste est souvent le chemin le plus compliqué et risqué dans une société penchant de plus en plus à droite.      

"Le dépisteur" (tome 2/2), Glénat, 56 pages, 15,50 €


dimanche 11 janvier 2026

BD - Donald, incontournable héros Disney


Si Mickey représente la partie "sérieuse" de l'univers imaginé par Walt Disney, Donald endosse sans problème le côté loufoque et baroque. Dans ce recueil collectif, le palmipède colérique et gaffeur se retrouve héros d'une dizaine d'aventures parues entre 1943 et 1988 sous diverses signatures dont celle, obligatoire, de Carl Barks. Barks est incontournable car c'est véritablement lui qui a posé les jalons de la personnalité de Donald, comme il a par la suite transformé l'Oncle Picsou en vénérable héros à part entière. Les sept premières histoires courtes de ce gros album de plus de 200 pages sont de sa main. Dont la toute première, "Des couacs et des crôôôas" (avril 1943) mettant aux prises notre pauvre héros avec un trio de corbeaux particulièrement retors. Il jette les bases, dès ce premier scénario, du monde de Donald, l'acariâtre, sauvé par des neveux futés. 


Par la suite, les personnages Disney ont été animés par différents auteurs un peu partout dans le monde. Dont de nombreux Italiens dont Giorgio Cavazzano qui en 1978 propose une version graphique plus dynamique de notre canard préféré. Il bénéficie en plus d'un complément tout aussi comique que lui avec Popop. 

Cette nouvelle collection Disney chez Glénat propose donc le meilleur des productions dessinées d'une marque mondiale. Avec un personnage en vedette à chaque fois et un texte de présentation revenant sur l'histoire, sa date et lieu de première parution et un portrait de l'artiste aux manettes. Donald donc, après Mickey et Picsou. Les prochains titres sont annoncés pour le printemps.      

"Les âges d'or de Donald" (tome 1), Glénat, 216 pages, 19 €


jeudi 8 janvier 2026

BD - Une "Frangipane" compliquée à digérer


Ce roman graphique aurait fait un bon film français, dans le genre comédie grinçante. Hervé Bourhis y a certainement pensé en l'écrivant puis en prenant Jean-Pierre Bacri pour modèle quand il couche sur papier le personnage principal. Jérôme est un de ces arrogants qu'on aime détester. A la tête d'une start-up, il est en permanence en train de se plaindre. De tout et de rien.  Sans jamais prendre conscience que le plus pénible dans l'affaire, ce sont ses jérémiades incessantes. 

Il a quitté Paris pour le traditionnel et sacré (dans la famille) week-end de l'épiphanie. Deux jours où tous se retrouvent dans la maison du père, à Bordeaux. Tous, ce sont le père, veuf, devenu mutique sans explication, sa fille Adèle, célibataire, homosexuelle, gauchiste, idéaliste et son fils, Jérôme donc, père de Cerise, sage adolescente, la seule véritablement contente de revoir son grand-père gâteux qui prend les traits d'un autre grand disparu du cinéma français, Michaël Lonsdale. 


Pour le repas du dimanche, il faut trouver une galette des rois à la frangipane. Une course au dessert se transformant rapidement en quête du Graal. Premier problème, pénurie d'amandes à cause de la guerre en Ukraine. 

Second souci, la frangipane n'est pas très prisée à Bordeaux qui tire les rois grâce à une couronne briochée truffée de morceaux de fruits confits. Une hérésie culinaire selon Jérôme, toujours prompt à délivrer des avis tranchés, rarement étayés, mais toujours considérés comme la vérité vraie par cet homme pressé. Une fois le décor planté et le fil rouge dévoilé, place à la progression de l'intrigue. Hervé Bourhis imagine une compétition entre le frère et la sœur. Lequel des deux sera le plus efficace dans la recherche de la galette à la frangipane ? Une compétition rendue encore plus difficile à cause des événements sociaux qui déchirent la France. Grèves, manifestations, charges des CRS… 

Une situation quasi insurrectionnelle qui rappelle les bons souvenirs à Jérôme. Car avant de devenir l'homme aigri de droite, adepte du capitalisme sauvage, il a été étudiant révolutionnaire, agitateur, prêt à faire le coup de poing contre les forces de l'ordre ou les groupes d'extrême droite. L'auteur apporte ainsi un peu d'humanité à cet homme qu'on devine malheureux. D'ailleurs sa femme, la mère de la si gentille Cerise, ne descend pas à Bordeaux le dimanche, Jérôme avouant finalement qu'ils sont sur le point de se séparer. 

