jeudi 10 septembre 2026

BD - Le dessinateur et l’anorexique un peu "Cintrée"

Pas évident de raconter sa vie en bande dessinée. Jean-Luc Loyer est un talent reconnu dans ce genre. Il a débuté en racontant son enfance dans le Nord. Des récits touchants, avec juste ce qu’il faut de nostalgie. Dans «Cintrée» il poursuit ce travail d’introspection.

Dessinateur mal payé pour une revue enfantine, il vivote entre son loyer impayé, son chat affamé et sa maîtresse qui refuse de quitter son mari. Bref ça va pas fort. D’autant que l’album s’ouvre par les obsèques de sa nièce, 22 ans. Un suicide. Après quelques chapitres où il raconte ses déboires avec un scénariste totalement allumé et les refus des maisons d’édition sur un album sur la jungle de Calais avant même que le camp ne soit encore nommé ainsi, il voit sa vie radicalement changer juste après une lettre de Pôle Emploi. Il a un rendez-vous dans une agence de pub pour un emploi de graphiste. Et bingo, il a le poste. Avec cependant une condition imposée par le patron : il devra former et s’occuper de la fille de ce dernier embauchée comme stagiaire. 

Eléonore entre dans sa vie et rien ne sera jamais plus comme avant. Eléonore, jeune fille totalement trash, capable de montrer ses seins à des curés ou s’embrouiller avec un clochard. Elle sort de clinique psy, anorexique, sans doute bipolaire, un peu parano : s’occuper d’elle est un boulot à plein temps. Mais il veut plus : la sauver.

«Cintré(e)», Futuropolis, 20 € (Album publié en 2018)


mercredi 9 septembre 2026

BD - Les chemins de Pierre Christin


Pierre Christin, 80 ans, fait partie de ces créateurs qui ont grandement influencés les jeunes Français et ce sur plusieurs générations. Il a ouvert la BD grand public à la science-fiction, quasiment inventé le roman graphique avec Bilal et formé des centaines de journalistes à l’école de Bordeaux. Une vie bien remplie qu’il ne voulait pas raconter dans une autobiographie classique.

Pourtant on retrouve dans ce gros abum de 140 pages dessiné par Philippe Aymond une bonne partie de la vie du scénariste et écrivain français. Mais au lieu de se mettre en scène, il nous fait partager ses découvertes et émerveillements comme si l’on était embarqué avec lui. Une caméra subjective pour réécrire une vie. Avec un axe majeur : ses pérégrinations à l’Ouest et à l’Est. En 1966, avec Jean-Claude Mézières, il enseigne dans une université de l’Utah. Et quelques années plus tard, toujours avec Mézières, il traverse l’Europe encore soviétique

Christin est le formidable témoin objectif d’un siècle qui a vu s’affronter les deux blocs. Il en a nourri ses histoires, souvent ancrées dans le réel, sauf pour Valérian, même si parfois l’agent spatio-temporel se retrouve au cœur de la grande histoire de l’Humanité. 

Un livre comme un long road movie qui, par chance, n’est pas encore terminé puisque le principal intéressé, dans la dernière page, signale qu’il s’intéresse au Sud, en pleine descente du Mékong.

«Est - Ouest», Dupuis, 26 € (Album paru en 2018. Chronique parue initialement en avril 2018 dans L'Indépendant du Midi)


mardi 8 septembre 2026

BD - Police omniprésente… dans le futur de « Téléportation inc. »


En inventant la téléportation, une société, la compagnie de téléportation galactique, se retrouve aux commandes de machines idéales pour permettre à quelques aigrefins de disparaître aux confins du cosmos. Mais c’est sans compter sur les agents de retour, la police d’élite de l’entreprise. 

Lubia Thorel, héroïne de cette série de SF écrite par Latil et dessinée par Sordet, est la plus efficace. Pas forcément la plus délicate ni la plus diplomate. Flanquée d’un lézard qui ne peut s’empêcher de tomber amoureux, Lubia se retrouve impliquée dans un vaste complot. Beaucoup d’inventivité dans ce premier tome bourré d’action et truffé de gags. 

