jeudi 23 juillet 2026

BD - Troll de mariage


Les histoires de Trolls permettent toutes les variations possibles et imaginables tant le petit monde imaginé par Arleston et Mourier est riche de personnages singuliers et irrésistibles. Dans ce 25e album de la série, les auteurs mettent en vedette Puitepée, la trolle mère de Waha. 

Deux mages, qui conspirent pour prendre le pouvoir à la place du vénérable Rysta Fukatou, ensorcellent ces deux protagonistes que tout oppose provoquant une passion réciproque et dévorante. 

Les conspirateurs croient que les trolls vont démembrer Fukatou. Mais Puitepée le protège et la belle histoire d’amour se prolonge au palais. 

L’occasion pour Arleston de brocarder les phénomènes de mode, la cour s’entichant pour le mode de vie des Trolls, notamment des mouches domestiques…  

« Trolls de Troy » (tome 25), Soleil, 14,50 € 

mercredi 22 juillet 2026

BD - Le mafieux évolue


Les truands d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec les grands voyous du passé. Ce roman graphique écrit par Loulou Dedola, par ailleurs auteur compositeur lyonnais, dessiné par le Sicilien Lelio Bonaccorso, raconte la trajectoire violente et semée d’embûche de Giacomino surnommé le Sarde.


Il règne sur le trafic de drogue à Lyon et n’hésite pas à attiser les tensions entre bandes pour mieux contrôler la situation. Passionné de foot, il fait aussi dans les paris truqués et vient de découvrir un jeune surdoué du ballon rond. Mais en l’aidant (le jeune et sa mère, belle et célibataire), il rompt son premier principe de vie qui consiste à ne jamais avoir de moyen de pression contre lui. 

Cela finit assez mal, comme toutes les histoires de gangsters. Ça, cela ne change pas quelle que soit l’époque. 

« Le Sarde », Glénat, 19 €

mardi 21 juillet 2026

BD - "La peau de l'autre" : horrible et célèbre


La collection Grand Angle de chez Bamboo s’enrichit chaque mois de grandes signatures. Serge Le Tendre semble avoir trouvé un écrin idéal pour ses histoires réalistes. Il offre à Gaël Séjourné (L’appel des origines), cette histoire se déroulant durant les années 40 aux USA. 

Harvey et Ross travaillent sur une comédie musicale. Mais quand la guerre éclate en 1941, Harvey se retrouve pilote en Europe. Accidenté, il revient défiguré. 


Une gueule cassée qui va tenter de rentabiliser son infirmité en devenant un des visages du cinéma de l’horreur en plein développement à Hollywood

Une histoire sombre où il est question de vengeance, de folie et du désespoir de ces blessés rejetés alors qu’ils ont sauvé le monde libre face à l’horreur nazie. 

« La peau de l’autre » (tome 1), Bamboo Grand Angle, 14,90 € 

lundi 20 juillet 2026

BD - De l’éducation des sorcières avec l'exemple de Zora


Zora, petite sorcière, est furieuse. Sa grand-mère vient de la priver de ses pouvoirs (en nouant ses longs cheveux) et l’oblige d’aller à l’école avec les non-sorciers. Judith Peignen, spécialiste du monde sorcier (elle a longtemps dirigé le magazine Les p’tites sorcières) a imaginé cette histoire toute simple d’une sorcière ado obligée de vivre comme les humains.

Un premier tome dessiné par Ariane Delrieu, illustratrice qui manie la couleur avec dextérité. La première partie montre une Zora déboussolée par ce monde où elle n’a aucun repère. A la cantine, par exemple, elle demande un « coulis de fourmi rouge » pour agrémenter son dessert. Ensuite, elle rencontre une autre sorcière et se sent immédiatement moins perdue et seule.  

« Les sortilèges de Zora » (tome 1), Vents d’Ouest, 11,50 €

dimanche 19 juillet 2026

BD - Une reine lunaire


Découvrez la Lune comme vous ne l’avez jamais imaginée dans Sélénie, récit complet de Fabrice Lebeault. Dans un futur lointain, la Terre est aux mains d’un alien malfaisant. Une petite partie des Terriens a trouvé refuge sur la face cachée de la Lune.

