Affichage des articles dont le libellé est roman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est roman. Afficher tous les articles

lundi 5 octobre 2026

Rentrée littéraire - Lucie Rico explore les failles de l'enfance

« Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? », titre énigmatique pour la dernière création littéraire de la Perpignanaise Lucie Rico, présente dans les sélections des prix Fémina, Médicis et Décembre.

Comment retrouver les souvenirs de notre enfance ? Jennifer, la narratrice du troisième roman de Lucie Rico, en rencontrant un avocat, tente la reconstitution criminelle. Menée comme une procédure judiciaire, cette quête va l'obliger à retourner dans la ville de son enfance, Perpignan, et de recréer l'intérieur du logement de son grand-père, étrange décor des années 80-90. Ce retour aux sources est l'occasion pour Lucie Rico de s'aventurer, pour la première fois dans une de ses œuvres, dans cette ville et ce milieu qu'elle semble avoir fuit dès sa majorité, comme son héroïne l'avoue assez rapidement dans ce récit aux faux airs d'enquête policière, véritable psychanalyse et plongée dans l'inconscient. 

Les premiers chapitres sont drôles et légers. On s'immerge avec plaisir dans le quotidien de cette jeune fille d'aujourd'hui. Malgré ses doutes, son boulot de merde, ses galères amoureuses. Jennifer est payée pour retranscrire, le plus synthétiquement possible, les entretiens préalables aux plans de licenciements. Faire des procès-verbaux secs et insipides des explications froides des petits soldats des ressources humaines face à la détresse des salariés. Pas évident de dormir après ça. 

Quand son ordinateur commence à défaillir (la touche « point » ne fonctionne plus), Jennifer est sur le point de craquer. Comment faire des phrases sans avoir la possibilité de les terminer ? Un questionnement qui va lui faire remonter à l'esprit une phrase inachevée, obsédante, au cœur de tout le roman : Elle se souvient être dans le salon de son grand-père, petite fille de huit ans. «Devant Autant en emporte le vent, Vivien Leight et Clark Gable vont s'embrasser quand quelqu'un appuie sur pause et » Que se passe-t-il après ? Jennifer va creuser, creuser à s'en rendre malade et tout ce qui lui reviendra c'est la certitude qu'il y a du sang sur son pull. Inquiétant. 

En tombant dans les bras qu'un bel avocat, elle découvre les vertus de la reconstitution criminelle pour faire éclater la vérité. Elle abandonne tout, prétend partir en Argentine (les plus gros mensonges sont souvent les plus efficaces) et loue un studio à Perpignan en face de la maison de son grand-père décédé. Elle va meubler cette habitation comme dans son souvenir, acheter un lecteur de cassette vidéo et regarder, des centaines de fois, le vieux film raciste, pour tenter de retrouver la scène du presque baiser et espérer découvrir la suite de la phrase maudite.

Roman du souvenir et des secrets de famille, ce texte devient plus dérangeant, obsédant. Lucie Rico fait basculer son héroïne vers une quasi folie assumée, presque voulue. Avec des passages surréalistes comme cette attaque dans un supermarché d'un petit vieux en déambulateur ou la manie qu'elle a de voler les poils des chiens du parc canin situé à proximité se son logement reconstitué. Sans oublier quelques passages gratinés sur ses origines comme cette constatation de Jennifer, provinciale toujours en butte aux sourires des véritables Parisiens quand elle parle et prononce certains mots-indices « qui me ramenaient à Perpignan, comme si je n'étais jamais partie. Perpignan restait dans ma bouche. » Quant à savoir la fin de la phrase, Lucie Rico parvient à surprendre le lecteur, à l'amener vers cette fin inéluctable synonyme de l'achèvement de l'enfance et de l'entrée, plus ou moins désirée, dans la vie adulte. 

Un roman remarqué en cette rentrée littéraire, déjà présent dans les sélections de trois prix renommés : le Fémina, le Médicis et le prix Décembre. Prix Décembre  remporté l'an dernier par Laura Vazquez, l'autre autrice en vogue à Paris et originaire des Pyrénées-Orientales.     

« Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? », Lucie Rico, P.O.L., 272 pages, 21 €

vendredi 2 octobre 2026

Rentrée littéraire - Méchante comédienne, étrange sculpteur

« Chante méchante » est le portrait d'une comédienne trop belle pour ne pas être odieuse. Guillaume Sire parvient cependant à la rendre attirante et touchante.

Des plus grandes scènes françaises à l'île de Guernesey, Léonie Dantin raconte son parcours de comédienne, experte en dissimulation. Faire l'actrice, 24 heures sur 24, est la meilleure façon de charmer. Ce roman, prenant la forme d'une longue confession de Léonie, explique pourquoi elle est foncièrement méchante. Trait de caractère qu'elle cache à la grande majorité de ses connaissances. Parfois elle dérape, oubliant son rôle de star accessible, de mère attentionnée, d'épouse fidèle. Comme quand, petite fille, elle donne un coup de pied à une camarade puis la pousse à dénoncer quelqu'un d'autre. Léonie Dantin est une carne. Du moins c'est ce qu'elle voudrait nous faire croire dans ce texte, en réalité écrit par Guillaume Sire, écrivain toulousain, déjà remarqué dans le très beau et épique roman « Les Contreforts », saga familiale située dans les Corbières audoises et paru en 2021. 

Léonie décide de retracer sa vie, sa carrière, par écrit, après sa visite chez un toubib qui vient de lui annoncer que les résultats des derniers examens médicaux sont très mauvais : elle va mourir. Dans très peu de temps. Il propose une mesure d'accompagnement, soulager la douleur puis fin de parcours dans un établissement spécialisé. Elle préfère faire le bilan de son existence de méchante congénitale, l'avouer et fuir, sans rien dévoiler à son mari, architecte très occupé, ni à ses enfants, Inès, adolescente, et Arthur, plus jeune, plus naïf. 