Une belle réussite du nouveau label Drakoo de chez Bamboo.  

« Téléportation inc. » (tome 1), Bamboo Drakoo, 14,50 € (Album paru en 2021)

lundi 7 septembre 2026

Rentrée littéraire - Amélie Nothomb a un enfant : c'est un perroquet !

Jo, un gris du Gabon, bouleverse la vie du narrateur de « L'adolescence du perroquet », nouveau roman d'Amélie Nothomb.

Après avoir raconté son « Impossible retour » au Japon puis évoqué la mémoire de sa mère dans « Tant mieux », Amélie Nothomb renoue avec la fiction pure dans ce très intrigant « L'adolescence du perroquet ». Alban, le héros-narrateur est un homme, célibataire, Parisien, très cultivé. Les premières pages sont consacrées à son amour du Louvre, musée qu'il considère comme sa deuxième maison. 

On découvre ensuite comment il occupe ses journées. Chroniqueur à la radio presque par accident, il se contente de surfer chaque matin sur le bruissement du monde. Même si l'exercice est parfois exténuant. « Une chronique, c'est une préoccupation constante. Il faut avoir une idée. Personne ne sait comment cela vient. Se mettre à la disposition de l'inconnu, être perpétuellement fécond de n'importe quoi. » A bien y regarder, le métier d'écrivain n'est pas beaucoup différent. Surtout quand comme Amélie Nothomb, on s'engage à sortir un roman à chaque rentrée littéraire. Même s'il paraît que l'autrice belge a plusieurs manuscrits d'avance. On l'imagine donc en train de se creuser la tête à trouver un sujet original pour le « suivant ». 

Est-ce la vision d'un clip sur le net d'un perroquet savant ? Ou la découverte, au Louvre justement, d'un tableau montrant des singes et un perroquet se délectant d'un plateau de fruits ? Ou tout simplement la connaissance dans la vraie vie d'un propriétaire de gris du Gabon, l'espèce de perroquet au centre du roman ? Mystère. De toute manière le lecteur n'a pas besoin de savoir pour lire avec gourmandise l'irruption de Jo, le fameux perroquet gris du Gabon dans la vie d'Alban. 

Jo arrive dans l'appartement encore bébé : « un oisillon déplumé avec un bec plus grand que lui ». Un être vivant à protéger. Alban fait rapidement un transfert vers Jo, comme s'il décidait d'adopter du jour au lendemain un nouveau-né pour en faire son fils. Les échanges, au début, sont limités. Mais dès que le volatile découvre qu'il peut émettre des bruits et répéter ce qu'il entend, Alban se consacre de plus en plus à son compagnon. Car un gris du Gabon n'est pas uniquement un oiseau qui parle. C'est « d'abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu'il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. » Amélie Nothomb, au détour d'un chapitre, aime régler quelques comptes avec ses congénères... 

En se renseignant sur les us et coutumes de l'espèce, Alban apprend que ce perroquet, en plus de vivre très longtemps, passe par une phase d'adolescence. Vivre avec Jo va devenir un véritable enfer. Coups de bec, fauteuil déchiré, ordinateur renversé : le jeune Jo devient violent, vindicatif. Sa réplique préférée ? « Arrête ça ! » Et en creux, on a l'impression qu'Amélie Nothomb raconte l'éducation impossible ce cet enfant que, par choix, elle n'a pas eu. Qu'il soit humain ou recouvert de plumes.       

« L'adolescence du perroquet » d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 160 pages, 18,90 €  

BD - La folie enchanteresse des premiers aviateurs


Après des siècles les pieds cloués au sol, quelques hommes et femmes ont enfin pu faire comme l'oiseau, "aller plus haut…" L'invention de l'aviation a marqué une véritable révolution, aux conséquences visibles partout dans la société : transport, spectacle et guerre. Dans cet album écrit par Scott Snyder et dessiné par la talentueuse Tula Lotay, la foule américaine se passionne pour des hommes inconscients, risquant leur vie au quotidien. 

