mercredi 21 février 2018

Cinéma - "Moi, Tonya" ou le monde impitoyable de la glace

LE FILM DE LA SEMAINE. La vie tumultueuse de la patineuse artistique Tonya Harding sur grand écran


Elles sont sublimes, virevoltent sur la glace, sont l’incarnation de la beauté et de la grâce. Les patineuses artistiques, de tout temps, ont symbolisé la parfaite adéquation entre vitesse et virtuosité. Quand une certaine Tonya Harding a commencé à briller sur les patinoires des USA, le monde fermé et sélect de cette discipline olympique a frémi.


Tonya est puissante, rapide et d’une rare dextérité dans les figures les plus compliquées. De la graine de championne. Seul problème : c’est une fille du peuple, aux manières peu appréciées par les jurés, confits dans leurs certitudes d’une autre époque. Il faut qu’elle place la barre très haut (elle est la première Américaine à réaliser un triple axel), pour gagner sa place dans l’équipe olympique. Un conte de fée. Pas tout à fait car Tonya Harding a dû endosser le costume de sorcière, devenant une des femmes les plus détestées des USA.

■ Enfant brimée

Ce destin incroyable est devenu un film sous la baguette de Craig Gillespie. Et pour interpréter Tonya, il a trouvé l’actrice idéale avec Margot Robbie. Même si elle fait un peu plus que l’âge de la vé- ritable Tonya au moment des faits, elle a parfaitement retrouvé les attitudes et manières de cette fille rustre, issue d’un milieu modeste. Pas gâtée par la vie. Un père absent, une mère d’une rare méchanceté, qui a parfois levé la main sur cette fillette si gracile sur des patins.

Devenue adulte, Tonya a continué dans les brimades en se jetant dans les bras du premier venu, Jeff (Sebastian Stan) surnommé Moustache et lui aussi avec la main leste. Malgré cet environnement hautement hostile, Tonya arrive au sommet. Mais dans sa lutte contre l’autre vedette US de la discipline, Nancy Kerrigan, elle va recevoir l’aide de son mari et de ses amis bras cassés. Au début il fallait l’intimider par des lettres. Cela se transforme en agression avec cassage de genoux… La police fait rapidement le lien et Tonya est accusée d’avoir fomenté l’agression.

Entre interview post-agression et reconstitution de la vie de Tonya, le film oscille du tragique au comique. Un biopic, parfois hilarant donc, mais assez spécial car tous les protagonistes sont encore de ce monde. Dont Tonya Harding qui a validé le scénario et qui dé- sormais est retirée dans une petite ville, presque incognito, se consacrant à son fils.

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Deux bras cassés et une mère ignoble

Le film sur Tonya Harding est relativement indulgent envers la patineuse. Talentueuse. Personne ne le conteste. Colérique. Une évidence. Mais pas si méchante que cela au final. En retraçant son enfance, elle est décrite comme une enfant malheureuse, manquant d’amour, ne s’accomplissant que sur ses patins à glace.

La seule et grande faute de Tonya Harding aura été de mal s’entourer. D’abord de sa mère, méchante, carrément ignoble. Interprétée par une méconnaissable Allison Hanney, LaVona Harding est la mégère type. Elle a fait fuir le père de Tonya et ne cesse de rappeler à sa fille qu’elle est nulle et que sans son argent, jamais elle n’aurait pu arriver à ce niveau. Mauvaise pioche aussi quand Tonya tombe amoureuse de Moustache.


Ce dernier, entouré d’amis d’une bêtise crasse, sera condamné à de la prison ferme pour l’agression de Kerrigan. Une idée de Shawn, mythomane absolu, obèse et prétentieux, vivant chez ses parents et se prétendant expert en contre-espionnage. Un rôle en or pour Paul Walter Hauser, de loin le plus comique (et pourtant parfaitement réaliste) de cette histoire rocambolesque.



➤ « Moi, Tonya » biopic de Craig Gillespie (USA, 2 h 00) avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan

dimanche 18 février 2018

BD - Leda Rafanelli, l’enragée


Figure de l’anarchisme italien, Leda Rafanelli a eu une vie incroyablement dense. Sa chance, c’est d’avoir été formée comme typographe dès son adolescence. À la fin du XIXe siècle, rares sont les femmes sachant lire et écrire. Grâce à son métier, elle comprend le monde, les relations sociales et se forge une conscience politique. Elle sera anarchiste, écrivain et éditrice. Elle participe aux grands mouvements ouvriers du jeune royaume d’Italie, milite activement pour propager les idées anarchistes. Elle côtoiera les plus grands penseurs de ce mouvement. Et contribuera régulièrement à son évolution. Ainsi elle deviendra anarchiste individualiste, s’éloignant d’un collectivisme socialiste d’où elle fera la connaissance de Mussolini. Le dictateur fasciste, avant de prendre le pouvoir en 1922, a longtemps été le plus grand des orateurs de gauche, dirigeant le principal journal d’opinion du pays.

La BD dessinée par Sara Colaone n’occulte pas ces moments troubles de la vie de Leda. En plus d’être la maîtresse du futur Duce, elle devient musulmane, fascinée par l’Afrique et plus particulièrement l’Égypte. Devenue trop sulfureuse, elle a terminé sa vie comme cartomancienne à Gênes, ne publiant que sous pseudonyme.

