mercredi 28 février 2018

De choses et d'autres - Ressentiment

Une vague de froid déferle sur la France avec furie en provenance des steppes russes. On ne peut pas parler d’information en soi. En février, dans l’hémisphère nord, le thermomètre monte rarement à 20°. Par contre les explications sur les températures réelles et ressenties sont passionnantes. Un petit 2° se transforme en -4° si le vent est soutenu et en provenance du nord. Dans la région, on connaît bien ce phénomène. La tramontane est synonyme de soleil. De chaleur aussi à l’intérieur d’une véranda fermée exposée plein sud. Mais à l’extérieur il fait froid, glacial parfois.

Cette équation est-elle vérifiable en toute occasion ? Je me suis posé la question en voyant passer une photo sur Twitter. Sur un panneau ces quelques mots « Nombre d’enfants : 2. Ressenti: 14. »

Une révélation sur des situations particulières au cours desquelles mon ressenti ne correspond pas à la réalité. Une sorte de théorème de la subjectivité face aux éléments. Prenez les grands magasins en période de fin d’année. Quand certains parviennent à slalomer entre les chariots comme si de rien n’était, je m’enfuis comme un agoraphobe dépressif qui aurait finalement changé d’avis devant le pire suicide qu’il avait pu imaginer.

Même principe sur les retards. Comment faire comprendre à un maniaque de l’exactitude que ce petit retard d’un quart d’heure (parfois 30 minutes, on ne va pas pinailler) n’est pas grave ? À peine quelques millièmes de secondes en comparaison de la durée totale de notre existence. Retard réel de notre côté : 15 minutes, ressenti : 2 secondes. Retard réel de son côté : 15 minutes, ressenti : trois siècles. Néanmoins, de deux secondes à trois siècles, on a le temps de se les geler grave. 

Cinéma - L’amitié plus forte que les drogues dans "La fête est finie"


Céleste (Clémence Boisnard) et Sihem (Zita Hanrot) ont un point commun. De ceux dont on se passerait bien et qui font tâche sur un CV : toxicomanes. Elles se rencontrent pour la première fois dans un centre fermé où elles tentent de décrocher. Marie Garel-Weiss pour son premier long-métrage a puisé dans son expérience personnelle pour bâtir les personnalités de ses deux héroïnes. Et raconter avec sensibilité mais réalisme aussi leur long chemin vers le décrochage, une vie « clean ».

■ Comment se sortir de la drogue ?

Céleste, à peine adulte, semble plus rebelle que Sihem, 26 ans. Leurs premiers échanges sont tendus. On devine que l’arrivée dans ce type d’établissement n’est jamais une décision prise de gaîté de cœur. Alors pour accepter cette situation, on a tendance à être dur avec les autres pensionnaires. Qui vous le rendent bien. Conséquence les deux filles, arrivées le même jour, vont finalement se trouver des points communs et devenir amies. Très proches même. Un peu trop selon les autres convalescents.

 

Un premier avertissement pour Céleste et Sihem qui ne pourront plus faire dortoir commun. Alors la nuit elles se retrouvent en secret, rêvent de la vie dehors. Et sur un coup de tête, elles partent. Juste pour manger un « grec ». Cela va marquer leur expulsion définitive et sans possibilité de retour au centre. Car les encadrants ont compris qu’en s’aidant trop, elles s’empêchaient mutuellement de s’en sortir seules.

Le film questionne alors sur la meilleure façon de se sortir de la drogue. Groupe de parole, vie d’ascète et solitude contre amitié sincère et soutien mutuel ? Le retour dans la société, avec ses difficultés matérielles et ses tentations donne en partie la réponse. Certes Céleste et Sihem sont en permanence ensemble et profitent l’une de l’autre, mais quand la plus âgée fait des efforts pour s’insérer, la plus jeune se laisse aller. Et quand l’une plonge, l’autre comprend qu’elle ne s’en sortira pas si elle reste avec elle.

Excellente photographie des méthodes actuelles pour rendre leur libre choix aux toxicomanes (notamment sur les groupes de prise de parole), le film révèle deux comédiennes brillantes. Clémence Boisnard, très nature, joue la fougue et la folie alors que Zita Hanrot, plus secrète et torturée, doit passer par plus de niveaux. Froide, chaleureuse, obstinée, désespérée, toute une palette de sentiments qu’elle retranscrit à merveille.

➤ « La Fête est finie », drame de Marie Garel-Weiss (France, 1 h 33) avec Zita Hanrot, Clémence Boisnard.

Livre sur le cinéma - Harcourt, photos et studio de légende

Studio Harcourt. La signature au bas des photos de stars toujours un peu évanescentes a fait le tour du monde. A la base c’est une jeune photographe, Cosette Harcourt, associée à deux patrons de presse qui a créé ce Studio, devenu le passage obligé de toutes les célébrités du cinéma français et mondial. Du noir et blanc classieux, comme une signature de l’esprit distingué français.

Le livre de Guillaume Evin revient sur la saga de ce studio de légende. Personnalité de sa créatrice mais aussi techniques de « fabrication » de ces clichés où « on sculpte la lumière (...) afin que le modelé de chaque visage soit sublimé ». Des visages il y en a des centaines dans ce livre, qui retrace toute l’histoire du cinéma français de ces 80 dernières années. 

➤ « Cosette Harcourt », Guillaume Evin, Hugo Doc, 19,50 €

DVD et blu-ray - "Le sens de la fête" bien placé aux Césars

Ce vendredi, le cinéma français célèbre ses meilleurs éléments. Les césars ont de nouveau placé deux films en tête des nominations. La lutte sera rude entre « Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel et « 120 battements par minutes » de Robin Campillo

Mais attention, parfois ce sont les outsiders qui tirent leur épingle du jeu. «Le sens de la fête » du duo Eric Toledano, Olivier Nakache, avec 10 nominations, ne devrait pas revenir bredouille. Pour vous en persuader, n’hésitez pas à regarder ce film choral en vidéo dominé par un Jean-Pierre Bacri (nominé) exceptionnel. 

