lundi 26 octobre 2026

Littérature américaine - « Les Trois Rivières », débordement d'émotion


Ce premier roman, d'une singulière justesse, prouve le talent pétri d'humanité de l'autrice américaine Tiffany Quay Tyson.

Trois destinées. Trois jours. Trois rivières. Tiffany Quay Tyson place son premier roman (paru en 2015 aux USA) sous le signe de ce nombre si particulier. Alors que les éléments vont se déchaîner sur cette région du sud des États-Unis, provoquant des inondations meurtrières, Melody, Geneva et Obi devront faire des choix cruciaux pour leur avenir et celui de leurs proches.  

Melody, à peine plus de 20 ans, est musicienne. Claviériste avec un beau brin de voix. Pourtant elle se morfond dans ce groupe de musique chrétienne. Elle va de festival en festival depuis des années, chantant à la gloire de Jésus-Christ devant des fidèles. Ce samedi soir en 1990, après avoir reçu un coup de fil de son jeune frère désespéré par la dégradation de l'état de santé de leur père, elle plaque tout sans oublier de copieusement insulter, sur scène, la chanteuse, petit chef tyrannique insupportable. Obligée de retourner à la ferme familiale, les Trois Rivières, car sa mère a disparu depuis une semaine. 

La mère c'est Geneva. Belle, flamboyante, elle est aussi infidèle et dépressive. Encore plus depuis que son fils a failli mourir lors de son baptême. Alors que le pasteur le plonge entièrement dans l'eau d'un bassin, une lampe bascule, se casse et électrifie l'adolescent. Il survivra mais avec des séquelles. Geneva cherche des réponses auprès d'une femme un peu voyante, un peu sorcière. D'habitude elle paie au prix fort, mais pour une fois la chamane lui demande simplement un service en échange : que son fils puisse vivre quelques mois dans les bois de la ferme. 

Le fils, troisième personnage principal de ce drame en trois actes. Obi, 30 ans, a quitté la vie civilisée moderne. Il élève seul son enfant de trois ans, campe au bord des rivières sauvages, vit de pêche et de chasse. Un soir, des jeunes lui cherchent querelle. Obi se défend et tue son agresseur. Il fuit. Veut se faire oublier. Les Trois Rivières seront une cachette parfaite, loin de tout. 

Le deuxième jour, Melody arrive à la ferme. Constate que son père, qu'elle aime autant qu'elle déteste sa mère, va bientôt mourir. Elle retrouve son frère et voit l'arrivée d'Obi en compagnie de ce quasi bébé. La pluie ne cesse pas de tomber. Les rivières commencent à déborder. 

Le troisième jour, la mère tente de rentrer, mais toutes les routes sont coupées. Le rez-de-chaussée est transformé en piscine, la tension entre Obi, Melody et le père atteint des sommets. Tout est réuni pour que cela finisse mal. A moins que...

Un style ample et limpide transforme ce roman en véritable quête. Triple quête pour trois humains, si faibles face au déchaînement des éléments mais forts pour tenter de sauver leurs proches. Un ballon d'essai très réussi pour Tiffany Quay Tyson qui annonçait le succès mondial de « Un profond sommeil » édité en France par Sonatine en 2022.

« Les trois rivières », Tiffany Quay Tyson, Sonatine, 320 pages, 22,50 €

BD - Toujours plus vite sur le miroir de sel


Si Bonneville ne dit rien au quidam de base, tous les fous de vitesse savent parfaitement situer ce coin paumé des USA aux confins de l’Utah sur une carte. C’est là, sur un lac salé asséché, lisse comme un miroir en plein été que les bolides s’élancent pour battre les records de vitesse.

Marvano, dessinateur au trait stylé et aérien, prend beaucoup de plaisir à reproduire les prototypes qui s’élancent dans les années 50 et 60 pour dépasser les 500 km/h. Le record, réalisé en 1947, est de 630 km/h. Le battre est le rêve de tous ces fous dont beaucoup ne survivront pas à leur tentative.

Entre documentaire et récit de vie, « Bonneville » est aussi beau qu’une calandre profilée de Bluebird...

«Bonneville » (tome 1), Dargaud, 13,99 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi en juin 2018) 

dimanche 25 octobre 2026

BD - Le nouveau Ric Hochet fréquente des assassins lettrés

 

Dans le 3e tome des « nouvelles enquêtes de Ric Hochet », on retrouve Zidrou dans un tout autre genre. Il fallait oser reprendre le scénario d’une série ayant marqué la jeunesse de quatre générations de lecteurs du Lombard. Finalement, il n’a pas changé grand-chose, Ric Hochet est toujours impulsif, beau et futé. Il a simplement ajouté un peu de second degré ou, plus simplement, de vraie vie dans celle de ce héros trop parfait.

