mercredi 30 septembre 2026

BD - Spirou et la fille du dictateur

Nouvelle version de Spirou, confié cette fois à Christian Durieux. Dans un style quasi réaliste, le dessinateur des Gens Honnêtes est fidèle au costume de groom. Et même au métier puisque Spirou est groom au Pacific Palace. Il y a fait embaucher Fantasio, renvoyé du journal le Moustique. 

L’hôtel de luxe va accueillir pour trois jours un ancien dictateur de l’Est. Le temps que le gouvernement trouve une solution pour lui permettre de bénéficier de l’asile politique, malgré les milliers de morts qu’il laisse derrière lui. 

Spirou, surveillé par les gardes du corps du dictateur et son patron, le très obséquieux M. Paul, va surtout croiser la route d’Elena, la fille de celui qui est surnommé le Boucher dans son pays. 

Un Spirou irrésistiblement attiré par la mystérieuse et très belle Elena. Mais quel peut être l’avenir d’une romance entre un groom et la fille d’un dictateur déchu ? 

Entre intrigue politico-policière et romantisme, ce « Spirou de… » casse un peu le mythe du fier héros mais humanise considérablement un personnage aux mille facettes.    

« Pacific Palace », Dupuis, 16,50 €. Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en 2021 dans l'Indépendant du Midi.

mardi 29 septembre 2026

BD – Angoisse maritime dans « Typhaon » de Guillaume Sorel


Guillaume Sorel, après des albums très tortueux (notamment la série « L'île des morts »), a pacifié sa mise en page. Tout en gardant son extraordinaire maîtrise des couleurs, il a gagné en lisibilité.

Résultat, ses albums explosent depuis quelques années, véritables expositions de 46 tableaux tous plus beaux les uns que les autres. 

Sa nouvelle série, Typhaon, bénéficie en plus de l'expérience de Dieter, scénariste confirmé qui signe une étrange histoire de vaisseau fantôme, de naufragée désespérée et des monstres marins surgis des abysses. Eléonore, la narratrice de ce premier volume, nous raconte ses malheurs : son abandon en pleine mer sur un frêle esquif par les marins d'un navire touché par une mystérieuse maladie. Inconsciente, elle est recueillie sur un voilier conduit par un équipage étrange, silencieux et méfiant, recherchant en permanence les pires tempêtes, comme pour défier l'océan.

Une mise en bouche angoissante à souhait. 

« Typhaon » (tome 1), Casterman. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


lundi 28 septembre 2026

BD - Max et Zoé, du Davodeau pour les plus jeunes


Sympas ces moutons. Dignes du Génie des alpages de F'Murrr. Un troupeau qui décide tout seul de se lancer dans une grande transhumance. Ils en ont un peu assez de se faire tondre puis cuire par les ouvriers du chantier. Le chantier, tout là-haut dans la montagne, c'est la destination de Max et Zoé. Ils n'y vont pas seuls. Ils sont dans la cabine du camion de leur père, Lino.

Un petit camion bleu très vaillant et qui répond au doux sobriquet de Cambouis. Car dans cette série pour les plus jeunes de Davodeau et Joub, même les camions ont un nom. Cambouis qui sera doublement au centre de cette aventure de Max et Zoé. Il devra dans un premier temps transporter une grue, puis il servira d'autobus aux moutons en mauvaise posture.

Deuxième volume de cette bonne série de la collection Delcourt Jeunesse. Certes les deux héros manquent encore de personnalité mais les personnages secondaires moutons, camion et routiers musclés sont eux très réussis. 

« Max et Zoé » (tome 2), Delcourt. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


dimanche 27 septembre 2026

BD – Peintre de génie dans « Bleu lézard »


Pour peindre comme un génie faut-il être particulièrement torturé ? Cette interrogation est au cœur de la série Bleu Lézard de Benoît Roels. L'héroïne, Ellen Oliver, jeune infirmière en pause carrière, signe de remarquables marines. Pourtant dans les précédents tomes elle a vécu l'enfer sur son bateau. Son mentor, Luke Sigourney, réussit particulièrement ses paysages montagneux de la Haute Provence. Une montagne qui lui est pourtant d'un souvenir douloureux.