➤ « Leda Rafanelli, la gitane anarchiste », Steinkis, 20 €

Polar - Navigation mortelle

Retour aux sources pour la Série Noire de Gallimard. Ce roman de Caryl Férey est « noir de chez noir ». Cela commence par le naufrage d’un voilier. Cela continue par le naufrage d’un homme, le « héros », McCash, rattrapé par sa folle jeunesse. Il vient d’apprendre qu’il a une fille, Alice, préado compliquée. Or, McCash n’est pas fait pour vivre en couple. Encore moins en famille : « Il avait grandi comme ça, sans amour, sans tuteur, sans rien. Il ne pouvait pas s’occuper de sa fille, même pas de lui. »

C’est la troisième aventure de ce héros atypique et une fois refermé le livre (qui parle de réfugiés, de navigation de plaisance, d’Angélique son amour perdu et de sa sœur Zoé, la lionne), on n’a qu’une envie : le retrouver et partager une soirée alcoolisée sur fond de Clash et de Nick Cave.

➤ « Plus jamais seul » de Caryl Férey, Série Noire Galimard, 19 €. Vient de paraître en Folio Policier « Condor », 8,30 €

samedi 17 février 2018

BD - Dagsson, l’horrible Islandais

Pour certains, les limites n’existent que pour être franchies. Un désir permanent et très fort de ne surtout pas se contenter de bien-pensance ou de politiquement correct. Dans la vie de tous les jours, ces originaux sont peu nombreux. Mais dans le monde de l’humour, on dirait que c’est une condition essentielle pour une certaine reconnaissance. Dans cette tribu de fous furieux de la punchline extrême, le maître absolu est Islandais. Dagsson de son petit nom, a débuté par publier ses petits dessins d’humour sur le net. Graphisme minimaliste, deux bulles de textes et bienvenue au pays du trash.

Petit exemple, parmi les plus softs : un homme et une femme se préparent à sortir. « Chérie, tu es prête pour notre réunion des anciens ? » « Je vérifie que j’ai bien tout. Mon sac, le téléphone, les clés de la maison, un plein tube d’arsenic... On y va. » Dans l’Indépendant, on ne peut évidemment pas reprendre les pires gags. Il en va de la santé mentale de nos lecteurs. Les enfants, notamment, sont des sources d’inspiration infinies pour Dagsson. Impossible de raconter ce qu’il leur fait subir. Mais visiblement, il ne les aime pas spécialement. Ou d’un amour haine destructeur.

Un cadeau idéal si vous avez un message radical à faire passer à quelqu’un que vous ne supportez plus.

➤ « Et vous trouvez ça drôle ? », Vraoum, 176 pages, 12 €

vendredi 16 février 2018

De choses et d'autres - Les ados passent au papier

Les ados ne lisent plus. Du moins, ils ne lisent plus de presse papier. Tout pour le net et les réseaux sociaux. Alors pourquoi lancer « Webuzz » un magazine (100 pages, 3,95 €) destiné à ces mêmes ados captivés par les nouvelles technologies, notamment les Youtubeurs ? Peut-être tout simplement pour accomplir une compilation historique avant la lettre.
Dans quelques siècles, quand tous les disques durs contenant les exploits des Norman, Andy et autres Cyprien seront effacés, obsolètes et démagnétisés, dans un placard au fond d’une maison de campagne qui n’a jamais été raccordée à la fibre, on retrouvera cette revue, aux pages un peu jaunies certes, mais qui resteront le dernier témoignage des stars du début des années 2000.
De nos jours, on s’esbaudit devant de vieux exemplaires de « L’illustration » avec gravures d’époques. Et les célébrités du siècle dernier ont sombré dans l’anonymat. Ce qui ne manquera pas d’arriver aux stars du web actuelles. D’autant que « Webuzz » donne des conseils pour « cartonner avec ta chaîne » (YouTube). À moins que la revue ne soit en réalité destinée uniquement aux parents. Enfin, ils vont comprendre le jargon de leur progéniture. Il y a même un quizz destiné aux vieux (toute personne majeure pour ce genre de public), histoire de les tester et surtout de « rire un bon coup à leurs dépens ! »
Non seulement on ne comprend rien à ce qu’ils racontent, mais in fine c’est pour se moquer de nous. Jeunes, connectés et méchants en plus ! 

jeudi 15 février 2018

De choses et d'autres - Au royaume de la seconde main

Rien de plus gai que de passer son mercredi matin dans les locaux d’Emmaüs. Après trois journées de fermeture, vous êtes certain de trouver nombre de nouveaux objets récupérés, nettoyés, réparés et revendus à un prix défiant toute concurrence, même sur les vide-greniers. Plaisir doublé si l’on a un peu d’imagination.

Je me rends toujours en priorité au rayon des revues. Je feuillette un lot de Picsou Magazine de 2008 (dix numéros pour 3 €) et me retrouve instantanément à côté de ce gamin qui, il y a dix ans, passait ses journées pluvieuses à rire des gaffes de Donald et des trouvailles de ses neveux allongé sur son lit une place. Aujourd’hui il profite d’un lit double. Il y a peut-être découvert l’amour hier lors de la Saint-Valentin.