Une communauté dirigée par Sélénie, jeune femme issue des amours d’une Humaine et d’un alien. Elle peut ainsi parcourir la Lune sans scaphandre, contrairement aux autres habitants qui doivent se contenter des dômes. À l’extérieur elle croise toute sorte d’habitants locaux et dangers.

Mais quand une capsule en provenance de la planète mère arrive, l’équilibre est remis en cause. Une histoire en trompe-l’œil qui permet à l’auteur de dessiner des décors superbes.  

« Sélénie », Delcourt, 15,95 € 

samedi 18 juillet 2026

BD - Mutations terrifiantes dans le monde du "Convoyeur"


Le second tome du Convoyeur, série futuro fantastique de Roulot (scénario) et Armand (dessin), se déroule en grande partie dans la cité aux mille flèches. Les amateurs reconnaîtront la Cité de Carcassonne, devenue la capitale du territoire tenu d’une main de fer par le duc d’Arcasso.


Ce dernier a demandé au Convoyeur, mystérieux chasseur de primes, de lui ramener son fils. Le héros s’exécute mais ne peut ramener que la tête de l’héritier. Jeté aux oubliettes, pourchassé par une tueuse, aidé par un mutant fanatique religieux, il va tenter de s’en sortir et continuer son travail dans ce monde où les nouveau-nés sont tous malformés ou victimes de mutations monstrueuses.

Une série pour adultes, assez violente et pessimiste, mais qui offre un dépaysement total.   

« Le convoyeur » (tome 2), Le Lombard, 14,75 € 

vendredi 17 juillet 2026

BD - Rock éternel


Le rock est devenu une musique de vieux. Il n’y a que les plus de 50 ans pour glorifier des compositions des Rolling Stones. Georges et Jean-Pierre ont 70 ans passés. A la retraite, encore fringants mais pas trop, ils ont une résurgence de rock attitude quand ils sentent qu’il ne leur reste plus beaucoup de temps pour vivre pleinement leur passion.

Anciens musiciens d’un groupe qui a connu son heure de gloire à la fin des années 60, ils décident de remonter sur scène. Cet album écrit et dessiné par Phil Castaza a des airs de Vieux fourneaux, avec une bande-son plus bruyante.

Ils sont adorables les papys rockers et finalement donnent furieusement envie de ressortir le vieux tourne-disque et les vinyles poussiéreux.   

« Sold out » (tome 1), Soleil, 14,95 € 

jeudi 16 juillet 2026

BD - Seccotine, seule dans le grand bain de l'aventure


L'arrivée d'une scénariste, Sophie Guerrive, dans l'équipe chargée d'imaginer les nouvelles aventures de Spirou et Fantasio n'est certainement pas étrangère à la mise en valeur de la seule présence féminine de cet univers : Seccotine. Elle revient en force dans les aventures principales, dessinées par Schwartz, mais bénéficie en plus de sa propre collection. Premier titre paru : "Mystère à Champignac" avec Elric au dessin.

La jeune journaliste intrépide, décide de quitter la ville pour s'installer à la campagne. Une petite maison isolée dans la commune de Champignac, à quelques kilomètres du château du comte, inventeur de génie, passionné de champignons. En allant au marché, elle découvre que le village est comme coupé en deux. D'un côté les tenants de la tradition (élevage intensif, chasse…) de l'autre les membres d'une communauté qui fabrique des aliments pour bétail bio et éthique. La traditionnelle querelle des anciens et des modernes, encore très présente de nos jours.

La tension est forte car depuis quelques semaines, le bétail (vaches, poules, cochons, moutons) et animaux de compagnie (chats, chiens…) disparaissent. Qui sont les voleurs ? Une milice est montée à la hâte. Armée, elle patrouille la nuit, au risque de provoquer des dégâts collatéraux car les rondes sont copieusement arrosées de liquide issu de ces fameuses traditions. Seccotine enquête et va rapidement comprendre que ces enlèvements d'animaux cachent un problème autrement plus grave.

Cette première histoire, avec message politique sous-jacent et quantité de champignons plus ou moins néfastes, illustre la duplicité de certains profiteurs du système. On apprécie l'esprit frondeur et déterminé de la reporter vedette. Très réussi aussi le côté naïf de sa presque collègue, Colette, rondelette et pas très futée, parfait contraire de la filiforme et très observatrice Seccotine.