Lloyd Eckelton, riche amateur d'art est le premier à acheter une toile d'Ellen. Il a notamment apprécié une technique qui était propre à un vieil ami d'enfance. Ellen le met sur la piste de Sigourney. Et sans le savoir, elle signe l'arrêt de mort du peintre vieillissant retiré dans le sud de la France. Ellen qui n'est pas insensible au charme de Lloyd.

Suspense palpitant pour ce polar magnifié par les dessins et surtout les couleurs de Roels. 

« Bleu Lézard » (tome 3), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


samedi 26 septembre 2026

BD – Milane et Arlov en fâcheuse posture


Sur la planète Kobadia, Milane et Arlov sont en bien mauvaise posture. Les deux adolescents sont emprisonnés dans des cages sur l'ordre de l'immonde Metcalf, un mutant de la pire espèce, passionné par les manipulations génétiques, pour le meilleur et souvent le pire.

Mais la situation n'est pas désespérée. Ils sont deux à tenter de libérer le jeune couple : le professeur Stroker qui réactive le commando noir et le lance à l'assaut de la forteresse de Metcalf et la belle Stonia, prisonnière elle aussi mais qui réussit à prendre en otage le maître des lieux. Au moment même où le commando noir attaque,  Stonia, Milane, Arlov et Metcalf sous la contrainte plongent dans les profondeurs de la base, cœur des cellules dans lesquelles des cobayes très agressifs prennent également la poudre d'escampette.

Un peu de SF, un brin de manga et beaucoup de gore dans cette série signée Djian (scénario) et Rouan (dessin). 

« Milane et Arlov » (tome 2), Soleil. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.


vendredi 25 septembre 2026

BD - La sorcière ailée, troisième méchante du monde des Runes


Parfois, une histoire prend le dessus sur la volonté de l'auteur. Cela semble être un peu le cas avec Runes, série imaginée et dessinée par Carlos Sanchez. A la base, les aventures de Chiri et de Daï ne devaient comporter que trois volumes. Mais à la fin de ce fameux 3e titre, pas de conclusion. Au contraire, le suspense est à son comble et annonce un quatrième titre. Le lecteur ne devrait pas s'en plaindre car c'est de plus en plus passionnant. Une superbe réussite pour cet auteur de Barcelone qui travaille directement en anglais, preuve que ses BD, comme la fantasy en général, sont multiculturelles. 

Chiri et Daï sont séparés. Chiri pleure son meilleur ami, capturé par le Roi des Ombres. Ce fils de la noirceur joue un double jeu. Il a profité de sa liberté conditionnelle pour s'échapper en enlevant au passage Daï et son épée magique capable de copier la magie à proximité. Pendant ce temps, la Noirceur, enfin libre de ses mouvements, contrôle le corps et l'esprit du roi Mango III et fait main basse sur toute la magie du royaume d'Horchata. 

Le salut viendra peut-être d'un petit oiseau porteur de messages. Derrière le volatile se cache une puissante magicienne, Magareth, grand-mère de Chiri et formatrice de la guerrière Sophie. Encore faudra-t-il vaincre la sorcière ailée, autre femme aux puissants pouvoirs, fille de la noirceur et elle aussi capable de se transformer en volatile, une chouette en l'occurrence. 

Magie, combats, amitié, résilience : le petit monde mis en place par Carlos Sanchez est d'une belle cohérence. D'autant plus que son dessin, simple et très accessible dès 10 ans, donne une parfaite idée du merveilleux de ces "Runes" en passe de devenir un classique de la BD magique. 

"Runes" (tome 3), Casterman, 160 pages, 16 €


jeudi 24 septembre 2026

BD - Mercader, l'espion, a-t-il assassiné Trotsky ?


Certaines énigmes ont la vie dure. Malgré une explication officielle, les doutes persistent. Il en va ainsi de l'assassinat de Kennedy. Ou dans un tout autre genre, celui de Trotsky. Pat Perna, scénariste féru d'histoire contemporaine, s'attaque à cette seconde énigme dans un diptyque publié chez Glénat : "Mercader, l'assassin de Trotsky". Le tout dessiné par Stéphane Bervas. 

Plusieurs ombres restent au tableau de la célèbre scène du leader soviétique tué par un homme armé d'une hache. Le meurtrier se nomme Mercader. Ramon de son prénom. Mais il est aussi connu sous d'autres identités : Jacques Mornard ou Franck Jackson. Un seul homme, un seul espion plus exactement, à la solde des Russes, déterminés à éliminer ce dissident, réfugié au Mexique. 