Après des batailles aériennes épiques au-dessus de la ligne de front en France, les as sont de retour outre-Atlantique. Nous sommes en 1918 et le spectacle est dans les airs. Un cirque qui pousse le public à lever la tête et prier pour que les acrobates ne finissent pas dans un crash qui ne pardonne pas. Parmi les "artistes" du manche à balai, le jeune Hawk E. Baron. Rien ne lui fait peur. 


Et pour donner encore plus de piment à ses exhibitions, il cherche une partenaire capable de faire des galipettes sur les ailes de son appareil lancé à toute vitesse très haut dans le ciel. Quand il rencontre Tillie, c'est l'évidence. Non seulement elle peut braver la mort, mais en plus comme elle est très belle, il en tombe raide dingue. Une rencontre qui marque aussi le début de ses ennuis. Car dans cette Amérique du début du XXe siècle, la mafia est omniprésente et Hawk se retrouve avec toute une bande de malfrats à ses trousses. 

Une histoire romantique très rythmée, avec rebondissements et coups de théâtre. Digne d'un film de l'époque. Hawk et Tillie sont très beaux sous le crayon de Tula Lotay, déjà remarquée dans le très esthétique Somna, mais dans un tout autre genre.  

"Barnstormers, voltige, amour et meurtre", Delcourt, 160 pages, 17,50 € (Album paru en avril 2025)


dimanche 6 septembre 2026

BD - La famille Hermann propose ses "Liens de sang"


Une grande ville américaine, un jeune flic qui débute, un parrain qui règne en maître sur les bas-fonds, une belle chanteuse : décor classique d'un polar de bon ton. Mais quand c'est Hermann qui est chargé d'illustrer le tout, cela prend une autre ampleur. 

La ville est encore plus sinistre, le parrain méchant et la belle ravissante. Hermann qui a décidé de donner un bon coup de pouce à son fils, Yves Huppen, l'auteur du scénario. Ces "Liens de sang" sont d'ailleurs très déroutants car rapidement les protagonistes de l'intrigue sont confrontés à des chocs espace-temps qui font glisser cette BD vers le fantastique. Ce mélange de genre ne passe pas toujours bien mais le travail de Hermann, 51 planches, 51 chefs-d'œuvre, suffit largement au bonheur de tout être normalement constitué.

"Liens de sang", Le Lombard, collection Signé. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 10 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


samedi 5 septembre 2026

BD - Monde caché sur Europa


La conquête spatiale, en plus de la dimension « dépassement de ses limites technologiques », implique de façon sous-jacente une volonté des Humains de tenter de trouver une autre espèce de la même trempe. 

Dans Europa, premier tome d’une série écrite par Léo et Rodolphe (le must en matière de SF) et dessinée par Janjetov (successeur de Moebius sur l’Incal), une expédition part pour Europa, 4e lune de Jupiter


Dans ses entrailles, sous une épaisse couche de glace, un océan tempéré. Les militaires et scientifiques plongent au cœur de ce monde inconnu, là où visiblement œuvrent des entités qui ne sont pas totalement pacifiques. Le réalisme du voyage et des technologies utilisées sont tempérés par l’incroyable inventivité de ce milieu insoupçonné.  

« Europa » (tome 1), Delcourt, 12 € (Album paru en 2021)


vendredi 4 septembre 2026

BD - "Amours fragiles" dans une période noire de l'histoire européenne


«Le dernier printemps »,
premier tome de cette nouvelle série signée Beuriot (dessin) et Richelle (scénario) devrait être obligatoirement au programme des cours de français (et d'histoire) du secondaire. En fait, ces deux jeunes auteurs signent un album en tout point remarquable. Clarté parfaite du dessin et de la mise en page, découpage efficace, scénario digne des meilleurs romans, ce petit chef-d'œuvre permet également au lecteur de parfaitement comprendre les raisons de la montée progressive du nazisme dans l'Allemagne des années 30

Le héros, Martin Mahner, lycéen à Berlin, ne rêve que de littérature et d'art. Son père lui voit un avenir dans l'assurance ou la banque, un véritable métier. Martin tombe amoureux de Katarina, sa jeune voisine. Une relation difficile à éclore. Des mois d'atermoiements avant une attirance forte.