Pour ce qui est du dessin, Elric est très fidèle au Franquin des années 50, surtout au niveau des personnages. Les décors sont plus sommaires et le tout manque encore de dynamisme. Les amateurs de copier-coller à base de nostalgie apprécieront, les vrais fans de Franquin risquent d'être beaucoup moins indulgents.

"Une aventure de Seccotine - Mystère à Champignac", Dupuis, 56 pages, 13,50 €


mercredi 15 juillet 2026

BD - Rêves de jeunesse pour les personnages de "L'île oubliée"


A priori, Eve et Mia, les jumelles, devaient passer des vacances de rêve. Un tour des îles grecques en voilier avec leur père et leur mère à la barre. Problème, une tempête soudaine les oblige à accoster sur une île non répertoriée.


Une île mystérieuse et oubliée, où les habitants semblent idolâtrer la déesse Aphrodite. Une escale qui s’éternise, comme si les jumelles se retrouvaient prisonnières des rêves des habitants.

Très originale histoire fantastique imaginée par Xavier Bétaucourt et mis en images lumineuses par la surdouée italienne Paola Antista.   

« L’île oubliée », Jungle, 12,95 € 

mardi 14 juillet 2026

BD - Best-seller, mode d'emploi


Si pendant vos vacances vous décidez de changer d'orientation et, pourquoi pas, de vous reconvertir en auteur à succès. Mais avant d'investir dans une ramette de papier A4, lisez ce recueil de gags de M. la Mine. Derrière ce pseudo se cache un homme à qui tout réussit. 

Non seulement il a du talent, du style, de l'imagination et le sens de l'intrigue, mais en plus ses livres se vendent à des centaines de milliers d'exemplaires. Bref c'est un expert en la matière.

Dans cet album très second degré, on suit un jeune écrivain en devenir, bien décidé à « écrire un chef-d'œuvre immortel qui balaiera tous les codes, glanerai tous les prix littéraires, sera élu à l'Académie française et enfin, ultime consécration, passera à la Grande Librairie. » Calant dès le milieu du premier chapitre de sa grande œuvre, il décide finalement de faire des haikus.

Une vision très sombre du milieu littéraire, où tout n'est que magouille et réseau. Du moins quand on ne parvient pas à faire publier son manuscrit, sans imaginer une seconde que c'est peut-être parce qu'il est nul… 

« Comment devenir un auteur à succès", Delcourt, 15,50 € 

lundi 13 juillet 2026

BD - Le Docteur Poche, toujours aussi magique


Retour aux sources pour le Docteur Poche, héros imaginé par Marc Wasterlain et lancé dans les pages du journal Spirou à l'occasion de la parution du numéro 2001 en août 1976… il y a donc un demi-siècle. Dans cette nouvelle aventure, le magicien au costume rouge (qui lui donne le pouvoir de voler), retrouve quelques personnages de ses précédentes aventures, parues aux éditions Dupuis ou Casterman et disponibles sous forme d'intégrales.

Dès les premières pages, il retombe sur le bossu de sa première aventure. Ce dernier lui confie une poupée cassée. Le crâne ouvert, elle n'a plus de cerveau, encore moins de personnalité. Elle se souvient pourtant appartenir à une petite fille, Alice, vivant en Angleterre. 

Le Docteur la soigne sommairement et part à la recherche de cette mystérieuse Alice. Alice comme la fameuse héroïne du roman de Lewis Caroll. Justement, le jeune photographe poète est hébergé par la tante d'Alice, de même qu'Einstein et Proust. En cherchant Alice, le docteur se perd dans un jardin merveilleux où le talent de Wasterlain fait des merveilles.

Plus qu'une nouvelle version des escapades d'Alice, cet album est un peu la somme de tous les émerveillements provoqués par la littérature et bande dessinée quand elle s'affranchit de toutes les limites et frontières. Fleurs bavardes, lapins jardiniers, souris intrépides ou sorcières dansant le sabbat donnent une saveur magique inégalée à cet univers propice aux rêves.

