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vendredi 12 juin 2026

Science-fiction – Faites escale à Central Station


La littérature de science-fiction, quand elle ose s'affranchir de combats spatiaux et autre guerre intergalactique, est idéale pour faire passer quelques messages à ses lecteurs contemporains. Lavie Tidhar, auteur israélien vivant à Londres, en est l'exemple avec ce roman, « Central Station », se déroulant dans un lointain futur. Central Station c'est le nom de cette gigantesque ville-base spatiale qui permet à des centaines de navettes de quitter la Terre pour s'élancer vers les nouveaux mondes que sont la Lune, Mars ou la Ceinture. 

Une ville autonome, coincée entre Tel Aviv la juive et Jaffa l'arabe. Une zone foisonnante de vie. De toute sorte. Humains basiques ou augmentés, robots déclassés, aliens égarés... La religion est omniprésente et ce ne sont plus deux confessions qui s'affrontent mais des dizaines qui tentent d'exister. « Chaque saison, un nouveau dieu apparaissait dans les rues et les ruelles de Central Station. Ils apparaissaient sans tambour ni trompette. Presque en catimini. » Le jeune Kranki en est-il un ? A vous de le découvrir en dévorant ce texte ambitieux et sans doute un peu visionnaire.

« Central Station » de Lavie Tidhar, Pocket, 288 pages,8,90 €


mercredi 13 mai 2026

Science-fiction - Les arbres rouges du futur

Les arbres rougissent dans ce roman de Marie-Lorna Vaconsin qui raconte « Les plus jeunes années du monde ».

Pas de longue mise en bouche ni d'introduction poussive dans ce roman de science-fiction de Marie-Lorna Vaconsin. Dès la première page elle dévoile ce qui va conditionner toute son histoire : Tracy Bones, ranger dans l'Utah, tôt le matin en forêt, « repousse de la main quelques branches envahissantes lorsque son œil accroche une chose qui n'a pas de sens commun. A une cinquantaine de mètres se dresse un arbre rougeoyant. C'est un chêne dont les feuilles semblent illuminées d'une lueur électrique, presque fuchsia par endroits. » Un premier arbre aux USA. Puis un second finalement des massifs entiers deviennent rouge et luminescents. Les scientifiques analysent le phénomène et découvrent que les plantes mutent. Une évolution pour améliorer la photosynthèse. Peut-être une solution trouvée par Mère Nature pour contrer le réchauffement climatique. C'est aussi une nouvelle source d'énergie. Encore plus propre que propre...

Si la toile de fond du roman au nom prophétique de « Les plus jeunes années du monde » est éminemment scientifique, se greffe dessus le parcours de plusieurs Humains aux vies chaotiques.

Fille enfermée, garçon martyrisé

En premier Tracy Bones. Petite fille transformée en esclave sexuelle, devenue adulte elle vit seule, toujours armée d'un fusil hypodermique. Pour endormir les animaux agressifs. Ou de jeunes promeneurs. Afin de leur prélever du sperme et tenter une insémination artificielle. Tracy rêve d'avoir un bébé après ses nombreux avortements contraints à l'adolescence. Voilà comment apparaît dans l'histoire Edita, petite fille, prisonnière de Tracy, enfermée dans une folie provoquée par ses sens amplifiés grâce aux arbres rouges.

A l'opposé d'Edita, Joshua. Lui aussi réside en Utah, l’État des Mormons. Mais dans une secte religieuse masculiniste rigide. Petit garçon élevé dans la violence par son père, gourou d'une communauté soudée mais particulièrement dangereuse. Ranger lui aussi, comme Tracy.

A mesure que le rougeoiement des arbres progresse, fracture l'Humanité et change radicalement paysages et vie sur Terre, les deux enfants grandissent. Jusqu'à leur improbable rencontre, au cœur de la première forêt rouge, la Fish Lake Forest. Joshua découvrira dans Edita une force supérieure à ce Dieu qui le terrorise. Edita en touchant Joshua, rencontre enfin un être qui parvient à l'apaiser. Le chemin sera long avant leurs retrouvailles. Jusqu'au dénouement provisoire de l'évolution majeure de la Nature qui se déroule, roman américain oblige, à Las Vegas.

« Les plus jeunes années du monde », Marie-Lorna Vaconsin, Actes Sud Exofictions, 320 pages, 22 €


jeudi 2 avril 2026

Science-fiction - Explorez « Les jardins du temps » d'Emilie Querbalec


Sillonnez le Japon d'antan et du futur dans ce roman inclassable d’Émilie Querbalec.

Dragons, religion, technologie et voyage dans le temps. Ce roman d’Émilie Querbalec offre de multiples occasions au lecteur de franchir les limites de l'imaginaire. Mais le thème principal, celui qui permet au texte d'être cohérent dans sa longueur, c'est le Japon. Un pays que l'autrice connaît parfaitement. En plus d'y être née, elle y a vécu une partie de son enfance, s'imbibant de ses traditions pour mieux les raconter dans « Les jardins du temps ».

Quand un roman s'aventure dans l'exploration du voyage dans le temps, la grande difficulté pour l'auteur (comme pour le lecteur) est de trouver une sorte de logique pour passer d'une époque à l'autre avec les mêmes personnages. Dans ce texte fascinant, certains héros vont d'un cercle du temps à un autre. Le concept des cercles permet de casser la continuité temporelle. Il n'existe pas un seul temps dans ce monde japonais imaginaire mais plusieurs, parallèles, parfois imbriqués les uns dans les autres. Normalement, seuls les dieux peuvent passer d'un cercle à un autre. Mais quand un seigneur de guerre trop ambitieux à la fin de notre XVIe siècle extermine les Gardiennes du temps, des brèches se créent. Dès lors, des interférences vont apparaître, bousculant le quotidien en divers lieux du Japon.

Il faut un peu s'accrocher au début pour comprendre le concept des cercles du temps. Mais après une première partie dans le passé lointain, la suite, quasiment de nos jours, avec le renfort de démonstrations scientifiques, permet de mieux s'immerger dans cette farandole des siècles et des époques. Quand Émilie Querbalec entreprend de raconter le Japon du futur, c'est d'une beauté et d'une grâce extraordinaire. Car dans cette temporalité alternative, après le saccage de la planète, un retour de bâton démographique permet de retrouver l'équilibre des éléments. Une utopie résumée par une des gardiennes à un homme venu d'une époque où la violence était la seule réponse aux problèmes : « Nous n'avons pas d'ennemis. Cette notion nous est totalement étrangère. (…) S'entretuer est à la portée de n'importe qui. (…) Nous pourrions créer des armes formidables. Des humains, sur d'autres cercles, en d'autres temps, les ont conçues et fabriquées. Mai ici, nous n'en avons pas besoin. » On retiendra donc surtout de ce roman cette vision optimiste de notre avenir. En espérant qu'un jour, nos descendants, parviendront à se passer des armes, anciennes, actuelles ou du futur.

« Les jardins du temps » d’Émilie Querbalec, Albin Michel, 352 pages, 21,90 €. 

Émilie Querbalec fait partie des auteurs invités au Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur le Lydia au Barcarès dans les Pyrénées-Orientales.