Mais Katarina est juive. Ses parents, harcelés par les SS, préfèrent mettre la jeune fille en sécurité à Paris. Paris qui sera le décor du prochain tome.

"Amour fragiles" (tome 1), Casterman, (Album paru en 2001. Chronique initialement publiée dans Centre Presse Aveyron le 24  juin 2001)


jeudi 3 septembre 2026

BD - Les Petits Mythos trouvent l'Atlantide


Apprendre en s'amusant, tel est le credo des albums hors-série des Petits Mythos. Après les mythologies égyptiennes et nordiques, les petits héros imaginés par Cazenove et Larbier mettent le cap sur l'Atlantide. Pays légendaire décrit par Platon, l'Atlantide n'a sans doute jamais existé. Pas de conditionnel mais une certitude pour Amandine Marshall, caution universitaire de l'album et rédactrice des nombreux textes explicatifs qui s'intercalent entre les gags. Car cette BD a une forte prétention pédagogique. 

Vous apprendrez ainsi tout du Timée et du Critias, deux textes de Platon où il évoque cette fameuse Atlantide, civilisation très en avance mais qui a sombré par orgueil. Poséidon, dieu très colérique, a rasé l'archipel. Selon la légende, bien évidemment. 

Une légende détaillée, dans ses origines, ses possibilités scientifiques (des éléphants nains, ça existe ?) et ses interprétations trop souvent erronées. Une première entrée idéale pour les jeunes en quête de savoir mythologique. 

Et pour ceux qui, tout en s'instruisant, aiment se bidonner, les gags écrits par Cazenove et illustrés par Bloz (Larbier, le créateur de l'univers se consacre uniquement à la série principale, un 17e tome est prévu en octobre) sont une bonne raison de rire des facéties de ces Dieux aux réactions parfois très humaines.   

"Les Petits Mythos présentent l'Atlantide", Bamboo, 48 pages, 11,90 € 


mercredi 2 septembre 2026

BD - "Mille Visages" ou la version fantastique du western


Fuir. Fuir le plus loin possible. Le docteur Quinn va vers l'Ouest. Ces terres américaines encore inconnues en 1840. II tente d'échapper aux griffes d'un démon redoutable. Pourtant son premier contact avec le docteur Laney s'était passé sous de très bons auspices.

Jeune médecin, Quinn a beaucoup appris de ce chirurgien aux techniques révolutionnaires. Avant tout le monde il a utilisé la transfusion sanguine pour redonner des forces aux opérés. Une image humanitaire qui cachait une tout autre facette. Quinn a compris et c'est la raison de sa fuite en avant. Son errance va prendre fin dans une tribu de Sioux. Il y trouvera l'amour. Mais le démon retrouve sa trace et sème la mort et la désolation.

Un scénario de Thirault captivant qui, tout en utilisant les ressorts du fantastique, accorde beaucoup d'importance au cadre et aux humains. Malès, au dessin, semble enfin donner toute la mesure de son talent pointilleux.

"Mille Visages" (tome 1), Les Humanoïdes associés. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mardi 1 septembre 2026

BD - Passionnant et intrigant "Décalogue"


Deux nouveaux volumes du Décalogue viennent de paraître chez Glénat. Frank Giroud est toujours au scénario de cette série d'histoires indépendantes les unes des autres ayant pour point commun un des dix commandements tirés du Nahik, un livre mystérieux qui contiendrait les dernières volontés du prophète Mahomet.

« Le météore » est dessiné par Jean-François Charles. Des bibliophiles sont à la recherche du Nahik en Grèce durant l'hiver 58. Parmi eux un fou sanguinaire récemment échappé d'un asile. 