Léonie alterne récit clinique de ses errements et passages lyriques où elle clame son amour, ses regrets, sa colère. Tout en admettant que ces années de méchanceté ne pouvaient pas rester sans conséquence. Elle paye au prix fort ce qu'elle a fait, notamment à son premier amour, Antoine Besançon, sculpteur lunatique avec qui elle a fait les 400 coups avant de l'abandonner et de se s'assagir, du moins en façade, auprès de son mari. Et c'est vers cet amant délaissé, meurtri, qu'elle se tourne, le rejoignant dans son repaire de Guernesey. 

Mélangeant souvenirs et chemin de croix du présent, la confession de Léonie dresse le portrait d'une femme fatale complexe. Ouvertement détestable selon elle. Mais au charme irrésistible si l'on en croit ses relations. On comprend que c'est la force des grandes comédiennes, capables de tenir un rôle durant des années, jamais prises en défaut. A part quand elle se trouvent au seuil de la mort. Un texte brut, sans concessions, qui nous retourne les tripes. Comment ne pas plaindre la « méchante », plus victime que bourreau ?  

« Chante méchante », Guillaume Sire, Calmann-Lévy, 160 pages, 18,50 €

lundi 21 septembre 2026

Rentrée littéraire - « Fuck Circus », errance torride

Lauréate du prix Sade du premier roman, Esther Teillard récidive dans le texte trash et torride avec « Fuck Circus », roman publié chez Grasset, mais période Olivier Nora tient elle à préciser. Le texte retrace 12 heures de la vie d'une narratrice non identifiée. On sait seulement qu'elle est jeune, originaire de Marseille et vient d'être larguée par son compagnon. 

Après une brève errance dans cette ville terrassée par la canicule, elle échoue dans une boite de nuit. C'est là que l'action va se nouer, entre lesbiennes en chasse, homos trouillards, politique arrogant, noble décadent, influenceuse en chaleur et toute cette faune en mal de reconnaissance. 

Se noyant dans l'alcool et la drogue, elle se rêve romancière, racontant la vie d'un sexagénaire amoureux d'une très jeune cinéphile. Le titre du livre ? « Plus sale que la merde ». Un récit radical, autopsie du monde de la nuit et de tous ses excès. 

« Fuck Circus », Esther Teillard, Grasset, 224 pages, 19 €

jeudi 17 septembre 2026

Rentrée littéraire - Dans la « Pampa » infinie

Un train file dans la « Pampa ». Roman de l'étrangeté signé Eduardo F. Varela.

Des champs de maïs à perte de vue. La pampa décrite dans ce roman d'Eduardo F. Varela est assez différente de la réalité de cette immense zone géographique d'Amérique du Sud. Là où d'ordinaire des prairies peuplées de milliers (millions) de bovins donnent une première impression de l'infini, du maïs pousse à perte de vue. Champs sauvages, à la croissance spontanée, envahissant tout, ne s'arrêtant qu'aux portes des rares villages encore habités et du ballast de la voie de chemin de fer qui traverse le pays du Nord au Sud. Sur ces rails, un train de marchandises, personnage principal perpétuellement en mouvement de ce roman étrange, parfois obsédant, flirtant avec le fantastique. 

Pour faire fonctionner ce convoi de plus en plus long (bien au-delà de 1000 mètres, des dizaines de wagons), trois personnes seulement. Le machiniste-conducteur, Olszen, dormant dans le poste de pilotage de l'increvable locomotive, le contrôleur, Buenaventura Sanchez, par ailleurs employé de la poste chargé de distribuer le courrier aux habitants des villages traversés et sa femme, Josefina, née dans le train, fille du précédent conducteur.

Le romancier  multiplie les indices pour faire prendre conscience au lecteur que ce train n'a rien de normal. Parti depuis des années, sans but, il semble perdu dans cette pampa infinie recouverte d'une marée verte. L'équipage ne sait même pas quels villages il traverse. Les lettres s'empilent, non distribuées. Les wagons s’additionnent, chargés de galets, de bois ou de charbon. Un monde sur le monde, où Josefina a reconstitué le cimetière de sa famille, où un wagon rempli d'eau sert de piscine, un autre, garni de sable, devient terrain de pétanque. Le conducteur a longtemps été aidé par un assistant. Un jeune homme perdu, recueilli, hagard, au bord de la voie. Mais il a préféré fuir, pour découvrir l'amour dans un des villages traversés. 

La petite communauté va radicalement évoluer quand des villageois prennent d'assaut le convoi, fuyant un mystérieux danger venu des champs de maïs. Le train, surpeuplé, devient une bouilloire au bord de l'explosion avec l'arrivée de Montoya, général de l'armée, ambitieux, manipulateur, persuadé que cette petite armée en devenir lui permettra de prendre le pouvoir dès qu'il aura retrouvé un rocher légendaire. Encore faut-il que le convoi arrive à destination. 

Un roman a ne pas lire dans un train, au risque de faire des cauchemars et de se persuader qu'on est bloqué dans cet abominable convoi de l'étrange.  

« Pampa » d'Eduardo F. Varela, Métailié, 336 pages, 22,50 €

mardi 15 septembre 2026

Roman – Laura Vazquez joue avec « Les forces »


Certains poètes n'ont jamais connu la notoriété de leur vivant. Longtemps après leur disparition, leur œuvre s'est imposée. Laura Vazquez va à contre-courant. Elle n'avait pas 40 ans qu'elle remportait le prix Goncourt de la Poésie en 2023 puis le Prix Décembre 2025. Et le village de son enfance, Villeneuve-de-la-Rivière dans les Pyrénées-Orientales, a donné son nom à la bibliothèque-médiathèque municipale. 

Pour cette rentrée littéraire 2026, on peut découvrir son roman « Les Forces » au format poche. Avec cette voix très singulière de la littérature française, il ne faut pas s'attendre à du suspense ou aux prémices d'une grande saga échevelée. Encore moins à de la fade autofiction. La narratrice, une jeune fille, se souvient. De son enfance, ses interrogations face à ses parents ou inconnus qu'elle tente en vain de comprendre, des attentes de ses amies, de son plaisir à malaxer les mots. 

