samedi 29 janvier 2000

Biographie - Charles le Téméraire par Jean-Pierre Soisson

Le portrait historique par un homme politique en activité est à la mode. Alain Juppé, Jack Lang, Dominique Baudis et François Bayrou ont montré la voie. Jean-Pierre Soisson, ancien ministre et maire d'Auxerre apporte sa pierre à l'édifice en retraçant le règne de Charles le Téméraire.

Duc de Bourgogne il a longtemps été plus riche et puissant que le roi de France, Louis XI. En fait les deux hommes se connaissaient bien. Ils ont passé une longue partie de leur jeunesse ensemble, jeunes princes fougueux et avides de pouvoir. Une fois arrivé au sommet de l'Etat, leur amitié s'est vite transformée en une haine redoutable. Louis voulait reprendre une partie de cette Bourgogne qu'il considérait comme sienne. Charles a intrigué et manœuvré pour relier les deux parties de son territoire, la Bourgogne et les Flandres.

Variant les alliances (avec l'Angleterre puis les Allemands), Charles a lentement mais sûrement démantelé son bien. Sans descendant mâle, sa mort peu glorieuse durant le siège de Nancy, n'était que la suite logique de ses cuisantes défaites militaires face aux paysans suisses. Mais au-delà de cette triste fin, Jean-Pierre Soisson explique méthodiquement la politique menée par Charles, centralisatrice et étatique, prémices de ce qui se mettra en place en France au cours des siècles suivants.

"Charles le Téméraire", Jean-Pierre Soisson, Le Livre de Poche. (Livre paru en 1999) (Chronique publiée initialement le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - « Les années Spoutnik », souvenirs de Baru


Baru est de retour. Le Baru nostalgique et sensible de Quéquette Blues. Conteur hors pair, il entreprend dans "Les années Spoutnik" de retracer les querelles enfantines d'une petite ville ouvrière à la fin des années 50. Igor veut devenir le chef des petits des "Par-en-haut" Histoire de filer une bonne dérouillée aux "Par-en-bas". 

Mais ce statut de chef il doit le mériter.

Rien de tel qu'une partie de foot pour imposer sa stature. Igor en rêve toute la nuit. Il met un paquet de buts aux ennemis héréditaires et, porté en triomphe par ses camarades, déloge Jeannot qui joue trop perso. 

Mais voilà, le jour du match rien ne se déroule comme Igor l'a imaginé. Tout se décidera dans les dernières minutes au cours d'un penalty d'anthologie. Avant le match de foot, l'auteur reconstitue une bataille rangée à la sortie de l'école digne de Louis Pergaud dans "La guerre des boutons". 

Ce petit bijou de nostalgie charmera tous les trentenaires qui dans leur enfance ont fait partie d'une "bande". 

« Les années Spoutnik », Casterman. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)


BD - « La Esméralda », l’autre vie de l’héroïne de Notre Dame


Le vieil adage « C'est dans les vieux pot qu'on fait les meilleures confitures » se vérifie une nouvelle fois avec le premier tome de "La Esméralda", série écrite par Achdé et mise en images par Jean-Marc Stalner. Cette Esméralda c'est bien évidemment celle de "Notre Dame de Paris" de Victor Hugo. Mais si le scénariste s'est inspiré des personnages et de l'époque, l'histoire diffère grandement. 

Esméralda fascine les foules avec ses tours de magie. Par contre Gringoire, jeune acteur méconnu, manque de se faire lyncher. II échappe à l'émeute mais pas aux forces de l'ordre. Aussitôt arrêté aussitôt jugé : la mort. Dans les mains du bourreau il ne doit son salut qu'à un petit coup pouce du destin. Le voici en fuite, dans les bas-fonds de Paris. Mais Esméralda veille...

Durant dix années Stalner était la signature commune de deux frères très productifs. Jean-Marc signe un premier album en solo moins réaliste que ses précédentes créations. Un style très personnel, plein de mouvement et de sacrées gueules. 