A côté, une superbe psyché attire les regards. Les femmes regardent autant leur silhouette que l’objet. L’une d’entre elles s’y est scrutée durant des années, observant au jour le jour les signes de l’âge que le temps lui infligeait. Jusqu’à ne plus supporter cette image que le miroir lui renvoyait. Un coup de fil à l’association et adieu rides, cheveux blancs et seins flétris. Une jeune s’y admirera car la pièce, pour cette somme dérisoire, a vite trouvé preneuse.

Au rayon jouets, de vieilles figurines de dessins animés obsolètes prennent la poussière. Tout comme les dizaines de verres ou vases dans le local réservé aux bibelots. Je déambule dans les travées, caresse les touches usées d’un piano droit désaccordé, ouvre un massif buffet de cuisine, comme pour espérer y trouver une boîte emplie des secrets des précédents propriétaire, actionne le frein d’un vieux vélo et m’assieds dans un canapé d’angle.

De ces objets qui ont parfois vécu mille vies, je tente d’en retirer un peu de cette expérience qui souvent me fait défaut. 

mercredi 14 février 2018

Cinéma - Adolescente branchée avec le Ciel


Comment, dans un monde de plus en plus connecté, trivial et factuel, peut-on encore croire en Dieu ? Comment faire passer un message de paix, d’amour et de solidarité alors que partout sur la planète, au nom de ce Dieu, unique mais aux visages différents, des hommes assassinent tous ceux qui n’adhèrent pas à leur vision ?

Plus qu’une réflexion sur la religion, « L’apparition » de Xavier Giannoli interroge sur le mystère de la foi. Pour faire passer ce scepticisme, il utilise un personnage incontestable : le journaliste de guerre. Vincent Lindon incarne cet homme, habitué à la violence, aux injustices. Jacques a lui-même été touché dans sa chair. En reportage en Syrie, en plein conflit, il a vu mourir son photographe dans un attentat.

■ Marketing miraculeux

De retour en France, il voudrait reprendre le travail, oublier, repartir sur le front. Mais son journal et ses médecins le lui interdisent. Ainsi quand il reçoit un mystérieux coup de fil d’un haut responsable du Vatican, il se rend sur place et comprend que sa sincérité, son objectivité, son professionnalisme, peuvent aussi servir à autre chose. Il est intégré à une enquête canonique chargée de déterminer si une adolescente, novice dans un couvent des Alpes, a bien vu la Vierge Marie.

Le film est découpé en chapitres, et se déroule dans trois lieux bien distincts. La Syrie, le Vatican et ce village des Alpes devenu lieu de pèlerinage. Trois ambiances opposées, comme pour montrer la diversité de notre monde. Sec et affamé au Moyen Orient, secret et comploteur dans les vieux murs de Rome, enthousiaste et mercantile sur les pentes de cette prairie où la Vierge Marie serait apparue à Anna (Galatea Bellugi).

Un film moins ambitieux se serait contenté de l’histoire en France. Mais pour comprendre, ou du moins avoir un embryon d’avis, le réalisateur se refusant à donner des clés ou un avis tranché, il faut avoir conscience de cette complexité. On est porté par la ferveur de la jeune Galatea Bellugi, contrainte à se justifier face à des sceptiques. Elle raconte ses apparitions et se sent obligée de dire, en tête à tête avec Jacques : « Je ne suis pas une menteuse ».

Alors il va chercher, refaire la vie de cette enfant née sous X, ballottée de famille d’accueil en foyer. Jusqu’à sa rencontre avec un curé, ses visions et sa volonté de donner sa vie à Dieu. Reste toute l’exploitation mercantile autour de la jeune novice. Comment Dieu permet-il cela ? Mais cela empêche-t-il la sincérité d’Anna ? Jacques va tenter de comprendre. La foi d’une jeune fille, mais aussi les tourments d’une adolescente.

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Galatea Bellugi : « Une évidence, un don du ciel »

Le film de Xavier Giannoli s’appuie sur ses deux acteurs principaux. Si plus personne ne doute des qualités de comédien de Vincent Lindon, il livre une performance particulièrement convaincante, tant en reporter de guerre miné par les regrets (il a l’impression d’avoir abandonné son photographe) qu’en « sceptique » de service, chargé de débusquer la vérité en interrogeant Anna. Pas évident par contre de trouver une jeune actrice capable d’endosser le rôle de cette dernière. Dans ses notes de production, le réalisateur explique comment il a débusqué cette perle rare : « J’ai vu des centaines de visages… et puis celui de Galatea Bellugi, que je ne connaissais pas. Il y a eu une évidence claire et sereine. J’ai regardé ses essais où Anna raconte son apparition et il était tout simplement impossible d’imaginer qu’elle était en train de jouer, de mentir. Ses regards, ses gestes, le grain de sa voix, tout conférait une saisissante réalité à ce qui est pourtant un récit incroyable. Il y avait même quelque chose qui avait à voir avec la folie tant elle semblait calmement croire à ce qu’elle racontait. » Belle, authentique, capable de basculer quand le scénario l’exige, Galatea Bellugi marque ce film de sa grâce, de sa présence. Une composition dont Xavier Giannoli ne semble toujours être remis : « Elle est à la fois familière et insaisissable, tout ce dont peut rêver un metteur en scène. Sans doute un don du ciel. »

 ➤ L’apparition, drame de Xavier Giannoli (France 2 h 17) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao.