Donc Ric, sous la plume de Simon Van Liemt, n’est plus imberbe après deux nuits passées à dormir dans sa voiture, flirte ouvertement avec Nadine qui dévoile un peu ses charmes et participe activement à l’enquête. 


Le commissaire Bourdon n’est pas plus intelligent, mais un peu moins ridicule. Dans « Comment réussir un assassinat », le couple se rend à Verviers en Belgique au siège des éditions Marabout. Un faux guide pratique inonde le marché. On y apprend comment réussir un assassinat sans se faire prendre. En quelques mois le bouquin à permis à 77 personnes, assassins lettrés, de se débarrasser en toute impunité d’un proche encombrant. Qui a fabriqué le livre ? Pour quel motif ?

On retrouve l’esprit des Ric Hochet avec pléthore de suspects réunis en fin d’histoire pour la révélation finale. Le cocktail est savoureux. Avouons-le, on découvre dans cette reprise les histoires et le ton qu’on aurait aimé lire quand on était adolescents. On ne remerciera jamais assez Zidrou d’avoir compris cela.  

« Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet » (tome 3), Le Lombard, 12,45 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans l'Indépendant du Midi en juin 2018)

samedi 24 octobre 2026

BD - L’amour n’a pas d’âge


La crédibilité d’une histoire, passe parfois par le choix des prénoms des personnages principaux. Zidrou a pris des risques en nommant le couple de « L’obsolescence programmée de nos sentiments" Ulysse et Méditerranée. Ulysse, jeune retraité et Méditerranée, fromagère corse exilée dans le Nord.

Le récit, dessiné par Aimée de Jongh, est bien séparé au début. On découvre le quotidien morne de Ulysse. Fraîchement retraité, à 57 ans, à la faveur d’un dégraissement dans l’entreprise. Il n’a jamais pris l’avion mais a bouffé des kilomètres dans sa vie en étant déménageur. Il vit seul et s’ennuie. Sa femme est morte à 45 ans, son fils, médecin, a trop de travail. Surtout il y a le fantôme de sa fille, morte à 16 ans sur un manège de foire.


Pour Méditerranée, les moments sont durs. Elle vient de perdre sa mère. Neuf mois de souffrance. Pour la mère comme la fille. Elle s’occupe d’une fromagerie, vendant les spécialités corses au Nordistes, l’action se déroule près de Lens. Méditerranée regrettant la beauté de sa jeunesse, quand elle était mannequin, osant même poser pour Lui dans les années 70.

Et puis Ulysse rencontre Méditerranée. Un sourire, une plaisanterie et le plus naturellement du monde l’amour frappe à la porte de ces deux solitaires. Mais avec Zidrou, expert en sentiments, rien n’est aussi simple.

La suite du récit est littéralement sidérante et pose bien des questions à tous ceux qui ont dépassé la cinquantaine. Les « jeunes » découvriront un monde qu’ils devront eux aussi, un jour apprivoiser.

« L’obsolescence programmée de nos sentiments », Dargaud, 19,99 €


vendredi 23 octobre 2026

BD - Ils sont vieux et verts, ce sont les "Papy Boomers"



Les Papy Boomers, héros de cette nouvelle série comique, ce sont ces cinquantenaires qui ont été punks et rockers dans leur jeunesse mais qui aujourd’hui sont grands-pères. Problème, dans leurs têtes, ils sont toujours ados. 

Le personnage principal est Roger, alias Roro. Santiags aux pieds, barbe taillée mais poivre et sel, il s’obstine à vouloir séduire des jolies filles de 30 ans plus jeunes que lui. 

Son bagout et son expérience lui permettent d’emballer. Mais par la suite, difficile de suivre ces jeunettes très exigeantes une fois en position allongée. 

Réflexion sur l’écart entre esprit et corps, cette BD est écrite par Goulesque et dessinée par Widenlocher. Deux auteurs qui se connaissent bien puisqu’ils ont déjà imaginé les aventures de Nabuchodinosaure dans les années 80. Ils maîtrisent parfaitement le sujet aussi car ce ne sont pas des débutants.

Les gags, hilarants, sont souvent 100 % véridiques. Car les Papy Boomers ont avant tout une qualité qui se perd chez les jeunes : l’autodérision.

