jeudi 23 avril 2026

Thriller - Terreur sur Malaven

Une petite île au large de la Bretagne est la véritable héroïne  du roman. Malaven, quelques centaines d'habitants à la fin des années 80, zéro en 2007, année où se déroule le final de ce thriller signé Olivier Bal. En 1987, après une tempête, presque tous les îliens ont été retrouvés morts. Explication officielle : un raz-de-marée. Pour les quatre rescapés, des adolescents, les souvenirs sont flous. 

Quand, 20 ans plus tard, ils se rendent sur Malaven à l'invitation d'un célèbre écrivain, la mémoire va leur revenir. Lentement. Au gré d'une chasse aux indices risquée. Ce gros volume est un tour de force d'Olivier Bal. Il jongle au gré des époques, multiplie les fausses pistes et rebondissements, tout en jouant avec la puissance de l'imagination. Le lecteur se laissera happer sans rechigner par la malédiction de Malaven et frissonnera jusqu'à la dernière page pour découvrir le fin mot de cette étrange affaire.      

« Malaven », Olivier Bal, Pocket, 512 pages, 9,90 €

jeudi 2 avril 2026

Science-fiction - Explorez « Les jardins du temps » d'Emilie Querbalec


Sillonnez le Japon d'antan et du futur dans ce roman inclassable d’Émilie Querbalec.

Dragons, religion, technologie et voyage dans le temps. Ce roman d’Émilie Querbalec offre de multiples occasions au lecteur de franchir les limites de l'imaginaire. Mais le thème principal, celui qui permet au texte d'être cohérent dans sa longueur, c'est le Japon. Un pays que l'autrice connaît parfaitement. En plus d'y être née, elle y a vécu une partie de son enfance, s'imbibant de ses traditions pour mieux les raconter dans « Les jardins du temps ».

Quand un roman s'aventure dans l'exploration du voyage dans le temps, la grande difficulté pour l'auteur (comme pour le lecteur) est de trouver une sorte de logique pour passer d'une époque à l'autre avec les mêmes personnages. Dans ce texte fascinant, certains héros vont d'un cercle du temps à un autre. Le concept des cercles permet de casser la continuité temporelle. Il n'existe pas un seul temps dans ce monde japonais imaginaire mais plusieurs, parallèles, parfois imbriqués les uns dans les autres. Normalement, seuls les dieux peuvent passer d'un cercle à un autre. Mais quand un seigneur de guerre trop ambitieux à la fin de notre XVIe siècle extermine les Gardiennes du temps, des brèches se créent. Dès lors, des interférences vont apparaître, bousculant le quotidien en divers lieux du Japon.

Il faut un peu s'accrocher au début pour comprendre le concept des cercles du temps. Mais après une première partie dans le passé lointain, la suite, quasiment de nos jours, avec le renfort de démonstrations scientifiques, permet de mieux s'immerger dans cette farandole des siècles et des époques. Quand Émilie Querbalec entreprend de raconter le Japon du futur, c'est d'une beauté et d'une grâce extraordinaire. Car dans cette temporalité alternative, après le saccage de la planète, un retour de bâton démographique permet de retrouver l'équilibre des éléments. Une utopie résumée par une des gardiennes à un homme venu d'une époque où la violence était la seule réponse aux problèmes : « Nous n'avons pas d'ennemis. Cette notion nous est totalement étrangère. (…) S'entretuer est à la portée de n'importe qui. (…) Nous pourrions créer des armes formidables. Des humains, sur d'autres cercles, en d'autres temps, les ont conçues et fabriquées. Mai ici, nous n'en avons pas besoin. » On retiendra donc surtout de ce roman cette vision optimiste de notre avenir. En espérant qu'un jour, nos descendants, parviendront à se passer des armes, anciennes, actuelles ou du futur.

« Les jardins du temps » d’Émilie Querbalec, Albin Michel, 352 pages, 21,90 €. 

Émilie Querbalec fait partie des auteurs invités au Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur le Lydia au Barcarès dans les Pyrénées-Orientales.


mercredi 25 mars 2026

Thriller - Sinistre Hameau sur le Danube

En décrivant les agissements des habitants du Hameau sur le Danube, Niko Tackian raconte aussi les errements guerriers de l'Europe.

Deux lieux et trois destins composent le menu de ce thriller signé Niko Tackian. Les lieux : le hameau, réplique d'un village français du XVIIIe siècle et le Danube, immense fleuve traversant toute l'Europe, chemin naturel des guerres et des exils. Les destins : Paul, un Français moyen, rattrapé par son histoire familiale à la mort de son père, Léna, jeune Allemande à la recherche des meurtriers de sa jeune sœur et Dmitri, virtuose russe, obligé d'aller se battre contre les Ukrainiens dans une guerre qu'il va fuir. Ces trois parcours parallèles permettent à l'auteur de donner une grande diversité de ton et de style à ce roman haletant. Le lecteur passe donc des transports en commun parisiens (Paul est chauffeur à la RATP), aux salons de massage de Berlin (Léna survit péniblement en esquivant les propositions salaces des clients et de son patron) au front du Donbass, entre boue, neige fondue, chairs putréfiées et snipers sans pitié, terrifiant quotidien de Dmitri, soldat russe qui a miraculeusement conservé son seul bien de valeur : un violon.

Trois solitaires qui arrivent à un tournant de leur vie. Paul apprend la mort de son père qui l'a abandonné quand il était bébé. Il va hériter d'une fortune. Léna est contactée par la police car sa jeune sœur vient d'être découverte assassinée, son corps malmené après des mois passés dans les eaux du Danube . Dmitri, enfin, n'en peut plus. Il va déserter, troquer son violon contre un passage vers l'Ouest dans une péniche qui remonte le Danube de la Roumanie à l'Allemagne en passant par Vienne en Autriche. Ce fleuve est au centre du roman : « On appelait le Danube le fleuve noir, car son lit, profond et chargé de limon, absorbait la lumière comme une gueule affamée. Dmitri fixait ses eaux, hypnotisé par son mouvement(...) Il se demanda combien de gens comme lui il avait transporté. Combien d'amoureux, de fuyards, de soldats... combien d'espoirs brisés charriait-il dans son ventre d'ombre ? »

Des trois atmosphères décrites par Niko Tackian, celle de la fuite de Dmitri est la plus prenante. En se plongeant dans la détresse, les doutes et la détermination du soldat russe déserteur, on comprend mieux cette guerre qui ravage le sol européen, à quelques centaines de kilomètres de chez nous.