"Docteur Poche - Les jardins d'Alice", Anspach, 46 pages, 15,50 €


dimanche 12 juillet 2026

BD - "Les Mémés", des vieilles insortables


La bande dessinée aime les personnes âges. Les sympas comme les Vieux fourneaux, mais aussi les pénibles genre Pervers Pépère ou Carmen Cru. Dans cette veine, toujours dans Fluide Glacial, de nouvelles têtes font rire la jeunesse.

Les Mémés, série de gags de Sylvain Frécon, ont les honneurs de la publication en album. 

96 pages pour quasiment autant d'histoires courtes hilarantes, où ces vieilles dames qui se promènent avec des caddies pour faire leurs courses, donnent leur vision de notre époque. Ce n'est pas très gai. Car une Mémé est nostalgique du bon vieux temps, notamment quand elles étaient alertes et girondes.

Désormais courbées, moches et décrépies, elles se vengent en disant du mal de tout quidam croisé dans la rue. Indirectement on en prend pour notre grade car les critiques de ces octo ou nonagénaires on peut presque toutes les endosser.

Ainsi va la vie, quand une génération doit s'effacer, ce n'est pas sans dégâts collatéraux dans les rangs des suivantes. 

« Les Mémés », Fluide Glacial, 9,90 € (Album sorti en mai 2021. D'autres ont suivi...)

samedi 11 juillet 2026

BD - Les fantômes de la Pieuvre


Troisième récit des contes de la Pieuvre par Gess. Cette fois on découvre la vie de Celestin, serveur à l’auberge de la Pieuvre dans ce Paris de la fin du XIXe siècle, entre pègre et magie. Célestin a un pouvoir. Qu’il cache. Il peut voir le véritable visage des gens. Généralement, ce sont des monstres qui fréquentent l’auberge.

Fidèle serviteur de la Pieuvre, Célestin va être mêlé malgré lui à la malédiction de l’Œil. C’est le nom d’un des patrons de la Pieuvre. Il tente d’avoir un fils pour lui succéder. Mais au moment de l’accouchement, le cœur de Vendrezanne, conservé dans une cave, se transforme en fantôme et va faire mourir le nouveau-né dès qu’il se met à respirer.

Une superbe histoire, pleine de monstres et de malédiction, longuement détaillée sur plus de 200 pages par un dessinateur qui semble avoir trouvé sa voie.  

« Célestin et le cœur de Vendrezanne », Delcourt, 25,50 €  (ouvrage paru en 2021) 

vendredi 10 juillet 2026

BD - Cosey raconte l'histoire de "Yiyun", petite fille chinoise


Après le Tibet, la Suisse et les USA, Cosey met le cap sur Taïwan. Le dessinateur suisse s'intéresse dans ce gros roman graphique au destin compliqué de Yiyun, petite fille chinoise née au pire moment, en pleine politique de l'enfant unique. Yiyun est la seconde fille d'un couple espérant avoir enfin un garçon. Yiyun , la sœur de Mei… Cette dernière a un signe particulier. Elle porte un cache-oeil.

Devenue adolescente, brillante dans toutes les matières, Mei bénéficie d'une bourse pour étudier à l'étranger. Ce sera une école anglaise. Et en hiver, elle profite d'un séjour à la montagne. En Suisse exactement, dans cette région du Pays-d'Enhaut. C'est sur les pentes enneigées qu'elle croise la route de Urs, un jeune local, passionné de ski, expert en papier découpé, une tradition picturale de cette Suisse très authentique.


Urs tombe amoureux de Mei car elle ressemble terriblement à Miss Wu, l'héroïne d'une série de comics américains. Miss Wu, Chinoise fière et rebelle, pilote un avion de chasse. Ses aventures font rêver Urs. Mei lui permet de les transformer en presque réalité. Presque car la jeune Chinoise ne peut pas céder aux avances d'Urs. Elle cache un terrible secret, ressort dramatique de cet album aux couleurs sino-helvétiques.

Avec son trait élégant et ses couleurs pastels, signatures de son style unique, Cosey embarque le lecteur dans une vaste quête après un bonheur impossible, Urs ne comprendra jamais pourquoi Mei l'a repoussé lors de leur seconde rencontre, une année après la première.