Long poème en prose sondant la beauté de notre époque, « Les Forces » est un roman gonflé aux références littéraires ou philosophiques comme d'autres se goinfrent de protéines pour augmenter leur masse musculaire. Clairement, Laura Vazquez boxe dans une catégorie largement au-dessus de la moyenne littéraire française.  

« Les Forces » de Laura Vazquez, Points, 288 pages, 9,30 €

lundi 7 septembre 2026

Rentrée littéraire - Amélie Nothomb a un enfant : c'est un perroquet !

Jo, un gris du Gabon, bouleverse la vie du narrateur de « L'adolescence du perroquet », nouveau roman d'Amélie Nothomb.

Après avoir raconté son « Impossible retour » au Japon puis évoqué la mémoire de sa mère dans « Tant mieux », Amélie Nothomb renoue avec la fiction pure dans ce très intrigant « L'adolescence du perroquet ». Alban, le héros-narrateur est un homme, célibataire, Parisien, très cultivé. Les premières pages sont consacrées à son amour du Louvre, musée qu'il considère comme sa deuxième maison. 

On découvre ensuite comment il occupe ses journées. Chroniqueur à la radio presque par accident, il se contente de surfer chaque matin sur le bruissement du monde. Même si l'exercice est parfois exténuant. « Une chronique, c'est une préoccupation constante. Il faut avoir une idée. Personne ne sait comment cela vient. Se mettre à la disposition de l'inconnu, être perpétuellement fécond de n'importe quoi. » A bien y regarder, le métier d'écrivain n'est pas beaucoup différent. Surtout quand comme Amélie Nothomb, on s'engage à sortir un roman à chaque rentrée littéraire. Même s'il paraît que l'autrice belge a plusieurs manuscrits d'avance. On l'imagine donc en train de se creuser la tête à trouver un sujet original pour le « suivant ». 

Est-ce la vision d'un clip sur le net d'un perroquet savant ? Ou la découverte, au Louvre justement, d'un tableau montrant des singes et un perroquet se délectant d'un plateau de fruits ? Ou tout simplement la connaissance dans la vraie vie d'un propriétaire de gris du Gabon, l'espèce de perroquet au centre du roman ? Mystère. De toute manière le lecteur n'a pas besoin de savoir pour lire avec gourmandise l'irruption de Jo, le fameux perroquet gris du Gabon dans la vie d'Alban. 

Jo arrive dans l'appartement encore bébé : « un oisillon déplumé avec un bec plus grand que lui ». Un être vivant à protéger. Alban fait rapidement un transfert vers Jo, comme s'il décidait d'adopter du jour au lendemain un nouveau-né pour en faire son fils. Les échanges, au début, sont limités. Mais dès que le volatile découvre qu'il peut émettre des bruits et répéter ce qu'il entend, Alban se consacre de plus en plus à son compagnon. Car un gris du Gabon n'est pas uniquement un oiseau qui parle. C'est « d'abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu'il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. » Amélie Nothomb, au détour d'un chapitre, aime régler quelques comptes avec ses congénères... 

En se renseignant sur les us et coutumes de l'espèce, Alban apprend que ce perroquet, en plus de vivre très longtemps, passe par une phase d'adolescence. Vivre avec Jo va devenir un véritable enfer. Coups de bec, fauteuil déchiré, ordinateur renversé : le jeune Jo devient violent, vindicatif. Sa réplique préférée ? « Arrête ça ! » Et en creux, on a l'impression qu'Amélie Nothomb raconte l'éducation impossible ce cet enfant que, par choix, elle n'a pas eu. Qu'il soit humain ou recouvert de plumes.       

« L'adolescence du perroquet » d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 160 pages, 18,90 €  

jeudi 20 août 2026

Rentrée littéraire – La folie Van Gogh


Exemple parfait de l'artiste torturé, Vincent Van Gogh s'invite dans cette rentrée littéraire de 2026 en devenant le personnage principal du premier roman de Vincent Vigneron, « Rien que de grands tournesols ». Une phrase prononcée par le peintre quelques mois avant sa mort. Installé en Provence, il envisage de décorer la chambre de son ami Gauguin. En déclinant à l'infini cette fleur jaune qui le rendra mondialement célèbre longtemps après sa disparition à l'issue d'une vie de misère et d'incompréhension. En s'attaquant à la vie de ce monument de la peinture européenne, l'écrivain semble avant tout laisser parler son cœur. Car il raconte la folie qui a saccagé la vie sociale de Van Gogh avec beaucoup d'empathie. Fils de bourgeois hollandais, Vincent tente de s'intégrer. Son père est pasteur. Il essaie de le devenir à son tour. En vain. Il donne des cours en Angleterre, vend des tableaux à Paris, vit d'expédients en Belgique. Une errance avec toujours son frère Théo pour l'aider, le sauver en dernier recours. Jusqu'à cet exil dans le Sud, là où son talent éclate, où la folie explose. Le style de Vincent Vigneron se cherche encore un peu (premier roman oblige), mais certaines envolées, aussi épiques que tarabiscotées, valent bien des tableaux longtemps incompris.

« Rien que de grand tournesols », Vincent Vigneron, Robert Laffont, 304 pages, 21 €


jeudi 9 avril 2026

Roman – Vacances rouge sang


Si vous avez un mauvais souvenir de vos séjours en colonie de vacances, dites-vous qu'il peut y avoir pire. Joey Cormeau, auteur canadien de Nouvelle-Écosse, envoie Martin dans un camp de vacances religieux dans les bois et au bord de l'océan. Une grande première pour ce presque ado très fusionnel avec sa mère. C'est cette dernière qui décide de le confier aux religieux quand elle a l'opportunité de travailler comme spécialiste des effets spéciaux sur un film d’horreur en tournage à Toronto. Martin découvre la vie en communauté, les filles et, pas de chance, la folie d'un curé qui se transforme en tueur en série sadique et vicieux.