DVD et blu-ray - La Russie en manque d'amour

Parfois, certains films manquent de consistance. On sort de la salle (ou du visionnage chez soi quand il s’agit d’un DVD) avec l’impression que si le sujet est fort, l’œuvre n’est pas parvenue à le transcender. L’antithèse absolue des réalisations du Russe Andrey Zvyagintsev. Avec «Leviathan », il avait déjà impressionné. Son « Faute d’amour » place la barre encore plus haut. Et c’est avec justesse que le Jury du dernier Festival de Cannes lui a décerné son prix.

Un couple se déchire. La femme veut plus de liberté, le mari vivre avec sa jeune maîtresse, enceinte. Au milieu Alyosha, 10 ans. Ses parents, pour repartir sur de nouvelles bases dans leurs vies personnelles, sont prêts à le confier à une institution ou à sa grand-mère. Le gamin, réservé, timide, disparaît.

Que lui est-il arrivé ? La question est lancinante tout au long des deux heures du long-métrage, filmé froidement, les moments de tension amplifiés par la musique de Evgeni Galperin. Un chef-d’œuvre comme les autres créations de Zvyagintsev réunies dans un coffret.

➤ « Faute d’amour », Pyramide, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray

DVD - Quand les Iraniennes étouffent

La pollution comme un symbole. Une parabole pour expliquer comment la société iranienne, féminine essentiellement, étouffe de pratiques et d’habitudes issues d’un passé révolu. Alors que de plus en plus d’Iraniennes décident de se débarrasser du tchador au risque de finir en prison, le film de Behnam Behzadi reste sage sur ce point crucial.

Niloofar (Sahar Dolatshahi) ne le quitte jamais. Elle accepte cette contrainte. Par contre elle ne supporte plus d’être la seule dans la famille à devoir faire des sacrifices. Quand sa mère, malade, doit quitter la capitale trop polluée, son frère et sa sœur décident que c’est elle qui devra aller vivre avec elle dans le Nord. Pourtant, elle a un atelier de confection qui marche bien.

Sacrifier son travail sur l’autel de la famille ? Elle refuse. Le film, un peu trop bavard, explique sa radicale prise de conscience.

➤ « Un vent de liberté », Diaphana vidéo, 19,99 €

Cinéma - Une Belle, trois chiots et un méchant


Clovis Cornillac, en acceptant de réaliser le troisième volet de la saga de Belle et Sébastien (déjà remake du feuilleton télévisé de l’ORTF) y a vu un avantage essentiel à ses yeux : il n’aurait pas à diriger un des acteurs principaux, lui en personne. Dommage, doit-on constater au final car de tous les éléments du casting, il est nettement en dessous de la moyenne. À moins que cela ne soit la faute à son personnage, si caricatural, notamment par sa calvitie, la plus ridicule de toute l’histoire du cinéma.

Si l’on oublie ce détail (qui plombe quand même un bon tiers du film), on retrouve dans cette comédie familiale tout ce qui a fait le succès des précédents. Des montagnes enneigées, encore plus spectaculaires filmées de haut par des drones qui semblent glisser sur les pentes éclatantes de blanc et la chienne Belle, encore plus craquante avec ses trois chiots, comme si elle avait voulu agrandir sa première famille constituée de Sébastien (Félix Bossuet) et César (Tchéky Karyo).

■ Dangereuse fugue

Sébastien est tout à la joie du mariage de Pierre et Angelina, ses parents adoptifs. Mais ces derniers ont pour projet de refaire leur vie ailleurs, quitter cette montagne si rude. Sébastien, lui, ne voit qu’une chose : il risque d’être séparé de sa chienne.

Une crainte qui se concrétise encore plus vite quand Joseph (Clovis Cornillac) arrive dans la ferme de César au volant d’un engin à chenille et affirme que l’énorme berger des Pyrénées lui appartient, qu’il la recherche depuis des années et qu’il veut la récupérer. Avec sa progéniture tant qu’il y est... Pour les protéger, Sébastien fugue et affronte le froid de ces Alpes si dangereuses.

Le film pourra faire rêver les plus jeunes, même s’ils doivent être circonspects face à ces salles de classes du siècle dernier. L’ensemble est émouvant et se termine avec, paradoxalement, une ouverture pour une suite exotique. Pourtant ce 3e volet est vendu comme « Le dernier chapitre ». 

➤ « Belle et Sébastien 3 - Le dernier chapitre », comédie familiale de Clovis Cornillac (France, 1 h 30 avec Félix Bossuet, Tchéky Karyo, Clovis Cornillac.

mardi 13 février 2018

DVD et blu-ray - Dans « Mon garçon », Guillaume Canet joue dans l’inconnu

Pari cinématographique ambitieux, « Mon garçon» de Christian Carion est déroutant et un peu décevant. Ce thriller avec Guillaume Canet est un peu longuet par moments et surtout brouillon. Mais ces petits défauts sont inhérents à l’expérience tentée par le metteur en scène et scénariste. Car « Mon garçon » est unique en son genre dans sa conception. Une véritable prise de risque pour le réalisateur et l’acteur principal.

