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jeudi 2 avril 2026

Science-fiction - Explorez « Les jardins du temps » d'Emilie Querbalec


Sillonnez le Japon d'antan et du futur dans ce roman inclassable d’Émilie Querbalec.

Dragons, religion, technologie et voyage dans le temps. Ce roman d’Émilie Querbalec offre de multiples occasions au lecteur de franchir les limites de l'imaginaire. Mais le thème principal, celui qui permet au texte d'être cohérent dans sa longueur, c'est le Japon. Un pays que l'autrice connaît parfaitement. En plus d'y être née, elle y a vécu une partie de son enfance, s'imbibant de ses traditions pour mieux les raconter dans « Les jardins du temps ».

Quand un roman s'aventure dans l'exploration du voyage dans le temps, la grande difficulté pour l'auteur (comme pour le lecteur) est de trouver une sorte de logique pour passer d'une époque à l'autre avec les mêmes personnages. Dans ce texte fascinant, certains héros vont d'un cercle du temps à un autre. Le concept des cercles permet de casser la continuité temporelle. Il n'existe pas un seul temps dans ce monde japonais imaginaire mais plusieurs, parallèles, parfois imbriqués les uns dans les autres. Normalement, seuls les dieux peuvent passer d'un cercle à un autre. Mais quand un seigneur de guerre trop ambitieux à la fin de notre XVIe siècle extermine les Gardiennes du temps, des brèches se créent. Dès lors, des interférences vont apparaître, bousculant le quotidien en divers lieux du Japon.

Il faut un peu s'accrocher au début pour comprendre le concept des cercles du temps. Mais après une première partie dans le passé lointain, la suite, quasiment de nos jours, avec le renfort de démonstrations scientifiques, permet de mieux s'immerger dans cette farandole des siècles et des époques. Quand Émilie Querbalec entreprend de raconter le Japon du futur, c'est d'une beauté et d'une grâce extraordinaire. Car dans cette temporalité alternative, après le saccage de la planète, un retour de bâton démographique permet de retrouver l'équilibre des éléments. Une utopie résumée par une des gardiennes à un homme venu d'une époque où la violence était la seule réponse aux problèmes : « Nous n'avons pas d'ennemis. Cette notion nous est totalement étrangère. (…) S'entretuer est à la portée de n'importe qui. (…) Nous pourrions créer des armes formidables. Des humains, sur d'autres cercles, en d'autres temps, les ont conçues et fabriquées. Mai ici, nous n'en avons pas besoin. » On retiendra donc surtout de ce roman cette vision optimiste de notre avenir. En espérant qu'un jour, nos descendants, parviendront à se passer des armes, anciennes, actuelles ou du futur.

« Les jardins du temps » d’Émilie Querbalec, Albin Michel, 352 pages, 21,90 €. 

Émilie Querbalec fait partie des auteurs invités au Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur le Lydia au Barcarès dans les Pyrénées-Orientales.


jeudi 15 janvier 2026

Science-fiction - Autopsies dans l'inconnu

Le docteur Ingrid Belloc, médecin légiste à Rungholt, a pour mission d'autopsier les extraterrestres. Laurent Genefort plonge le lecteur au cœur des entrailles de l'inconnu.

Tout amateur de science-fiction a tenté d'imaginer une forme de vie extraterrestre. Il faut beaucoup d'imagination pour s'éloigner des normes humanoïdes. Et encore plus de connaissances scientifiques pour s'affranchir de la chimie et de la biologie terriennes. Rares sont les écrivains alliant ces qualités et offrant au public une merveilleuse plongée dans l'inconnu. Laurent Genefort, après une bonne cinquantaine de romans, a « créé » une quantité invraisemblable de créatures. Il agrandit son tableau de chasse grâce à son nouveau roman, Le test de Rungholt, premier tome de la série La méthode Belloc. Belloc, c'est Ingrid Belloc. Docteure. Médecin légiste exactement. 