Entre comédie sociale, études de mœurs, précis de civilisation française et reportage érudit sur les traditions culinaires de la province, ce "Frangipane" est en puissance un excellent scénario de film. C'est trop tard, mais il aurait été parfait pour Jean-Pierre Bacri à qui la BD est dédiée.     

"Frangipane", Glénat, 88 pages, 19 €

mercredi 8 octobre 2025

BD - Picsou peut devenir le capitaliste le plus marrant de la planète


Depuis que les éditions Glénat ont passé un accord avec la licence Disney, les grands noms de la BD ont la possibilité de s’approprier ces personnages mythiques (Mickey, Donald, Picsou), pour les embarquer dans des aventures radicalement différentes des récits parfois un peu formatés. Une nouvelle fois, Kéramidas se frotte à cet univers graphique qu’il connaît et apprécie particulièrement. Un Mickey, un Donald et cette fois, avec Jul au scénario, il s’attaque au plus grand capitaliste de tous les temps, l’abominable Picsou. 


Le milliardaire, avare au possible, est en pleine déprime. Il n’est plus l’homme le plus riche du monde. Un inconnu, Carsten Duck, en quelques semaines, lui a chipé le trône. Une fortune colossale mais virtuelle puisqu’elle est constituée de bit-coincoins. Picsou va vouloir investir dans cette crypto-monnaie. Mais c’est plus compliqué qu’il n’y paraît et les revers de fortune sont rapides et radicaux. 

Sur une thématique moderne et actuelle, les deux auteurs signent une BD finalement très politique. Avec message caché contre un certain modernisme et les apparences trompeuses. 

Le meilleur reste cependant le déferlement de jeux de mots et caricatures des travers de notre société actuelle. Les Castors juniors deviennent de redoutables influenceurs, Picsou héros de téléréalité… Le tout dessiné par un Kéramidas parfait dans l’interprétation du trait Disney tout en y insufflant son style.  

 “Picsou et les bit-coincoins”, Glénat, 48 pages, 11,50 € (il existe une éditions collector grand format de 56 pages à 17,50 €) 


samedi 6 septembre 2025

BD - Les dangers de la délinquance, du net vers l’“IRL”


On trouve à peu près de tout sur les nouvelles plateformes de vente du net genre Shein ou Temu. Le “à peu près” n’est plus de mise sur le dark web, ce net caché, souterrain, là où la loi n’existe plus. Un sujet souvent abordé dans les polars contemporains et qui est au centre de ce gros roman graphique écrit par Mark Eacersall et Henri Scala et dessiné par Jérôme Savoyen. 

La différence avec cet ouvrage, c’est la seconde signature du scénario. Henri Scala est commissaire de police depuis 20 ans. Il a travaillé dans tous les services, de la police du quotidien aux gros dossiers criminels. Sa connaissance de la délinquance numérique est particulièrement importante dans cette histoire de jeune fille un peu trop douée avec les codes et attirée par l’interdit. Roxane est en terminale. Elle passe beaucoup de temps sur son téléphone portable. 


Mais contrairement à ses collègues de classe (pas amies, Roxane est solitaire), ce ne sont pas les dernières idioties de TikTok ou Snap qui l’accaparent. Elle est un intermédiaire entre des vendeurs du dark web et des acheteurs. Elle a un pseudo, met en contact des gens qui ne se connaissent pas. Et n’auront jamais la moindre interaction l’un avec l’autre. Un rôle pivot stratégique dans cette nouvelle économie de l’ombre. 

Tout est sous contrôle, les rentrées d’argent conséquentes jusqu’au jour où un client, pour finaliser une transaction, réclame de la rencontrer IRL, in real life, dans la vraie vie… 

Cette descente aux enfers de la jeune fille, on la suit avec angoisse directement à ses côtés mais aussi avec la policière spécialisée dans ce genre de délits et qui piste sur le réseau l’avatar virtuel de Roxane depuis quelques mois, persuadée qu’elle va forcément faire une erreur. 

Un véritable polar rondement mené, dense, avec de multiples rebondissements, vrais méchants, faux gentils et des flics trop souvent impuissants (et trop peu nombreux), face à un mouvement d’ampleur. Édifiant.   

“IRL (In Real Life)”, Glénat, 208 pages, 23 €