Les deux albums racontent le parcours assez incroyable de cet homme endoctriné très tôt, amoureux d'une autre militante intransigeante et qui aurait tenté de dévoiler toutes les ficelles de ce complot dans un livre particulièrement recherché par les divers protagonistes. L'histoire s'ouvre d'ailleurs par la découverte du manuscrit en 1978 dans l'appartement d'un homme retrouvé mort dans la rue à Prague. Il aurait sauté du cinquième étage. Un suicide… Le policier, fil rouge de l'histoire, est sceptique. Mais pas évident d'enquêter sérieusement quand le KGB surveille vos moindres faits et gestes. 

Dessiné dans un style réaliste d'une grande efficacité par Stéphane Bernas, cette histoire permet au lecteur de sauter de décennie en décennie, découvrant les manigances des services d'espionnage durant la seconde moitié du XXe siècle. C'est aussi palpitant qu'un bon thriller se déroulant de nos jours.     

"Mercader, l'assassin de Trotsky" (tomes 1 et 2), Glénat, 56 pages, 15,50 € chaque volume. Albums parus en septembre 2024 et mai 2025


mercredi 23 septembre 2026

BD - Aventures magiques pour les jeunes héros du tome 2 de "Runes"


Suite des aventures de Chiri et Daï, deux orphelins du monde de Pudding. Un pays imaginaire où la magie est encore puissante. Chiri semble la mieux lotie des deux. Une petite fille sourde mais qui n'a aucun problème de compréhension : elle lit sur les lèvres, a des appareils d'aide auditive et en plus sait communiquer en langue des signes. Daï aussi connaît ce langage, mais n'a pas de pouvoirs. Par contre, il est depuis peu armé d'une épée aux capacités de plus en plus étonnantes. 

Carlos Sanchez, scénariste et dessinateur de cette série pour les plus jeunes, est originaire de Barcelone. Mais son talent lui permet de franchir allègrement les frontières et ses "Runes" font un tabac dans de nombreux pays. 


Dans le tome 2, paru en ce début d'année 2026, Chiri et Daï, après avoir emprisonné dans un bocal de verre hermétique le redoutable Roi des Ombres, tentent de percer le mystère du labyrinthe d'obsidienne. Une longue quête en compagnie de deux guerrières chargées de leur sécurité. Et pour ne pas se perdre dans ce dédale où la Noirceur règne en maître, le quatuor demande conseil au Roi des Ombres. Monstres cauchemardesques, épées ensorcelées, armure indestructible et autres volatiles aux pouvoirs insoupçonnables permettent au lecteur de rester constamment sous pression. Une deuxième partie charnière, qui verra l'amitié des deux enfants mise à rude épreuve. 

Plébiscitée par la critique, les libraires et tous les jeunes qui ont eu la chance de se plonger dans la série, "Runes" séduit par son dessin doux, rond, gommant le côté sombre du récit. Les deux héros sont humains et taraudés par le doute. Même les guerrières attirent la sympathie. Sans oublier le fameux Roi des Ombres, toujours nuisible, mais avec un côté gamin qui regrette de céder à ses pires penchants. Bref, la BD intelligente qui casse tous les codes du manichéisme trop souvent mis en avant dans les histoires de fantasy. 

"Runes" (tome 2), Casterman, 160 pages, 16 € (Album paru en janvier 2026)


mardi 22 septembre 2026

BD - "Pump", le petit escroc se sent pousser des ailes


Ambitieux, sans scrupule et avide de pouvoir et d'argent : Eddie, beau gosse à qui tout sourit, est bien décidé à se faire une place au soleil. Ce petit escroc a profité de l'attaque de la diligence dans laquelle il se trouvait pour imaginer un plan machiavélique. Blessé mais seul rescapé, il a usurpé l'identité du neveu d'une certaine Pump. Le voilà avec un nouveau pedigree et surtout l'occasion de repartir à zéro. 

Dans le tome 1, Rodolphe, le scénariste, et Laurent Gnoni, le dessinateur, racontent comment il devient incontournable dans cette petite ville du farwest. Ami du shérif, copain avec le patron du saloon, il s'enrichit vite et facilement. Jusqu'à l'arrivée d'une brune ténébreuse prétendant être elle aussi la nièce de la morte. La cousine Betty semble être faite du même bois. Comme si une escroquerie réussie se transformait en aimant à usurpatrice. 