Finalement, ces trois errants solitaires, ballottés par les événements, vont s'échouer sur une petite île isolée du Danube, pas loin de Vienne en Autriche. Là où a été construit la réplique du Hameau de Marie-Antoinette, petit village édifié dans le parc du château de Versailles, lieu où elle aimait jouer à la paysanne avec ses amis de la Cour. Une partie historique du roman, comme pour démontrer que la folie guerrière des peuples européens est une constance de notre Histoire

« Le hameau » de Niko Tackian, Calmann Lévy, 360 pages, 20,50 €

jeudi 19 mars 2026

True crime - Le feuilleton Eugène Weidmann en quatre fascicules chez 10/18

Le genre du « true crime » associé au feuilleton : simple mais il fallait trouver la matière pour transformer l'idée en expérience éditoriale et littéraire convaincante. Cyril Gay a relevé le défi et inaugure une nouvelle collection chez 10/18. Un fait divers raconté dans quatre fascicules hebdomadaires. 

Découvrez « L'affaire Eugène Weidmann » qui a passionné le public avide de morts violentes à la fin des années 30. Cet Allemand, parlant parfaitement l'anglais et le français, a tué plusieurs personnes à Paris et dans les environs. Pour des butins dérisoires la plupart du temps. Des femmes seules trop naïves et des hommes attirés par de fausses opportunités financières. 

Le texte est incisif, direct, entre récit journalistique et historique. Il est renforcé par une importante iconographie : photos des tueurs, des victimes et des lieux des drames. Un tout petit prix (4,95 euros chaque numéro), pour  se souvenir que côté délinquance et meurtres gratuits, non, ce n'était pas mieux avant.

mercredi 18 mars 2026

Thriller - Confinement puissance 1000 dans ce thriller de Michaël Mention


Le Covid et le confinement ? La bonne blague ! Pour s'en persuader il vous suffit de lire « Qu'un sang impur », thriller horrifique signé Michaël Mention. Dans ce thriller, la France (comme le reste de la planète), est frappé par un mal mystérieux. Les arbres sont les premiers à souffrir en perdant leurs feuilles. Mais quand les humains se transforment en tueurs assoiffés de sang, le gouvernement décrète... le confinement. 

Le roman raconte ces quelques jours de folie meurtrière en suivant une famille française basique, Matt, Clem et leur fils Téo de quatre ans. Entre belle solidarité, trahison, opportunisme, sacrifices et coups tordus, ce sont tous les aspects de l'Humanité qui sont passés à la moulinette par le romancier, imaginant le pire de jour en jour. Les survivalistes vont adorer, les amateurs de frissons se poser bien des questions.

« Qu'un sang impur » de Michaël Mention, Belfond noir, 336 pages, 20 €  L'auteur fait partie des invités du Festival Méditerranée polar et imaginaire du 12 au 14 juin sur le Lydia au Barcarès.



jeudi 5 mars 2026

Roman - Les couleurs envoûtantes de Montréal

Voyage fantastique dans le temps avec « L'incroyable histoire de Mary Gallagher », roman signé du Canadien francophone, Eric Dupont.

Découvrez la ville de Montréal comme vous ne l'avez jamais vue. La cité canadienne est la véritable héroïne de ce roman, inédit en France, d'Eric Dupont. Une ville racontée à deux époques différentes. D'abord à la fin du XIXe siècle, quand la vie dans cette colonie française ressemblait plus à celle du moyen âge européen. Puis en 1967, quand Montréal accueillait le modernisme triomphant lors de l'exposition universelle. Avec pour se retrouver dans ces méandres du temps deux guides : Mary Gallagher et Aimé Sanschagrin. Personnages touchants, aux parcours hors normes, ballottés par leur problème (pouvoir ?) provoqué par leur sensibilité extrême aux couleurs, notamment le rouge. Entre roman historique et fable fantastique, « La couleur du temps » parle aussi de melon, de prostituées, d'ordres religieux et d'avortement clandestin. C'est foisonnant, riche et très réussi.

Tout commence véritablement en 1879. Mary Gallagher, jeune prostituée au parcours riche en péripéties, est retrouvée sauvagement assassinée. Pour comprendre pourquoi, l'auteur retrace toute sa vie qui a débuté... dans un melon. En ces temps où l'exploitation des enfants était la base de toute la société (on ne vivait pas vieux, mieux valait vite rentabiliser les bouches à nourrir), un agriculteur du cru produit un succulent melon. Mais pour qu'il mûrisse malgré le froid de l'Amérique du Nord, il faisait dormir des enfants autour des fruits. Et un matin, dans un melon, un bébé a poussé son premier cri : Mary. Passionnée de jardinage, elle sera victime de du patriarcat, obligée de fuir sa famille d'accueil et de se prostituer.

Vortex temporel

Toujours à Montréal, mais en 1967, Aimé Sanschagrin est le fils d'une descendante de la famille de Mary et d'un sauvageon reconverti en médecin, spécialiste de l'avortement. Il a été recueilli par un autre médecin, homosexuel caché.

L'occasion pour Eric Dupont de décrire ce milieu bourgeois et francophone, dans les années 60, encore très conservateur et prude. Aimé souffre d'une étrange maladie. Il est hyper sensible au rouge. Quand il visite un pavillon de l'expo universelle de 1967, il est pris dans un vortex temporel et débarque dans le Canada des premiers colons. Il va y croiser Mary.

Loin de se réduire à ces deux trajectoires, le roman part dans tous les sens au grand bonheur du lecteur qui n'en demandait pas tant. On ira aux USA dans une communauté hippies bizarre (que des roux), au sein d'une procession religieuse pour demander de l'aide à Dieu face à une invasion de doryphores ou dans une salle de tribunal, véritable série Netflix d'avant l'invention de la télévision.

« La couleur du temps ou l'incroyable histoire de Mary Gallagher », Eric Dupont, éditions 10/18, 360 pages, 8,90 €


jeudi 19 février 2026

Fantasy - Au croisement de deux mondes se trouve "L'île de Noirebraise"

Énorme roman gigogne de l'univers du Cosmère, « L’île de Noirebraise » de Brandon Sanderson mélange plusieurs mondes, de l'espace à la jungle, avec dragons, aventuriers et conquérants galactiques.