Il y a plusieurs intérêts à se plonger dans ce roman de genre. Les bains de sang et multiples façons de trucider les enfants (cutter, hache, noyade...). La petite romance entre Martin et Joan (rien de plus romantique que l'éclosion d'un amour de vacances). Enfin la complicité entre le jeune héros et sa mère célibataire. Elle a communiqué sa passion des films d'horreur à son fils. Il connaît tous les grands succès slasher (l'arme est un couteau). Une science qui pourrait lui être très utile.

« Massacre au camp de vacances » de Joey Cormeau, Fleuve – Styx, 240 pages, 19,95 €


samedi 4 avril 2026

Polar - Fantaisie canine pour clore "Le Grand livre des animaux"


Dans « Chiens », roman noir provincial, troisième et dernier tome du « Grand livre des animaux », Sébastien Gendron met les chiens à toutes les sauces. Daniel Pabst a la belle vie. Il vit toujours chez sa maman, très riche. A 40 ans, il n'a jamais travaillé et abuse d'une application permettant les rencontres sexuelles d'un soir. Sa mère, un peu vieux jeu, le fait surveiller par une agence de détective privé. 

Déshérité, Pabst va devoir dormir dans sa voiture et trouver un job. Il postule alors dans l'agence de détectives qui a causé sa chute. L'imbroglio ne fait que commencer. Entre le patron autoritaire, la secrétaire, gironde mais trop intelligente, le factotum magouilleur et les politiques corrompus, c'est une belle meute d'assoiffés de fric qui se met à graviter autour de Daniel Pabst. Même s'il n'en a pas véritablement conscience au début du récit, plus obnubilé par ces chiens qui n'arrêtent pas de le dévisager. Un polar fantaisiste à savourer lentement, tel un chien rongeant patiemment son os.


« Chiens », Sébastien Gendron, Gallimard, 320 pages, 20 €


jeudi 5 mars 2026

Roman - Les couleurs envoûtantes de Montréal

Voyage fantastique dans le temps avec « L'incroyable histoire de Mary Gallagher », roman signé du Canadien francophone, Eric Dupont.

Découvrez la ville de Montréal comme vous ne l'avez jamais vue. La cité canadienne est la véritable héroïne de ce roman, inédit en France, d'Eric Dupont. Une ville racontée à deux époques différentes. D'abord à la fin du XIXe siècle, quand la vie dans cette colonie française ressemblait plus à celle du moyen âge européen. Puis en 1967, quand Montréal accueillait le modernisme triomphant lors de l'exposition universelle. Avec pour se retrouver dans ces méandres du temps deux guides : Mary Gallagher et Aimé Sanschagrin. Personnages touchants, aux parcours hors normes, ballottés par leur problème (pouvoir ?) provoqué par leur sensibilité extrême aux couleurs, notamment le rouge. Entre roman historique et fable fantastique, « La couleur du temps » parle aussi de melon, de prostituées, d'ordres religieux et d'avortement clandestin. C'est foisonnant, riche et très réussi.

Tout commence véritablement en 1879. Mary Gallagher, jeune prostituée au parcours riche en péripéties, est retrouvée sauvagement assassinée. Pour comprendre pourquoi, l'auteur retrace toute sa vie qui a débuté... dans un melon. En ces temps où l'exploitation des enfants était la base de toute la société (on ne vivait pas vieux, mieux valait vite rentabiliser les bouches à nourrir), un agriculteur du cru produit un succulent melon. Mais pour qu'il mûrisse malgré le froid de l'Amérique du Nord, il faisait dormir des enfants autour des fruits. Et un matin, dans un melon, un bébé a poussé son premier cri : Mary. Passionnée de jardinage, elle sera victime de du patriarcat, obligée de fuir sa famille d'accueil et de se prostituer.

Vortex temporel

Toujours à Montréal, mais en 1967, Aimé Sanschagrin est le fils d'une descendante de la famille de Mary et d'un sauvageon reconverti en médecin, spécialiste de l'avortement. Il a été recueilli par un autre médecin, homosexuel caché.

L'occasion pour Eric Dupont de décrire ce milieu bourgeois et francophone, dans les années 60, encore très conservateur et prude. Aimé souffre d'une étrange maladie. Il est hyper sensible au rouge. Quand il visite un pavillon de l'expo universelle de 1967, il est pris dans un vortex temporel et débarque dans le Canada des premiers colons. Il va y croiser Mary.

Loin de se réduire à ces deux trajectoires, le roman part dans tous les sens au grand bonheur du lecteur qui n'en demandait pas tant. On ira aux USA dans une communauté hippies bizarre (que des roux), au sein d'une procession religieuse pour demander de l'aide à Dieu face à une invasion de doryphores ou dans une salle de tribunal, véritable série Netflix d'avant l'invention de la télévision.

« La couleur du temps ou l'incroyable histoire de Mary Gallagher », Eric Dupont, éditions 10/18, 360 pages, 8,90 €


jeudi 19 février 2026

Fantasy - Au croisement de deux mondes se trouve "L'île de Noirebraise"

Énorme roman gigogne de l'univers du Cosmère, « L’île de Noirebraise » de Brandon Sanderson mélange plusieurs mondes, de l'espace à la jungle, avec dragons, aventuriers et conquérants galactiques.

Certains romans viennent de très loin. Une petite idée qui va faire du chemin dans la tête de l'auteur. Quand il se lance dans la rédaction de la novella (une grosse nouvelle) intitulée Sixième du Crépuscule, comme le nom du personnage principal, Brandon Sanderson ne se doute pas que ce n'est que le début d'un de ses plus ambitieux projets dans l'univers du Cosmère qu'il développe depuis quelques années. On y découvre la vie de ce trappeur, sorte de défenseur de la nature, chargé de capturé les Aviares, des oiseaux aux pouvoirs fantastiques et mystérieux. Ces volatiles  prolifèrent sur l'île de Patji, « le dieu de toutes les îles ». Crépuscule a continué à trotter dans la tête de Sanderson et après une longue maturation est reparti à l'aventure dans « L'île de Noirebraise » qui sort simultanément aux USA et en France début 2026.

