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jeudi 8 janvier 2026

BD - Une "Frangipane" compliquée à digérer


Ce roman graphique aurait fait un bon film français, dans le genre comédie grinçante. Hervé Bourhis y a certainement pensé en l'écrivant puis en prenant Jean-Pierre Bacri pour modèle quand il couche sur papier le personnage principal. Jérôme est un de ces arrogants qu'on aime détester. A la tête d'une start-up, il est en permanence en train de se plaindre. De tout et de rien.  Sans jamais prendre conscience que le plus pénible dans l'affaire, ce sont ses jérémiades incessantes. 

Il a quitté Paris pour le traditionnel et sacré (dans la famille) week-end de l'épiphanie. Deux jours où tous se retrouvent dans la maison du père, à Bordeaux. Tous, ce sont le père, veuf, devenu mutique sans explication, sa fille Adèle, célibataire, homosexuelle, gauchiste, idéaliste et son fils, Jérôme donc, père de Cerise, sage adolescente, la seule véritablement contente de revoir son grand-père gâteux qui prend les traits d'un autre grand disparu du cinéma français, Michaël Lonsdale


Pour le repas du dimanche, il faut trouver une galette des rois à la frangipane. Une course au dessert se transformant rapidement en quête du Graal. Premier problème, pénurie d'amandes à cause de la guerre en Ukraine

Second souci, la frangipane n'est pas très prisée à Bordeaux qui tire les rois grâce à une couronne briochée truffée de morceaux de fruits confits. Une hérésie culinaire selon Jérôme, toujours prompt à délivrer des avis tranchés, rarement étayés, mais toujours considérés comme la vérité vraie par cet homme pressé. Une fois le décor planté et le fil rouge dévoilé, place à la progression de l'intrigue. Hervé Bourhis imagine une compétition entre le frère et la sœur. Lequel des deux sera le plus efficace dans la recherche de la galette à la frangipane ? Une compétition rendue encore plus difficile à cause des événements sociaux qui déchirent la France. Grèves, manifestations, charges des CRS… 

Une situation quasi insurrectionnelle qui rappelle les bons souvenirs à Jérôme. Car avant de devenir l'homme aigri de droite, adepte du capitalisme sauvage, il a été étudiant révolutionnaire, agitateur, prêt à faire le coup de poing contre les forces de l'ordre ou les groupes d'extrême droite. L'auteur apporte ainsi un peu d'humanité à cet homme qu'on devine malheureux. D'ailleurs sa femme, la mère de la si gentille Cerise, ne descend pas à Bordeaux le dimanche, Jérôme avouant finalement qu'ils sont sur le point de se séparer. 

Entre comédie sociale, études de mœurs, précis de civilisation française et reportage érudit sur les traditions culinaires de la province, ce "Frangipane" est en puissance un excellent scénario de film. C'est trop tard, mais il aurait été parfait pour Jean-Pierre Bacri à qui la BD est dédiée.     

"Frangipane", Glénat, 88 pages, 19 €

vendredi 14 août 2009

Parfois, la BD sert à dépasser tous les tabous

La bande dessinée sait sortir de son carcan pour exploiter quelques références. Que cela soit l'œuvre de Boris Vian, les romans de la Série noire ou les westerns spaghettis, ces trois albums permettront aux lecteurs d’élargir leur horizon.

L’adolescence, période difficile à vivre, devient un véritable rêve éveillé quand on trouve sa voie. "Thomas ou le retour du Tabou" d’Hervé Bourhis retrace le parcours d’un collégien au moment où il se désintéresse des dessins animés découvrant que certains livres peuvent être passionnants. Il débute avec L’écume des jours de Boris Vian puis embraye avec une biographie de cet écrivain rebelle. Thomas prend le pari de refaire vivre l’ambiance du cabaret le Tabou. Une histoire toute en finesse, abordant les problèmes de l’art, de l’amitié et de l’émancipation par rapport aux parents. Un album qui a reçu en 2002 le prix René Goscinny du scénario. (Les Humanoïdes Associés, 12,35 €)

Ambiance très littéraire également dans "Le Choucas met le feu aux poudres", cinquième titre de la série écrite et dessinée par Lax. Le héros, détective privé vénérant la collection de la Série Noire, se trouve cette fois aux prises avec une maison d’édition voulant profiter de la période électorale pour faire des bénéfices substantiels en discréditant la République. Situations épiques, personnages secondaires cocasses, analyse critique de notre société : cette série a tout pour plaire. (Dupuis, 8,99 €)

De l’hommage à la parodie il n’y a qu’un pas que Curd Ridel (scénario) et Dav (dessin) franchissent allégrement en signant "Django Renard", série de gags brocardant les westerns spaghettis. On retrouve dans cette BD animalière Django, malicieux et débrouillard et Teddy Beer, force de la nature marchant dans l’ombre de Django mais qui n’a pas inventé la poudre. (Bamboo, 8,99 €)