Certains romans viennent de très loin. Une petite idée qui va faire du chemin dans la tête de l'auteur. Quand il se lance dans la rédaction de la novella (une grosse nouvelle) intitulée Sixième du Crépuscule, comme le nom du personnage principal, Brandon Sanderson ne se doute pas que ce n'est que le début d'un de ses plus ambitieux projets dans l'univers du Cosmère qu'il développe depuis quelques années. On y découvre la vie de ce trappeur, sorte de défenseur de la nature, chargé de capturé les Aviares, des oiseaux aux pouvoirs fantastiques et mystérieux. Ces volatiles  prolifèrent sur l'île de Patji, « le dieu de toutes les îles ». Crépuscule a continué à trotter dans la tête de Sanderson et après une longue maturation est reparti à l'aventure dans « L'île de Noirebraise » qui sort simultanément aux USA et en France début 2026.

Une partie du roman reprend la novella, sous forme de flash-back, quand Crépuscule, trappeur solitaire, rencontrait pour la première fois Vathi, jeune femme ambitieuse. On la retrouve dix ans plus tard, gouverneure de ce monde qui doit faire face à deux menaces : la modernité inéluctable et l'arrivée d'un peuple d'explorateurs spatiaux à bord de vaisseaux volants.

On est rapidement happé par les inventions de l'auteur. Notamment sur l'île de Patji, terre dangereuse où seuls les meilleurs trappeurs parviennent à survivre. Car la faune et la flore sont d'une rare agressivité. L'arrivée en bateau se fait au risque d'être broyé par une « ombre », monstre sous-marin sans pitié. Sur terre gare aux « fourmis tueuses » cachées dans les rares fruits comestibles, aux « tranchelianes » qui vous tombent dessus depuis la branche d'un arbre et vous broient les os. 

Les plus redoutables restent les « Gueule de nuit », oiseaux ne sachant pas voler, sortes de gros dodos nocturnes, dotés d'un bec muni de dents acérées. Pour se protéger, Crépuscule peut compter sur ses deux oiseaux, Sak et Kokelii, capables de le rendre invisible et de prévoir les possibles morts de leur « humain ».  

Cette seule partie du roman suffit largement à contenter les fans de mondes imaginaires. Mais Sanderson va beaucoup plus loin. Il imagine un univers parallèle, où vit une dragonne, Alcyone, seconde héroïne du récit. Elle a une apparence humaine, a perdu en partie ses pouvoirs et va de planète en planète à bord d'un astronef de commerce. On bascule alors dans la série de science-fiction. Mais pas longtemps car Alcyone découvre une entrée vers l'univers de Crépuscule. Ce même Crépuscule qui débarque dans le monde d'Alcyone après la longue et périlleuse traversée d'une « non-mer », plongée dans une obscurité totale. Les deux mondes se rencontrent, les deux héros unissent leurs forces, le roman décolle vers des sommets rarement atteints dans le genre de la fantasy. 

« L'île de Noirebraise » de Brandon Sanderson, 672 pages, 24,90 € l'édition courante, 29,90 € l'édition collector. 

mercredi 18 février 2026

BD - Le dépisteur remue un passé trouble


Suite et fin de la quête de Samuel, un "dépisteur" chargé de retrouver une petite fille disparue depuis dix ans. L'action se déroule en 1951 à Saint-Cirq-Lapopie, petit village du Lot. Dans cette campagne typique, il y a dix ans donc, un couple de juifs, acculé par l'occupant allemand, a confié sa fillette âgé d'un an, à une famille française. La cacher avant la déportation vers les camps de la mort. Ces endroits maudits où Samuel a passé de longues années. Un survivant, ancien scout, qui décide de se mettre au service des familles à la recherche de ces enfants cachés, oubliés. 


Le scénariste de ce diptyque historique, Antoine Ozanam, en a confié la réalisation graphique à Marco Venanzi, dessinateur réaliste dans la veine de Juillard.  Le premier tome montrait le dépisteur arriver dans le village et se heurter au silence des habitants. Comme si parler de l'enfant caché en 1941 faisait ressortir tous les cauchemars enfouis de ces mauvaises consciences. 

Malgré ce mur du silence, Samuel va retrouver la trace de la fillette. Et de son funeste sort. Il va alors sortir de son rôle de simple dépisteur. Dans ce second tome, à la tension implacable, il est pris en chasse par la police. Il croisera la route de quelques bonnes âmes. Comme le facteur, au courant de tous les mensonges. 

Cette BD, en ces temps de volonté délibérée d'oubli (voire de remise en cause) des exactions de l'occupant nazi et des collaborateurs français, apporte une petite note d'espoir. Même si on comprend qu'hier comme aujourd'hui, être antifasciste est souvent le chemin le plus compliqué et risqué dans une société penchant de plus en plus à droite.      

"Le dépisteur" (tome 2/2), Glénat, 56 pages, 15,50 €


jeudi 5 février 2026

Polar - Deux femmes flics face à l'adversité

POLAR. Des débuts de la jeune Sanna Berling au purgatoire de l'expérimentée Helen Grace : deux thrillers au féminin pluriel.

On découvre dans « Prédateurs de la nuit » les débuts de la jeune Suédoise récemment sortie de l'école de police en 1986, on frémit en suivant dans « Pas de fumée sans feu » la longue descente aux enfers de Helen Grace, la policière intrépide de Southampton ayant préféré démissionner au lieu de couvrir les mensonges et magouilles de sa hiérarchie. Deux romans policiers trépidants signés Maria Grund et M. J. Arlidge avec un point commun : une femme face à l'adversité. Sanna doit faire face aux moqueries et dédain de ses collègues masculins peu enclins à accepter une femme parmi les enquêtrices, Helen, en décidant de donner un grand coup de pied dans la fourmilière se fait énormément d'ennemis et surtout perd toute crédibilité quand elle veut défendre une femme maltraitée.

Alors qu'elle vient de prendre du bon temps avec un amant, Helen, regarde une altercation dans la rue entre deux hommes et une femme. N'écoutant que ses presque trente années en tant que flic d'action partant au quart de tour, l'héroïne de M. J. Arlidge se précipite. Mais en petite culotte, dans le froid, elle est rapidement mis hors combat par les deux malotrus qui enlèvent la victime. Dès lors, Helen va tenter de la retrouver se lançant dans une enquête non officielle au cours de laquelle elle va constater qu'une fois hors de l'institution policière, les portes se ferment et les malfrats ne vous craignent plus. En l'occurrence des trafiquants de migrants. Un polar au cœur de l'actualité avec son lot de rebondissements côté feuilleton. Car M. J. Arlidge, par ailleurs producteur de séries télé, sait faire évoluer ses personnages. Helen va ainsi découvrir un pan inconnu de sa féminité alors que la journaliste Emilia retrouve son père et le pire ennemi de sa jeunesse. Sans oublier Charlie, la seconde d'Helen, bombardée chef et peu à l'aise dans ses nouvelles fonctions.