L’idée est aussi simple que casse-gueule. Le scénario n’est pas connu de Guillaume Canet quand il arrive sur les lieux du tournage dans les Alpes enneigées. Cinq jours de prises de vue, quasiment en improvisation pour la vedette. Si les autres acteurs ont un scénario clair, pour amener ce père à la recherche de son enfant disparu là où l’histoire doit se dénouer, il n’est pas du tout sûr que cela fonctionne. C’est là que l’on trouve les longueurs et parfois le côté brouillon de l’ensemble. Pourtant dans l’ensemble, tout se tient. Séparé de sa femme Marie (Mélanie Laurent) depuis quelques années, Julien (Guillaume Canet) a pré- féré son travail à son rôle de père. Il revient en urgence en France quand il est prévenu que son fils, Mathys, a disparu. En classe verte, il a visiblement été enlevé en pleine nuit. La gendarmerie n’écarte aucune piste mais privilégie l’enlèvement à la fugue. Même si l’enfant ne s’entend pas avec le nouveau compagnon de sa maman (Olivier de Benoist). Guillaume Canet est filmé par une équipe réduite, comme s’il menait véritablement l’enquête. Il part sur une fausse piste puis trouve enfin un élément probant.

La fin du film se déroule en grande partie dans les forêts environnantes puis un bâ- timent abandonné très angoissant. Une fois le film visionné, n’hésitez pas à regarder le making of (tourné après, comme dit Christian Carion, une enquête qui revient sur les lieux du crime) qui donne toutes les clés de la réalisation. Recherche des décors, choix des techniciens, impondérables climatiques, scènes fortes pas prévues au scénario : on comprend l’incroyable gageure que représentait ce film.

Après coup, Guillaume Canet se confie sur ses hésitations. Mélanie Laurent revient sur sa performance et Christian Carion, sans rien regretter, laisse entendre qu’il n’est pas prêt de ré- cidiver. 

➤ « Mon garçon », Diaphana, 16,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray

De choses et d'autres - Messages d'amour

Dans deux jours, les amoureux de toute la France vont se bécoter en toute impunité. La Saint-Valentin, fête mercantile pour certains, est avant tout une occasion unique de célébrer l’amour. Et mine de rien, on a bien besoin en ce moment de quelques câlins. J’en ai déjà parlé ici, mais je profite de l’occasion pour une nouvelle fois saluer l’initiative de ma commune. Accrochés au mobilier municipal, de gros cœurs de couleur rouge distillent des messages, souvent de jolis extraits de poèmes, autour de l’amour. Certains sont installés vierges de toute inscription. Aux locaux de profiter de cet espace pour faire passer leurs messages. Quelques déclarations enflammées (désormais tout le monde sait que Poupette est follement aimée par Ramon), mais aussi des phrases plus passepartout. 

Juste devant chez moi, un anonyme plein de bonnes intentions a repris ce classique « Je t’aimais, je t’aime, et je t’aimerai ». Simple mais incompréhensible quand on conjugue le premier verbe à l’infinitif, « Je t’aimer » ? Je raconte l’anecdote à une amie et me moque ouvertement de cet amoureux cancre en orthographe. Mais cette dernière ne retient que la beauté du message. « C’est un vers célèbre d’un poème connu. Du Baudelaire je crois ». Et de se plonger dans son smartphone pour vérifier si sa culture générale est toujours aussi bonne. Et là, c’est le drame... Elle éclate de rire en avouant, honteuse de sa méprise : « Non, c’est pas du Baudelaire... C’est le titre d’une chanson de Francis Cabrel »

Reste à savoir ce qui est le plus grave : commettre une faute d’accord ou confondre un des maîtres de la poésie française avec un chanteur de variété à accent ? Dans les deux cas, personnellement, ça me fait bien rigoler. Et puis on parle toujours d’amour non ? 

De choses et d'autres - Votre télévision cache peut-être un espion

Depuis quelques mois, comme beaucoup de Français, je me suis abonné à Netflix. Ma consommation télévisuelle a radicalement changé. Terminées les chaînes, les coupures pub et surtout les rendez-vous à heures fixes. On passe du statut de « zappeur » à celui de programmateur.

Au début, je me contentais de l’ordi ou de la tablette pour regarder les sé- ries. Depuis l’achat d’une télévision connectée à internet, c’est directement sur le grand écran haute définition que je savoure à haute dose les nouveautés de la plateforme.

Mais une anecdote découverte récemment m’a un peu refroidi. Netflix a fait savoir que ses services techniques, inquiets pour sa santé, ont contacté un client. Car le service vidéo sait exactement qui regarde quoi et à quel moment. Une spécialité de ces mastodontes mondiaux. Facebook espionne nos statuts, Google mémorise et analyse nos recherches, Netflix connaît en direct live le succès de ses centaines de séries. En constatant que cet abonné venait de regarder quasiment non stop en moins d’une semaine les 188 épisodes de «The Office », Netflix a réagi en lui envoyant un mail pour lui demander si ça allait.

Réponse courtoise de l’intéressé. Il profitait d’une semaine de vacances et comme il se sentait un peu déprimé, il est resté au fond de son canapé à se refaire l’intégralité de sa série préférée. Paradoxe de ces nouvelles technologies. On a le sentiment d’être plus libre, plus autonome. Mais ce n’est qu’une impression. Tout en restant chez vous, sans le moindre contact avec l’extérieur, à l’abri des regards, vous risquez de tout dévoiler au monde entier. Un commentaire Facebook, une recherche Google, quelques heures devant Netflix, pire que si vous vous mettiez tout nu place de la Concorde à Paris

De choses et d'autres - Là où Patrick Balkany fait une bonne touche

« Mon mari n’est pas un geek ». La déclaration sort de la bouche d’Isabelle Balkany, femme de Patrick, maire Les Républicains de Levallois-Perret, bombardé une nouvelle fois par les feux des projecteurs des réseaux sociaux. En cause une photo de la police municipale postée sur son compte Instagram. Pas les agents qui assurent la circulation à la sortie des écoles, non, ceux qui se prennent pour Rambo et posent, sourcils froncés, tenue de camouflage, arme à la main. Loin de rassurer, cette force de sécurité municipale angoisse plutôt. 