Dans « Le serment », illustré par le dessinateur yougoslave TBC, l'action se passe peu de temps après la guerre 39 - 45. Une histoire de vengeance alors que le Vatican semble jouer un étrange manège dans la fuite des dignitaires nazis vers l'Amérique du Sud

Deux dessinateurs expérimentés pour deux opus réussis de cette expérience éditoriale originale et intrigante.

"Le Décalogue" (tomes 3 et 4), Glénat. (Albums parus en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


lundi 31 août 2026

BD - Mélodie, rêveuse de papier


Mélodie est à cran. Adolescente à fleur de peau, elle voit sa vie être bouleversée par la séparation de ses parents. Et pour couronner le tout, elle déménage, obligée de suivre sa mère qui refait sa vie avec un nouveau compagnon et de laisser son père, seul et en pleine dépression. Nouvel appartement, loin de ses copines, notamment Shania, sa meilleure amie. Par contre elle doit toujours se coltiner son petit frère, insouciant et surtout très copain avec Nono, gentil surnom qu'il a trouvé à Arnaud, le nouvel amoureux de sa maman. 

Rien ne va donc dans la vie de Mélodie en ce jour de déménagement. Elle poirote au pied du camion. Quand surgit de l'immeuble d'en face un jeune skateur, très blond, très beau, très sûr de lui. Des 36e dessous, Mélodie est propulsée au 7e ciel par un coup de foudre aussi incompréhensible que irrésistible. 

Roman graphique plus spécialement destiné aux adolescents (adolescentes même, serait-on tenté d'écrire si l'on ne redoutait les procès en wokisme), La vie Mélodie est réjouissante. De ces histoires simples, presque banales, de la vie de tous les jours, qui pourtant au moment du twist final, parviennent presque à nous arracher quelques larmes (on résiste car on est un mec, nouveau procès en wokisme…). 

Pour raconter cet été bizarre, Jérôme Derache nous met au niveau de Mélodie, partageant avec délectation ses espoirs, ses rêves et déceptions. Mélodie qui tente de trouver sa voie. Du moins une qui aurait pour conséquence d'attirer l'attention du jeune Adonis. Skate, théâtre, dessin… elle hésite. 

Pour montrer ces montagnes russes d'émotion, Fabio Lai adopte un dessin coloré, vif et en mouvement, se passant des cases trop rigides pour donner encore plus de force à ses talents de dessinateur passé par l'étape très formatrice de l'animation. Beau et émouvant.  

"La vie Mélodie, Bamboo, 72 pages, 15,90 €


dimanche 30 août 2026

BD - Les enfants de la tour Eiffel


Surnommée la Dame de Fer (bien avant l'ancienne Première ministre britannique) par les Parisiens, la tour Eiffel est au centre de cette nouvelle série jeunesse écrite par le duo de scénaristes catalano-audois constitué de Carbone et Cee Cee Mia. Les Phénix de Paris, ce sont des gamins, orphelins, qui vivent en détroussant les touristes dans les rues de la capitale française. Des orphelins, sans repaires, gibier idéal pour Hector, voyou notoire, chef du gang des Loups de Montmartre. Il a enrôlé ces cinq âmes esseulées pour leur apprendre à voler en toute discrétion. En échange, ils ont un toit et un bout de pain. Et si le butin n'est pas assez gros, pas de pain mais des torgnoles à la place. 

Il y a un petit air de Dickens avec l'accent titi parisien dans cet album inaugural. Mais sans trop de misérabilisme. Les enfants sont déterminés à se sortir de ce bourbier. Le plus décidé reste Gabin. Il déteste voler. Cherche toujours une autre solution. Violette, sa compagne de larcin, est plus pragmatique. Quelques pièces ou bijoux en moins dans les poches des riches bourgeois ne leur manqueront pas. Par contre cela lui permettra, en fin de journée, de se remplir (un peu) l'estomac. 