Maria Grund aussi aime ses personnages. Au point de leur imaginer une jeunesse à peine abordée dans les précédents thrillers. Sanna Berling, avant de devenir la redoutable enquêtrice découverte dans « La fille-renard », était peu sûre d'elle, fraîchement diplômée de l'école de police. Elle va être envoyée à Augu pour ramener au bercail une fugueuse, témoin d'un meurtre. Un travail peu intéressant mais quelle fait seule car en ce mois de mars 1986, toutes les autres forces de police suédoises sont mobilisées pour retrouver l'assassin d'Olof Palme, Premier ministre abattu en pleine rue. Avec obstination et opiniâtreté, Sanna va écouter la jeune victime, faire le rapprochement avec une autre disparition et plonger dans un monde secret où les prédateurs nocturnes aiment la chair fraîche. On appréciera tout particulièrement l'intrigue ciselée au cordeau, le rebondissement final et la description minutieuse des sentiments de la policière encore un peu naïve face à sa découverte de la noirceur de certaines âmes humaines.


« Pas de fumée sans feu », M. J. Arlidge, Les Escales, 448 pages, 22,90 €

« Prédateurs de la nuit », Maria Grund, Robert Laffont, 380 pages, 21,90 €


jeudi 29 janvier 2026

Roman - « La reine de mai », image de la luxure

Dans le second roman (sur sept) consacré aux péchés capitaux, NéO se penche avec volupté sur la luxure.

La transgression sous toutes ses formes. NéO, pseudonyme de Nicolas d'Estienne d'Orves, abandonne le genre de la saga historique pour des romans plus adultes et sulfureux. Il s'est lancé le défi d'écrire une histoire contemporaine sur les sept péchés capitaux. A l'heure des réseaux sociaux et de l'émergence de l'intelligence artificielle, c'est sans doute un peu daté mais diablement bine vu. Car malgré les progrès de la technologique, l'homme reste intrinsèquement tenté par l'interdit, tourmenté par des restes d'éducation judéo-chrétienne.

Après « L'île de l'orgueil », paru en 2025, place à la luxure dans « La reine de mai ». Le sexe occupe une place prépondérante dans la vie de Tobias Gantzer. Il admet être un séducteur. De ces hommes qui dégagent une attirance irrésistible pour toute femme sensible à la beauté, la finesse, la prestance.

Tobias est expert en tableaux anciens. Une pointure dans son rayon, célèbre dans le tout paris, tant par ses trouvailles que sa tenue excentrique que le nombre astronomique de ses conquêtes. Il vient de passer la soixantaine mais continue à « chasser », dans les soirées ou lors des conférences qu'il donne dans des écoles d'art.

La première partie du roman (une fois passé le prologue glauque donnant un ton de thriller à l'histoire) raconte comment la jeune Manon est tombée en admiration pour cet homme qu'on ne peut que remarquer. « Son trois-pièces cerise était sûrement fait sur mesure et il devait passer des heures à plaquer ses cheveux argentés et à pommader sa moustache. » Il captive son auditoire en racontant l'histoire d'un tableau mystérieux, La reine de mai. Il a consacré un livre à cette toile aujourd'hui disparue et qui aurait inspiré tous les grands maîtres de ces quatre derniers siècles. Selon Tobias, on retrouve dans ces tableaux « une même silhouette, en majesté, triomphale et pourtant modeste ; une même structure primaire, d'une simplicité désarmante : cette femme nue, debout, de face ; ces cheveux de feu, d'un roux aveuglant ; cette vulve si crue, présente mais chaste. » Et à ses pieds, des corps emmêlés dans une infernale orgie alors que « la reine, allégorie de la luxure, semblait flotter, à la fois déesse et démone. » Une image puissante, troublante. Tobias ne l'a jamais vue. Il rêve de la posséder.

En attendant, il compose en secret des faux de peintres célèbres, ces supposés hommages qu'il peint avec un ingrédient spécial, ce que l'auteur présente comme le rose-perdu, un pigment composé « d'une poudre argileuse rose pâle qui offre un éclat particulier aux carnations. »

Si le thème principal du roman reste cette folle envie de jouir, capable de tout renverser, d'effacer toutes les barrières morales, on se délectera aussi de la passion des belles peintures, œuvres d'un artiste talentueux, capable, avec quelques touches de couleur et des courbes harmonieuses, de déclencher des torrents d'émotions.

« La reine de mai », Néo, Albin Michel, 274 pages, 20,90 €


jeudi 22 janvier 2026

Roman - Sages-femmes exemplaires

 

L'histoire de la maternité d'Elne fait partie de ces récits qui redonnent foi en l'avenir de l'Humanité. Plus que la volonté inébranlable d'une femme, Elisabeth Eidenbenz, Caroline Herbau dans ce premier roman, raconte le quotidien de Suzanne, sage-femme. Au début de ces années 40, la jeune soignante est souvent dans les camps installés dans le département des Pyrénées-Orientales. D'abord après la Retirada pour permettre à des réfugiées espagnoles d'accoucher dignement, puis quand ce sont les juives ou les tsiganes qui se retrouvent chassées par les Nazis. 

Un texte d'une grande sensibilité, pour mieux comprendre les épreuves vécues par ces femmes rejetées ou persécutées. L'occasion aussi de rendre hommage à celles qui, dans l'ombre d'Elisabeth, ont permis à cette maternité de sauver tant de vies.

« Elne, les sages-femmes de l'exil », Caroline Herbau, Presses de la Cité, 528 pages, 23 €

mercredi 21 janvier 2026

Science-fiction - Les « Sbires » se rebiffent

Il y a les super-héros. Et dans l'ombre, les sbires, factotums interchangeables. Mais si ces derniers décidaient de s'unir ? 

Les bons contre les méchants, les super-héros contrant les vilains : durant trop longtemps l'univers fantastique façonné par les comics américains depuis l'invention de Superman n'a été qu'une caricature grossière du manichéisme. Il a fallu quelques décennies pour que les auteurs mais aussi le public, proposent un peu plus de complexité dans ces histoires à l'imagination débridée. Une lente évolution pour « humaniser » des êtres peut-être indestructibles, mais pas toujours insensibles. Une évolution qui semble avoir guidé la Canadienne Natalie Zina Walschots dans l'écriture de son premier roman, « Sbires », traduit dans un premier temps chez l'éditeur Au diable Vauvert et repris récemment en format poche au Livre de Poche. 