Ce chef d’entreprise en pleine déroute sentimentale, doit assurer la pérennité de son affaire et gérer un mariage qui s’annonce comme une catastrophe inéluctable. Les gags fusent comme des bouchons de champagne et les nombreux bonus permettent de prolonger ce grand éclat de rire.

➤ « Le sens de la fête », Gaumont, 14,99 €

mardi 27 février 2018

De choses et d'autres - Ondes divines

En Grande-Bretagne, la couverture internet en haut débit passera prochainement par les voies (prétendues impénétrables) de Dieu. Du moins par les églises et paroisses qui pourront accueillir des antennes relais wifi sur les clochers. Un accord a été signé entre l’exécutif et l’église anglicane : contre rétribution, les opérateurs pourront louer le sommet des édifices religieux (16 000 églises et 12 500 paroisses quand même) et y installer leur matériel. Le gros avantage de ce plan consiste en ce que la grande majorité des bâtiments concernés est à la campagne, campagne justement mal desservie pour l’instant par internet. Les zones blanches disparaîtront et la promesse de David Cameron, en 2015, l’accès au très haut débit à tous les foyers et entreprises en 2020 pourra finalement être tenue. Merci mon Dieu.

Cette initiative anglaise pourrait-elle donner des idées en France ? Tout en étant mé- créant, je prie pour qu’il n’en soit rien. Franchement, j’ai été échaudé par les multiples études et controverses concernant les effets néfastes des ondes électromagnétiques sur la population. Les relais de téléphonie mobile installés sur les châteaux d’eau ou bâtiments en pleine ville ont dû déménager après des luttes parfois acharnées de collectifs déterminés.

Alors si on truffe nos clochers d’émetteurs pour arroser les villages, ce n’est plus à l’occasion de la messe du dimanche qu’il y aura un peu de monde sur le parvis de l’église, mais à chaque jour de manifestation pour le démontage de ces appareillages du diable. Je m’emballe un peu, les ondes ne sont pas l’œuvre de Satan, bien qu’à écouter le calvaire de certains électro-sensibles, on pourrait croire aux pires damnations. Alors le wifi sur les clochers, oh my God. 

lundi 26 février 2018

De choses et d'autres - Vélo volé

Encore une affaire dont l’image de marque de la France à l’international ne sortira pas grandie. L’entreprise Gobee.bike spécialisée dans la mise à disposition de vélos partagés dans les grandes agglomérations annonce son intention de se retirer du marché français. Différents des Velib dans la mesure où ils ne nécessitent ni abonnement ni lieu précis pour les rendre, les Gobee.bike sont devenus la cible préférée des vandales. Des milliers d’engins ont été saccagés voire volés et revendus après maquillage.

Quatre mois d’existence plus tard, cette start-up, persuadée d’avoir trouvé le moyen de rendre service, de protéger la planète et d’engranger des bénéfices en même temps met la clé sous la porte. Tout ça à cause de quelques dizaines d’idiots, persuadés que casser est la meilleure façon de se faire remarquer. Décidément, le règne du vélo partagé a du plomb dans l’aile. Et on constate le même phénomène partout. Le nouveau service parisien Smovengo a souffert d’énormes ratés lors de son lancement il y a deux mois. Le retard est en cours de rattrapage, mais la qualité du service a nettement chuté. A Perpignan, les pauvres Bip, vélos rouges accrochés en quelques points stratégiques ont cessé de jouer les figurants. Car rares étaient les utilisateurs. De toute manière, on dirait que tout a été conçu pour décourager les valeureux entre les pédaliers cassés, les pneus à plat ou les antivols impossibles à détacher.

Pourtant ailleurs le système fonctionne. Le leader mondial du vélo partagé connecté se nomme Ofo et vient de Chine. Selon son argumentaire commercial, « Ofo a connecté plus de 10 millions de vélos à 200 millions d’usagers dans 20 pays ». Mais il est vrai que des pays comme la Chine, l’Allemagne ou l’Australie cultivent un peu plus les notions tels que la discipline et le respect

dimanche 25 février 2018

Découverte - Quand les fleurs se racontent à Ille-sur-Têt dans "L'art des jardins"


Le week-end prochain, à Ille-sur-Têt, dites-le avec des fleurs. Car contrairement à l’idée reçue, les fleurs sont de grandes bavardes. Elles se la racontent même, serait-on tenté de constater en découvrant le programme du salon « L’art des jardins ». Pourtant ce rendez-vous, devenu incontournable dans la région, n’a rien de floralies. « Vous ne trouverez pas de plantes fleuries » prévient Magali Rezoug, responsable des structures touristiques de la communauté de communes Roussillon-Conflent et cheville ouvrière de la manifestation. «Les pépiniéristes pré- sents s’adressent pour beaucoup à des collectionneurs. Ils sont à l’écoute des acheteurs et donnent des conseils pour la plantation », souligne Magali Rezoug. Une certaine philosophie règne à l’Art des jardins, salon lancé il y a 15 ans et qui a pris de l’importance. « Nous ne prenons pas de revendeurs et les exposants sont triés. » Pour qu’ils ne se fassent pas de concurrence entre eux, « on cherche la complémentarité ».