Deux thèmes émergent de cette BD entre romantisme, initiation artistique et histoire contemporaine. Les fameux papiers découpés, un art à part dont Cosey propose quelques exemples de son cru, loin des Edelweiss et plus tournés vers les héros de la BD franco-belge. Plus dramatique le sort des hukou, ces enfants sans identité, clandestins car en surnombre dans cette Chine trop peuplée. Un volet politique de l'œuvre de Cosey qui a toujours été présente dans ses albums.

"Yiyun", Le Lombard, 112 pages, 21,45 €


jeudi 9 juillet 2026

BD - Jhen déjoue un complot au Vatican dans "La louve céleste"


Certaines séries de bande dessinée ont des vies plus agitées que d'autres. Dans la catégorie
"BD emblématique mais trop rare", Jhen fait figure d'exemple à ne pas suivre. Au commencement, dans les années 80, Jacques Martin, fort du succès des aventures d'Alix, cherche à bonifier sa production. Il imagine une nouvelle série historique se déroulant en France du temps de Jeanne d'Arc. Ce sera Xan, prépubliée dans Tintin et au Lombard en albums. Au dessin, un élève appliqué de Martin, Jean Pleyers, surtout connu alors pour une série de SF parue dans Métal Hurlant, "Les êtres de lumière". Mais au bout de deux aventures, Xan disparaît et renaît sous le nom de Jhen… chez Casterman.

Un héros un peu délaissé par Martin. Après une assez longue éclipse, il revient avec de nouveaux scénaristes et le renfort de dessinateurs (Cayman, Teng) pour augmenter la cadence de parution. Mais finalement, c'est un retour à la stabilité (et à la rareté…) qui s'impose. Le 20e titre de la série (en plus de 40 ans, ce n'est pas beaucoup), est écrit par Nejib et dessiné par… Jean Pleyers qui a désormais plus de 80 ans.

L'action se déroule en 1440 au Vatican. Jhen arrive à Rome en compagnie d'un peintre et d'un collègue architecte. Ils doivent proposer au pape Eugène IV un spectacle qui a pour but de favoriser le rapprochement entre les églises d'Orient et d'Occident. Alors même que le Romain est contesté par Félix V, autre pape qui siège à Bâle.

Intrigues, complot, diplomatie, chantage et vengeance sont au programme de cette histoire très dense aux multiples rebondissements. Jhen essaiera de s'opposer à une tentative d'assassinat d'Eugène IV, mais se retrouve accusé d'être à l'origine du complot. Emprisonné, il risque même de passer à la question, torturé par un moine, vieille connaissance de l'architecte français.

Reste à découvrir l'identité de "La louve céleste", titre de l'album. La réponse, très étonnante, est donnée à l'avant-dernière page. L'ensemble est une belle réussite, avec ce qu'il faut d'action et de rappel historique. Seul petit bémol, le dessin de Jean Pleyers n'est plus aussi proche de la perfection. On sent le poids des années, mais il a conservé son style méticuleux, hyper réaliste et d'une grande précision architecturale et historique.

"Jhen" (tome 20), Casterman, 48 pages, 13,50 €


mercredi 8 juillet 2026

BD - Petit démon et île mystérieuse


Dans le genre violent et réservé aux adultes, la série Hellboy imaginée par Mike Mignola fait partie des maîtres étalons. Mais pourquoi se priver de la vaste audience des plus jeunes fans de comics ? Avec pas mal d'audace, le créateur du diable les plus rouge et cornu de l'enfer ose la version "young". Avant de faire parler son poing surdimensionné, le petit démon a vécu une enfance (presque) normale.

Pour raconter ces débuts, on retrouve le duo Thomas Sniegoski (scénario) et Craig Rousseau (dessin). L'histoire revendique une certaine naïveté couplée à une intrigue faisant la part belle à quelques célèbres chimères, du gorille géant à la femme vampire en passant par l'île mystérieuse cachée de tous. Rien de bien nouveau, mais force est de constater que le tout mélangé prend comme une mayonnaise (un aïoli pour les Sudistes) ferme et goûteuse. En compagnie du professeur Bruttenholm, son protecteur et tuteur, Hellboy, dix ans, est très excité à l'idée de prendre l'avion pour aller visiter un site de fouilles en Amérique du Sud.