Une partie du roman reprend la novella, sous forme de flash-back, quand Crépuscule, trappeur solitaire, rencontrait pour la première fois Vathi, jeune femme ambitieuse. On la retrouve dix ans plus tard, gouverneure de ce monde qui doit faire face à deux menaces : la modernité inéluctable et l'arrivée d'un peuple d'explorateurs spatiaux à bord de vaisseaux volants.

On est rapidement happé par les inventions de l'auteur. Notamment sur l'île de Patji, terre dangereuse où seuls les meilleurs trappeurs parviennent à survivre. Car la faune et la flore sont d'une rare agressivité. L'arrivée en bateau se fait au risque d'être broyé par une « ombre », monstre sous-marin sans pitié. Sur terre gare aux « fourmis tueuses » cachées dans les rares fruits comestibles, aux « tranchelianes » qui vous tombent dessus depuis la branche d'un arbre et vous broient les os. 

Les plus redoutables restent les « Gueule de nuit », oiseaux ne sachant pas voler, sortes de gros dodos nocturnes, dotés d'un bec muni de dents acérées. Pour se protéger, Crépuscule peut compter sur ses deux oiseaux, Sak et Kokelii, capables de le rendre invisible et de prévoir les possibles morts de leur « humain ».  

Cette seule partie du roman suffit largement à contenter les fans de mondes imaginaires. Mais Sanderson va beaucoup plus loin. Il imagine un univers parallèle, où vit une dragonne, Alcyone, seconde héroïne du récit. Elle a une apparence humaine, a perdu en partie ses pouvoirs et va de planète en planète à bord d'un astronef de commerce. On bascule alors dans la série de science-fiction. Mais pas longtemps car Alcyone découvre une entrée vers l'univers de Crépuscule. Ce même Crépuscule qui débarque dans le monde d'Alcyone après la longue et périlleuse traversée d'une « non-mer », plongée dans une obscurité totale. Les deux mondes se rencontrent, les deux héros unissent leurs forces, le roman décolle vers des sommets rarement atteints dans le genre de la fantasy. 

« L'île de Noirebraise » de Brandon Sanderson, 672 pages, 24,90 € l'édition courante, 29,90 € l'édition collector. 

jeudi 29 janvier 2026

Roman - « La reine de mai », image de la luxure

Dans le second roman (sur sept) consacré aux péchés capitaux, NéO se penche avec volupté sur la luxure.

La transgression sous toutes ses formes. NéO, pseudonyme de Nicolas d'Estienne d'Orves, abandonne le genre de la saga historique pour des romans plus adultes et sulfureux. Il s'est lancé le défi d'écrire une histoire contemporaine sur les sept péchés capitaux. A l'heure des réseaux sociaux et de l'émergence de l'intelligence artificielle, c'est sans doute un peu daté mais diablement bine vu. Car malgré les progrès de la technologique, l'homme reste intrinsèquement tenté par l'interdit, tourmenté par des restes d'éducation judéo-chrétienne.

Après « L'île de l'orgueil », paru en 2025, place à la luxure dans « La reine de mai ». Le sexe occupe une place prépondérante dans la vie de Tobias Gantzer. Il admet être un séducteur. De ces hommes qui dégagent une attirance irrésistible pour toute femme sensible à la beauté, la finesse, la prestance.

Tobias est expert en tableaux anciens. Une pointure dans son rayon, célèbre dans le tout paris, tant par ses trouvailles que sa tenue excentrique que le nombre astronomique de ses conquêtes. Il vient de passer la soixantaine mais continue à « chasser », dans les soirées ou lors des conférences qu'il donne dans des écoles d'art.

La première partie du roman (une fois passé le prologue glauque donnant un ton de thriller à l'histoire) raconte comment la jeune Manon est tombée en admiration pour cet homme qu'on ne peut que remarquer. « Son trois-pièces cerise était sûrement fait sur mesure et il devait passer des heures à plaquer ses cheveux argentés et à pommader sa moustache. » Il captive son auditoire en racontant l'histoire d'un tableau mystérieux, La reine de mai. Il a consacré un livre à cette toile aujourd'hui disparue et qui aurait inspiré tous les grands maîtres de ces quatre derniers siècles. Selon Tobias, on retrouve dans ces tableaux « une même silhouette, en majesté, triomphale et pourtant modeste ; une même structure primaire, d'une simplicité désarmante : cette femme nue, debout, de face ; ces cheveux de feu, d'un roux aveuglant ; cette vulve si crue, présente mais chaste. » Et à ses pieds, des corps emmêlés dans une infernale orgie alors que « la reine, allégorie de la luxure, semblait flotter, à la fois déesse et démone. » Une image puissante, troublante. Tobias ne l'a jamais vue. Il rêve de la posséder.

En attendant, il compose en secret des faux de peintres célèbres, ces supposés hommages qu'il peint avec un ingrédient spécial, ce que l'auteur présente comme le rose-perdu, un pigment composé « d'une poudre argileuse rose pâle qui offre un éclat particulier aux carnations. »

Si le thème principal du roman reste cette folle envie de jouir, capable de tout renverser, d'effacer toutes les barrières morales, on se délectera aussi de la passion des belles peintures, œuvres d'un artiste talentueux, capable, avec quelques touches de couleur et des courbes harmonieuses, de déclencher des torrents d'émotions.

« La reine de mai », Néo, Albin Michel, 274 pages, 20,90 €


vendredi 16 janvier 2026

Roman - Cheminement d'une « Fille de pute »

Swann Dupont fait le récit sans concession du parcours d'une petite fille devenue trop vite femme.