■ Tatouages fleuris

En plus des plantes, vous pourrez trouver à l’Espace la Catalane des produits de l’artisanat en rapport avec le jardin, comme des boissons aux fleurs d’hibiscus ou des bijoux en résine avec des fleurs intégrées à la matière. Côté végétaux, il y en aura pour tous les goûts, des figuiers aux fraisiers en passant par de plus exotiques agrumes, cactus, yucca ou orchidées. Sans oublier les variétés de roses anciennes. Durant ces deux jours, en plus de faire vos emplettes pour le printemps, vous aurez la possibilité d’assister à des conférences. Le thème de cette année a été résumé par ce joli concept: « Les fleurs se la racontent ». On le retrouve dans la conférence de dimanche matin, à 11 heures, avec une intervention des spécialistes du salon « Enjoy Tatoo » de Cabestany. Vous saurez tout sur la symbolique de la fleur au travers des différents styles de tatouages. Car une rose « chicano » n’a pas la même signification qu’une rose « old school ».

A 16 heures, toujours dimanche, Michelle Vallière, historienne de l’art, abordera la place de l’élément floral dans l’art, comme simple décor ou pour sa symbolique. Enfin pour ceux qui ont l’âme verte et envie de plus de naturel dans leur alimentation, ne manquez pas l’intervention de deux agriculteurs bio d’ici, Laurent Balaguier et Alain Margalet (lire ci-dessous), invités à faire le point sur cette révolution agricole qu’est le bio.

Tout au long de la journée, vous pourrez déambuler entre les stands mais également vous restaurer sur place. Un stand grillades (tenu par le club de foot) et un autre de spécialités sucrées confié depuis le lancement de l’Art des jardins à l’association de sauvegarde de l’ermitage Saint-Maurice. Vous pourrez y déguster crêpes, gâteaux et les traditionnelles bunyè- tes catalanes (Pâques approche). En vous régalant, vous aiderez également à l’entretien et à la restauration de l’ermitage situé en pleine garrigue. Un bijou d’architecture occupé actuellement par une ermite, Nicole, et qui a déjà vu sa petite chapelle entièrement restaurée. 

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Figure : Alain Margalet, des résultats à l’avenant d’un cerveau bouillonnant

Son air enjoué et son enthousiasme communicatif n’arrivent pas tout à fait à masquer l’évidence. Alain Margalet travaille beaucoup. Sans doute trop. Et la fatigue finit parfois par le rattraper, qui se lit sur son visage comme on parcourrait une carte. Les petites rides aux coins des yeux, la peau burinée par le grand air, le sourire un peu las. Il lui en faudrait plus pour se laisser abattre depuis toutes ces années – en 2009 exactement – qu’il a décidé de transformer l’entièreté de son exploitation agricole (25 hectares quand même), en tout bio. « Le passage au bio s’est très mal passé » confie-t-il. « A Ille, ils s’imaginaient que c’était réservé aux cheveux longs, enfin vous voyez, quoi. On nous prenait pour des fous. Même avec les banques, on a galéré ». Pourtant Alain, fort de ses 33 ans d’expérience, avait déjà bien compris que l’agriculture conventionnelle court à sa perte. Lui et une poignée d’autres exploitants, huit en tout, mettent leurs idées et leur savoir en commun pour sortir la tête de l’eau et tirer le meilleur parti de leurs récoltes.

■ L’ail au bout du fusil

Ainsi, ils imaginent toutes sortes de moyens naturels pour venir à bout des ennemis des arbres et des cultures, à savoir entre autres les sangliers et les pucerons. L’un des 8, versé en aromathérapie, met au point une huile essentielle d’ail puissance 1000, destinée aux groins dévastateurs des sangliers, censés être carrément dégoûtés par l’odeur. Et ça marche. « D’ailleurs, rigole Alain, même les ‘conventionnels’ s’en servent maintenant ! » De la même manière empirique, ils découvrent que le piment de Cayenne s’avère un excellent répulsif contre les pucerons. Mais justement, ces tâtonnements prennent du temps, requièrent une énergie folle, aboutissent parfois à des échecs tellement rudes qu’il faut vraiment avoir la niaque pour repartir. Et la vie de famille dans tout ça ? La voix d’Alain s’adoucit : « C’est Myriam, ma femme, qui m’a poussé à passer au bio. Si elle n’avait pas été là depuis le début, si elle n’était pas là, tout le temps à mon côté, je n’y serais jamais arrivé ». Parce que non content de s’astreindre à toutes ces difficultés, l’infatigable Alain imagine d’autres plans. Par exemple, ça lui donne mal au ventre de jeter les fruits et légumes « moches », ceux auxquels seul l’aspect déplaît au consommateur. Ainsi, avec trois de ses compères, naît « siBio ! » en 2011. Après quelques péripéties, ils louent aujourd’hui des locaux au Soler pour fabriquer leurs jus, nectars et confitures, mais l’aventure se poursuit. Avec toujours le même mantra. Produire du très bon, éviter autant que possible de vendre à la grande distribution, se dépasser. Et rêver que les jours durent 30 heures. 

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Avec les amis des jardins


Un petit paradis. Les jardins de l’Amitié d’Ille-sur-Têt ressemblent à s’y méprendre à l’Eden. « Nous avons 27 parcelles de 140 m2 , explique Philippe Tisané, le secrétaire chargé des relations avec les jardiniers. Et tous les adhérents peuvent profiter du bâtiment en dur, de l’aire de pique-nique et de barbecue, du verger commun avec vigne, abricotiers, kiwis ou du hangar destiné aux outils encombrants. » Créés depuis des décennies, ces jardins familiaux sont en pleine relance. L’espace pédagogique destiné aux enfants des écoles devrait être réactivé. Et si vous habitez le village, que vous avez la main verte mais pas de terrain, sachez que quelques parcelles seront bientôt disponibles. Alors n’hésitez pas à postuler auprès de la mairie. 