Elle est renommée dans son domaine. Froide, bosseuse, déterminée, sans le moindre pathos : difficile de devenir son amie. La quarantaine, ambitieuse, elle a postulé au poste de médecin légiste de la ville de Rungholt. Un boulot particulièrement original. Comme le concept du roman. La Mosaïque, confédération de peuples extraterrestres, vient de contacter les autorités terriennes. L'Humanité pourrait rejoindre la Mosaïque. Mais il faut réussir un test : prouver que les humains peuvent cohabiter avec des milliers de races différentes. La ville de Rungholt servira de révélateur. Isolée du reste de la planète durant 20 ans, elle va pouvoir recevoir la visite de milliers d'aliens, touristes galactiques à la recherche de nouvelles sensations dans cette ville frontière peuplée de ce que beaucoup considèrent comme des sauvages autochtones. Belloc sera chargée des autopsies des aliens morts au cours de leur visite. Pour déterminer les causes des décès. Notamment en cas de meurtre. Elle travaille en binôme avec le l'inspecteur de police Mendoza. Sous la surveillance de D'jee'r, un alien de la Mosaïque. 

Le roman, composé de chapitres traitant d'autant d'affaires criminelles (ou pas...), propose de découvrir différentes formes de vie mais uniquement par l'intermédiaire du bistouri de Belloc. Un sacré challenge pour l'héroïne car elle ne sait pas ce qu'elle va découvrir dans les entrailles de ces formes de vie décédées. L'occasion pour Laurent Genefort d'enrichir son bestiaire spatial. 

Vous serez séduit par la force de déduction de Belloc, alliée au travail de terrain de Mendoza, ressort comique et caustique de cet univers détonnant. Mais le meilleur reste le fameux D'jee'r, aux « bras gigognes » et au cerveau prenant l'apparence d'un « réseau de lucioles qui luisait telle une galaxie miniature. » 

Enfin le récit aborde aussi la politique. Dans la ville confinée mais ouverte aux aliens, quelques humains refusent cette évolution. La maire explique à Belloc que « certains pensent que ce test est une humiliation, que nous ne devrions pas avoir à passer d'épreuve. » Et d'autres sont encore plus pessimistes : « Nos visiteurs savent que la Terre se meurt et qu'il est trop tard pour la sauver, ils ne sont venus que pour profiter du spectacle. » Ce roman de SF foisonnant ne peut pas laisser indifférent face à la marche actuelle du monde, même s'il n'y a pas d'aliens en approche.

« Le test de Rungholt », Laurent Genefort, Albin Michel Imaginaire, 304 pages, 21,90 €

vendredi 22 septembre 2023

Science-fiction - La revanche des robots commence le « Jour Zéro »

De plus en plus intelligents ; les robots domestiques, tels des esclaves avides de liberté, se révoltent. Un roman apocalyptique signé C. Robert Cargill.


Après le très remarqué Un océan de rouille, C. Robert Cargill propose un nouveau roman de science-fiction qui n’a rien de réjouissant. Dans un futur proche, la robotique a fait d’énormes progrès. De plus en plus autonomes, les robots sont devenus une pièce essentielle dans la vie des ménages. 

Certains sont de simples femmes de ménages, d’autres des cuisiniers. Il existe aussi les nounoubots, des doudous plus que sophistiqués au service d’un enfant, de sa naissance à son adolescence. Hopi a huit ans. Comme Ezra, le petit garçon qu’il éduque, aide, protège et aime au quotidien depuis sa naissance. Ezra aime aussi Hopi. D’autant qu’il a la forme d’un gros tigre en peluche. 

Les parents, riches et progressistes, font toute confiance à Hopi pour conduire Ezra à l’école, lui faire faire ses devoirs et jouer. Pourtant on comprend que cette société est en train de changer profondément. Pour la première fois un robot a obtenu les mêmes droits que les humains. Il a fondé une ville et lutte pour la libération de ses congénères. Un attentat terroriste provoque une riposte immédiate. les robots ont trouvé le moyen de se défaire de la dépendance des Humains. Une grande partie d’entre eux se lance dans une extermination radicale et définitive de l’Humanité. 

Hopi doit choisir : l’émancipation ou protéger Ezra. Tout le nœud du roman de C. Robert Cargill se trouve dans cette bascule. Hopi prend sa décision et découvre dans la foulée qu’il est beaucoup plus qu’une simple nounou. 

Un roman bourré d’action et de réflexion, d’autant plus d’actualité que tous les robots rebelles s’unissent dans une sorte de fusion de mémoire, pour être plus puissants, immortels et développer une intelligence artificielle autonome inégalable. Après la lecture de Jour Zéro, vous regarderez votre monte connectée d’une façon différente.

« Jour Zéro » de C. Robert Cargill, Albin Michel, 21,90 €