Un sbire c'est un peu la chair à canons des officiers de la première guerre mondiale. Ils ont de petits pouvoirs mais ne font que rarement le poids face aux vedettes. Dans le monde décrit par la jeune autrice, les sbires sont souvent au chômage et font souvent la queue dans les halls des agences d'intérim en espérant décrocher un petit contrat. Anne Tromedlov vivote depuis quelques années en faisant prospérer son seul et unique pouvoir : savoir interpréter des données en nombre collectées dans des milliers de tableurs du type Excel. Un drôle de pouvoir. Pas très utile quand elle doit se rendre sur le terrain. 

En devenant la secrétaire particulière d'un vilain assez renommé (l'Anguille électrique), elle croit enfin voir le bout du tunnel. Quand son patron décide de prendre le fils du maire en otage, il utilise Anna comme garde du corps. Ou plus exactement comme potiche pour le direct à la télé. Supercolisionneur, le plus puissant des héros de ce monde, intervient et c'est la débandade. Anna, simple sbire, se trouve au mauvais endroit. Le super-héros la pousse pour tenter de capturer l’Anguille. Résultat une hanche et une jambe en mille morceaux. Elle mettra des mois à s'en remettre. Et va devenir obsédée par ce héros qui cause trop de dégâts quand il intervient pour le bien. 

Elle va faire des calculs et démontrer qu'au final, un super-héros cause plus de mal qu'un vilain. Notamment Supercollisionneur. Elle en tire une théorie qu'elle baptise « Le rapport des préjudices ». Une étude qui attire l'attention de Léviathan, le plus terrible des vilains. L'ennemi absolu de Supercollisionneur. Comme ils sont à armes égales, impossible pour Léviathan de s'imposer. A moins de donner carte blanche à Anna, la sbire qui pourrait dépasser le maître. 

Ce roman, plus psychologique qu'héroïque, est un régal. Les clichés sont mis en pièces. Anna, blessée, faible, rancunière, choisit le camp du mal par défaut. Quand les masques tombent, Anna gagne ses galons et devient l'Auditrice. Reste à savoir quel camp elle va choisir ? Et s'il reste encore véritablement deux camps...      

« Sbires » de Natalie Zina Walschots, Le livre de Poche, 544 pages, 9,90 € 

lundi 19 janvier 2026

Polar historique - Enquête salée dans le Jura

Claire Le Vaillant, généalogiste successorale, personnage imaginé par Cécile Baudin, cherche les héritiers d'une famille frappée par le malheur de 1960 à nos jours.

Quand il imagine une intrigue, un auteur de polar, comme un bon joueur de billard, doit mettre au point un récit à plusieurs bandes. Multiplier les fausses pistes et les rebondissements pour surprendre le lecteur, souvent blasé. Certains s'en tirent avec quelques subterfuges. D'autres semblent avoir la science infuse du coup de théâtre. Cécile Baudin, romancière lyonnaise qui situe son nouveau titre entre la capitale de Gaules et le Jura, a un don particulier pour le tarabiscoté. On croit voir clair dans le jeu des suspects. Et patatras, elle bouscule toutes nos certitudes acquises au fil des pages. 

Les faits se déroulent essentiellement dans la ville de Salins-les-Bains dans le Jura. D'abord en 1960, en plein été, puis de nos jours. Alors que Charles Trenet fait l'événement en venant chanter ses derniers succès au casino de la cité thermale, réputée pour ses eaux salées, le drame couve. L'autrice, avec une simplicité doublée d'un réalisme frisant la perfection raconte le quotidien de ce gros village prospère. Les ragots chez la coiffeuse, les ambitions du directeur du casino, les déambulations des curistes, le quotidien du jeune curé, les secrets honteux des bourgeois et bourgeoises, le naufrage des pauvres, le calvaire des travailleurs... Tout ce qui fait la vie provinciale de cette France en train de disparaître après la guerre et la course inexorable vers la modernité. 

C'est d'abord la mort de Suzanne Vuillermoz, la femme du directeur qui secoue la communauté. Retrouvée au pied d'une falaise. Suicide ? Puis la fille de la coiffeuse disparaît. Découverte trois jours plus tard, morte, enfouie dans une cuve remplie de sel, l'or blanc de Salins qui fait encore vivre nombre de familles. 

Saut dans le temps, nouvelle mort violente, mais de nos jours. A Lyon, Odette, fille de Suzanne Vuillermoz a été assassinée chez elle. Sans héritiers connus, le notaire en charge de la succession demande à Claire Le Vaillant de retrouver de possibles héritiers. Claire, généalogiste successorale, l'héroïne enquêtrice du roman, une femme forte de 50 ans, obligée de travailler avec un jeune stagiaire peu concerné. Le duo se rend à Salins pour reconstituer l'enfance de la décédée. Dans une région sinistrée (plus d'extraction de sel, casino au ralenti...), ils vont remuer un passé toujours présent à l'esprit des plus anciens. 

On apprécie particulièrement le caractère compliqué de Claire, ses doutes et bravades. Mais le meilleur du roman reste la description de cette France du passé. Sans oublier l'intrigue. Tarabiscotée et particulièrement salée.

« Deuil de sel » de Cécile Baudin, Les Presses de la Cité, 400 pages, 22 €

vendredi 16 janvier 2026

Roman - Cheminement d'une « Fille de pute »

Swann Dupont fait le récit sans concession du parcours d'une petite fille devenue trop vite femme.

Certains romans sont plus puissants qu'une thérapie. Swann Dupont, en entreprenant de raconter son enfance de « Fille de pute », a sans doute économisé des centaines d'heures d'une psychanalyse longue et douloureuse. Plus rapide aussi, mais quand même dure à encaisser, mentalement comme physiquement. L'écriture de ce premier ouvrage permet surtout au lecteur et lectrice de partager un parcours semé d'obstacles. Pour beaucoup, ils seraient considérés comme infranchissables. Mais Swann Dupont n'a pas peur. Encore moins des hommes. Alors elle a trempé sa prose dans l'encre noire et sombre de sa mémoire pour aboutir à ce texte d'une extrême radicalité au début, puis basculant dans la tendresse, la sororité puis l'amour tout puissant des dernières pages. Une vie d'exception, entre deux femmes, deux mères fortement opposées et un père idéalisé.

La belle-mère, surtout belle...