En plein vol, un illuminé religieux, persuadé que sa mission sur terre est d'éliminer ce démon rouge, tue les pilotes. L'avion se crashe, Hellboy et le professeur survivent et s'échouent sur la plage d'une île. Premier problème : l'attaque de crabes géants. Heureusement, un gorille monumental aux yeux mauves surgit de la jungle et passe au court-bouillon les crustacés XXL. Un peu plus tard, Hellboy, sur le point d'être enseveli dans des sables mouvants, est sauvé par une sauvageonne qui semble être l'amie d'un peuple de singes évolués. La suite ? Des dinosaures, une malédiction, une femme vampire et pas mal de baston pour un Hellboy pas encore au top de sa force mais déjà courageux face à l'adversité.

Les plus critiques diront que c'est simplet. Les autres reconnaîtront l'hommage permanent à une certaine BD, passée de mode mais qui a façonné l'imaginaire de millions d'adolescents des cinq dernières générations.

"Young Hellboy" (tome 1), Delcourt, 120 pages, 15,95 €


mardi 7 juillet 2026

Nouvelles – Sales mômes littéraires

Dix auteurs, dix nouvelles inédites. Un point commun, les héros sont des enfants. Pas forcément de « Sales mômes » comme suggéré dans le titre de ce recueil dont tous les bénéfices seront reversés à l'association d'Aide aux Jeunes Diabétiques. En plus d'une bonne action, vous pourrez vous évader et peut-être retrouver un peu de votre enfance. Parmi les grandes signatures vous pourrez retrouver quelques célébrités de la scène du polar et du thriller mais aussi des plumes aux millions d'exemplaires vendus comme Tatiana de Rosnay, Marc Levy ou Virginie Grimaldi

L'avantage de ces recueils, c'est leur diversité. Ainsi avec Maxime Chattam, vous découvrez une bande de copains très particulière. Ce seraient des fils et filles de... grands méchants des mondes imaginaires (de la momie au loup-garou). Michel Bussi joue sur la corde nostalgie en racontant le bel été des années 70 de Sitting Bouboule, l'Indien potelé transformé après un mois de colonie de vacances en Auvergne

Quant à Valérie Perrin elle prend tout le monde à contre-pied en racontant son enfance de « sale môme » dans l'ombre de ses grands-parents. 

« Sales mômes », Pocket, 8 €


BD - La menace Cthulhu plane sur Arkham


Richard D. Nolane, scénariste prolixe, aime revisiter les grands mythes de la littérature populaire. Son immense savoir lui permet de faire des parallèles audacieux, imaginer des situations abracadabrantes et sortir certains créateurs de leur rôle passif de "raconteurs d'histoires" pour endosser le costume de "héros".

Dans "Arkham Mysteries", série fantastique dessinée par Manuel Garcia, auteur espagnol, Nolane convoque un de ses maîtres : Lovecraft. L'écrivain visionnaire, façonneur des plus horribles monstres de la littérature fantastique, est embarqué dans une étrange affaire en compagnie de Seth Armitage, professeur d'université et de Skylark Duquesne, propriétaire et principale journaliste du journal d'Arkham, ville fictive récurrente dans l'univers lovecraftien où se trouve l'université de Miskatonic.

Dans ce second tome, Armitage est mal en point. Un tatouage dans son dos se met à bouger. Horribles douleurs, délire… Lovecraft est persuadé que c'est un compte à rebours.

Au même moment, les centaines d'aliénés de l'asile d'Arkham se révoltent et fuient vers la rivière. Tout serait lié. On trouve derrière ces événements le réveil d'une entité millénaire malfaisante.

Le scénario, comme dans les romans de Lovecraft, est assez touffu et parfois déconcertant. Pas toujours facile de suivre, d'autant qu'il est souvent fait référence aux tome 1 de la série. Souvent étant un euphémisme puisque ce ne sont pas moins de 10 notes de renvoi qui ornent les bas de page. Le lecteur devra s'accrocher mais sera récompensé dans le final avec quelques planches d'une grande beauté. Là aussi c'est un euphémisme car Manuel Garcia dessine surtout des monstres incroyablement effrayants.