Le tome 2 de cette série délicieusement subversive et non politiquement correcte, débute par le face à face entre les deux. Des histoires de famille. Fausses, évidemment. Et comme Eddie est aussi intelligent que Betty, ils trouvent vite un terrain d'entente : le butin est suffisamment gros pour leur permettre à tous les deux de prospérer sur ce mensonge. D'autant qu'ils découvrent la possibilité d'acquérir pour une somme ridicule un terrain qui prendra beaucoup de valeur dès que le chemin de fer en construction passera juste à côté. 

En réalité Pump raconte en filigrane l'histoire sombre de l'Amérique et de quelques profiteurs. Des décennies plus tard, cela donne des fortunes familiales colossales. Souvent mises à contribution pour conquérir le nouveau pouvoir. Économique ou politique cette fois. Alors ceux qui trouvent que le nom du héros ressemble à celui d'un homme politique omniprésent depuis quelques années aux USA auront tout compris. Notamment sa façon de se moquer de tout du moment qu'il continue à être sur le devant de la scène et à s'enrichir. 

Sinon c'est un western de grande qualité, réalisé par un dessinateur au trait précis et souple, d'un réalisme bluffant malgré sa simplicité apparente.  

"Pump" (tome 2), Anspach, 46 pages, 15,50 €


lundi 21 septembre 2026

BD - La noirceur tombe sur "Shadow Hills"


L'écologie fait une percée remarquée dans les sujets de préoccupation des Français. Une prise de conscience un peu moins rapide aux USA. Pour réveiller les consciences, Sean Ford, auteur complet, propose un roman graphique où fantastique et pollution se conjuguent. Comme pour mieux faire peur. 

Dans cette petite ville perdue dans le désert américain, l'avenir n'est pas reluisant. Plus de travail ni d'avenir pour la jeunesse. Alors tous se tournent vers cette nouvelle manne pétrolière promise par la fracturation hydraulique. Ce n'est pas sans conséquence pour les sols et la nature. Mais les dollars sont rois… Jusqu'à l'apparition d'une mystérieuse maladie. 


Certains habitants sont recouverts d'une matière noire et gélatineuse. Jusqu'à complètement disparaître. Le récit d'anticipation se déroule à deux niveaux. Général avec plusieurs exemples dans la ville, et de façon plus ciblée autour de Anne, une jeune fille solitaire. Il y a quelques années, sa sœur Dana a disparu. Était-elle la première de l'épidémie. Et si un remède est trouvé, va-t-elle revenir ? 

Ce récit complet cauchemardesque raconte comment certaines régions des USA, pour quelques dollars, acceptent d'être défigurées et de s'aliéner tout futur. Heureusement, quelques jeunes prennent conscience du danger et font tout pour stopper la catastrophe. Une BD typique d'un nouveau genre, l'éco-fiction.  

"Shadow Hills", Delcourt, 224 pages, 20,50 €. (Album paru le 13 mars 2024).


Rentrée littéraire - « Fuck Circus », errance torride

Lauréate du prix Sade du premier roman, Esther Teillard récidive dans le texte trash et torride avec « Fuck Circus », roman publié chez Grasset, mais période Olivier Nora tient elle à préciser. Le texte retrace 12 heures de la vie d'une narratrice non identifiée. On sait seulement qu'elle est jeune, originaire de Marseille et vient d'être larguée par son compagnon. 

Après une brève errance dans cette ville terrassée par la canicule, elle échoue dans une boite de nuit. C'est là que l'action va se nouer, entre lesbiennes en chasse, homos trouillards, politique arrogant, noble décadent, influenceuse en chaleur et toute cette faune en mal de reconnaissance. 

Se noyant dans l'alcool et la drogue, elle se rêve romancière, racontant la vie d'un sexagénaire amoureux d'une très jeune cinéphile. Le titre du livre ? « Plus sale que la merde ». Un récit radical, autopsie du monde de la nuit et de tous ses excès. 