Certains romans sont plus puissants qu'une thérapie. Swann Dupont, en entreprenant de raconter son enfance de « Fille de pute », a sans doute économisé des centaines d'heures d'une psychanalyse longue et douloureuse. Plus rapide aussi, mais quand même dure à encaisser, mentalement comme physiquement. L'écriture de ce premier ouvrage permet surtout au lecteur et lectrice de partager un parcours semé d'obstacles. Pour beaucoup, ils seraient considérés comme infranchissables. Mais Swann Dupont n'a pas peur. Encore moins des hommes. Alors elle a trempé sa prose dans l'encre noire et sombre de sa mémoire pour aboutir à ce texte d'une extrême radicalité au début, puis basculant dans la tendresse, la sororité puis l'amour tout puissant des dernières pages. Une vie d'exception, entre deux femmes, deux mères fortement opposées et un père idéalisé.

La belle-mère, surtout belle...

Petite, Swann vit dans un appartement tout simple avec son père, sa mère et ses frères et sœurs. Le premier, ouvrier intérimaire alterne petits boulots et jobs de peu, avec, pour tenir, pas mal d'alcool. La seconde est femme de ménage, récurant chez les bourgeois, ceux que dans la famille on surnomme avec mépris « les particules ». Quand le père quitte son épouse pour une femme plus jeune, plus belle, moins « usée » par les tâches ménagères, il embarque pour les vacances ses enfants. Swann va alors découvrir un autre type de femme, le contraire de sa maman fatiguée. La belle-mère sort beaucoup, s'habille court, sexy. Un peu comme une « pute ». Terme qui va longtemps coller à Swann qui deviendra dans son village cette « fille de pute » qui donne son titre à l'ouvrage. Car rapidement la fillette voudra ressembler à la belle-mère. Sans doute inconsciemment pour plaire au papa. Afin d'acquérir aussi ce pouvoir sur les hommes. Devenue adulte, Swann résume la philosophie de ses relations avec le sexe opposé ainsi : « Parce qu'il croit dominer, l'homme alpha pense régner, gérer, surplomber, mais derrière chaque homme il y a une femme. Elle est la mère, la femme, la maîtresse, la fille ou la pute. Et elle, de ses doigts qui se font discrets, elle tire les ficelles, elle guide et dirige celui qui pense encore, plein de sa virilité, pouvoir gagner la partie. Mais l'homme n'est qu'un enfant capricieux. » Des gamins, l'autrice va en rencontrer beaucoup, pour une nuit ou quelques mois. Elle papillonne, se cherche.

Apprentie comédienne à Paris, elle s'extrait de son milieu populaire, mais sans renier ses origines. La fin fait un peu conte de fées. Même si elle reproduit in fine l'histoire de sa propre famille. Elle croise la route d'un scénariste de BD. De presque 20 ans son aîné. Il est marié, père... Et c'est le coup de foudre. Aujourd'hui ils vivent ensemble, ont un bébé de deux ans et Swann Dupont, avec ce premier ouvrage abouti et très dense, fait une entrée remarquée dans le monde de l'édition.

« Fille de pute », Swann Dupont, Istya & Cie, 256 pages, 20 €

jeudi 15 janvier 2026

Science-fiction - Autopsies dans l'inconnu

Le docteur Ingrid Belloc, médecin légiste à Rungholt, a pour mission d'autopsier les extraterrestres. Laurent Genefort plonge le lecteur au cœur des entrailles de l'inconnu.

Tout amateur de science-fiction a tenté d'imaginer une forme de vie extraterrestre. Il faut beaucoup d'imagination pour s'éloigner des normes humanoïdes. Et encore plus de connaissances scientifiques pour s'affranchir de la chimie et de la biologie terriennes. Rares sont les écrivains alliant ces qualités et offrant au public une merveilleuse plongée dans l'inconnu. Laurent Genefort, après une bonne cinquantaine de romans, a « créé » une quantité invraisemblable de créatures. Il agrandit son tableau de chasse grâce à son nouveau roman, Le test de Rungholt, premier tome de la série La méthode Belloc. Belloc, c'est Ingrid Belloc. Docteure. Médecin légiste exactement. 

Elle est renommée dans son domaine. Froide, bosseuse, déterminée, sans le moindre pathos : difficile de devenir son amie. La quarantaine, ambitieuse, elle a postulé au poste de médecin légiste de la ville de Rungholt. Un boulot particulièrement original. Comme le concept du roman. La Mosaïque, confédération de peuples extraterrestres, vient de contacter les autorités terriennes. L'Humanité pourrait rejoindre la Mosaïque. Mais il faut réussir un test : prouver que les humains peuvent cohabiter avec des milliers de races différentes. La ville de Rungholt servira de révélateur. Isolée du reste de la planète durant 20 ans, elle va pouvoir recevoir la visite de milliers d'aliens, touristes galactiques à la recherche de nouvelles sensations dans cette ville frontière peuplée de ce que beaucoup considèrent comme des sauvages autochtones. Belloc sera chargée des autopsies des aliens morts au cours de leur visite. Pour déterminer les causes des décès. Notamment en cas de meurtre. Elle travaille en binôme avec le l'inspecteur de police Mendoza. Sous la surveillance de D'jee'r, un alien de la Mosaïque. 

Le roman, composé de chapitres traitant d'autant d'affaires criminelles (ou pas...), propose de découvrir différentes formes de vie mais uniquement par l'intermédiaire du bistouri de Belloc. Un sacré challenge pour l'héroïne car elle ne sait pas ce qu'elle va découvrir dans les entrailles de ces formes de vie décédées. L'occasion pour Laurent Genefort d'enrichir son bestiaire spatial. 