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Manger : La saveur et le sourire en plus

Depuis 9 ans, Yvon Rossignol joue avec talent sur le piano du restaurant le plus classe d’Ille-sur-Têt. En salle depuis autant d’années, la charmante Lucia veille au moindre détail. « J’ai étudié dans une école hôtelière en Slovaquie », explique-t-elle. « Vraiment stricte ». Un sourire, on n’en saura pas plus. Mais on s’est régalé de tout.

Saveurs des Orgues, 1, rue Gütemberg, Ille-sur-Têt. 04 68 84 10 48.

Visiter : L’espace La Catalane

Ancienne conserverie de fruits et de légumes, l’Espace La Catalane a rejoint le giron des infrastructures municipales depuis dix ans. De l’espace pour des exposants à l’extérieur et à l’intérieur, une large possibilité de se garer en cœur de ville, la Catalane est devenue incontournable dans l’animation du village. Et pour la trouver, pas de problème, il suffit de se repérer à l’immense cheminée en briques rouges, seul vestige des installations de l’époque. 

Déguster : Si bons, si bios

Avec une cinquantaine de références, l’usine de jus de fruits siBIO !, pour l’instant implantée au Soler, ne manquera pas de satisfaire les palais les plus exigeants. Jus 100% fruits, nectars, confitures, soupes, la marque s’approvisionne principalement en production locale. Comme le secret sera bientôt éventé, on peut d’ores et déjà annoncer que siBIO ! s’implantera prochainement à Ille-sur-Têt.

Thriller - Même les psychiatres peuvent devenir fous

Thriller machiavélique, roman psychologique voire texte à connotation fantastique ? En lisant les premiers chapitres de « La femme à la fenêtre » de A. J. Finn, on oscille longuement, incapable de classer ce roman américain. Seule certitude : quelle que soit la direction et le genre décidé par l’auteur, on ne le lâche plus quand on a fait connaissance avec Anna Fox, narratrice et personnage principal.

Anna est psychiatre. Mais elle ne reçoit plus ses patients. En pause. Arrêt maladie exactement. Dans sa grande maison, beaucoup trop grande depuis le dé- part de son mari Ed et de leur fille Olivia, elle passe de longues heures à observer ses voisins en sirotant des verres de vin rouge. Cela fait des mois qu’Anna n’a plus mis les pieds dehors. Elle se contente de vivre par procuration en décryptant le ballet de ses voisins, entre femme adultère, couple acariâtre et nouveaux venus dans ce quartier huppé de New York.

■ Ciel oppressant

De la façon dont elle raconte ses journées, on se surprend à la croire morte. Comme si elle n’était plus qu’un fantôme prisonnier de ces murs. Mais finalement une explication rationnelle vient remettre le roman dans le vivant, le concret. Anna souffre d’agoraphobie, tendance crainte de l’extérieur plus que de la foule.

Le soir, elle continue à « travailler », animant un forum pour les autres malades. Trouble handicapant comme quand elle veut aller gronder des enfants trop turbulents, le soir d’Halloween. Dès quelle franchit le pas de sa porte, « le monde extérieur est pareil à un bloc de pierre projeté par une catapulte, qui me heurte au creux de l’estomac avec une telle force que je me plie en deux sous l’impact (...) Mes yeux se révulsent, j’aperçois le rouge vif des feuilles, et après plus rien. » Pourtant, parfois, face au danger il faut affronter ses pires peurs.

C’est ce qui arrive à Anna, prise au piège d’une situation au cours de laquelle elle devient le jouet d’un psychopathe. Mais comment le découvrir quand on est soimême gravement malade ? A ceux qui craignent une histoire alambiquée, laissez-vous entraîner dans le monde d’Anna et dans son sillage, trouvez les ressources pour de nouveau affronter le ciel, parfois oppressant, mais si beau quand il symbolise la liberté retrouvée. 

➤ «La femme à la fenêtre», A. J. Finn, Presses de la Cité, 21,90 €

Livres de poche - La sélection du week-end : Claire Favan et Patricia Cornwel

Dompteur d’anges

Personne n’aime les tueurs d’enfants. En prison encore moins qu’ailleurs. Harcelé, battu, agressé quotidiennement sous le regard aveugle des matons, Max Ender vivra cinq ans d’enfer. Le crime qui l’a jeté là, Max ne l’a pourtant pas commis. Finalement innocenté, c’est un autre homme qui retrouve la liberté. L’homme à tout faire s’est mué en prédateur. Ses tortionnaires, il les châtiera un par un, par l’intermédiaire de leurs enfants, préalablement enlevés, dressés, domptés : les anges de sa vengeance, au glaive ensanglanté. Un thriller implacable de Claire Favan.

➤ « Dompteur d’anges », Pocket, 7,80 €

Chaos

Par une chaude soirée d’été, une cycliste est trouvée morte. Il semblerait que la jeune femme ait été agressée, mais les indices sont étranges : de petits éclats de verre sur le corps de la victime et une forte odeur de brûlé. Le Dr Kay Scarpetta est appelé sur les lieux. Nouvelle enquête de la célèbre héroïne de Patricia Cornwell

➤ « Chaos », Le Livre de poche, 8,40 €

samedi 24 février 2018

De choses et d'autres - Justin Trudeau est prêt pour Bollywood

Champion du monde de la coolitude ! Justin Trudeau, depuis son accession au pouvoir au Canada, ne cesse de se faire remarquer par ses attitudes, avis et sorties peu conventionnelles. Jusqu’à présent, cela lui réussit à merveille, mais il semble que son voyage en Inde marque un tournant. La frontière est parfois ténue entre l’originalité et le ridicule. Selon la presse elle a été nettement franchie lors de cette longue, très longue, visite officielle. Premier étonnement, le Premier ministre canadien a bloqué une semaine complète pour découvrir le sous-continent. Et comme il est accompagné de sa femme et de ses deux enfants, le séjour protocolaire a souvent pris des airs de vacances en famille.