« Les Papy Boomers » (tome 1), Bamboo, 10,95 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement dans L'Indépendant du Midi en juin 2018)

jeudi 22 octobre 2026

BD – L’orfèvre et la moiteur du colonialisme en Afrique


Tropiques trop piquants. Formule lapidaire pour cataloguer cet album de Warnauts et Raives assez inclassable entre l'étude de mœurs, l'enquête policière et la description détaillée et sans concession d'une certaine aristocratie coloniale.

L'orfèvre, héros qui donne le nom à la série, c'est Charles-Albert Lafleur, surnommé. Charlie par quelques amies. Lunettes aussi rondes que sa silhouette, cet attaché culturel d'ambassade est chargé d'enquêter le plus discrètement possible sur la tentative d'empoisonnement de la femme de l'ambassadeur français.

L'occasion pour ce baroudeur des tropiques de retrouver Maman-Jo, tenancière d'un bordel qui aime beaucoup Charlie. Ce plaisir qui semble être à la base de tout.

Un petit milieu pas très net qui semble avoir beaucoup de secrets à cacher à la sagacité de l'Orfèvre.

« L'orfèvre » (tome 1), Glénat. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 22 octobre 2000).


mercredi 21 octobre 2026

Fantastique – Terreur chez les Usher

Sacré challenge que celui relevé par T. Kingfisher dans ce roman terrifiant : réécrire en la réinventant la nouvelle d'Edgar Allan Poe, « La chute de la maison Usher ». Un classique de la littérature américaine qu'elle a bonifié en donnant un rôle prépondérant à l'étang proche près de ce manoir quasiment en ruines. De ces eaux stagnantes aux couleurs changeantes mais jamais engageantes, part ce qui va bouleverser les vies des membres de la famille Usher. 

Pour raconter ces faits, l'autrice passe par le pragmatisme d'Alex Easton, ami de la famille, secrètement amoureux de Madeline. L'ancien militaire a combattu au coté du frère jumeau de Madeline, Roderick. Viennent compléter ce casting étonnant une spécialiste en champignons et un médecin militaire expert en amputation. 

Sans oublier les animaux. Un cheval fier et téméraire et ces lièvres, peu méfiants, curieux, possédés eux aussi par le mal de l'étang, ce très étrange fungus cause de nombreux cauchemars. Un texte hommage distillant la peur après chaque virgule.

« Ce qui réveille les morts », T. Kingfisher, Verso Seuil, 192 pages, 15,90 €


BD – Les Korrigans et les légendes irlandaises


Connaissez-vous les légendes rattachées à la nuit de Samain ? La première nuit de novembre est très particulière. Durant ces quelques heures, des passages s'ouvrent entre notre terre et le monde des dieux des temps héroïques et des créatures enchantées. 

Ainsi en Irlande, en 1100 de notre ère, une pauvre carriole se fraie péniblement un chemin le long des côtes par une tempête redoutable. Quatre humains qui bravent les légendes et en seront victimes. Les cluricaunes, un peuple de lutins sanguinaires et voleurs, attaque les voyageurs. Le père est tué, la mère et le grand-père sont enlevés, Luaine, la petite fille, est sauvée in extremis par deux korrigans. Mais les malfrats ont emmené les parents de Luaine de l'autre côté, dans le monde enchanté.

Première partie d'une saga haute en couleurs signée Mosdi (scénario) et Civiello (dessin). 

« Korrigans » (tome 1), Delcourt. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 22 octobre 2000).


mardi 20 octobre 2026

Récit - Les vivifiants souvenirs d'un petit Audois

Découvrez la vie d'un petit Audois curieux au cœur des années 60 dans la seconde partie de l'autobiographie de Bernard Revel.   


Début des années 60 à Lézignan-Corbières dans l'Aude, Bernard Revel n'est qu'un gamin découvrant la vie urbaine dans cette ville moyenne. Un total dépaysement pour « L'enfant de la Matrie », cette ferme où il a passé les premières années de sa vie. L'ancien journaliste de l'Indépendant a trempé sa plume dans la nostalgie pour décrire cette vie simple, heureuse malgré les privations et le manque flagrant de confort. Après avoir raconté la genèse de cette famille, magnifique fruit de l'amour et de l'immigration (mélange d'Italie et d'Espagne) et les premières années de sa vie, il devient le sujet principal de cette seconde partie couvrant la fin des années 50 et le début des années 60. L'intégration a joué son rôle. Le petit Revel est un Français à part entière, fréquentant l'école publique qui à cette époque faisait encore la chasse au patois, cette langue occitane pourtant encore très présente à la maison. Bernard Revel se glisse dans l'esprit de l'enfant qu'il semble n'avoir jamais complètement oublié ou abandonné. Cela donne des réflexions parfois naïves, souvent mignonnes, tout le temps vivifiantes et rafraîchissantes.

