Affichage des articles dont le libellé est delcourt. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est delcourt. Afficher tous les articles

lundi 5 octobre 2026

BD - L’angoissé chronique selon Théo Grosjean


Comment vivre en société quand on n’a pas les codes pour s’immiscer dans une conversation ? Comment vivre le confinement quand on est asocial ? Comment survivre dans ce monde qui glorifie les relations sociales ? Ces questions sont au centre du second tome du journal intime dessiné de Théo Grosjean, plus connu sur Instagram sous le sobriquet d’Homme le plus flippé du monde. 


On rit beaucoup dans ces situations, basiques pour le commun des mortels, épreuves ultimes pour Théo. Des histoires courtes qui permettent aussi aux handicapés de la relation sociale de trouver quelques trucs et astuces pour faire bonne figure face à l’adversité. Même si le plus simple reste toujours un nouveau confinement.

« L’homme le plus flippé du monde » (tome 2), Delcourt, 15,50 €  (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)


dimanche 20 septembre 2026

BD - "Le siège" : armés pour rire


Personnages hilarants, dialogues percutants, situations toutes plus absurdes les unes que les autres : en racontant le siège d'un château fort au Moyen Âge, ces deux auteurs vous offrent surtout l'occasion de vous gondoler à chaque page. Un recueil de gags en une planche (de quatre cases généralement) parfait pour oublier durant quelques minutes le triste monde contemporain. Au scénario on retrouve l'énigmatique Ami Inintéressant au pseudonyme particulièrement trompeur. Derrière ce sobriquet étrange se cache un certain Pascal Galibourg, game designer, connu essentiellement pour ses contributions humoristiques sur les réseaux sociaux depuis le début des années 2020. Il a confié la réalisation graphique de ce Siège à Josselin Duparcmeur, grand spécialiste du "katcaz", lui aussi originaire de Lyon. 


Il y a du Monty Python et du Kaamelott dans cette BD mélangeant allègrement les genres et les époques. En ces temps violents et affamés, trois protagonistes sont sur le devant de la scène. Trois rois pour un château assiégé. Le premier, retranché derrière ses murs n'a qu'une envie : se rendre et qu'on en finisse. Le second, l'attaquant, fait essentiellement ça pour la gloriole. Il est tellement fier de son beau cheval blanc… Le troisième, le renfort potentiel de l'assiégé, décide de partir à sa rescousse. Mais il ne trouvera jamais la bonne route. 

Trois rois, trois idiots, pas véritablement aidés par les personnages secondaires, de l'espion qui se fait systématiquement capturer (par son propre camp…), au chevalier gascon, phrasé ampoulé et prétention aussi grande que le nez de Cyrano, sans oublier les hommes de troupe, entre clampins résignés, pestant sur la mauvaise nourriture et syndicalistes vindicatifs capables de déclencher une révolte à cause d'un ragoût périmé. Une centaine de gags et autant de rires. 

On apprécie notamment les références à notre époque. Comme quand les attaquants sortent leur arme fatale ultime : un stand-uper. Et encore, ils n'ont pas fait comme d'autres, encore plus fourbes, qui ont déployé au pied des remparts, pour faire craquer les assiégés, tout un comedy club ! Un album délicieusement absurde, piquant et qui nous ferait presque regretter de ne plus devoir porter une armure pour aller trucider nos voisins sans la moindre raison. 

"Le siège", Delcourt - Pataquès, 104 pages, 15,95 €


lundi 14 septembre 2026

BD - Météorite et destin

En découvrant la maquette et mise en page de La météorite de Hodges, superbe album signé Fabien Roché, on a l’impression d’être dans une œuvre de Chris Ware. Pourtant l’auteur est de Lyon et c’est sa première incursion dans le monde de la BD. Une grande réussite tant graphique que narrative. 

A la base un simple petit fait divers. Le 30 novembre 1954, à Sylacauga, petite ville de l’Alabama, un fragment de météorite tombe sur Anne Elizabeth Hodges. L’auteur explore tous les possibles pour raconter cette histoire. Qui est Hodges, d’où vient la météorite, quelles conséquences pour les protagonistes ? Un récit d’une grande clarté, servi par un dessin minimaliste mais inspiré.  

« La météorite de Hodges », Delcourt, 18,95 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)

lundi 7 septembre 2026

BD - La folie enchanteresse des premiers aviateurs


Après des siècles les pieds cloués au sol, quelques hommes et femmes ont enfin pu faire comme l'oiseau, "aller plus haut…" L'invention de l'aviation a marqué une véritable révolution, aux conséquences visibles partout dans la société : transport, spectacle et guerre. Dans cet album écrit par Scott Snyder et dessiné par la talentueuse Tula Lotay, la foule américaine se passionne pour des hommes inconscients, risquant leur vie au quotidien. 