Mais pourquoi Patrick Balkany utilise-t-il ce cliché vraiment trop cliché pour louer ses policiers ? Justement, car il n’est pas un geek. A la base, selon sa femme, il reçoit cette photo des agents pour les vœux du service. Il veut la renvoyer en message privé à un ami. Son doigt ripe et voilà le tirage sur son compte public avec en bénéficiaires ses abonnés (et plus grâce au buzz). 

Les commentaires ne furent pas tendres : certains comparent la police municipale à une «milice », d’autres, plus méchants, décrivent les agents comme « les hommes de main du Parrain. » 

Loin de moi l’idée de vouloir faire un mauvais procès au maire, laissons-lui le bénéfice du doute. Qui n’a pas un jour commis une erreur en postant une photo sur un réseau social ou en envoyant un mail ? La photo honteuse de fin de soirée trop arrosée qui se retrouve sur son mur Facebook et qui, comme par hasard, remporte le plus de « like » de toutes nos dernières publications. 

Ou le mail incendiaire contre un collègue ou un parent, destiné normalement à un confident et qui se retrouve par inadvertance (ou manque d’expérience), dans une boucle où, pas de chance, se trouve justement la personne qu’on vient d’assassiner par écrit. Indulgence pour ces « non-geeks ». Sauf Balkany. 

De choses et d'autres - Chocolat pour tous les goûts

Maintenant que les promotions sur le Nutella ne seront jamais plus aussi intéressantes (Intermarché abandonne les rabais de 70%), les accros au sucre et au chocolat devront trouver des alternatives. Car mine de rien, elle coûte un bras, cette pâte à tartiner si populaire chez les jeunes (et moins jeunes). Le Nutella est une belle succes story, un peu à la Coca-Cola. Une marque devenue planétaire, avec une recette longtemps gardée secrète. Gras, on se doute que ça l’est. Mais c’est en été qu’on le visualise. Quand le mercure menace d’exploser le thermomètre (chose très fréquente sous nos latitudes), le mélange perd son unicité. Et une sorte de flaque d’huile fait son apparition en haut du pot. La fameuse huile de palme utilisée en quantité abondante à une époque et qui a causé pas mal de problèmes à la maison-mère. Pour obtenir une matière première moins chère, les producteurs ont entrepris de planter des millions de palmiers sur des zones anciennement boisées. Conséquence, certains primates ont perdu leur habitat naturel et sont menacés de disparition. Nutella a beaucoup bataillé pour expliquer que son huile était éthique.

On croit la polémique oubliée quand des bagarres engendrées par d’indécentes promos provoquent à nouveau une mauvaise publicité au produit. Comme une sorte de malédiction. A croire que quelque part, un sorcier a marabouté le Nutella. Comme ces légendes urbaines qui prétendent que cette pâte à tartiner donne des boutons. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je soupçonne une astuce de parents qui cherchent à réduire la consommation d’un ado qui commence à être en surpoids. Car le Nutella, sur un bout de pain c’est bon. À la petite cuillère, ça devient une tuerie. Au propre comme au figuré. 

Cinéma - La violence conjugale décortiquée dans "Jusqu'à la garde"


Le titre « Jusqu’à la garde » du film de Xavier Legrand peut être compris dans plusieurs sens. La garde cela peut être celle de l’enfant de ce couple qui se déchire. Ou la garde de l’épée ou d’un poignard dans une vision plus violente de l’histoire. Car plus les relations entre le père et la mère s’enveniment, plus cette violence conjugale dramatiquement meurtrière en France (une femme tuée par son conjoint tous les deux jours), prend le dessus sur toute raison.

La première partie est procédurale. Une juge reçoit en audience dans son bureau Myriam (Léa Drucker) et Antoine Besson (Denis Ménochet). Ils sont flanqués de leurs deux avocates. Si les problèmes de pension sont résolus, il faut trancher pour ce qui est de la garde du plus jeune (l’aînée va avoir 18 ans). La mère refuse que Julien (Thomas Gioria), 12 ans, ait le moindre contact avec son père. Ce dernier réclame simplement un weekend sur deux. Il a changé de travail et de lieu de domicile pour se rapprocher de sa femme, retournée vivre chez ses parents avec les enfants. Pour se protéger dit-elle. Car elle redoute des réactions violentes d’Antoine. Des craintes confirmées par Julien dans une lettre lue en préambule par la juge. Des mots glaçants de sous-entendus.