Le pire reste cette volonté de s’habiller comme les locaux. Il a donc multiplié les changements de tuniques, bariolées et très typiques. Au point qu’il semblait en permanence déguisé, tel les Dupondt de Tintin, persuadés de passer inaperçus en vêtements folkloriques.

Et quand en plus il danse sur la musique locale, pieds nus, alors même que les vedettes de Bollywood sont habillées d’un sobre costume sombre, il donne l’impression d’être complètement à côté de la plaque. Costume qu’il a d’ailleurs endossé à nouveau pour rencontrer le Premier ministre indien, le dernier jour de la visite. Comme s’il avait besoin de passer par un sas de réaclimatation avant de rejoindre les rigueurs politiques et atmosphériques canadiennes.  

➤ P.S. : en théorie, Emmanuel Macron doit se rendre en Inde le mois prochain. Il me tarde de savoir s’il va relever le défi de la tunique.

vendredi 23 février 2018

De choses et d'autres - Les poulets battent de l’aile

Bâtir sa réputation sur un seul produit est risqué. Car si l’on tombe en rupture de stock, tout l’édifice s’écroule. Prenez la chaîne de restaurants KFC (Kentucky Fried Chicken) en Grande-Bretagne, spécialisée dans le poulet frit. Sans poulet, plus de menu. Conséquence, plusieurs enseignes ont dû se résigner à fermer temporairement leurs portes face au mécontentement croissant des amateurs. Une grogne qui a même poussé la police anglaise à communiquer sur Twitter pour préciser qu’elle n’avait aucun pouvoir sur cette pénurie. A croire que les Anglais, même les fous de poulet frit, sollicitent au quotidien les bobbies pour régler tous leurs problèmes.

Mais comment KFC a-t-elle pu se retrouver en rupture de stock ? Pour une fois ce n’est pas la faute aux éleveurs. Ni à la grippe aviaire. Le souci vient de l’acheminement de la viande. KFC a changé de transporteur. Le marché est revenu à DHL, un des poids-lourds mondial du transport de marchandise. Mais visiblement entre des colis en carton et de la viande fraîche, la différence de logistique est mal appréhendée ou l’infrastructure inadaptée, allez savoir. En tous les cas, les morceaux de poulet se sont égarés et les cuistots n’ont plus rien eu à frire.

Que l’on rassure les amateurs britanniques de ce genre de préparation, la situation devrait revenir à la normale dans quelques jours. En attendant, s’ils sont véritablement en manque, on peut leur conseiller d’acheter de la volaille dans une boucherie et de tenter de trouver une alternative à la friteuse. Parce que quand même, le problème des fast-foods tout comme leur attrait, se résument en un mot : gras. Ainsi la diète forcée de KFC pour les plus « accros » leur aura permis de surseoir à leur probable infarctus. 

jeudi 22 février 2018

De choses et d'autres - Petit caillou et grand chemin

La route est longue pour sauver la planète. Mais c’est avec les petits cailloux que l’on pourra réaliser ce grand chemin. Voilà tout le combat de Julien Vidal, doux rêveur pour certains, extralucide pour d’autres. Il a décidé de partager son travail personnel pour réduire son empreinte carbone sur la Terre. Et a baptisé ce mouvement par « Ça commence par moi », vu pour certains comme de l’égocentrisme (comme s’il était le sauveur) par d’autres comme de la clairvoyance modeste. Il a décidé d’adopter une nouvelle attitude responsable par jour. 365 idées qui, si elles se multipliaient, auraient un réel impact. Pour l’instant on peut utiliser sa liste comme un selfservice ouvert aux bonnes volontés.

La plus efficace, coller une étiquette « Stop pub » sur sa boîte aux lettres. La plus militante, s’investir dans le bénévolat. La plus gastronomique, cuisiner ses épluchures. La plus osée, louer un bateau et partir à l’aventure.

Et puis il y a toutes ces astuces qui prêtent à rire pour les sceptiques de mon acabit. Comme l’idée saugrenue de fabriquer son désodorisant pour chaussures. Ridiculement simple. On mélange du bicarbonate de soude avec de la fécule de maïs, trois gouttes d’huile essentielle et le tour est joué. Julien Vidal propose aussi de fabriquer des meubles en carton. Pourquoi pas. Mais comme j’ai essentiellement besoin d’étagères pour ranger mes milliers de livres et de BD, pas sûr qu’ils résistent au poids...

Enfin je découvre l’action que j’ai déjà réalisée sans savoir que j’agissais pour le bien commun : « J’arrête de jouer sur mon smartphone ». L’incidence sur l’avenir de l’humanité n’est certes pas tangible mais les bonnes résolutions ultérieures dépendent souvent d’un petit coup d’envoi. Alors désinstallez ces « bouffeurs de temps » et profitez de votre premier petit caillou. 

mercredi 21 février 2018

Cinéma - "Moi, Tonya" ou le monde impitoyable de la glace

LE FILM DE LA SEMAINE. La vie tumultueuse de la patineuse artistique Tonya Harding sur grand écran


Elles sont sublimes, virevoltent sur la glace, sont l’incarnation de la beauté et de la grâce. Les patineuses artistiques, de tout temps, ont symbolisé la parfaite adéquation entre vitesse et virtuosité. Quand une certaine Tonya Harding a commencé à briller sur les patinoires des USA, le monde fermé et sélect de cette discipline olympique a frémi.