Petite, Swann vit dans un appartement tout simple avec son père, sa mère et ses frères et sœurs. Le premier, ouvrier intérimaire alterne petits boulots et jobs de peu, avec, pour tenir, pas mal d'alcool. La seconde est femme de ménage, récurant chez les bourgeois, ceux que dans la famille on surnomme avec mépris « les particules ». Quand le père quitte son épouse pour une femme plus jeune, plus belle, moins « usée » par les tâches ménagères, il embarque pour les vacances ses enfants. Swann va alors découvrir un autre type de femme, le contraire de sa maman fatiguée. La belle-mère sort beaucoup, s'habille court, sexy. Un peu comme une « pute ». Terme qui va longtemps coller à Swann qui deviendra dans son village cette « fille de pute » qui donne son titre à l'ouvrage. Car rapidement la fillette voudra ressembler à la belle-mère. Sans doute inconsciemment pour plaire au papa. Afin d'acquérir aussi ce pouvoir sur les hommes. Devenue adulte, Swann résume la philosophie de ses relations avec le sexe opposé ainsi : « Parce qu'il croit dominer, l'homme alpha pense régner, gérer, surplomber, mais derrière chaque homme il y a une femme. Elle est la mère, la femme, la maîtresse, la fille ou la pute. Et elle, de ses doigts qui se font discrets, elle tire les ficelles, elle guide et dirige celui qui pense encore, plein de sa virilité, pouvoir gagner la partie. Mais l'homme n'est qu'un enfant capricieux. » Des gamins, l'autrice va en rencontrer beaucoup, pour une nuit ou quelques mois. Elle papillonne, se cherche.

Apprentie comédienne à Paris, elle s'extrait de son milieu populaire, mais sans renier ses origines. La fin fait un peu conte de fées. Même si elle reproduit in fine l'histoire de sa propre famille. Elle croise la route d'un scénariste de BD. De presque 20 ans son aîné. Il est marié, père... Et c'est le coup de foudre. Aujourd'hui ils vivent ensemble, ont un bébé de deux ans et Swann Dupont, avec ce premier ouvrage abouti et très dense, fait une entrée remarquée dans le monde de l'édition.

« Fille de pute », Swann Dupont, Istya & Cie, 256 pages, 20 €

jeudi 15 janvier 2026

Science-fiction - Autopsies dans l'inconnu

Le docteur Ingrid Belloc, médecin légiste à Rungholt, a pour mission d'autopsier les extraterrestres. Laurent Genefort plonge le lecteur au cœur des entrailles de l'inconnu.

Tout amateur de science-fiction a tenté d'imaginer une forme de vie extraterrestre. Il faut beaucoup d'imagination pour s'éloigner des normes humanoïdes. Et encore plus de connaissances scientifiques pour s'affranchir de la chimie et de la biologie terriennes. Rares sont les écrivains alliant ces qualités et offrant au public une merveilleuse plongée dans l'inconnu. Laurent Genefort, après une bonne cinquantaine de romans, a « créé » une quantité invraisemblable de créatures. Il agrandit son tableau de chasse grâce à son nouveau roman, Le test de Rungholt, premier tome de la série La méthode Belloc. Belloc, c'est Ingrid Belloc. Docteure. Médecin légiste exactement. 

Elle est renommée dans son domaine. Froide, bosseuse, déterminée, sans le moindre pathos : difficile de devenir son amie. La quarantaine, ambitieuse, elle a postulé au poste de médecin légiste de la ville de Rungholt. Un boulot particulièrement original. Comme le concept du roman. La Mosaïque, confédération de peuples extraterrestres, vient de contacter les autorités terriennes. L'Humanité pourrait rejoindre la Mosaïque. Mais il faut réussir un test : prouver que les humains peuvent cohabiter avec des milliers de races différentes. La ville de Rungholt servira de révélateur. Isolée du reste de la planète durant 20 ans, elle va pouvoir recevoir la visite de milliers d'aliens, touristes galactiques à la recherche de nouvelles sensations dans cette ville frontière peuplée de ce que beaucoup considèrent comme des sauvages autochtones. Belloc sera chargée des autopsies des aliens morts au cours de leur visite. Pour déterminer les causes des décès. Notamment en cas de meurtre. Elle travaille en binôme avec le l'inspecteur de police Mendoza. Sous la surveillance de D'jee'r, un alien de la Mosaïque. 

Le roman, composé de chapitres traitant d'autant d'affaires criminelles (ou pas...), propose de découvrir différentes formes de vie mais uniquement par l'intermédiaire du bistouri de Belloc. Un sacré challenge pour l'héroïne car elle ne sait pas ce qu'elle va découvrir dans les entrailles de ces formes de vie décédées. L'occasion pour Laurent Genefort d'enrichir son bestiaire spatial

Vous serez séduit par la force de déduction de Belloc, alliée au travail de terrain de Mendoza, ressort comique et caustique de cet univers détonnant. Mais le meilleur reste le fameux D'jee'r, aux « bras gigognes » et au cerveau prenant l'apparence d'un « réseau de lucioles qui luisait telle une galaxie miniature. » 

Enfin le récit aborde aussi la politique. Dans la ville confinée mais ouverte aux aliens, quelques humains refusent cette évolution. La maire explique à Belloc que « certains pensent que ce test est une humiliation, que nous ne devrions pas avoir à passer d'épreuve. » Et d'autres sont encore plus pessimistes : « Nos visiteurs savent que la Terre se meurt et qu'il est trop tard pour la sauver, ils ne sont venus que pour profiter du spectacle. » Ce roman de SF foisonnant ne peut pas laisser indifférent face à la marche actuelle du monde, même s'il n'y a pas d'aliens en approche.

« Le test de Rungholt », Laurent Genefort, Albin Michel Imaginaire, 304 pages, 21,90 €

lundi 12 janvier 2026

Cosy Crime - Délicieux halo-halo concocté par Lila, héroïne de Mia P. Manansala

Si vous êtes un « bec sucré », vous avez sans doute goûté ce dessert emblématique des Philippines, le halo-halo. Très simple à réaliser : de la glace pilée, du lait concentré et un peu de fruit (exotiques de préférence) pour lui donner du goût. Sorte de cocktail non alcoolisé, parfait pour se rafraîchir, même chez nous en ces temps de réchauffement climatique. Le halo-halo est au centre du second roman policier de Mia P. Manansala, autrice américaine originaire des Philippines. 

Son héroïne, Lila, est une jeune femme passionnée de cuisine. Après avoir travaillé dans le restaurant de sa tante Rosie, elle est sur le point d'ouvrir son propre établissement. Toujours dans cette petite ville de l'Illinois. Mais un meurtre va de nouveau secouer la communauté et la sagacité de Lila va encore faire des miracles. 

Un cosy crime gastronomique, un peu moins exubérant que le premier, mais tout aussi délicieux et réussi. Et pour les amateurs de saveurs nouvelles, quelques recettes en fin d'ouvrage. Garanties sans poison !