Dieu... ou les filles ? 

Bien avant la tyrannie des réseaux sociaux et du paraître, « Bernadico » a des soucis avec son image. « Physiquement, je ne suis pas satisfait. A cause de ma tête qui enfle. Je mangez trop peut-être. Pourtant je ne suis pas gros. Costaud, oui. Mais je suis trop joufflu. ». Il tente de modifier sa tête et ce « regard doux ». « J'essaie de paraître méchant en faisant de petits yeux, en rentrant les joues et en me dépeignant, ça me donne une tête d'ahuri. » Et pourquoi vouloir passer pour un dur alors qu'il constate, désolé : « tout est mou dans mon visage comme celui d'un bébé » ? Tout simplement pour être remarqué des filles. Car le petit garçon devient un adolescent très sensible à la beauté de certaines de ses connaissances. Ainsi il rencontre Dieu et fréquente assidûment le catéchisme. Pas par conviction religieuse. Juste pour passer quelques heures chaque semaine près de la sublime Ghislaine. En vain. 

Ce second tome a le mérite aussi de raconter la découverte des prémices de l'amour chez un pré-adolescent de province dans les années 60. Une partie plus sérieuse et intello du récit. A lire en parallèle avec la critique en creux de sa mère, éternelle insatisfaite, vitupérant contre son bon à rien de mari dénué de toute ambition. De phare illuminant la vie quotidienne de Bernard, elle va devenir femme aigrie, colportant les ragots, chantant de moins en moins. Tout psychanalyste y trouverait matière à réflexion. 

Reste le futile, essentiel dans la vie d'un enfant comme ces cabanes construites dans les bois avec les copains, ces sprints sur son vieux vélo rouillé où on se prend pour Anquetil ou les premières gorgées de vin qui font tourner la tête. Une vie simple, l'été à la campagne, avec les grands-parents restés à la Matrie, entre aide active des oncles à la moisson, farniente sous le noyer à lire des bandes dessinées ou des romans passionnants comme « Les trois mousquetaires » ou régler son sort à un chat un peu trop chapardeur.  

« L'enfant de la Matrie – L'âge ingrat » tome 2, Bernard Revel, Balzac Editeur, 252 pages, 21,90 € 

BD - Buck Danny retrouve la Corée


Quelques jours après la remise du prix Nobel de la Paix au président sud coréen, cette 49e aventure du colonel Buck Danny semble très datée. En effet tout le ressort dramatique est bâti sur la tension constante et en plein regain sévissant entre les deux Corées.

Les premières pages de l'album montrent deux actions parallèles. En Corée du Nord, un aviateur américain, victime d'une machination, est forcé de s'éjecter en territoire ennemi. Au même moment Buck Danny et ses amis (Tumbler, Sonny et Dick Jackson) sont au Bourget. Ils vont faire une démonstration en vol des capacités du nouveau prototype de l'US Air Force, le F22. C'est au cours de leur exhibition que les pilotes apprendront leur nouvelle destination : le Japon. Ils participeront quelques heures plus tard à l'opération « Serpent trompeur ». 

Bergèse signe une aventure palpitante, très militaire et rigoureuse, digne de Charlier et Hubinon.

« Buck Danny » (tome 49), Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 22 octobre 2000).

lundi 19 octobre 2026

BD - Une nouvelle identité pour XIII dans le 14e album de la série


Ceux qui croyaient tout savoir sur le fameux XIII, alias Jason Fly, MacLane ou El Cascador devront aller se rhabiller. Le scénariste Jean Van Hamme, dans le quatorzième album de la série, «Secret défense », vient de tout remettre en question. En fait l'amnésique le plus célèbre de la bande dessinée serait un terroriste de l'IRA...

Dans les dernières planches du précédent album, le héros dessiné par Vance venait de tomber entre les mains de Giordano, le patron de la National Security Agency (NSA). Ses autres compagnons, notamment le major Jones, avaient réussi à se réfugier dans une petite île des Caraïbes après avoir fait reconnaître en direct à la télévision à l'actuel président des USA qu'il était le chef d'un complot visant l'instauration d'un régime d'extrême droite à la tête du pays le plus puissant de la planète.

Mais le président est assassiné et la NSA voudrait bien faire porter le chapeau à MacLane. Au cours d'un simulacre de procès il découvre sa nouvelle identité, Seamus O'Neil, fils d'un terroriste irlandais ayant participé à l'assassinat de Lord Mountbatten dans les années 70. MacLane doute, mais ne peut être sur de rien, toujours ce mur blanc qui lui ôte tout souvenir.