« Fuck Circus », Esther Teillard, Grasset, 224 pages, 19 €

dimanche 20 septembre 2026

BD - "Le siège" : armés pour rire


Personnages hilarants, dialogues percutants, situations toutes plus absurdes les unes que les autres : en racontant le siège d'un château fort au Moyen Âge, ces deux auteurs vous offrent surtout l'occasion de vous gondoler à chaque page. Un recueil de gags en une planche (de quatre cases généralement) parfait pour oublier durant quelques minutes le triste monde contemporain. Au scénario on retrouve l'énigmatique Ami Inintéressant au pseudonyme particulièrement trompeur. Derrière ce sobriquet étrange se cache un certain Pascal Galibourg, game designer, connu essentiellement pour ses contributions humoristiques sur les réseaux sociaux depuis le début des années 2020. Il a confié la réalisation graphique de ce Siège à Josselin Duparcmeur, grand spécialiste du "katcaz", lui aussi originaire de Lyon. 


Il y a du Monty Python et du Kaamelott dans cette BD mélangeant allègrement les genres et les époques. En ces temps violents et affamés, trois protagonistes sont sur le devant de la scène. Trois rois pour un château assiégé. Le premier, retranché derrière ses murs n'a qu'une envie : se rendre et qu'on en finisse. Le second, l'attaquant, fait essentiellement ça pour la gloriole. Il est tellement fier de son beau cheval blanc… Le troisième, le renfort potentiel de l'assiégé, décide de partir à sa rescousse. Mais il ne trouvera jamais la bonne route. 

Trois rois, trois idiots, pas véritablement aidés par les personnages secondaires, de l'espion qui se fait systématiquement capturer (par son propre camp…), au chevalier gascon, phrasé ampoulé et prétention aussi grande que le nez de Cyrano, sans oublier les hommes de troupe, entre clampins résignés, pestant sur la mauvaise nourriture et syndicalistes vindicatifs capables de déclencher une révolte à cause d'un ragoût périmé. Une centaine de gags et autant de rires. 

On apprécie notamment les références à notre époque. Comme quand les attaquants sortent leur arme fatale ultime : un stand-uper. Et encore, ils n'ont pas fait comme d'autres, encore plus fourbes, qui ont déployé au pied des remparts, pour faire craquer les assiégés, tout un comedy club ! Un album délicieusement absurde, piquant et qui nous ferait presque regretter de ne plus devoir porter une armure pour aller trucider nos voisins sans la moindre raison. 

"Le siège", Delcourt - Pataquès, 104 pages, 15,95 €


samedi 19 septembre 2026

BD - L'honorable juge Wonq, héros des Terres d'Ynuma


La justice est un peu spéciale sur les Terres d'Ynuma, création, la dernière en date, des Mondes d'Aquilon. Les juges sont aussi un peu enquêteurs. Et ils ne travaillent pas seuls. Exemple avec ce tome 3 de la série. Nicolas Jarry au scénario et Jean-Paul Bordier au dessin racontent le quotidien du juge Wonq. Un vieux monsieur, chétif et ridé, mais étrangement très respecté par toutes les races. Il est toujours accompagné d'un pantin en bois doté d'intelligence et d'un Kugo, guerrier musculeux chargé de sa protection. Sa nouvelle mission est encore plus particulière. Il n'a que trois jours pour résoudre une énigme entre Elfes. Trois jours pour faire la lumière sur la mort d'une jeune Elfe. Passé ce délai, si le coupable n'est pas retrouvé, le grand-père de la victime rasera la région du principal suspect. 


En s'aventurant dans l'enquête policière (mâtinée cependant de beaucoup de fantastique), les auteurs prouvent que cet univers offre toutes les possibilités de narration possibles et imaginables. On apprécie dans cette troisième partie de la saga (prévue en 5 tomes, le quatrième vient de sortir début septembre) l'invention des pantins, sortes d'ordinateurs portables dotés de jambes et de bras, mais sans toute l'intelligence artificielle du moment. Quant au guerrier, il apporte la dose importante de sauvagerie et de premier degré viriliste dans un genre qui n'en manque jamais.   