Les premières planches, dessinées par Paolo Voto, artiste italien, promènent le lecteur dans ce Paris de la fin du XIXe siècle. Grands monuments existants et surtout future vedette, en pleine construction, la tour Eiffel. C'est à ses pieds que Gabin et Violette parviennent à voler une belle montre à un gamin qui a failli se faire renverser par un fiacle. Gabin lui sauve la vie, Violette le déleste de son bien précieux. Montre qui termine dans la poche d'Hector. Le lendemain, Albert, le volé, retrouve Gabin et le supplie de lui rendre ce souvenir offert par son père. Qui n'est autre que Gustave Eiffel, le concepteur de la fameuse tour. Entre Gabin, Albert et Violette naît une belle amitié et complicité. Albert retrouve sa montre, mais Gabin et Violette deviennent des parias, recherchés par Hector décidé à les trucider. Ils vont se cacher dans une baraque du chantier de la tour Eiffel en compagnie de leurs trois autres amis orphelins et se transformer en gardiens de la grande dame. 

Une belle histoire d'amitié faisant fi des différences de classes, une intrigue prenante, des amourettes naissantes, des décors à couper le souffle : Les Phénix de Paris vous feront voyager dans le temps pour redécouvrir la vie dans la Capitale il y a plus d'un siècle.    

"Les Phénix de Paris" (tome 1), Jungle, 56 pages, 13,95 €


samedi 29 août 2026

BD - "Les hommes feuilles", 16e album de Jeannette Pointu


Comment se distraire tout en devenant incollable en génétique ? Wasterlain a peut-être la solution en 46 pages. "Les Hommes feuilles" est le titre de la 16e aventure de Jeannette Pointu. L'intrépide journaliste se rend au cœur de la forêt amazonienne. Elle observe une équipe de scientifiques explorant la canopée à bord d'un radeau des cimes. Entre les araignées, les serpents et autres singes hurleurs, la faune est diversifiée. Et même plus que n'auraient osé l'espérer ces chercheurs. 

Jeannette, la première, découvre de mystérieux hommes feuilles vivant dans les arbres.

Des êtres qui semblent être le chaînon manquant entre les singes et l'Homme. Mais rapidement notre héroïne découvrira qu'il ne s'agit que du résultat d'une manipulation génétique d'un savant fou, Jean Nabuse (jeu de mot douteux mais quand y'a de la gène y'a pas de plaisir...).

Un album passionnant qui annonce une suite tout aussi trépidante.

"Jeannette Pointu, les hommes feuilles" (tome 16). Dupuis. (Album paru en 2001. Chronique initialement publiée en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


vendredi 28 août 2026

BD - Ambiance noire dans "Ciao Pékin"


Alfred est un livreur de pizzas en chômage. Habitué du bar de Riri, il croit sa chance venue quand un réalisateur décide de planter ses caméras dans ce troquet parisien pittoresque. Sûr, Alfred va se retrouver en haut de l'affiche, enlaçant tendrement la vedette féminine. La réalité est tout autre. 

Le gros rouge aidant, Alfred démolit le portrait de Jean-Pierre Koulechov, le Jeune premier. Et quand ce dernier est retrouvé assassiné chez lui, les policiers soupçonnent immédiatement Alfred. Il devra trouver refuge dans un squat. 

Et pour prouver son innocence il ne lui reste plus qu'à démasquer les coupables.

Pourquié (dessin) et Pecherot (scénario) n'en sont pas à leur coup d'essai. Un tandem bien rodé au ton nouveau mêlant humour, polar et poésie. À noter un petit clin d'œil aveyronnais : une des trois fins possibles se déroule en plein Larzac, entre Le Caylar et La Couvertoirade.

"Ciao Pékin", Casterman. Album paru en 2001. (Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


jeudi 27 août 2026

BD - "Rural !", Davodeau avec la Conf'


Un bulldozer contre une vache qui broute : la couverture de « Rural ! », album signé d'Etienne Davodeau, est hautement symbolique. Sous-titré "Chronique d'une collision politique », ce livre en noir et blanc d'une centaine de pages est en fait un long reportage graphique.