Le procès se déroule à l'abri des regards car classé secret défense. Un classement qui lui sauve la vie.

Dans l'impossibilité de le condamner à mort, c'est la réclusion criminelle à perpétuité qui est ordonnée. Sur le chemin du pénitencier, un arrêt dans un chemin désert semble être le bout du chemin. Tout est prêt pour la dernière mise en scène.

Une tentative de fuite qui se solde par plusieurs balles tirées dans le dos. Mais...

Machination

Une nouvelle fois la magie XIII fonctionne à merveille. Deux pages pour se remettre dans le contexte (de plus en plus compliqué) puis l'impression que tout est joué avant un premier coup de théâtre qui permet au héros de reprendre son incroyable fuite. Mais les ennemis sont nombreux. Le gibier devra affronter de nouveaux ennemis. Dans le rôle des méchants deux superbes femmes, la revenante Irina Svetlanova, la nouvelle Jessica Martin, entrevue dans le précédent album et qui illustre la couverture de ce nouvel opus.

Et ce n'est pas terminé car on devrait retrouver la belle dans le prochain épisode. Si MacLane semble s'en tirer dans un premier temps, ce n'est que provisoire. La chasse est loin d'être terminée.

« XIII » (tome 14, Dargaud. (Album paru en 2000.  Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 5 novembre 2000)

dimanche 18 octobre 2026

BD - Un héros nommé Adler


Aux commandes de son petit hydravion, Adler, le héros très humain de Sterne, se lance dans la traversée de la moitié du Pacifique sud entre le Chili et Bora-Bora, joyau de la Polynésie française. Mais dès la première escale, sur l'archipel des Desventuradas, alors qu'il se prépare à reprendre les airs, un agent secret soviétique embarque de force dans l'avion d'Adler. Le clandestin veut retrouver un cargo soviétique qui dérive depuis plusieurs années en plein Pacifique. Quelle est la mystérieuse cargaison tant convoitée ? Adler ne va-t-il pas y laisser des plumes une nouvelle fois ? D'autant qu'un terrible ouragan transforme la mer en déchaînement de violence.

Après l'atmosphère étouffante de la forêt amazonienne, l'aviateur fatigué en quête de tranquillité (Dieu que les Tahitiennes sont belles sous la plume de Sterne), doit se sortir d'un guêpier redoutable. Cette série, à la base pour les adolescents, prépubliée dans le défunt journal de Tintin, devient de plus en plus adulte. Logique, les lecteurs aussi prennent de la bouteille...

« Adler », (tome 9), Le Lombard. (Album paru en 2000. Chronique publiée dans Centre Presse Aveyron le 29 octobre 2000.)


samedi 17 octobre 2026

BD - Little Blade au centre de la guerre des triades du futur


Dans ce futur très proche, la Chine a basculé. Le communisme a définitivement disparu. Avec lui l'autorité centrale de Pékin. L'immense empire s'est scindé en baronnies toutes détentrices de l'arme atomique.

Des bombes qui ont explosé par endroits. Aujourd'hui le calme est revenu mais une nouvelle guerre est sur le point d'éclater. Entre deux triades. Ces associations de malfaiteurs sont devenues toutes puissantes à Hong Kong. La jeune Blade se trouve au milieu de la bataille à son corps défendant. Esclave achetée par la triade 14k, elle sera programmée pour devenir une redoutable tueuse. Elle bénéficiera notamment des conseils de Samiel Monk, un Américain qui connaît parfaitement ce milieu si particulier.

Sur un scénario à clé de Pécau, le premier album de cette nouvelle série est dessinée par Def. Il aurait pu totalement s'imprégner du style manga mais a réussi à conserver une construction et une lisibilité typique à l'école franco-belge.

"Little Blade" (tome 1), Delcourt.  (Album paru en 2000. Chronique initialement publiée le dimanche 15 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


vendredi 16 octobre 2026

BD - La fin de la fuite pour le Vagabond des Limbes ?


"La réconciliation" marque le retour en grâce d'Axle Munshine au sein du conseil de la Guilde. Axle, le renégat, recherché mort ou vif dans tous les univers explorés par des milliers d'hommes en armes, doit endosser du jour au lendemain la tunique de sauveur de l'humanité. Car l'heure est grave. Un météorite de panspermyth se dirige tout droit vers une étoile à neutrons. La collision se transformera en big bang. Toute matière actuelle sera absorbée avant que tout ne recommence. La matière mais également la vie. 