Tonya est puissante, rapide et d’une rare dextérité dans les figures les plus compliquées. De la graine de championne. Seul problème : c’est une fille du peuple, aux manières peu appréciées par les jurés, confits dans leurs certitudes d’une autre époque. Il faut qu’elle place la barre très haut (elle est la première Américaine à réaliser un triple axel), pour gagner sa place dans l’équipe olympique. Un conte de fée. Pas tout à fait car Tonya Harding a dû endosser le costume de sorcière, devenant une des femmes les plus détestées des USA.

■ Enfant brimée

Ce destin incroyable est devenu un film sous la baguette de Craig Gillespie. Et pour interpréter Tonya, il a trouvé l’actrice idéale avec Margot Robbie. Même si elle fait un peu plus que l’âge de la vé- ritable Tonya au moment des faits, elle a parfaitement retrouvé les attitudes et manières de cette fille rustre, issue d’un milieu modeste. Pas gâtée par la vie. Un père absent, une mère d’une rare méchanceté, qui a parfois levé la main sur cette fillette si gracile sur des patins.

Devenue adulte, Tonya a continué dans les brimades en se jetant dans les bras du premier venu, Jeff (Sebastian Stan) surnommé Moustache et lui aussi avec la main leste. Malgré cet environnement hautement hostile, Tonya arrive au sommet. Mais dans sa lutte contre l’autre vedette US de la discipline, Nancy Kerrigan, elle va recevoir l’aide de son mari et de ses amis bras cassés. Au début il fallait l’intimider par des lettres. Cela se transforme en agression avec cassage de genoux… La police fait rapidement le lien et Tonya est accusée d’avoir fomenté l’agression.

Entre interview post-agression et reconstitution de la vie de Tonya, le film oscille du tragique au comique. Un biopic, parfois hilarant donc, mais assez spécial car tous les protagonistes sont encore de ce monde. Dont Tonya Harding qui a validé le scénario et qui dé- sormais est retirée dans une petite ville, presque incognito, se consacrant à son fils.

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Deux bras cassés et une mère ignoble

Le film sur Tonya Harding est relativement indulgent envers la patineuse. Talentueuse. Personne ne le conteste. Colérique. Une évidence. Mais pas si méchante que cela au final. En retraçant son enfance, elle est décrite comme une enfant malheureuse, manquant d’amour, ne s’accomplissant que sur ses patins à glace.

La seule et grande faute de Tonya Harding aura été de mal s’entourer. D’abord de sa mère, méchante, carrément ignoble. Interprétée par une méconnaissable Allison Hanney, LaVona Harding est la mégère type. Elle a fait fuir le père de Tonya et ne cesse de rappeler à sa fille qu’elle est nulle et que sans son argent, jamais elle n’aurait pu arriver à ce niveau. Mauvaise pioche aussi quand Tonya tombe amoureuse de Moustache.


Ce dernier, entouré d’amis d’une bêtise crasse, sera condamné à de la prison ferme pour l’agression de Kerrigan. Une idée de Shawn, mythomane absolu, obèse et prétentieux, vivant chez ses parents et se prétendant expert en contre-espionnage. Un rôle en or pour Paul Walter Hauser, de loin le plus comique (et pourtant parfaitement réaliste) de cette histoire rocambolesque.



➤ « Moi, Tonya » biopic de Craig Gillespie (USA, 2 h 00) avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan

DVD et blu-ray - Attractions infernales

Bande dessinée d’Arthur de Pins, Zombillénium est devenue un film d’animation réalisé par le dessinateur en personne. L’histoire originale, un peu trop adulte, a été légèrement édulcorée pour plaire aussi aux plus jeunes. Mais on conserve l’esprit caractéristique de ce parc d’attraction pas comme les autres.

Des zombies, vampires, loups-garous et autres momies damnées constituent le personnel de Zombillénium, sorte d’Eurodisney de la peur. Mais les rendements étant en nette baisse, le propriétaire a bien l’intention de le fermer et de récupérer le personnel. Zombillénium appartient au diable et les licenciés économiques retourneront en enfer. Il faudra l’inventivité de Hector Saxe, tout nouveau pensionnaire, et de sa fille Lucie pour trouver des solutions.

Bonne animation, musique endiablée, gags efficaces, ce film permet de passer un bon moment en famille. Dans les bonus, le making of, des scènes coupées et trois courts-métrages d’Arthur de Pins.

➤ « Zombillénium », Universal Video, 14,99 € le DVD et 19,99 € le blu-ray

Cinéma - Les aventures de Spirou et Fantasio adaptées sur grand écran

Comédie d’Alexandre Coffre (France, 1 h 29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia 

Spirou, un jeune homme déguisé en groom, rencontre Fantasio, un journaliste frustré. Cela se fait avec éclats dans un grand hôtel et c’est peu dire qu’ils ne s’apprécient pas. Mais lorsque Champignac, un chercheur fou de champignons, est kidnappé par Zorglub et ses hommes, Spirou et Fantasio vont devoir faire équipe pour le retrouver, aidés par Seccotine, une jeune femme reporter rivale de Fantasio, et de Spip, un écureuil espiègle.

Un album aux éditions Dupuis

Spirou, comme Tintin, est un héros de BD indémodable. Passé entre de nombreuses mains (de Jijé à Janry en passant par le maître Franquin), le groom est à retrouver dans un album tiré du film. Dessiné pour l’occasion par Cossu et Sentenac, c’est Olivier Bocquet qui a assuré l’adaptation. Un Spirou plus moderne, plus romantique, plus dans l’air du temps... (Dupuis, 12 €)

De choses et d'autres - Des saucissons de compétition

Vous aimez le saucisson? Vous aimez le BON saucisson ? Alors rendez-vous en Ardèche début juin. A Vanosc, les 9 et 10 juin, se déroulera le premier « Mondial Rabelais du saucisson ». En clair les meilleurs saucissons du monde seront proposés à la dégustation de quelques goûteurs. Or, ce rendez-vous prenant de plus en plus d’importance (80 saucissons de 60 pays différents entreront en compétition), les organisateurs sont à la recherche de testeurs pour intégrer le jury. Quand j’ai découvert cette annonce sur le net, mon estomac a gargouillé et la salive a envahi ma bouche. Car j’ai un faible pour le saucisson. Alors à la perspective de déguster des dizaines de sortes de cette charcuterie en une journée, imaginez mon enthousiasme.