"Terres d'Ynuma" (tome 3), Soleil, 56 pages, 16,50 € (Album paru en juin 2026)


vendredi 18 septembre 2026

BD - Découvrez la beauté des Ten-no-Tori, oiseaux merveilleux des Terres d'Ynuma


Poursuivons l'exploration des Terres d'Ynuma, nouvelle création du monde d'Aquilon, dans ce second tome ayant pour héros Hijo, un messager de la nation Raïda. Messager le jour, espion d'élite la nuit. Dans cet univers mêlant tradition asiatique et fantasy, Hijo se déplace sur son fidèle Ten-no-Tori qui répond au nom de Lambao. Ces oiseaux, gigantesques, ressemblant un peu à des grues, permettent aux messagers de se déplacer d'île en île. Ils vont vite mais ne sont pas à l'abri d'une attaque de dragon. Imaginé par David Courtois, le scénariste de ce tome 2, Lambao est dessiné par Ma Yi, chargé de la réalisation graphique de cette suite très attendue. Un artiste chinois pour faire vivre les Terres d'Ynuma : c'est l'excellente idée qui donne toute son ampleur à cet album. 


Pour ce qui est de l'histoire, contrairement au tome 1 composé d'histoires courtes, c'est un grand récit, allant de l'enfance de Hijo à ses succès en tant qu'espion qui est raconté sur 60 pages. Hijo devient orphelin quand des Elfes massacrent sa famille. Recueilli, il est formé pour devenir messager Raïda. Officiellement. En secret, il reçoit une formation encore plus poussée pour devenir un espion capable de tout comprendre dans ce monde encore secoué par de nombreux conflits armés. Hijo qui voue une haine absolue aux Elfes. Pourtant, au cours d'une mission, il doit secourir une fillette et une… elfe dissidente. Une longue fuite compliquée et mouvementée qui semble appeler une suite même si cet album est présenté comme une histoire complète. 

"Terres d'Ynuma" (tome 2), Soleil, 60 pages, 16,50 € (Album paru en mars 2026)


jeudi 17 septembre 2026

BD - Le Samouraï rouge inaugure les Terres d'Ynuma


Nouvelle extension du Monde d'Aquilon, vaste galaxie où la fantasy règne en maître. Des elfes, beaucoup d'orcs, pléthore de nains, quelques mages et sans cesse de nouvelles terres découvertes (imaginées) par les auteurs. Cette fois, c'est un archipel aux accents asiatiques qui est proposé aux lecteurs friands de nouveautés. Les Terres d'Ynuma sont prévues en cinq tomes. 

Le premier, écrit par Nicolas Jarry et dessiné par Vax se présente sous forme d'histoires courtes. Même personnages, mais des rencontres et épreuves multiples, comme pour mieux présenter cet univers aux fans. La prêtresse Mei-Jen et le samouraï rouge Zhao forment un duo d'une rare efficacité. Leur rôle : traquer les esprits qui franchissent le Voile. 


On est dans la mythologie japonaise à fond. Ces esprits maléfiques profitent de failles pour torturer les humains. Le duo, l'une avec des incantations, l'autre avec son sabre et sa force herculéenne, s'interposent. 

Une mise en bouche parfaite et somptueuse. Les décors sont d'une grande beauté, les monstres et autres entités fantastiques effrayants au possible. Reste la personnalité des deux héros. Une femme qui est tout sauf frêle malgré les apparences. Un grand gaillard qui cache pourtant bien des fissures et des secrets. Un tome 1 prometteur.  

"Terres d'Ynuma" (tome 1), Soleil, 80 pages, 16,50 € (Album paru en septembre 2025)


Rentrée littéraire - Dans la « Pampa » infinie

Un train file dans la « Pampa ». Roman de l'étrangeté signé Eduardo F. Varela.

Des champs de maïs à perte de vue. La pampa décrite dans ce roman d'Eduardo F. Varela est assez différente de la réalité de cette immense zone géographique d'Amérique du Sud. Là où d'ordinaire des prairies peuplées de milliers (millions) de bovins donnent une première impression de l'infini, du maïs pousse à perte de vue. Champs sauvages, à la croissance spontanée, envahissant tout, ne s'arrêtant qu'aux portes des rares villages encore habités et du ballast de la voie de chemin de fer qui traverse le pays du Nord au Sud. Sur ces rails, un train de marchandises, personnage principal perpétuellement en mouvement de ce roman étrange, parfois obsédant, flirtant avec le fantastique. 

Pour faire fonctionner ce convoi de plus en plus long (bien au-delà de 1000 mètres, des dizaines de wagons), trois personnes seulement. Le machiniste-conducteur, Olszen, dormant dans le poste de pilotage de l'increvable locomotive, le contrôleur, Buenaventura Sanchez, par ailleurs employé de la poste chargé de distribuer le courrier aux habitants des villages traversés et sa femme, Josefina, née dans le train, fille du précédent conducteur.