Le contact est imminent. Seul Axle avec son fabuleux vaisseau le Dauphin d'argent pourra se rendre sur place en un minimum de temps et tenter de dévier la trajectoire de la météorite. En échange, le conseil lui promet une amnistie complète. Le bel aventurier, qui en a un peu marre d'errer dans l'espace (29e album tout de même...), accepte la mission. De la SF classique, avec vaisseaux, robots et extraterrestres par un duo de vétérans : Godard et Ribera. 

"Le Vagabond des Limbes" (tome 29), Dargaud. (Album paru en 2000. Chronique initialement publiée le dimanche 15 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


jeudi 15 octobre 2026

BD - En Ecosse, les 4 as face à des fantômes


Direction l'Ecosse pour les quatre As. Ses manoirs, sa musique stridente, son climat redoutable et... ses fantômes. Les quatre amis créés par Georges Chaulet et dessinés par François Craenhals (avec l'aide de Jacques Debruyne) affichent une longévité à toute épreuve. Il est vrai que cette BD sans prétention, si elle n'a pas révolutionné le genre, a quelques atouts indéniables : un humour bon enfant, un dessin clair et précis et des intrigues extravagantes. 

Mais comme souvent dans ces séries à rallonge (37 titres disponibles et depuis peu le premier tome de l'édition intégrale reprenant trois histoires dans un seul volume), l'intérêt vient des personnages secondaires. L'ignoble Docteur Hargnon et le colonel Ostrogoth, méchants patentés, sont savoureux. Dans le rôle des gentils idiots, le commissaire Brodequin et l'inspecteur Lecardunoie valent leur pesant de cacahuètes. Mais dans cette nouvelle aventure c'est le petit fantôme Spirit qui est particulièrement mis en vedette. 

"Les 4 as" (tome 37), Casterman.  (Album paru en 2000. Chronique initialement publiée le dimanche 15 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


mercredi 14 octobre 2026

BD - L’ado quelconque peut-il devenir un héros ?


L’adolescence est une mine pour les scénaristes. Les corps qui se transforment, les esprits qui s’échauffent : une mine d’or pour les raconteurs d’histoires… 

Kid Toussaint a pris le concept à rebours dans « Absolument Normal", série dessinée par Alessia Martusciello et Alberto Aurelio Pizzetti, deux Italiens. Cosmo, contrairement à ses copains de classe, ne se transforme pas. 

Mais alors pas du tout car dans le monde imaginé par le scénariste, à l’adolescence les jeunes découvrent leurs dons. Ils ont tous des superpouvoirs sauf Cosmo. Un monde idéal pour parler de tolérance et de différence. Cosmo, dramatiquement quelconque, est expédié dans un camp où les scientifiques l’utilisent comme cobaye. Mais on peut être normal et vouloir vivre des moments exceptionnels. Un tome 1 prometteur.  

« Absolument normal » (tome 1), Dupuis, 9,90 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)

mardi 13 octobre 2026

BD - Le cauchemar de Chabouté un soir de "Pleine lune"


Regain de racisme en France? Ceux qui doutent encore devraient se plonger illico dans ce nouveau gros bouquin de Chabouté. Le héros, un fonctionnaire de base d'une quelconque administration locale, semble trop caricatural. Pourtant ils existent bien. N'oublions pas les scores très honorables de certains partis d'extrême-droite qui eux ne le sont pas du tout (honorables). Le petit fonctionnaire a une dent contre les étrangers. 

Son plaisir quotidien c'est de les rabrouer. Les faire attendre et trouver des astuces vicieuses pour ne pas répondre à leurs demandes pourtant justifiées et parfois vitales. Mais ce soir de pleine lune, le petit fonctionnaire, sur l'ordre de son chef, doit déposer après son travail une enveloppe chez un particulier. Une sortie la nuit tombée qui va vite tourner au cauchemar complet.

Encore plus abouti que son précédent album, cette histoire de Chabouté fait froid dans le dos. 

"Pleine lune", Vents d'ouest. (Album paru en 2000. Chronique initialement publiée le dimanche 15 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


lundi 12 octobre 2026

BD - Adorable Niala, esprit de la forêt africaine


Sur la sellette avant même sa sortie, cet album érotique de Deveney et Rossi était accusé de propager une image avilissante de la femme africaine. Ceux ou celles qui ont osé prétendre cela n’avaient pas lu l’histoire de Niala, l’esprit de la forêt. 

