Sillonnez
le Japon d'antan et du futur dans ce roman inclassable d’Émilie
Querbalec.
Dragons,
religion, technologie et voyage dans le temps. Ce roman d’Émilie
Querbalec offre de multiples occasions au lecteur de franchir les
limites de l'imaginaire. Mais le thème principal, celui qui permet
au texte d'être cohérent dans sa longueur, c'est le Japon. Un pays
que l'autrice connaît parfaitement. En plus d'y être née, elle y a
vécu une partie de son enfance, s'imbibant de ses traditions pour
mieux les raconter dans
« Les jardins du temps ».
Quand
un roman s'aventure dans l'exploration du voyage dans le temps, la
grande difficulté pour l'auteur (comme pour le lecteur) est de
trouver une sorte de logique pour passer d'une époque à l'autre
avec les mêmes personnages. Dans ce texte fascinant, certains héros
vont d'un cercle du temps à un autre. Le concept des cercles permet
de casser la continuité temporelle. Il n'existe pas un seul temps
dans ce monde japonais imaginaire mais plusieurs, parallèles,
parfois imbriqués les uns dans les autres. Normalement, seuls les
dieux peuvent passer d'un cercle à un autre. Mais quand un seigneur
de guerre trop ambitieux à la fin de notre XVIe siècle extermine
les Gardiennes du temps, des brèches se créent. Dès lors, des
interférences vont apparaître, bousculant le quotidien en divers
lieux du Japon.
Il
faut un peu s'accrocher au début pour comprendre le concept des
cercles du temps. Mais après une première partie dans le passé
lointain, la suite, quasiment de nos jours, avec le renfort de
démonstrations scientifiques, permet de mieux s'immerger dans cette
farandole des siècles et des époques. Quand Émilie Querbalec
entreprend de raconter le Japon du futur, c'est d'une beauté et
d'une grâce extraordinaire. Car dans cette temporalité alternative,
après le saccage de la planète, un retour de bâton démographique
permet de retrouver l'équilibre des éléments. Une utopie résumée
par une des gardiennes à un homme venu d'une époque où la violence
était la seule réponse aux problèmes : « Nous
n'avons pas d'ennemis. Cette notion nous est totalement étrangère.
(…) S'entretuer est à la portée de n'importe qui. (…) Nous
pourrions créer des armes formidables. Des humains, sur d'autres
cercles, en d'autres temps, les ont conçues et fabriquées. Mai ici,
nous n'en avons pas besoin. » On retiendra donc surtout de
ce roman cette vision optimiste de notre avenir. En espérant qu'un
jour, nos descendants, parviendront à se passer des armes,
anciennes, actuelles ou du futur.
« Les
jardins du temps » d’Émilie Querbalec, Albin Michel, 352
pages, 21,90 €.
Émilie Querbalec fait partie des auteurs invités
au Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur
le Lydia au Barcarès dans les Pyrénées-Orientales.