Le romancier  multiplie les indices pour faire prendre conscience au lecteur que ce train n'a rien de normal. Parti depuis des années, sans but, il semble perdu dans cette pampa infinie recouverte d'une marée verte. L'équipage ne sait même pas quels villages il traverse. Les lettres s'empilent, non distribuées. Les wagons s’additionnent, chargés de galets, de bois ou de charbon. Un monde sur le monde, où Josefina a reconstitué le cimetière de sa famille, où un wagon rempli d'eau sert de piscine, un autre, garni de sable, devient terrain de pétanque. Le conducteur a longtemps été aidé par un assistant. Un jeune homme perdu, recueilli, hagard, au bord de la voie. Mais il a préféré fuir, pour découvrir l'amour dans un des villages traversés. 

La petite communauté va radicalement évoluer quand des villageois prennent d'assaut le convoi, fuyant un mystérieux danger venu des champs de maïs. Le train, surpeuplé, devient une bouilloire au bord de l'explosion avec l'arrivée de Montoya, général de l'armée, ambitieux, manipulateur, persuadé que cette petite armée en devenir lui permettra de prendre le pouvoir dès qu'il aura retrouvé un rocher légendaire. Encore faut-il que le convoi arrive à destination. 

Un roman a ne pas lire dans un train, au risque de faire des cauchemars et de se persuader qu'on est bloqué dans cet abominable convoi de l'étrange.  

« Pampa » d'Eduardo F. Varela, Métailié, 336 pages, 22,50 €

mercredi 16 septembre 2026

BD - Max Klein et Malika arpentent le "Macadam"


Aix-en-Provence, sa gare, ses joueurs de pétanque, ses terrasses, son pastis.... son tueur en série. Max Klein, flic agité, est muté dans cette petite ville prétendue tranquille. Dès son premier jour de travail il va découvrir un cadavre découpé en morceaux. Une jeune femme de type méditerranéen. Il fait rapidement le rapprochement avec des bouts de cadavres découverts dans la décharge. Ses collègues, très sceptiques au début, devront finalement l'admettre, un serial killer sévit en Provence. 

Klein voudrait coincer le fou sadique. Il devra d'abord s'habituer à la présence de Malika, une stagiaire beurette. Mais de ce côté tout se passe très bien, une réelle complicité, et plus si affinités, s'installe rapidement entre les deux jeunes gens...

Lacaf, dans ce deuxième tome de sa série Macadam, dénonce toutes les intolérances. Il arrive même à mettre le lecteur dans la peau du tueur, à le comprendre sans l'excuser.

"Macadam" (tome 2), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


mardi 15 septembre 2026

BD - Frank Lincoln, parfait dans la collection Bulle Noire


Si dans la collection Bulle Noire de chez Glénat vous avez aimé la série Gil Saint-André de Kraehn, vous pouvez acheter les yeux fermés le premier tome de cette nouvelle série se passant en Alaska. Marc Bourgne frappe fort d'entrée avec un dessin réaliste sans faille, une solide intrigue et, pour lier le tout, les tourments du héros. 

Il y a cinq ans la femme de Frank Lincoln, Susan, a disparu mystérieusement. Depuis, ce flic efficace a quitté la police pour se mettre à son compte.

Détective privé avec de plus en plus de clients. Cette surcharge de travail alliée à son problème personnel l'oblige à négliger sa fille Jeannie, une adolescente en pleine crise existentielle. Le personnage de Billy Yapana, jeune eskimo voulant absolument réussir, permet d'accentuer le côté humain de cette remarquable série policière.

Un polar très cinématographique, les décors du grand Nord permettant à Bourgne de signer quelques planches d'exception. 

"Frank Lincoln" (tome 1), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


Roman – Laura Vazquez joue avec « Les forces »


Certains poètes n'ont jamais connu la notoriété de leur vivant. Longtemps après leur disparition, leur œuvre s'est imposée. Laura Vazquez va à contre-courant. Elle n'avait pas 40 ans qu'elle remportait le prix Goncourt de la Poésie en 2023 puis le Prix Décembre 2025. Et le village de son enfance, Villeneuve-de-la-Rivière dans les Pyrénées-Orientales, a donné son nom à la bibliothèque-médiathèque municipale. 