"Arkham Mysteries" (tome 2), Soleil, 56 pages, 15,95 €


lundi 6 juillet 2026

BD - Se méfier du petit "Pépère" bordelais


Il ne paye pas de mine le Pépère imaginé par Emmanuel Moynot. Un petit retraité solitaire, quasi invisible après des années derrière un guichet de la Poste. Dans son petit pavillon, avec jardin à l'arrière, il vit un peu comme il y a 40 ans. Quand il vivait avec sa vieille mère acariâtre. Le décor aussi n'a pas changé. Vieux papier peint, meubles en formica… Dans la cave, Bordeaux oblige, quelques bonnes bouteilles. Il y a aussi quelques trous rebouchés. Le Pépère a la mauvaise habitude de trucider ses semblables puis de les enterrer, en toute discrétion dans cette cave toujours fermée à double tour. Tueur en série, le Pépère passe sous les radars de la police depuis des années. 


Tout a commencé quelques mois après la mort de sa mère. La représentante d'une agence immobilière a la mauvaise idée de sonner chez l'orphelin, de visiter la maison en critiquant tant et plus et lui conseille de vendre rapidement car un immeuble est en projet derrière le jardin. Elle finit empalée sur un porte-manteau. Un accident… Mais étonnamment le Pépère apprécie et quelques mois plus tard c'est une collègue un peu trop entreprenante qui termine dans la cave sous 15 centimètres de terre.

Portrait sombre d'une vie minable qui se suffit de peu, ce roman graphique, débute comme une critique sociale est continue dans le registre du polar noir et sans concession. A la misère du Pépère, vient se greffer celle de Vanessa, droguée, SDF et prostituée occasionnelle. Le Pépère, elle le croise souvent dans la rue. Il est gentil avec elle. Lui donne parfois une pièce. C'est quand elle tombe sous la coupe de Sacha, sorte de punk à chien (sans chien) vivant dans l'épave d'une caravane que le Pépère change de statut. Pourquoi ne pas profiter de sa gentillesse ? S'installer chez lui et dérober ses économies ? Deux petits voyous chez un grand méchant, la suite s'éloigne résolument de la comédie sentimentale à dominante rose. 

Une noirceur implacable, bonifiée par le dessin sombre de Moynot retrouvant son propre style en s'éloignant de celui de Tardi, adopté quand il a repris les aventures de Nestor Burma. Une excellence dans la "noirceur, la drôle, la tragique, la pathétique", saluée dans la préface de Pascal Rabaté, autre expert dans la description de la vie des humbles.

"Le pépère", Glénat, 80 pages, 19 €


dimanche 5 juillet 2026

BD - Alix, sénateur mais avant tout père


En décidant de prolonger les aventures de son héros après sa mort, Jacques Martin ne se doutait pas que sa série Alix s'épanouirait sous plusieurs franchises, de sa jeunesse à sa vieillesse. Si la série principale se prolonge dans des titres classiques, dignes des albums signés par Jacques Martin, le plus intéressant pour l'amateur d'histoire romaine est indéniablement la version "Alix senator". Valérie Mangin, scénariste surtout connue pour ses incursions dans le monde de la science-fiction, a imaginé un Alix devenu adulte, sénateur, père d'une jeune adulte, Titus, plus spectateur qu'acteur des intrigues impériales. Le dessin, d'une rigueur académique d'une étonnante beauté et souplesse, a été confié à Thierry Démarez. Une première incursion dans la BD pour cet ancien décorateur (Comédie française) d'une rare efficacité. Le duo en est effectivement à son 17e titre en sachant que la première aventure est parue en 2012.


Après un périple dans le grand Nord (tome 16), le sénateur Alix est de retour à Rome. Il est seul car Titus est parti se former aux métiers des armes dans la Légion. Lors d'une permission, avec des camarades, il se risque dans une taverne à la mauvaise réputation. Il boit. Trop. Et tombe dans une embuscade, enlevé avec ses amis par de mystérieux hommes cachés derrière des masques représentant des animaux. Titus découvre qu'il est aux mains d'une organisation qui propose aux riches notables de la région des spectacles sanglants. Les jeunes hommes doivent se battre contre des animaux affamés.