L'auteur a suivi durant une année trois agriculteurs en Gaec dans la région d'Angers. Militants de la Confédération paysanne, reconvertis dans le bio, ils sont opposés au tracé d'une autoroute qui va traverser leur exploitation de part en part. Davodeau nous fait partager ses étonnements (il n'y connaît rien en agriculture et le reconnaît), ses enthousiasmes, sa rage quand il fait témoigner les «petits » impuissants et démunis face aux forces du capital.

Un livre militant, bon exemple de ce qui peut se passer quand on décide au plus haut niveau de tracer de nouveaux axes de circulation.

"Rural !", Delcourt, 144 pages, 16,50 € (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mercredi 26 août 2026

BD - "Goetz", du Sartre version barbare


Envie de lire du Sartre tout en bénéficiant d'une montée d'adrénaline justifiée par des combats sanglants entre barbares ? L'exercice semble contradictoire et pourtant c'est exactement ce que vous pourrez obtenir en vous plongeant dans "Goetz", roman graphique écrit par Fane et dessiné par Didier Cassegrain. Une adaptation très libre (barbares et science-fiction oblige) d'un livre de Jean-Paul Sartre un peu oublié. Ce projet, monumental (par sa complexité et sa lourdeur) a occupé plusieurs années de la vie de Fane. L'ancien dessinateur du Joe Bar Team a découvert cette pièce de théâtre au lycée. Un professeur de philo un peu original décide, pour mieux persuader ses élèves de l'importance de la pensée sartrienne, de leur faire interpréter des extraits de l'œuvre. Fane hérite du rôle-titre, le guerrier bâtard. Il va donner la réplique à la plus belle fille de la classe qui interprète Katerine. Jeune beauté dont il est secrètement amoureux… 


De cet épisode adolescent, Fane conservera une fascination pour Goetz. Plusieurs décennies ont passé. Le dessinateur remet en cause son travail. Il veut changer de registre et s'attaque à l'adaptation du texte adoré. Une réinterprétation dans les codes de l'époque. Dans un futur très lointain, les Terriens débarquent sur une planète primitive. Ils vont la coloniser, aidés de leur puissante technologie. En face, les autochtones, toujours à l'âge du fer, subissent puis résistent. Il faudra l'arrivée de Goetz, un bâtard violent, à la tête d'un clan pour que tout change. Avec l'aide des Dieux, il est sur le point de massacrer toute la colonie. Mais le discours d'un médecin lui donne l'occasion de changer. D'adorateur du Mal, il va devenir apôtre du Bien. Goetz, a deux visages, deux trajectoires mais un seul destin. 

Fane a réalisé le storyboard des 150 pages de cette BD dantesque. Mais il a préféré donner cette matière à un autre dessinateur, capable de magnifier ces scènes d'anthologie. Didier Cassegrain accepte le challenge. Il se lance donc dans la réalisation de ces 150 planches d'une force et d'une splendeur redoutables. Cassegrain, connu pour son style inimitable qui magnifie la féminité. Katerine est fragile et belle, les guerrières barbares fortes et audacieuses. 

Reste le cas de Goetz, omniprésent, insaisissable. D'une cruauté inimaginable dans la première partie, exemple parfait  du "bon" dans la seconde. Qui l'emportera ? C'est toute la morale de ce roman graphique beau, puissant et inspirant

"Goetz", Comix Buro - Glénat, 184 pages, 29 €


mardi 25 août 2026

BD - "SOS Bonheur", chef-d'oeuvre de Van Hamme et Griffo en intégrale


Avant de connaître le succès phénoménal de XIII et de Largo Winch, Jean Van Hamme a dû batailler ferme. Ainsi il avait dans ses cartons une idée de série TV explorant divers aspects d'un monde à la Orwell. Rien à voir avec le Big Brother de M6, d'ailleurs le projet n'aboutira jamais.