Après des batailles aériennes épiques au-dessus de la ligne de front en France, les as sont de retour outre-Atlantique. Nous sommes en 1918 et le spectacle est dans les airs. Un cirque qui pousse le public à lever la tête et prier pour que les acrobates ne finissent pas dans un crash qui ne pardonne pas. Parmi les "artistes" du manche à balai, le jeune Hawk E. Baron. Rien ne lui fait peur. 


Et pour donner encore plus de piment à ses exhibitions, il cherche une partenaire capable de faire des galipettes sur les ailes de son appareil lancé à toute vitesse très haut dans le ciel. Quand il rencontre Tillie, c'est l'évidence. Non seulement elle peut braver la mort, mais en plus comme elle est très belle, il en tombe raide dingue. Une rencontre qui marque aussi le début de ses ennuis. Car dans cette Amérique du début du XXe siècle, la mafia est omniprésente et Hawk se retrouve avec toute une bande de malfrats à ses trousses. 

Une histoire romantique très rythmée, avec rebondissements et coups de théâtre. Digne d'un film de l'époque. Hawk et Tillie sont très beaux sous le crayon de Tula Lotay, déjà remarquée dans le très esthétique Somna, mais dans un tout autre genre.  

"Barnstormers, voltige, amour et meurtre", Delcourt, 160 pages, 17,50 € (Album paru en avril 2025)


samedi 5 septembre 2026

BD - Monde caché sur Europa


La conquête spatiale, en plus de la dimension « dépassement de ses limites technologiques », implique de façon sous-jacente une volonté des Humains de tenter de trouver une autre espèce de la même trempe. 

Dans Europa, premier tome d’une série écrite par Léo et Rodolphe (le must en matière de SF) et dessinée par Janjetov (successeur de Moebius sur l’Incal), une expédition part pour Europa, 4e lune de Jupiter. 


Dans ses entrailles, sous une épaisse couche de glace, un océan tempéré. Les militaires et scientifiques plongent au cœur de ce monde inconnu, là où visiblement œuvrent des entités qui ne sont pas totalement pacifiques. Le réalisme du voyage et des technologies utilisées sont tempérés par l’incroyable inventivité de ce milieu insoupçonné.  

« Europa » (tome 1), Delcourt, 12 € (Album paru en 2021)


jeudi 27 août 2026

BD - "Rural !", Davodeau avec la Conf'


Un bulldozer contre une vache qui broute : la couverture de « Rural ! », album signé d'Etienne Davodeau, est hautement symbolique. Sous-titré "Chronique d'une collision politique », ce livre en noir et blanc d'une centaine de pages est en fait un long reportage graphique.

L'auteur a suivi durant une année trois agriculteurs en Gaec dans la région d'Angers. Militants de la Confédération paysanne, reconvertis dans le bio, ils sont opposés au tracé d'une autoroute qui va traverser leur exploitation de part en part. Davodeau nous fait partager ses étonnements (il n'y connaît rien en agriculture et le reconnaît), ses enthousiasmes, sa rage quand il fait témoigner les «petits » impuissants et démunis face aux forces du capital.

Un livre militant, bon exemple de ce qui peut se passer quand on décide au plus haut niveau de tracer de nouveaux axes de circulation.

"Rural !", Delcourt, 144 pages, 16,50 € (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


samedi 22 août 2026

BD - « Oblivion Song », l’autre monde de Robert Kirkman


De tous les scénaristes de BD américains, Robert Kirkman est sans doute le plus connu. Normal, on lui doit la série «The Walking Dead», série ultime sur les zombies au succès démultiplié depuis qu’il l’ adapté à la télévision. Aussi quand il décide de lancer une nouvelle série, les fans sont aux anges. 

«Oblivion Song», dessiné par l’Italien Lorenzo De Felici est remplie de monstres. Mais pas du tout humains. A Philadelphie, en quelques secondes, une partie de la ville est vidée de 300 000 de ses habitants.Ils ont basculé dans une autre dimension peuplée de monstres. Nathan Cole, le héros, a trouvé un moyen pour aller récupérer les rares survivants.

Double intrique pour ce premier tome de 160 pages. Sur terre avec les manigances de l’armée US et dans l’autre dimension, Oblivion, où tout le monde ne veut pas revenir. Un univers très addictif, tant par ses rebondissements que sa beauté graphique.