« L'art meurtrier du halo-halo », Pocket, 360 pages, 9 €


dimanche 11 janvier 2026

BD - Donald, incontournable héros Disney


Si Mickey représente la partie "sérieuse" de l'univers imaginé par Walt Disney, Donald endosse sans problème le côté loufoque et baroque. Dans ce recueil collectif, le palmipède colérique et gaffeur se retrouve héros d'une dizaine d'aventures parues entre 1943 et 1988 sous diverses signatures dont celle, obligatoire, de Carl Barks. Barks est incontournable car c'est véritablement lui qui a posé les jalons de la personnalité de Donald, comme il a par la suite transformé l'Oncle Picsou en vénérable héros à part entière. Les sept premières histoires courtes de ce gros album de plus de 200 pages sont de sa main. Dont la toute première, "Des couacs et des crôôôas" (avril 1943) mettant aux prises notre pauvre héros avec un trio de corbeaux particulièrement retors. Il jette les bases, dès ce premier scénario, du monde de Donald, l'acariâtre, sauvé par des neveux futés. 


Par la suite, les personnages Disney ont été animés par différents auteurs un peu partout dans le monde. Dont de nombreux Italiens dont Giorgio Cavazzano qui en 1978 propose une version graphique plus dynamique de notre canard préféré. Il bénéficie en plus d'un complément tout aussi comique que lui avec Popop

Cette nouvelle collection Disney chez Glénat propose donc le meilleur des productions dessinées d'une marque mondiale. Avec un personnage en vedette à chaque fois et un texte de présentation revenant sur l'histoire, sa date et lieu de première parution et un portrait de l'artiste aux manettes. Donald donc, après Mickey et Picsou. Les prochains titres sont annoncés pour le printemps.      

"Les âges d'or de Donald" (tome 1), Glénat, 216 pages, 19 €


samedi 10 janvier 2026

Roman – Du Béarn à Sly

Deux trajectoires parallèles rythment ce roman de Bruno Marsan, romancier aux mille vies, observateur pessimiste de notre monde en plein déclin. D'un côté Richard, petit Béarnais débrouillard, vivant dans la montagne entre vaches et grand-mère. De l'autre Sylvester Stallone, comédien américain, presque clochard, devenu immensément riche après le succès de Rocky

Ce texte, dense, foisonnant et particulièrement intelligent en ces temps de moins disant culturel, raconte l'éveil d'un enfant, son courage face à l'adversité jusqu'au succès grâce à l'amitié. Succès aux USA, là où Sylvester Stallone, Sly pour les intimes, a forgé sa légende, quitte à passer pour plus bête que ne l'est ce passionné de littérature. Attention, certains passages risquent de provoquer une crise d'urticaire aux nouveaux censeurs. Ceux qui, par exemple, transforment un escabeau en sapin de Noël pour sauver des arbres... 

« Underdog », Bruno Marsan, Séguier, 576 pages, 23,50 €

vendredi 9 janvier 2026

Science-fiction – Espace et temps à conquérir

Formidable roman entre Space opéra et réflexion philosophique, « Echos stellaires » du Français David Bry bouscule le genre de la SF trop traditionnelle. Dans un futur très lointain, les entreprises ont pris le pouvoir. C'est Chronon Galactics qui possède la planète Pi-Cassioppeiae-2. Une grosse roche sur laquelle quelques humains survivent difficilement. Tous employés de la Chronon. Exploités, mais décidés à conquérir leur indépendance. Malgré la milice intraitable et le bombardement continuel des chronons, ces particules temporelles qui permettent le voyage dans l'espace et font revivre le passé. 

Noam, pilote rebelle surdoué, se bat sans limite. Il n'a plus peur de la mort depuis que son compagnon est décédé. Par la faute de Chronon. Seul petit défaut du roman, il est trop guerrier. Les combats incessants sont excessivement mis en avant. On se rattrape avec les déambulations nostalgiques de Noam. Bombardé de chronons, il risque la mort mais cela lui permet de se remémorer les meilleurs moments de ses amours défuntes. Un romantisme stellaire envoûtant. 

« Echos stellaires », David Bry, Fleuve éditions, 544 pages, 22,95 €

jeudi 8 janvier 2026

BD - Une "Frangipane" compliquée à digérer


Ce roman graphique aurait fait un bon film français, dans le genre comédie grinçante. Hervé Bourhis y a certainement pensé en l'écrivant puis en prenant Jean-Pierre Bacri pour modèle quand il couche sur papier le personnage principal. Jérôme est un de ces arrogants qu'on aime détester. A la tête d'une start-up, il est en permanence en train de se plaindre. De tout et de rien.  Sans jamais prendre conscience que le plus pénible dans l'affaire, ce sont ses jérémiades incessantes. 

Il a quitté Paris pour le traditionnel et sacré (dans la famille) week-end de l'épiphanie. Deux jours où tous se retrouvent dans la maison du père, à Bordeaux. Tous, ce sont le père, veuf, devenu mutique sans explication, sa fille Adèle, célibataire, homosexuelle, gauchiste, idéaliste et son fils, Jérôme donc, père de Cerise, sage adolescente, la seule véritablement contente de revoir son grand-père gâteux qui prend les traits d'un autre grand disparu du cinéma français, Michaël Lonsdale


Pour le repas du dimanche, il faut trouver une galette des rois à la frangipane. Une course au dessert se transformant rapidement en quête du Graal. Premier problème, pénurie d'amandes à cause de la guerre en Ukraine

Second souci, la frangipane n'est pas très prisée à Bordeaux qui tire les rois grâce à une couronne briochée truffée de morceaux de fruits confits. Une hérésie culinaire selon Jérôme, toujours prompt à délivrer des avis tranchés, rarement étayés, mais toujours considérés comme la vérité vraie par cet homme pressé. Une fois le décor planté et le fil rouge dévoilé, place à la progression de l'intrigue. Hervé Bourhis imagine une compétition entre le frère et la sœur. Lequel des deux sera le plus efficace dans la recherche de la galette à la frangipane ? Une compétition rendue encore plus difficile à cause des événements sociaux qui déchirent la France. Grèves, manifestations, charges des CRS… 

Une situation quasi insurrectionnelle qui rappelle les bons souvenirs à Jérôme. Car avant de devenir l'homme aigri de droite, adepte du capitalisme sauvage, il a été étudiant révolutionnaire, agitateur, prêt à faire le coup de poing contre les forces de l'ordre ou les groupes d'extrême droite. L'auteur apporte ainsi un peu d'humanité à cet homme qu'on devine malheureux. D'ailleurs sa femme, la mère de la si gentille Cerise, ne descend pas à Bordeaux le dimanche, Jérôme avouant finalement qu'ils sont sur le point de se séparer. 

