Jo, un gris du Gabon, bouleverse la vie du narrateur de « L'adolescence du perroquet », nouveau roman d'Amélie Nothomb.
Après avoir raconté son « Impossible retour » au Japon puis évoqué la mémoire de sa mère dans « Tant mieux », Amélie Nothomb renoue avec la fiction pure dans ce très intrigant « L'adolescence du perroquet ». Alban, le héros-narrateur est un homme, célibataire, Parisien, très cultivé. Les premières pages sont consacrées à son amour du Louvre, musée qu'il considère comme sa deuxième maison.On découvre ensuite comment il occupe ses journées. Chroniqueur à la radio presque par accident, il se contente de surfer chaque matin sur le bruissement du monde. Même si l'exercice est parfois exténuant. « Une chronique, c'est une préoccupation constante. Il faut avoir une idée. Personne ne sait comment cela vient. Se mettre à la disposition de l'inconnu, être perpétuellement fécond de n'importe quoi. » A bien y regarder, le métier d'écrivain n'est pas beaucoup différent. Surtout quand comme Amélie Nothomb, on s'engage à sortir un roman à chaque rentrée littéraire. Même s'il paraît que l'autrice belge a plusieurs manuscrits d'avance. On l'imagine donc en train de se creuser la tête à trouver un sujet original pour le « suivant ».
Est-ce la vision d'un clip sur le net d'un perroquet savant ? Ou la découverte, au Louvre justement, d'un tableau montrant des singes et un perroquet se délectant d'un plateau de fruits ? Ou tout simplement la connaissance dans la vraie vie d'un propriétaire de gris du Gabon, l'espèce de perroquet au centre du roman ? Mystère. De toute manière le lecteur n'a pas besoin de savoir pour lire avec gourmandise l'irruption de Jo, le fameux perroquet gris du Gabon dans la vie d'Alban.
Jo arrive dans l'appartement encore bébé : « un oisillon déplumé avec un bec plus grand que lui ». Un être vivant à protéger. Alban fait rapidement un transfert vers Jo, comme s'il décidait d'adopter du jour au lendemain un nouveau-né pour en faire son fils. Les échanges, au début, sont limités. Mais dès que le volatile découvre qu'il peut émettre des bruits et répéter ce qu'il entend, Alban se consacre de plus en plus à son compagnon. Car un gris du Gabon n'est pas uniquement un oiseau qui parle. C'est « d'abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu'il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. » Amélie Nothomb, au détour d'un chapitre, aime régler quelques comptes avec ses congénères...
En se renseignant sur les us et coutumes de l'espèce, Alban apprend que ce perroquet, en plus de vivre très longtemps, passe par une phase d'adolescence. Vivre avec Jo va devenir un véritable enfer. Coups de bec, fauteuil déchiré, ordinateur renversé : le jeune Jo devient violent, vindicatif. Sa réplique préférée ? « Arrête ça ! » Et en creux, on a l'impression qu'Amélie Nothomb raconte l'éducation impossible ce cet enfant que, par choix, elle n'a pas eu. Qu'il soit humain ou recouvert de plumes.
« L'adolescence du perroquet » d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 160 pages, 18,90 €

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