■ Une victime qui veut s’en sortir

La suite du film se déroule une fois le jugement rendu. Le père a eu gain de cause. Il vient chercher son fils et immédiatement une atmosphère de tension, d’angoisse, s’instaure. On devine que l’enfant rejette en bloc son père. Il est plus conciliant avec ses grands-parents paternels, mais sent bien qu’il n’est qu’un pion dans le jeu du mari obnubilé par la reconquête de sa femme. Xavier Legrand, dont c’est le premier long-métrage, a déjà abordé ce sujet dans un court-métrage. Tout le film est tenu par la composition de Denis Ménochet (lire ci-dessous), force de la nature, pouvant passer pour un nounours ou une masse de muscles tendus et prêts à tout.

Léa Drucker, femme fragile, terrorisée, fait pourtant face. Jamais le réalisateur ne la montre en victime consentante. Au contraire elle fait tout pour tourner la page, gommer ce passé de menaces. Au point de sacrifier la figure paternelle de ses enfants. Mais entre un père aimant et un mari violent, le choix est vite fait. 

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Denis Ménochet : Un acteur physique pour un rôle tout en tension

Impossible de ne pas frémir face à la stature de Denis Ménochet, l’interprète du mari de Léa Drucker. Une véritable performance pour cet acteur de plus en plus utilisé depuis sa participation remarquée à « Inglourious Basterds » de Quentin Tarentino. Il a tourné dans des séries, françaises et étrangères, nombre de films, mais toujours dans des petits rôles. Jamais encore il n’a eu l’occasion de porter un long-métrage. Les épaules, pas de problème, il les a. Sa carrure est impressionnante. Mais cet homme massif, dans tous les sens du terme dans le cas du personnage d’Antoine Besson, devait également montrer des fêlures. Car quand une situation dégénère entre un homme et une femme, il y a plus qu’une simple jalousie maladive ou une envie de « posséder » son épouse à la base du problème. 

Dans la scène d’ouverture, face à la juge, il semble plus stable et équilibré que son épouse, celle qui a déserté le domicile conjugal. Il fait des concessions, n’a pas d’exigences exorbitantes. Juste de profiter de son fils un week-end sur deux. Sa barbe lui donne même un petit côté nounours à la Grégory Gadebois. Mais un simple regard lui permet de faire passer cette violence sourde qu’il retient en lui. Une colère accumulée qui déborde. Parfois par des pleurs. Mais aussi par une déconnexion de la réalité, jusqu’à l’inacceptable. Denis Ménochet réussit l’exploit de rendre presque sympathique un salaud de la pire espèce. Ou du moins de faire comprendre son attitude au spectateur. 

➤ « Jusqu’à la Garde », thriller de Xavier Legrand (France, 1 h 33) avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux.

dimanche 11 février 2018

Roman - Une folle jeunesse indifférente à la vie

Il est toujours intéressant de tenter de comprendre le mode de fonctionnement des jeunes. Même si ce n’est pas une science exacte. Car des jeunes, il y en des centaines de types. Julien Dufresne Lamy, dans son roman, tente de décrypter le clan des « Indifférents ». Ils se sont eux-mêmes trouvé ce surnom. A la base ils sont trois, Théo, Daisy et Léonard, deux garçons et une fille. Tous issus de la grande bourgeoisie du bassin d’Arcachon. Lycéens, ils sont dans leur monde, plein de dérision, de m’en foutisme et de provocation. Indifférents aux modes. Indifférents à l’ordre. Indifférents aux normes.

L’histoire débute quand Justine arrive dans la région. Elle va intégrer le trio, le rééquilibrant. Sa mère vient d’être embauchée comme comptable personnelle du père de Théo, Paul Castillon. Un emploi s’accompagnant de l’hébergement dans la grande villa familiale. Justine a d’abord l’impression de faire partie du clan Castillon, encore plus quand elle intègre les Indifférents et que Théo lui déclare sa flamme.

■ Présent tragique

On apprécie dans ce roman la description sans pincettes de ces jeunes. Justine, mal dans sa peau, trouve ses frères de mélancolie. Et elle ne comprend pas les autres élèves du lycée, les filles notamment, «Elles sont belles et répugnantes. Elles ont des sourcils qui ressemblent à de la ponctuation. Des yeux de biches faméliques et une peau de neige. Elles m’approchent en s’esclaffant. Des compliments sur mes cheveux emmêlés et mon vieux bracelet en macramé. Elles me disent que je suis vintage et que j’ai l’air de m’y connaître. Je réponds merci sans savoir si je dois me sentir humiliée. » Justine s’intègre grâce aux Indifférents. Et se retrouve exclue, à cause d’eux. La force romanesque de cette histoire est dans sa construction et son suspens. Julien Dufresne Lamy ne se contente pas des errements des adolescents. Par des chapitres courts, il annonce le drame. L’arrivée de Justine, les parties de surf, les jeux nocturnes, c’était il y a longtemps. Aujourd’hui ce que Justine raconte c’est autre chose. C’est la mort qui va frapper le groupe. Car un des Indifférents va mourir.

Le suspense est total, permanent et la révélation finale vous bouleversera. Un très grand roman, ample et précis, à l’écriture fluide et aux personnages d’une rare vérité. 

➤ « Les Indifférents » de Julien Dufresne Lamy, Belfond, 19 €

BD - La foi par les reliques


Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, après des collaborations remarquées au cinéma et dans le documentaire, s’unissent pour écrire le scénario d’une BD confiée à Eric Libergé. Trois tomes, trois époques, un objet central : le « Suaire de Turin ». 

