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lundi 6 juillet 2026

BD - Se méfier du petit "Pépère" bordelais


Il ne paye pas de mine le Pépère imaginé par Emmanuel Moynot. Un petit retraité solitaire, quasi invisible après des années derrière un guichet de la Poste. Dans son petit pavillon, avec jardin à l'arrière, il vit un peu comme il y a 40 ans. Quand il vivait avec sa vieille mère acariâtre. Le décor aussi n'a pas changé. Vieux papier peint, meubles en formica… Dans la cave, Bordeaux oblige, quelques bonnes bouteilles. Il y a aussi quelques trous rebouchés. Le Pépère a la mauvaise habitude de trucider ses semblables puis de les enterrer, en toute discrétion dans cette cave toujours fermée à double tour. Tueur en série, le Pépère passe sous les radars de la police depuis des années. 


Tout a commencé quelques mois après la mort de sa mère. La représentante d'une agence immobilière a la mauvaise idée de sonner chez l'orphelin, de visiter la maison en critiquant tant et plus et lui conseille de vendre rapidement car un immeuble est en projet derrière le jardin. Elle finit empalée sur un porte-manteau. Un accident… Mais étonnamment le Pépère apprécie et quelques mois plus tard c'est une collègue un peu trop entreprenante qui termine dans la cave sous 15 centimètres de terre.

Portrait sombre d'une vie minable qui se suffit de peu, ce roman graphique, débute comme une critique sociale est continue dans le registre du polar noir et sans concession. A la misère du Pépère, vient se greffer celle de Vanessa, droguée, SDF et prostituée occasionnelle. Le Pépère, elle le croise souvent dans la rue. Il est gentil avec elle. Lui donne parfois une pièce. C'est quand elle tombe sous la coupe de Sacha, sorte de punk à chien (sans chien) vivant dans l'épave d'une caravane que le Pépère change de statut. Pourquoi ne pas profiter de sa gentillesse ? S'installer chez lui et dérober ses économies ? Deux petits voyous chez un grand méchant, la suite s'éloigne résolument de la comédie sentimentale à dominante rose. 

Une noirceur implacable, bonifiée par le dessin sombre de Moynot retrouvant son propre style en s'éloignant de celui de Tardi, adopté quand il a repris les aventures de Nestor Burma. Une excellence dans la "noirceur, la drôle, la tragique, la pathétique", saluée dans la préface de Pascal Rabaté, autre expert dans la description de la vie des humbles.

"Le pépère", Glénat, 80 pages, 19 €


dimanche 20 novembre 2022

BD - Tueurs idéaux

Il n’existe pas un crime parfait, mais une multitude de morts dont personne ne soupçonne que ce sont des rimes. Sur ce concept, cher au roman policier, une dizaine d’auteurs de BD proposent des histoires courtes d’une dizaine de pages. 

Une anthologie criminelle qui débute par la danse de Ginette, fille de joie du Paris de la fin du XIXe siècle. Elle va se débarrasser de son maquereau, Momo la main lourde, avec une facilité déconcertante. Une première mise en bouche signée Gess. 

On trouve ensuite des récits de Moynot, Guérineau, Chabouté ou De Metter. La palme revient cependant à Rabaté qui imagine un étrange récit familial dans un train. Histoire qui finit mal… 

À noter à la fin de chaque histoire, la biographie du mort par Anaïs Bon.

« Le crime parfait », Philéas, 19,90 €


lundi 23 novembre 2015

BD - N. Burma par N. Barral


Après Tardi, Après Moynot, Nicolas Barral est le nouveau titulaire de la collection Nestor Burma. Toujours fidèle aux romans policier de Léo Malet parus au Fleuve Noir dans les années 50, le dessinateur a conservé le style imposé par Tardi pour son second album dans la collection, le 9e titre de la série, “Micmac moche au boul’ Mich”. En plein hiver, la belle Hélène, grippée, est malheureusement peu présente danqs cette enquête. Burma est embauché par une jeune étudiante (striptiseaseuse la nuit dans un cabaret) désespérée après le suicide de son fiancé. Sceptique, le détective à la pipe va malgré tout enquêter et découvrir que ce suicide cache bien des mystères. Drogue, racisme, avortements clandestins : les thèmes sont multiples, pas forcément modernes mais totalement intégrés dans l’univers du maitre du polar français. Nicolas Barral, au dessin, agrandit les cases, accélère le rythme mais reste fidèle aux décors parisiens immortels.

Nestor Burma” (tome 9), Casterman, 16 euros

samedi 28 septembre 2013

BD - La vengeance absolue made in Vautrin et Moynot


Emmanuel Moynot,
après trois aventures de Nestor Burma, délaisse Léo Malet pour Jean Vautrin. Avec un point commun : une noirceur absolue du récit. Mais là où Malet donnait toujours une chance à Burma, régulièrement tabassé mais toujours vivant à la fin du roman, Vautrin est beaucoup plus expéditif pour ses personnages. 
Les cadavres tombent comme des PV sur vos pare-brises après la publication d'une circulaire du ministère de l'Intérieur réclamant de « meilleurs résultats ». 

François-Frédéric, bon chic bon genre, vient de passer trois années en prison. Abus de biens sociaux. Il a porté le chapeau pour son beau-père. Qui pour le remercié lui a piqué sa fiancée. C'est peu dire que François-Frédéric est colère. Il achète un flingue et décide d'assassiner sa vie : tuer froidement tous ceux qui l'ont côtoyé. 
Cela va de la vieille servante à sa première femme en passant, bien sûr, par le beau-père. 100 pages hyper violentes, avec heureusement une intrigue secondaire pour « adoucir » le récit.
« L'homme qui assassinait sa vie », Casterman, 18 €

lundi 25 juin 2007

BD - Nestor Burma, héros de toujours

Nestor Burma a changé de dessinateur, mais a toujours un caractère de cochon. Léo Malet a écrit les romans, Tardi, le premier, les a adaptés en BD. Aujourd'hui c'est Moynot qui a repris le personnage de détective privé emblématique des nouveaux mystères de Paris. Dans « Le soleil naît derrière le Louvre » il est question de tableau. 

Une toile de maître, un Raphaël volé au musée du Louvre. Coïncidence, les policiers découvrent dans une impasse un homme assassiné porteur d'une copie de la toile. Et Burma connaît le bonhomme. Tant et si bien que les policiers sollicitent son aide pour surveiller l'ancienne maîtresse du cadavre, Geneviève Levaseur, mannequin. Et comme par hasard, la belle brune embauche Burma pour assurer sa protection... 

Il y aura d'autres macchabées au fil des pages, pas mal de « coups sur la calebasse » pour un Burma parfois teigneux, parfois charmeur. Jusqu'au dénouement final, fidèle au roman de Léo Malet. Il fallait oser prendre la suite de Tardi. Moynot a pris le risque. Le résultat est plus que probant. ("Le soleil naît derrière le Louvre", Casterman, 14,95 €)