Seuls pourraient se plaindre de la BD les ecclésiastiques, les explorateurs et d’une façon générale les colonisateurs. Niala, au contraire, est intelligente, sage et épanouie. Et pas avare de son savoir puisqu’elle prêche la parole de l’amour dès qu’elle le peut. Ainsi elle libère d’un tour de main toute une chorale de nonnes perdues dans la forêt vierge. Elle explique aussi à ce Blanc complexé comment assumer tous ses désirs, même les plus refoulés. 

Bref Niala est tellement utile dans la forêt qu’elle pourrait être payée à plein temps par la sécurité sociale. 

« Niala », Glénat, 17 € (il existe une version grand format en noir et blanc à 29,50 €) (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)


Roman - La noirceur d'Eva Baltasar étincelle avec "Déclin et Fascination"

Autant prévenir immédiatement les lecteurs potentiels de « Déclin et fascination », roman d'Eva Baltasar : la fin de ce texte bref est à la limite du supportable. Parfois de simples mots sont plus forts que des images. La romancière catalane raconte la lente descente aux enfers d'une jeune femme. A Barcelone, elle survit difficilement. Une petite chambre dans une colocation, un boulot à mi-temps. Quand ses deux dernières bouées explosent, elle se retrouve à la rue. 

On la suit sur le parvis de la gare de Sants, puis dans les parcs, inquiétants. Elle doit son salut à une simple femme de ménage compatissante. Un métier qu'elle va endosser comme d'autres entrent dans les ordres. Propreté, méthode : sa vie change. 

Jusqu'à une rencontre fatale. C'est là que le roman bascule dans ce que l'on prend au début pour du fantastique mais qui n'est que de l'horreur. Celle de notre monde actuel.

« Déclin et fascination », Eva Baltasar, Éditions Verdier, 128 pages, 19,50 €

dimanche 11 octobre 2026

BD - Folie révolutionnaire et "Peintre hors-la-loi"


Ce roman graphique de Frantz Duchazeau a pour cadre la France de la Révolution. Le bel espoir des débuts est envolé. Les nouveaux maîtres de Paris guillotinent à tour de bras. L’album débute par l’exécution de Louis XVI. Dans la foule, de nombreux dessinateurs croquent l’instant historique. Lazare Bruandet, peintre et escrimeur de talent, ne s’abaisse pas à de telles pratiques. Il est en train de réinventer la peinture en même temps que de perdre la raison. 


Après avoir tué sa femme dans une violente scène de jalousie, il se réfugie en province. Là, des brigands profitent de l’agitation révolutionnaire pour semer la terreur. Le peintre abandonne son pinceau pour l’épée. Une réflexion très poussée et d’une grande virtuosité graphique sur la création et la folie. Du grand art.  

« Le peintre hors-la-loi », Casterman, 20 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans L'Indépendant du Midi)


samedi 10 octobre 2026

BD - Dorison et Lauffray, le duo gagnant à la tête de "Prophet



Prophet
fait partie de ces bandes dessinées trop rares. D'abord parce qu'elles sont particulièrement réussies mais aussi (et surtout) car il a fallu trois ans aux auteurs pour achever les 46 premières planches et on devra donc prendre son mal en patience pour connaître la suite. Et pourtant Dieu sait qu'en refermant l'album on est pressé de se plonger dans la suite des aventures de Jack Stanton.

Cet archéologue est le seul rescapé d'une expédition dans l'Himalaya. A plus de 5 000 mètres d'altitude, il a découvert un monolithe de 400 mètres de haut, preuve qu'une  civilisation très avancée était sur terre bien avant l'apparition des hommes. Il en a fait un livre qui va totalement bouleverser l'ordre des choses.

Stanton sera emporté dans une contrée mystérieuse. II devra déjouer bien des pièges pour rester en vie.

Dorison au scénario et Lauffray au dessin, le nouveau duo gagnant de la BD fantastique. 

"Prophet" (tome 1), Les Humanoïdes associés. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


vendredi 9 octobre 2026

BD - "Yang = yin", 35e adaptation BD des aventures de Bob Morane


Le bon vieux Bob Morane est toujours fidèle au poste. Comme son scénariste, Henri Vernes, qui affiche à son compteur 150 romans et 82 ans... Dans ce (seulement) 35e album publié aux éditions du Lombard, le bel aventurier est seul à San Francisco. Il est contacté par un ami chinois, un antiquaire qui veut lui vendre un bronze. Mais arrivé dans la boutique, Bob trouve le propriétaire du magasin moribond.