Vous serez séduit par la force de déduction de Belloc, alliée au travail de terrain de Mendoza, ressort comique et caustique de cet univers détonnant. Mais le meilleur reste le fameux D'jee'r, aux « bras gigognes » et au cerveau prenant l'apparence d'un « réseau de lucioles qui luisait telle une galaxie miniature. » 

Enfin le récit aborde aussi la politique. Dans la ville confinée mais ouverte aux aliens, quelques humains refusent cette évolution. La maire explique à Belloc que « certains pensent que ce test est une humiliation, que nous ne devrions pas avoir à passer d'épreuve. » Et d'autres sont encore plus pessimistes : « Nos visiteurs savent que la Terre se meurt et qu'il est trop tard pour la sauver, ils ne sont venus que pour profiter du spectacle. » Ce roman de SF foisonnant ne peut pas laisser indifférent face à la marche actuelle du monde, même s'il n'y a pas d'aliens en approche.

« Le test de Rungholt », Laurent Genefort, Albin Michel Imaginaire, 304 pages, 21,90 €

samedi 10 janvier 2026

Roman – Du Béarn à Sly

Deux trajectoires parallèles rythment ce roman de Bruno Marsan, romancier aux mille vies, observateur pessimiste de notre monde en plein déclin. D'un côté Richard, petit Béarnais débrouillard, vivant dans la montagne entre vaches et grand-mère. De l'autre Sylvester Stallone, comédien américain, presque clochard, devenu immensément riche après le succès de Rocky. 

Ce texte, dense, foisonnant et particulièrement intelligent en ces temps de moins disant culturel, raconte l'éveil d'un enfant, son courage face à l'adversité jusqu'au succès grâce à l'amitié. Succès aux USA, là où Sylvester Stallone, Sly pour les intimes, a forgé sa légende, quitte à passer pour plus bête que ne l'est ce passionné de littérature. Attention, certains passages risquent de provoquer une crise d'urticaire aux nouveaux censeurs. Ceux qui, par exemple, transforment un escabeau en sapin de Noël pour sauver des arbres... 

« Underdog », Bruno Marsan, Séguier, 576 pages, 23,50 €

vendredi 9 janvier 2026

Science-fiction – Espace et temps à conquérir

Formidable roman entre Space opéra et réflexion philosophique, « Echos stellaires » du Français David Bry bouscule le genre de la SF trop traditionnelle. Dans un futur très lointain, les entreprises ont pris le pouvoir. C'est Chronon Galactics qui possède la planète Pi-Cassioppeiae-2. Une grosse roche sur laquelle quelques humains survivent difficilement. Tous employés de la Chronon. Exploités, mais décidés à conquérir leur indépendance. Malgré la milice intraitable et le bombardement continuel des chronons, ces particules temporelles qui permettent le voyage dans l'espace et font revivre le passé. 

Noam, pilote rebelle surdoué, se bat sans limite. Il n'a plus peur de la mort depuis que son compagnon est décédé. Par la faute de Chronon. Seul petit défaut du roman, il est trop guerrier. Les combats incessants sont excessivement mis en avant. On se rattrape avec les déambulations nostalgiques de Noam. Bombardé de chronons, il risque la mort mais cela lui permet de se remémorer les meilleurs moments de ses amours défuntes. Un romantisme stellaire envoûtant. 

« Echos stellaires », David Bry, Fleuve éditions, 544 pages, 22,95 €

mercredi 7 janvier 2026

Fantastique - Quand une dictature devient pure horreur

Un poète, exilé pour cause de censure, retourne dans son pays malgré la dictature. Et disparaît. Une amie va tenter de le retrouver. Voyage aux confins de l'horreur dans ce roman fantastique et cruel signé John Hornor Jacobs.

On le surnomme l’Œil. A cause du bandeau qui cache une orbite vide. Écrivain et poète, en exil depuis des années en Espagne, Rafael Avendaño vivote nonchalamment, tout en fumant des cigarettes malodorantes et en allant voir des films mexicains de série B. Opposant politique d'un dictateur régnant sur le Magera, un petit pays imaginaire, sorte de mix d'Argentine, Uruguay et Chili, Rafael a connu la gloire littéraire mais n'a plus écrit une ligne depuis des années. Certains de ses fans sont même persuadés qu'il est mort, oublié dans une geôle. 

Isabel aussi est originaire de cette région du monde. En exil également. Elle survit difficilement en occupant un poste à l'université de Malaga, spécialisée dans la littérature sud-américaine. Isabel connaît parfaitement l’œuvre d'Avendaño. Notamment son côté subversif. Ils se croisent par hasard dans un parc, discutent, découvrent leur origine commune, deviennent amis, parlent du passé. De ce pays en voie d'oubli. Et quand la discussion aborde son surnom, Isabel ne peut s'empêcher de demander à Rafael comment il a perdu cet œil. Sa réponse donne un indice sur la direction et le ton du roman : « Il en avait trop vu. Alors je l'ai arraché ». Des scènes monstrueuses, vous pourrez en lire quantité dans ce texte, le premier publié dans une nouvelle collection fantastique, Styx, lancée par Fleuve Éditions qui retrouve un peu de la noirceur de ses racines. 

Le récit bascule quand l’Œil disparaît. Il aurait décidé, malgré les risques, de retourner dans son pays natal. Tout en laissant une belle somme à Isabel pour s'occuper du chat et de l'appartement. Inquiète, elle craint les mauvaises nouvelles. Alors elle décide, elle aussi, de rejoindre le Magera. Un long périple à moto, sur les traces d'Avendaño. 

Le roman s'enfonce dans le fantastique, alternant périple de plus en plus risqué de la jeune femme et souvenirs du poète avant qu'il ne perde cet œil qui en a trop vu. Un texte symbolique sur la dictature, la folie, la terreur. L'impunité des représentants de l'ordre aussi, quand les dirigeants sont animés de mauvaises intentions. Un roman comme la vue en miroir d'une réalité actuelle dans une autre partie de cette Amérique ouverte à tous les excès.  