« La Esméralda » (tome 1), Glénat. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - Le réseau Bombyce et le film rare


Rois de la cambriole, Eustache et Mouche réussissent à percer le coffre d'un riche bourgeois honorablement connu. Mais le butin est très maigre. Une simple bobine de film. Mais quel film ! Violence et perversion y atteignent des sommets. Voilà une bonne occasion pour les deux compères qui forment le réseau Bombyce (du nom d'un papillon de nuit) de faire chanter le monstre. Mais le terrain est miné et les hommes de main nombreux et prêts à tout pour récupérer leur bien. 

Eustache, le gamin des rues au passé trouble, devra prendre d'énormes risques pour sauver son amie, Zibeline, tombée dans les griffes de ses ennemis.

Ce premier album de la série scénarisée par Corbeyran permet de découvrir Cécil, dessinateur virtuose qui a du être miniaturiste dans une autre vie tant il apporte de soin au moindre détail. Si l'action se passe au début du siècle, il y a injecté quelques trouvailles qui fait de cette BD un petit bijou d'ambiance décalée. 

« Le réseau Bombyce » (tome 1), Les Humanoïdes Associés. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - Ludo recherche le dessinateur de Castar


Ludo, un gamin de dix ans, adore la bande dessinée. Et plus spécialement les aventures de l'inspecteur Castar, le super héros des éditions Gruber. Son père, policier, est chargé d'enquêter sur la disparition d'un dessinateur. Ludo a vite fait le rapprochement : le disparu n'est autre que M. Vincent, le créateur de Castar. Pas question que la série s'arrête, Ludo et son meilleur ami David se mettent en chasse. Ils retrouvent la trace du dessinateur mais déambuler au petit hasard dans divers quartiers de la grande ville n'est pas sans danger pour les deux gamins.

"Enquêtes et squelettes", troisième album de cette série signée Bailly, Mathy et Lapière, tout en étant destiné aux plus jeunes peut se lire à plusieurs niveaux. La critique de la pensée unique imposée par les multinationales constitue un fil rouge de l'histoire. A noter également un clin d'œil à une vache d'Olivier Douzou et des éditions du Rouergue qui trône en bonne place dans l'atelier de M. Vincent. 

« Ludo » (tome 3), Dupuis. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)

samedi 8 janvier 2000

Polar - Un chercheur trouve la folie au bureau

Méfiez-vous de vos collègues de bureau. Sous un aspect engageant se cache peut-être un dangereux psychopathe à l'esprit dérangé. Franck L. Tussier est un brillant étudiant en physique.

Arrivé à la fin de son cycle d'études il est embauché dans le laboratoire de recherche d'une grande société. Sa mission: découvrir le carburant du futur Un travail d'équipe. Il doit apporter ses compétences à un groupe qui ronronne depuis de longues années. Ce manque d'ambition de ses collègues le trouble. Lui pense déjà au prix Nobel. Dans la réalité il se trouve engoncé dans un travail de bureau répétitif et peu motivant.

Tout bascule quand Frank découvre dans le tiroir d'un bureau une veste d'homme. Elle a appartenu à Jean-Pierre Germain, son prédécesseur. Ce dernier est mort, il s'est pendu chez lui. Par petites touches il reconstitue le parcours de cet homme et se persuade que ce sont ses collègues qui l'ont poussé au suicide. Et si maintenant c'était son tour ? Frank bascule dans la folie paranoïaque et avant de devenir une victime passe à l'attaque. Il met au point une machination redoutable pour les faire avouer.

Pascale Fonteneau signe un polar sombre et désespéré, rédigé à la première personne. Frank, victime puis tortionnaire, est pathétique dans son enfermement.

« La puissance du désordre », Pascale Fonteneau, Folio Policier. (Livre paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 8 janvier 2000)