En 1357, en France, Lucie, d’origine noble, a voué sa vie aux pauvres. Notamment aux malades de la peste. Elle se retrouve malgré elle au centre de « l’invention » du suaire. Une version romanesque de la foi, ses dérives et son incompatibilité avec les intérêts personnels. Edifiant et parfaitement dessiné dans un noir et blanc puissant.

➤ « Le Suaire » (tome 1), Futuropolis, 17 € 

BD - Autruches et femme encombrantes


Dans les autruches, comme pour le cochon, tout est bon. Josep Pla, éleveur le sait depuis des années. Il a transformé sa ferme en Catalogne Sud en vaste élevage de ces oiseaux originaires d’Afrique. Pas très intelligentes les autruches. Mais mauvaises parfois. Comme la femme de Josep. À la différence que les autruches, il peut les zigouiller régulièrement pour passer ses nerfs. Pour sa femme c’est moins évident. Quoique… 

La scène d’ouverture de ce roman graphique imaginé par Zidrou, dessiné par Benoît Springer et mis en couleur par Séverine Lambour est d’une violence extrême. Car Josep a craqué. Avec une masse il vient de fracasser le crâne de sa moitié. Du sang partout et un corps qu’il fait disparaître au fond d’un puits sec. De sa voiture, sur le chemin du retour, il téléphone à sa maîtresse pour la rassurer : « C’est fait. » Problème, arrivé dans la cuisine, il y retrouve sa femme, rayonnante (si l’on oublie les bigoudis) et bien en vie. 

Ce récit atypique, mêlant violence, fantastique et animaux est très dérangeant. Contrairement à l’autruche, il n’y a rien de bon dans les personnages du récit, du mari à la maîtresse en passant par l’épouse coriace.

➤ « La petite souriante », Dupuis, 14,50 €

Histoire - De la Retirada aux camps d’étrangers

Docteur en histoire et journaliste, Grégory Tuban reprend dans ce livre sa thèse de doctorat sur « le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939 - 1944) » Ces « Camps d’étrangers », ont ouvert en février 1939, quand près d’un demi-million de réfugiés venus d’Espagne ont franchi la frontière pour fuir la prise de la Catalogne par les forces franquistes. 300 000 d’entre eux sont placés dans des camps où ils sont comptabilisés et identifiés par les services de la Sûreté nationale. Ces camps, créés par la République française, serviront de modèle à ceux mis en place sous l’Occupation par Vichy. Au-delà des faits, Grégory Tuban retrace dans ce travail novateur, tant dans l’historiographie de la Retirada que dans celle des camps d’étrangers ; le parcours de ces indésirables entre 1939 et 1944.

 ➤ « Camps d’étrangers » de Grégory Tuban, Nouveau Monde Éditions, 21 €.

Livres de poche - L'Amérique réelle et romanesque

Le journalisme et bien plus encore…


Tom Wolfe, pionnier du « nouveau journalisme «, cette manière inédite – et très libre – d’évoquer le temps présent. Tom Wolfe, aux premières loges pour témoigner de la phénoménale explosion du rock et de l’affirmation de la jeunesse triomphante. Retrouvez dans ce volume quelques-unes de ses chroniques où en plus d’inventer un nouveau journalisme, il témoignait au plus près de la naissance d’un nouveau monde.

➤ « Où est votre stylo ? », Pocket, 8 €.

Goolrick, brûlant

Dans ce roman se déroulant en Virginie, dans une magnifique propriété, digne d’Autant en emporte le vent, Robert Goolrick offre au lecteur une fable sur l’amour, la dette et le poids du péché de nos pères.

➤ « Après l’incendie », Editions 10/18, 7,50 €

BD - Mercenaires en Méditerranée


La Méditerranée du XIe siècle est encore plus la fameuse « Mare Nostrum » que de nos jours. Depuis l’avènement de l’empire romain, elle est le théâtre d’affrontements sans fin entre peuples aux religions antagonistes mais qui se rejoignent sur l’amour de l’or. 

En Sicile, Harald tente de reprendre l’île aux guerriers maures. Il reçoit le renfort de mercenaires normands. Tancrède, chef défiguré, propose ses services à Harald. Il est accompagné d’un étrange prêtre aux missions obscures. Tancrède qui sous cette identité est en train de venger un défunt noble normand. 

Du grand spectacle pour cette série historique écrite par Brugeas et dessinée par Toulhoat au trait comparable à celui de Hermann, période Tours de Bois-Maury

➤ « Ira Dei » (tome 1), Dargaud, 13,99 €  

BD - Sexe et tatouage


En rencontrant Guillem March, Jean Dufaux a trouvé le dessinateur parfait pour ses histoires les plus érotiques. Ce nouveau triptyque conduit le lecteur en Californie. La patrie du cinéma mais également du porno à tous les coins de rue. Jude, personnage principal de ces 56 pages très chaudes, est un travailleur du sexe. 

Tous les soirs, avec sa compagne, il se donne en spectacle sur la scène d’un théâtre particulier. Il fait fantasmer toutes les clientes et devient parfois le favori d’une riche héritière comme Sina Songh. Mais Jude est surtout repéré par une société de production de films. Il passe des tests avec une partenaire au corps recouvert de tatouages et est embauché. Pour le meilleur et le pire. 

Entre polar, société secrète et fantastique, cette série se regarde autant qu’elle se lit.

➤ « The Dream » (tome 1), Dupuis, 14,50 €