« La mer se rêve en ciel », John Hornor Jacobs, Styx (Fleuve Éditions), 224 pages, 18,95 €

vendredi 31 octobre 2025

Roman – Arpenter les « Territoires » de Stephen King et Peter Straub

Devenus des classiques de la littérature fantastique, les œuvres de Stephen King sont indémodables. L'occasion, pour les fêtes, de ressortir des titres emblématiques dans des versions collector cartonnées. Après Talisman l'hiver dernier, la suite, Territoires, bénéficie de cette réédition de luxe. Deux romans avec un même héros, Jack Sawyer, mais deux papas puisque l'écrivain du Maine s'est associé au britannique Peter Straub. 

Paru en 2001, ce roman permet aux deux romanciers de retrouver un héros qu'ils ont adoré créer. 20 ans après la première partie, Jack est devenu un adulte. Policier, il a tout oublié de cette aventure de jeunesse qui l'a conduit dans les Territoires. Cette fois c'est dans le Wisconsin que Jack va affronter une terrible menace, vicieusement dissimulée dans une maison de retraite. Les passages par le monde parallèle sont moins nombreux, mais l'angoisse, la peur et le suspense sont au rendez-vous. Des heures de lectures et, pour les plus sensibles, encore plus de cauchemars à la clé. 

Dans la préface, Stephen King laisse la porte ouverte à une 3e partie, mais ce sera sans Peter Straub, mort en 2022 et sans doute parti explorer d'autres Territoires inconnus. 

« Territoires » de Stephen King et Peter Straub, Albin Michel, 575 pages, 25 €

jeudi 16 octobre 2025

Polar poétique - Baudelaire et l'affaire de la femme sans tête

Nadine Monfils, après Magritte, transforme Baudelaire en héros d'une série de polars dans le Paris du milieu du XIXe siècle. 

Charles Baudelaire meilleur que Vidocq ? Le poète parisien n'est pas connu pour ses polars. Mais comme Nadine Monfils aime ce genre, elle n'a pas hésité à convoquer l'auteur des Fleurs du mal pour lancer cette nouvelle série entre hommage littéraire, polar historique et biographie romancée. La femme de lettres belge, sans jamais avoir renié son pays d'origine, bien au contraire, a mis toute sa connaissance parisienne dans cette déambulation de Baudelaire dans les rues de la capitale. De l'hôtel Pimodan (siège du club des Haschischins) à la rue de la Femme sans tête en passant par le pont Marie et toutes les petites venelles de l'île Saint-Louis, il va tenter de découvrir qui a tué cette femme dont on a retrouvé que le corps décapité dans la rue. 

Si Baudelaire s'intéresse à l'affaire (outre le fait qu'il a trébuché sur le corps au petit matin en rentrant chez lui ivre mort), c'est que la tête lui a été livré à domicile. Dans un grand carton à chapeau. Il l'ouvre en présence de sa maîtresse adorée, Jeanne Duval, une métisse, comédienne à l'occasion, un peu prostituée par obligation pécuniaire. Il sera même encouragé à démasquer l'assassin par un mystérieux personnage qui lui paiera chaque avancée dans l'enquête. Une rentrée d'argent inespérée pour un Baudelaire en perpétuelle recherche de devises. Bien obligé pour assumer son goût du luxe, le train de vie de sa maîtresse, les multiples sorties culturelles et gastronomiques ou les tournées des bars. 

Concierge envahissante

Nadine Monfils, dans des chapitres courts et rythmés, profite de la première moitié du roman pour raconter dans le détail la vie du génie de la poésie française. Et de dresser la revue de ceux qui gravitent dans son entourage. Les connus (Allan Kardec, Victor Hugo ou Vidocq) mais aussi les anonymes qui participent à l'enquête. On apprécie particulièrement le policier, l'inspecteur Delâbre, débonnaire, vivant seul avec sa chienne, manipulant ses hommes, Baudelaire et la pègre pour démasquer le  découpeur de femmes. Au pluriel car une seconde inconnue est retrouvée dans Paris. Toujours en deux morceaux... 

La concierge de Baudelaire devient aussi une figure marquante. Elle a des vues sur le poète et tente de l'exciter en expliquant qu'une de ses amies a « retrouvé un asticot dans sa culotte... » Dégoût de Baudelaire. Alors la concierge en remet une couche : « Bah, à notre âge, du moment que ça frétille ! » On retrouve dans ces trognes iconoclastes toute la richesse et  excès du style de Nadine Monfils. Car la poésie ne doit pas faire oublier la vie. Même triviale. Seul bémol à ce roman aussi riche en informations sur le Paris de l'époque qu'en scènes croquignolesques : la résolution de l'intrigue est trop vite expédiée. Comme s'il fallait terminer un poème avec une rime riche au détriment de sa beauté globale.    

« Les fleurs du crime de Monsieur Baudelaire – La femme sans tête », Nadine Monfils, Verso – Seuil, 320 pages, 17,90 €

jeudi 11 septembre 2025

Thriller – Le diamant de l'apocalypse

Alexandre Murat est un érudit. Sa parfaite connaissance de l'histoire napoléonienne lui a donné l'envie de partager son savoir. Mais au lieu de pondre des études savantes, il a utilisé ces faits parfois extraordinaires pour alimenter en rebondissements des thrillers haletants. Pour se plonger dans l'Histoire, deux héros : Alex et Mary. Un couple. Lui universitaire, elle femme d'action. Pour cette nouvelle enquête, le voyage dans le temps est plus profond. Alex et Mary se lancent à la recherche d'un diamant façonné en 1492 en pleine inquisition espagnole. Sur cette pierre unique, inestimable, est gravée la clé permettant de retrouver un parchemin révolutionnaire pour l’Église catholique. Une secte de fanatiques, espérant la fin du monde, l'Apocalypse, quitte à la provoquer, désire aussi posséder aussi ce diamant. Des USA à Anvers, en passant par Rome, Munich ou l'abbaye de Montserrat en Catalogne, un thriller passionnant par « le Dan Brown français » selon Philippe Labro.

« La prophétie du diamant », Alexandre Murat, Fleuve Noir, 336 pages, 20,95 €