Et puis j’ai un peu gratté. Avant de mettre la rondelle en bouche, il faut noter la charcutaille sur son aspect, la moisissure, sa densité et son odeur. Je suspecte l’entourloupe genre dégustation de grands vins. Regarder le liquide, le renifler, admirer sa robe. Après, et seulement après on goûte... et on recrache. Et moi, recracher du saucisson, hors de question ! Pourtant j’aurais aimé être présent car ces amis pas du tout saucissonnés semblent dotés d’un sérieux sens de l’humour.

Dans le programme du mondial il est fait allusion à la possibilité qu’un saucisson vegan, le saucivert, participe à la compétition. Ils en donnent même la recette : des betteraves rouges et des radis blancs coupés au couteau et parfumés aux herbes sauvages des champs, avec poivre et sel sans additifs. La peau est formée par du boyau maïs sans OGM, lié par du fil de pur raphia non traité. L’aspect visuel est splendide mais la dégustation laisse à désirer, au point de laisser s’emporter l’un des membres de la confrérie : « si l’Académie promeut cette m…, je rends mon bicorne. » Morale de l’histoire : le cochon est mort, vive le cochon ! 

DVD et blu-ray - En 1967 à Detroit, la police disjoncte

Les émeutes raciales de Detroit en juillet 1967 font partie des plus meurtrières de l’histoire des USA. Dans une ville en feu et à sang, une poignée de jeunes afro-américains trouve refuge dans un motel. Près de là se trouve une caserne de la Garde nationale. Par bravade, un des jeunes tire vers les militaires avec un pistolet factice. Immédiatement la police débarque, investit le bâtiment et interroge tous les occupants pour trouver le tireur. Un huis clos nocturne s’achevant avec la mort de trois jeunes, froidement abattus par les policiers en pleine zone de non droit.

La reconstitution signée Kathryn Bigelow, tel un reportage, plonge le spectateur au cœur des événements. D’un côté la peur, de l’autre la folie raciste. Mention particulière à trois acteurs, Algee Smith, jeune chanteur traumatisé à vie, John Bodega, policier noir pris entre deux feux et Will Poulder, osant interpréter un flic raciste, psychopathe et hyperviolent. De ces rôles qui marquent une carrière.

➤ « Detroit », Studiocanal, 19,99 €

mardi 20 février 2018

De choses et d'autres - En couple ou en individuel à PyeongChang

Même s’ils ne sont pas encore terminés, les Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud laissent déjà quantité de moments forts dans les mémoires. Ne parlons pas des médailles de Martin Fourcade. Certes il n’a pas tout gagné comme certains chauvins l’envisageaient (ne pas oublier qu’il est un simple mortel), son bilan reste cependant exceptionnel. Décalage horaire oblige, je n’ai pas vu grand-chose en direct. Dommage car on a bénéficié de quelques perles.

Comme les déclarations fracassantes du skieur français Mathieu Faivre arrivé 7e du Géant. Quand on lui demande s’il est content du résultat d’ensemble de l’équipe de France, il a ce mouvement d’humeur: « Si vous saviez ce que j’en ai à faire du tir groupé collectif! Je suis là pour ma pomme. » Une franchise peu appréciée par la fédération qui l’a mis, dès le lendemain, dans l’avion du retour. Il n’aura même pas eu le temps de se consoler dans les bras de sa petite amie américaine Mikaela Shiffrin... championne olympique sur la discipline.

Histoire sentimentale aussi, qui a beaucoup fait jaser, après la performance de Gus Kenworthy (12e du slopestyle en ski). Pas de médaille pour le sportif à l’arrivée mais un long bisou langoureux avec l’amour de sa vie. À la différence qu’il vit en couple avec un homme. Si chez nous ou aux USA, cette situation ne pose aucun problème, dans d’autres pays elle a interloqué.

Enfin j’ai gardé le meilleur pour la fin. La mésaventure arrivée hier à Gabriella Papadakis sur la patinoire de PyeongChang. Sa tenue a cédé laissant échapper… un sein. Forcément la performance de la jeune femme en danse sur glace a manqué d’amplitude, après. Et moi, j’ai raté l’image de l’année en direct. Mais une session de rattrapage est proposée dans les pages sportives du jour sur une compétition qui, pour une fois, aura autant intéressé les messieurs que les dames. 

lundi 19 février 2018

De choses et d'autres - Étudiants rapporteurs

Guy Mollet, dans les années 50, a inventé l’expression «La droite la plus bête du monde ». Un demi-siècle plus tard, celui qui représente aujourd’hui la droite française semble avoir tout fait pour lui donner raison. 

Laurent Wauquiez, devant des étudiants d’une école de commerce lyonnaise, après avoir recommandé que ses propos ne sortent pas de la pièce (alors que tous les smartphones sont dotés d’un enregistreur), s’est lancé dans un cours magistral sur les pratiques de nos élites. Et que je t’attaque Macron, que je flingue Sarkozy sans oublier d’en remettre une couche sur Fillon. Avec, au final, cette seule impression : Moi, Laurent Wauquiez, je suis le meilleur, j’ai tout inventé et ils ont tous peur de moi... Forcément, ces tirades assassines ont fuité. 