Avant d'expirer, ce dernier lui remet un billet sur lequel il a écrit «Yang = Yin ». Dans la foulée, Bob est attaqué par une horde de voyous chinois qui tentent de le trucider. II ne doit son salut qu'à l'intervention inespérée de la belle Li-Yang. Guerre des gangs, mais également tentative de prise du pouvoir en Chine par la mafia immigrée aux USA, notre invincible héros aura fort à faire, sans oublier les séismes dus à la faille de San Andrea. Coria au dessin fait toujours de son mieux.

Espérons que les dessins animés (26 épisodes de 30 minutes) en chantier seront plus fluides. 

"Bob Morane" (tome 35), Le Lombard. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


jeudi 8 octobre 2026

BD - Psy-bombe et terreur dans le tome 1 de "L’histoire de Siloë"


La terreur règne à Washington. En cette première moitié du XXIe siècle une nouvelle forme de terrorisme fait fureur : la psy-bombe. Ce sont des drogués qui deviennent fou et communiquent leurs délires à toutes les personnes autour d'eux.

Les plus proches meurent et si les autres s'en tirent, les importantes séquelles au cerveau leur empêchent de mener une vie normale.

C'est également le cas pour Siloë et son père. La gamine a dix ans. Sa mère est morte en plein accouchement. Une expérience du père qui a mal tourné. Siloë, depuis, est différente. Ses capacités psychiques sont démultipliées.

Et le Consortium, l'entreprise gigantesque qui emploie son père, utilise la fillette comme cobaye. Un journaliste un peu plus clairvoyant fait le rapprochement entre la fillette et les attentats...

Ce premier tome signé de Servain et Le Tendre est la bombe de la rentrée. A ne pas manquer ! 

"L'histoire de Siloë" (tome 1), Delcourt. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


mercredi 7 octobre 2026

BD - Dernières lueurs


Son pseudo, ce sont ses patients qui l’ont trouvé. Xavier, infirmier dans un service de soins palliatifs, est devenu l’Homme étoilé à cause de ses nombreux tatouages. Du bonheur qu’il distille aussi auprès de ces hommes et femmes qui savent que la fin est proche. Un dessin simple pour des émotions complexes. 

Ces histoires courtes ont le chic pour vous faire sourire ou vous bouleverser. Car le quotidien dans ce service est fait de beaucoup d’allers simples. Ils sont rares ceux qui ont la chance de revoir l’Homme étoilé après leur séjour. Il y a cependant quelques petites notes d’espoir dans l’édition poche de la première BD de ce fan de rock, géant aux cheveux longs et à la douceur désarmante.

« À la vie », Le Livre de Poche, 9,90 € (« Je serai là », un second recueil vient de sortir chez Calmann-Lévy) (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021)

mardi 6 octobre 2026

BD – Belle et terrifiante bête du Gévaudan


Un Poupard peut en cacher un autre. L'amateur de BD, quand on lui parle de Poupard, pense immédiatement Rugbymen, gags et style humoristique. Attention, il y a un piège. Car il y a désormais un second dessinateur qui signe Poupard. Jean-Charles de son prénom. Et on ne rigole pas dans ses albums. Un simple coup d’œil permet de vite les différencier. Là ou le premier Poupard (en réalité le pseudonyme d'Alexandre Mermin) use de la caricature et du « gros nez », le second ose le réalisme intégral, avec décors à couper le souffle et action à gogo. 

Des années d'apprentissage pour Jean-Charles Poupard et la certitude, en découvrant la seconde partie des Griffes du Gévaudan, que l'on est en présence d'un futur très grand, un peu dans le sillage d'un Ralph Meyer ou d'un Philippe Xavier. 

Pour atteindre la plénitude de ses moyens graphiques, Poupard a une nouvelle fois fait confiance aux scénarios de Sylvain Runberg. Après les quatre tomes du « Chant des Runes », il s'attaque au Gévaudan quand une fameuse bête faisait cauchemarder les paysans de cette région de la Lozère. En 1765, un chasseur du roi traque la bête. Sans le moindre résultat. Après plusieurs échecs, malgré d'importants moyens, il décide de changer de tactique. Il va tenter de comprendre comment fonctionne cette société coupée de tous durant les longs mois d'hiver. Et découvrir que la Bête a des capacités bien supérieures à un simple loup géant. 

Enquête policière, infiltration, coup de théâtre, terreur... l'album se dévore d'une traite. Lecture d'autant plus facile que le dessin de Poupard nous donne l'impression d'être au cœur de ces forêts froides, sinistres et diablement dangereuses. Une superbe réussite, qui semble bien partie pour devenir une série télé. 

« Les griffes du Gévaudan » (tome 2/2), Glénat, 64 pages, 16 €