Entre comédie sociale, études de mœurs, précis de civilisation française et reportage érudit sur les traditions culinaires de la province, ce "Frangipane" est en puissance un excellent scénario de film. C'est trop tard, mais il aurait été parfait pour Jean-Pierre Bacri à qui la BD est dédiée.     

"Frangipane", Glénat, 88 pages, 19 €

mercredi 7 janvier 2026

Fantastique - Quand une dictature devient pure horreur

Un poète, exilé pour cause de censure, retourne dans son pays malgré la dictature. Et disparaît. Une amie va tenter de le retrouver. Voyage aux confins de l'horreur dans ce roman fantastique et cruel signé John Hornor Jacobs.

On le surnomme l’Œil. A cause du bandeau qui cache une orbite vide. Écrivain et poète, en exil depuis des années en Espagne, Rafael Avendaño vivote nonchalamment, tout en fumant des cigarettes malodorantes et en allant voir des films mexicains de série B. Opposant politique d'un dictateur régnant sur le Magera, un petit pays imaginaire, sorte de mix d'Argentine, Uruguay et Chili, Rafael a connu la gloire littéraire mais n'a plus écrit une ligne depuis des années. Certains de ses fans sont même persuadés qu'il est mort, oublié dans une geôle. 

Isabel aussi est originaire de cette région du monde. En exil également. Elle survit difficilement en occupant un poste à l'université de Malaga, spécialisée dans la littérature sud-américaine. Isabel connaît parfaitement l’œuvre d'Avendaño. Notamment son côté subversif. Ils se croisent par hasard dans un parc, discutent, découvrent leur origine commune, deviennent amis, parlent du passé. De ce pays en voie d'oubli. Et quand la discussion aborde son surnom, Isabel ne peut s'empêcher de demander à Rafael comment il a perdu cet œil. Sa réponse donne un indice sur la direction et le ton du roman : « Il en avait trop vu. Alors je l'ai arraché ». Des scènes monstrueuses, vous pourrez en lire quantité dans ce texte, le premier publié dans une nouvelle collection fantastique, Styx, lancée par Fleuve Éditions qui retrouve un peu de la noirceur de ses racines. 

Le récit bascule quand l’Œil disparaît. Il aurait décidé, malgré les risques, de retourner dans son pays natal. Tout en laissant une belle somme à Isabel pour s'occuper du chat et de l'appartement. Inquiète, elle craint les mauvaises nouvelles. Alors elle décide, elle aussi, de rejoindre le Magera. Un long périple à moto, sur les traces d'Avendaño. 

Le roman s'enfonce dans le fantastique, alternant périple de plus en plus risqué de la jeune femme et souvenirs du poète avant qu'il ne perde cet œil qui en a trop vu. Un texte symbolique sur la dictature, la folie, la terreur. L'impunité des représentants de l'ordre aussi, quand les dirigeants sont animés de mauvaises intentions. Un roman comme la vue en miroir d'une réalité actuelle dans une autre partie de cette Amérique ouverte à tous les excès.  

« La mer se rêve en ciel », John Hornor Jacobs, Styx (Fleuve Éditions), 224 pages, 18,95 €

mardi 6 janvier 2026

Polar – Wisting enquête dans le passé

Ne parlez pas de vacances à William Wisting. Le policier imaginé par Jorn Lier Horst est forcé de solder ses jours de repos. À contrecœur. En plein été il essaie de se raisonner. Tond la pelouse, tente de faire un peu plus d’exercice. Mais... Mais il profite du moindre moment pour s'intéresser au dernier fait divers qui fait réagir toute la Norvège : la disparition d'une jeune femme, Agnete Roll. Veuf depuis dix ans, ce drame le replonge dans une vieille affaire. Assez similaire. C'était à l'été 1999. 

L'arrivée d'une lettre anonyme va l'obliger à faire une croix sur ses congés payés (avec un immense plaisir) et reprendre toute la procédure du dossier 1569. Avec à la clé le risque de démontrer qu'un innocent est en prison depuis des années. Écriture au cordeau, intrigue millimétrée : Jorn Lier Horst, ancien policier, n'a pas son pareil pour rendre passionnante une banale investigation policière dans le passé.

« Le dossier 1569 », Jorn Lier Horst, Folio policier, 448 pages, 9,50 €

lundi 5 janvier 2026

Polar – Veuve évaporée

La seconde enquête de la cellule Sakura, imaginée par Cyril Carrère (Français installé depuis des années au Japon), tourne autour du phénomène des évaporés. Dans ce pays, il existe des officines qui permettent, contre rétribution, de « disparaître ». On repart de zéro sous une nouvelle identité. Le roman policier se déroule à deux époques. De nos jours, c'est le patron d'une agence de détectives privés qui s'évapore. On comprend qu'il est sur les traces d'une autre évaporée d'il y a 20 ans. Une meurtrière en série, surnommée la « Veuve blanche » par la presse. Elle tuait sauvagement des hommes ou femmes simplement car ils étaient... heureux. Ce polar, imprégné de culture nipponne, est très accessible aux Français. Sans doute en raison de la nationalité de l'auteur qui a eu la bonne idée d'intégrer à la cellule Sakura une flic française, Noémie Legrand, partagée entre les deux cultures.

« Le crépuscule de la Veuve blanche », Cyril Carrère, Denoël, 400 pages, 22 €

dimanche 4 janvier 2026

Polar – L'assassinat de Kennedy par Steve Berry

Long, tumultueux et bourré de rebondissements : le nouveau thriller de Steve Berry ravira les amateurs d'action et de complot. Le créateur de Cotton Malone s'est associé à Grant Blackwood (vétéran de l'US Navy) pour imaginer la première aventure en solo de Luke Daniels. Alors qu'il est en vacances à Londres, l'agent secret US de la division Magellan reçoit un appel à l'aide d'une ancienne amie militaire : Jillian. Luke se rend immédiatement en Belgique et plonge dès lors dans une course poursuite effrénée. 

De la vieille Europe en passant par les marécages de Louisiane, les montagnes enneigées du Wyoming ou les plages des Bahamas, il va affronter un vieux grigou de la CIA, ayant commencé sa carrière en novembre 1962 au Texas, le jour de l'assassinat de Kennedy.

Grande histoire, secrets d'Etat et coups tordus ponctuent ce pavé bourré d'adrénaline et de testostérone. 

« La manipulation Kronos », Steve Berry et Grant Blackwood, Pocket, 600 pages, 9 €