Mais ces synopsis serviront de base aux deux premiers tomes de SOS Bonheur, une BD. des années 80, emblématique de la collection Aire Libre. Les éditions Dupuis ressortent cette histoire de science fiction prémonitoire en version intégrale. Force est de constater que cette bande dessinée n'a pas pris une ride.

Le scénario, noir et pessimiste à souhait, n'en a que plus de force en ce début de III° millénaire. Au dessin, Griffo jetait les bases de ce style réaliste très fouillé qui s'épanouira quelques années plus tard dans Giacomo C. 

Un classique à redécouvrir d'urgence.

"SOS Bonheur", Dupuis, 176 pages. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


BD - A la recherche des derniers colons


Le space opéra n’a pas dit son dernier mot. «Colonisation» de Denis-Pierre Filippi (scénario) et Vincenzo Cucca (dessin, et bien évidemment Italien...) reprend les bases du genre. Des vaisseaux spatiaux, quelques aliens, gentils et dotés d’une technologie très avancée, des pirates, des nef perdues au fin fond de  la galaxie et une mission de secours périlleuse. Le compte est bon, surtout si l’on rajoute à cela un équipage mené par une forte tête, la rousse, mignonne mais pas commode, Milla Aygon

Dans un futur assez éloigné, la terre au bord de l’asphyxie, envoie des dizaines de nefs dans tout l’espace pour tenter de trouver des planètes à coloniser. Quelques années plus tard, une nouvelle technologie permet de trouver ces lieux à coloniser sans les années de voyage.Des missions sont alors lancées pour retrouver les nefs. 

Milla est à la tête d’une de ces expéditions et retrouve dans un vaisseau en ruines un seul corps encore en vie, celui de l’officier Clarence Sternis.

Un peu complexe dans ses premières pages, cette série est pourtant prometteuse pour les fans de ce genre d’histoires. Et ils n’auront pas à attendre trop longtemps pour découvrir la suite puisque le tome 2 devrait se poser le 11 avril prochain dans toutes les bonnes librairies de la galaxie.

«Colonisation» (tome 1), Glénat, 13,90 €

lundi 24 août 2026

BD - Les premiers pas de l'Agence Hardy


Après avoir beaucoup exploré le futur et le présent, Pierre Christin, scénariste de Valérian et de quelques légendes oubliées illustrées par Bilal, a volontairement décidé de se plonger dans le Paris de son enfance. 

Mme Hardy est détective privé, près des entrepôts de Bercy, en 1955. Cette belle et grande bourgeoise travaille en indépendante pour oublier son veuvage, comme d'autres iraient à la messe. 

Cela ne marche pas très fort mais un gros client pourrait renflouer les caisses. Un industriel s'inquiète de la disparition d'un jeune chimiste qui venait de mettre au point un nouveau parfum.

Aidé de son jeune assistant Victor, Mme Hardy va vite être plongée dans une sombre affaire d'espionnage industriel entre Russes et Américains.

Finement illustrée par Annie Goetzinger, cette histoire bien ficelée est pleine de charme.

"Agence Hardy - Le parfum disparu", Dargaud. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron)


dimanche 23 août 2026

BD - Mars peut sauver la Terre


Dès le début du 3e tome d’Olympus Mons, écrit par Christophe Bec, Aveyronnais vivant dans le Tarn et dessiné par Stefano Raffaele, un Italien, le ton est donné : l’apocalypse semble inévitable. A moins qu’une cosmonaute russe, bloquée sur Mars, trouve une entrée dans le vaisseau spatial gigantesque découvert que Olympus Mons. Là pourrait se trouver la solution pour empêcher la fin prochaine de notre planète. 

Rythme de parution soutenu, multiplication des lieux où  se déroule l’action, aller-retours dans le temps, premières apparitions de ce qui semble être des extraterrestres (ou des robots, on ne sait pas encore trop pour l’instant) : il n’y a rien à jeter dans cette  BD caractéristique de l’univers foisonnant et toujours très imaginatif de Christophe Bec. 

«Olympus Mons» (tome 3), Soleil, 14,50 €