L’émission Quotidien les a diffusées vendredi et hier Wauquiez se demandait encore comment se sortir de cette panade. Dans un premier temps il a démenti. Un peu comme Cahuzac devant l’Assemblée. Ensuite il s’est offusqué de ces manières peu « déontologiques » et annoncé des poursuites judiciaires. Et puis au final, il a présenté des excuses à Nicolas Sarkozy. Parce que l’ancien président en prenait méchamment pour son grade. 

Un paranoïaque total selon Wauquiez, profitant des conseils des ministres pour placer les téléphones du gouvernement « sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos ». Mais à bien y réfléchir, le plus inquiétant dans cette sortie du président des Républicains est la façon dont il est persuadé que tout tourne autour de lui : « Macron, pour faire cool, il fait comme moi. Il se met en bras de chemise. Jamais un président ne s’était mis en bras de chemise ». Sauf si l’on se souvient de Barack Obama ou d’un certain Kennedy qui a même reçu la presse pieds nus. Mais ça, Laurent Wauquiez, il n’a pas encore osé. 

dimanche 18 février 2018

BD - Leda Rafanelli, l’enragée


Figure de l’anarchisme italien, Leda Rafanelli a eu une vie incroyablement dense. Sa chance, c’est d’avoir été formée comme typographe dès son adolescence. À la fin du XIXe siècle, rares sont les femmes sachant lire et écrire. Grâce à son métier, elle comprend le monde, les relations sociales et se forge une conscience politique. Elle sera anarchiste, écrivain et éditrice. Elle participe aux grands mouvements ouvriers du jeune royaume d’Italie, milite activement pour propager les idées anarchistes. Elle côtoiera les plus grands penseurs de ce mouvement. Et contribuera régulièrement à son évolution. Ainsi elle deviendra anarchiste individualiste, s’éloignant d’un collectivisme socialiste d’où elle fera la connaissance de Mussolini. Le dictateur fasciste, avant de prendre le pouvoir en 1922, a longtemps été le plus grand des orateurs de gauche, dirigeant le principal journal d’opinion du pays.

La BD dessinée par Sara Colaone n’occulte pas ces moments troubles de la vie de Leda. En plus d’être la maîtresse du futur Duce, elle devient musulmane, fascinée par l’Afrique et plus particulièrement l’Égypte. Devenue trop sulfureuse, elle a terminé sa vie comme cartomancienne à Gênes, ne publiant que sous pseudonyme.

➤ « Leda Rafanelli, la gitane anarchiste », Steinkis, 20 €

BD - Histoires de tangos


Philippe Charlot scénariste de cet album, est également guitariste et chanteur. Pas étonnant donc que cette histoire se déroule dans le Gran Café Tortoni de Buenos Aires, haut lieu du tango en Argentine. 

Un jeune Français se rend de l’autre côté de l’Atlantique pour suivre des cours de tango. Il cherche à rencontrer le « Maestro ». Il y parviendra grâce à Mina, danseuse vieillissante qui le charme en racontant des histoires... de tango. Comme des nouvelles, toutes mises en images par Winoc.

➤ « Gran Café Tortoni », Bamboo Grand Angle, 19,99 € 

Polar - Navigation mortelle

Retour aux sources pour la Série Noire de Gallimard. Ce roman de Caryl Férey est « noir de chez noir ». Cela commence par le naufrage d’un voilier. Cela continue par le naufrage d’un homme, le « héros », McCash, rattrapé par sa folle jeunesse. Il vient d’apprendre qu’il a une fille, Alice, préado compliquée. Or, McCash n’est pas fait pour vivre en couple. Encore moins en famille : « Il avait grandi comme ça, sans amour, sans tuteur, sans rien. Il ne pouvait pas s’occuper de sa fille, même pas de lui. »

C’est la troisième aventure de ce héros atypique et une fois refermé le livre (qui parle de réfugiés, de navigation de plaisance, d’Angélique son amour perdu et de sa sœur Zoé, la lionne), on n’a qu’une envie : le retrouver et partager une soirée alcoolisée sur fond de Clash et de Nick Cave.

➤ « Plus jamais seul » de Caryl Férey, Série Noire Galimard, 19 €. Vient de paraître en Folio Policier « Condor », 8,30 €

samedi 17 février 2018

BD - Dagsson, l’horrible Islandais

Pour certains, les limites n’existent que pour être franchies. Un désir permanent et très fort de ne surtout pas se contenter de bien-pensance ou de politiquement correct. Dans la vie de tous les jours, ces originaux sont peu nombreux. Mais dans le monde de l’humour, on dirait que c’est une condition essentielle pour une certaine reconnaissance. Dans cette tribu de fous furieux de la punchline extrême, le maître absolu est Islandais. Dagsson de son petit nom, a débuté par publier ses petits dessins d’humour sur le net. Graphisme minimaliste, deux bulles de textes et bienvenue au pays du trash.

Petit exemple, parmi les plus softs : un homme et une femme se préparent à sortir. « Chérie, tu es prête pour notre réunion des anciens ? » « Je vérifie que j’ai bien tout. Mon sac, le téléphone, les clés de la maison, un plein tube d’arsenic... On y va. » Dans l’Indépendant, on ne peut évidemment pas reprendre les pires gags. Il en va de la santé mentale de nos lecteurs. Les enfants, notamment, sont des sources d’inspiration infinies pour Dagsson. Impossible de raconter ce qu’il leur fait subir. Mais visiblement, il ne les aime pas spécialement. Ou d’un amour haine destructeur.

Un cadeau idéal si vous avez un message radical à faire passer à quelqu’un que vous ne supportez plus.

➤ « Et vous trouvez ça drôle ? », Vraoum, 176 pages, 12 €