Pour cette rentrée littéraire 2026, on peut découvrir son roman « Les Forces » au format poche. Avec cette voix très singulière de la littérature française, il ne faut pas s'attendre à du suspense ou aux prémices d'une grande saga échevelée. Encore moins à de la fade autofiction. La narratrice, une jeune fille, se souvient. De son enfance, ses interrogations face à ses parents ou inconnus qu'elle tente en vain de comprendre, des attentes de ses amies, de son plaisir à malaxer les mots. 

Long poème en prose sondant la beauté de notre époque, « Les Forces » est un roman gonflé aux références littéraires ou philosophiques comme d'autres se goinfrent de protéines pour augmenter leur masse musculaire. Clairement, Laura Vazquez boxe dans une catégorie largement au-dessus de la moyenne littéraire française.  

« Les Forces » de Laura Vazquez, Points, 288 pages, 9,30 €

lundi 14 septembre 2026

BD - Météorite et destin

En découvrant la maquette et mise en page de La météorite de Hodges, superbe album signé Fabien Roché, on a l’impression d’être dans une œuvre de Chris Ware. Pourtant l’auteur est de Lyon et c’est sa première incursion dans le monde de la BD. Une grande réussite tant graphique que narrative. 

A la base un simple petit fait divers. Le 30 novembre 1954, à Sylacauga, petite ville de l’Alabama, un fragment de météorite tombe sur Anne Elizabeth Hodges. L’auteur explore tous les possibles pour raconter cette histoire. Qui est Hodges, d’où vient la météorite, quelles conséquences pour les protagonistes ? Un récit d’une grande clarté, servi par un dessin minimaliste mais inspiré.  

« La météorite de Hodges », Delcourt, 18,95 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)

dimanche 13 septembre 2026

BD - Niklos Koda face au dieu des chacals


Quand il s'agit de négocier de gros contrats, toutes les armes sont bonnes. Ainsi la délégation du gouvernement d'un pays du tiers-monde compte dans ses rangs Barrio Jésus surnommé le dieu des chacals. Un homme de l'ombre, des ombres. 

Ce puissant sorcier vaudou reste enfermé dans une chambre de palace. Il tente d'ensorceler les négociateurs parisiens. C'est à ce moment que Niklos Koda, le plus séducteur des espions, entre en jeu. Avec quelques amis férus de maléfices, il va s'interposer. Pour entrer dans la place, il devra user de tout son charme. Théodora, la belle métisse, femme du responsable de la délégation étrangère et maîtresse de Barrio paiera de sa vie une petite faiblesse pour le beau brun aux yeux bleus.

Jean Dufaux au scénario utilise la même recette que pour Jessica Blandy : jolies filles, fantastique et conspiration. Grenson au dessin affine son trait de planche en planche. Et ses femmes sont si belles... 

"Niklos Koda" (tome 2), Le Lombard. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron.


samedi 12 septembre 2026

BD - Corse : se méfier des apparences


La Corse, ses traditions, ses secrets... Dodo raconte dans ce roman graphique comment ce poids du passé peut bouleverser la vie d’une famille. Car parfois, au lieu de dire les choses, les Corses préfèrent les taire, voire complètement les oublier.

Inspirée de bribes de récits entendus dans sa jeunesse (Dodo est d’origine corse), «Une histoire corse» débute en 1982 au bord d’une rivière. Catherine nage dans l’eau vivifiante puis se dore au soleil.

Sur le chemin du retour, vers la maison de famille où sa mère est née mais où elle n’a jamais que passé des vacances, elle croise le chemin d’Antoine. Un beau dragueur qui roule en Porsche. Et qui se révèle être son demi-frère. Car la mère de Catherine a eu deux vies. De la première, elle n’a jamais rien raconté à sa fille. 

Tout au long de ces 140 pages dessinées par Glen Chapron, elle va reconstruire ce passé mystérieux, et se retrouver plongée dans cette «histoire corse», de tous temps marquée par la violence et les morts violentes. Récit fluide malgré sa complexité et ses allers-retours dans le passé, dessins d’une beauté éblouissante : cet album nous en apprend beaucoup sur l’âme corse, d’hier et d’aujourd’hui.

«Une histoire corse», Glénat, 19,50 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement en avril 2018 dans l'Indépendant du Midi)