Quand Alix comprend que son fils est en grand danger, il va tout faire pour le retrouver et faire cesser ces représentations barbares.

Beaucoup de politique dans cet album. Avec la critique d'une certaine oisiveté des puissants, incapables de se passer de sensations fortes. La mort comme spectacle. C'est lamentable mais reste encore tout à fait d'actualité deux millénaires plus tard.

"Alix senator" (tome 17), Casterman, 48 pages, 15,50 €


samedi 4 juillet 2026

BD - Un petit boulot d'enfer !


Illustrateur allemand très connu dans son pays d'origine, Patrick Wirbeleit s'essaie avec bonheur à la BD pour adolescents. Son dessin, caricatural et expressif, donne sa pleine puissance à cette histoire aussi simple que absurde. A la base, le jeune Jonas craque pour la belle Annika. Mais cette dernière ne le remarque pas. Elle n'en a que pour un certain Tristan. Enfin surtout la Vespa…

Alors Jonas en déduit que pour séduire sa dulcinée, il lui suffit de se payer une Vespa. Facile à dire, plus compliqué à réaliser quand on est pauvre. Il se lance donc à la recherche d'un job. Les annonces ne sont pas nombreuses.

Alors pourquoi ne pas répondre à celle concernant un "balayeur de cendres" ? Même si la paye n'est pas terrible, il postule. Il aurait dû se méfier des termes utilisés : "Intéressé ? Appuyez trois fois sur le six avec un doigt ensanglanté et demandez Stan." Voilà comment Jonas se retrouve salarié de Satan (Stan, avec un a de plus) à balayer les immenses couloirs de l'enfer avec des démons d'une bêtise crasse.

Partie comme une BD actuelle sur les amours des jeunes d'aujourd'hui, "Un crush d'enfer" glisse rapidement vers le conte horrifique et comique. Car on rit beaucoup dans ce roman graphique très inventif. Les réactions de Jonas sont souvent désopilantes. Si l'on rajoute les gaffes des démons et la tentative d'évasion d'un diablotin plus téméraire, on se retrouve avec une des BD les plus marrantes de ces derniers mois. Alors ne boudez pas votre plaisir et découvrez cet auteur allemand à l'univers déconcertant et unique.

"Un crush d'enfer", Aventuriers d'ailleurs (Bamboo), 104 pages, 16,90 €


vendredi 3 juillet 2026

BD - Flânez dans le Port de la Lune avec François Ayroles


Si vous avez un jour acheté le journal Sud-Ouest à Bordeaux, vous aurez certainement remarqué une petite rubrique dans les pages locales joliment titrée "Le piéton…". Un petit écho sur la ville, entre billet d'humeur, réflexion sur le devenir de la cité ou anecdote sur un habitant.

Les éditions Glénat ont repris cette appellation pour une collection de BD signées des meilleurs auteurs. Deux premiers titres sont disponibles, Lyon par Didier Tronchet et Bordeaux, ville de résidence de François Ayroles. Dans ce titre, la longue balade dans le Port de la Lune débute gare Saint-Jean. Le point de départ des milliers de visiteurs de la capitale d'Aquitaine au riche passé. Ayroles se met en scène devant les monuments et autres originalités cachées de cette ville qu'il semble connaître (et aimer) parfaitement.


Une promenade savante qui a son côté loufoque grâce aux interventions de son compagnon : un brave chien aux réparties souvent cinglantes. Cela adoucit le côté didactique de l'ensemble. Notamment dans les premiers chapitres, très historiques et architecturaux, de Saint-Michel à Saint-Pierre, noms des quartiers du centre. Mais Bordeaux ce n'est pas que du passé glorieux, ce sont aussi des œuvres d'art en plein air (de la soucoupe volante à la Cité du vin) et des quartiers modernes comme Mériadeck. Des zones vertes aussi comme le superbe Jardin public ou l'aménagement de la Rive Droite avec l'ouverture du nouveau pont Chaban-Delmas.

On appréciera aussi les nombreuses références à l'origine de la fortune de plusieurs familles bordelaises : pas le vin mais la traite des esclaves. Il faut parfois explorer son passé et reconnaître certaines erreurs avant d'accepter son héritage.

"Le piéton de Bordeaux", Glénat, 152 pages, 20 €