«Oblivion Song» (tome 1), Delcourt, 16,50 € (Album paru en 2018)

lundi 17 août 2026

BD - Femmes puissantes ou simples sorcières


Les féministes luttant de nos jours seraient traitées de sorcières au Moyen Âge. Ce constat évident est au centre du roman graphique Sorcières ! disent-ils de Juliette Ihler et Singeon. 150 pages où les auteurs retracent l’histoire de la chasse aux sorcières en racontant ce qui s’est passé dans un petit village de France profonde, Sauzelle, en 1489. 


Les villageois vivent en bonne intelligence. Le soir venu, les femmes aiment à se retrouver ensemble. Il y a Yolanda, diseuse de bonne aventure, Ermentrude, guérisseuse, Theodora, forgeronne, célibataire et libertine et Boussarde, mariée et excellente cuisinière. Des femmes qui pensent par elles-mêmes, ne sont pas inféodées aux hommes. 

Trop puissantes pour l’époque. Cela ne plaît pas à deux inquisiteurs chargés de prouver que ce sont des sorcières et qu’il faut les brûler en place publique après des procès qui s’apparentent plus à des séances de tortures pour esprits sadiques qu’à de la justice. Même divine.      

« Sorcières ! disent-ils », Delcourt, 18,95 €

dimanche 16 août 2026

BD - Candélabres, êtres merveilleux aimant le feu


Un peu de fantastique, une touche de psychologie et beaucoup de poésie, tel est le cocktail savoureux que nous propose Algésiras dans le deuxième tome de "Candélabres ».

Algésiras est une jeune dessinatrice au trait d'une incroyable élégance. Si un des héros est danseur, ce n'est certainement pas par hasard. Les personnages, jeunes et élancés, ne semblent jamais toucher le sol, comme en état d'apesanteur. Une grâce qui illumine en permanence ces 46 pages.


Pour ce qui est de l'histoire, relativement compliquée, elle met en lumière des êtres merveilleux, les candélabres, qui n'apparaissent qu'à certains élus. Ils savent utiliser le feu et dans un monde parallèle une lutte acharnée se déroule pour contrôler ce pouvoir.

Julien, le héros, a été sauvé des flammes par Solédango, un candélabre. Depuis ce dernier vient régulièrement le hanter, l'aider et le guider.

"Candélabres" (tome 2), Delcourt. Album paru fin 2000, chronique publiée initialement en avril 2001 dans Centre Presse Aveyron 


lundi 3 août 2026

BD - Action totale et sans limite dans le tome 1 de Blood and Thunder


Certains scénaristes, de cinéma, de série ou de BD, ont déjà suggéré que le héros donne un petit nom à son arme favorite. Dans le cas de Blood, la policière (en freelance) de cette série imaginée par Robert Kirkman, écrite par Benito Cereno et dessinée par E. J. Su, son gros flingue, en plus de répondre au nom de Thunder, est doté d'une intelligence artificielle et peut répondre à la femme qui a le doigt sur la gâchette. "Blood and Thunder", soit "le sang et la foudre", les deux ingrédients essentiels à tout comic book digne d'intérêt selon le maître du genre, Jack Kirby. Une anecdote racontée par Kirkman qui revient sur la longue gestation de cette série cyberpunk hyper violente mais avec quand même de gros morceaux de philosophie (entre les bouts de cervelles et d'os broyés par les méchants). 

Dans un futur très lointain, les Humains tentent de coloniser le maximum de planètes habitables. Les indigènes y subissent le même sort que les Indiens d'Amérique il y a quelques siècles. Futur lointain, mais en fait rien n'a changé en profondeur. Et comme la violence prospère, des agents indépendants sont missionnés par la police pour intercepter voleurs, tueurs et autres monstruosités dangereuses. Blood, surnom de Akeldama Bledsoe, est d'une rare efficacité. Elle traque le rebelle armée de son vieux Thunderhead de classe Fulminator. 


Une pétoire révolutionnaire à l'époque. Abandonnée depuis. Son intelligence artificielle était un peu trop pacifique. Ce modèle rechigne ainsi à tirer à balles réelles sur de simples suspects. Et comme le flingue est doté de la parole, il ne se prive pas de dire ses quatre vérités aux flics un peu trop zélés. De telles armes de nos jours et les bavures seraient éliminées en deux semaines… 

Si Blood refuse de se séparer de Thunder, c'est pour la simple raison que c'est l'arme de son père, un ancien policier. Père adoptif. Car Blood n'est pas humaine à 100 %. La jeune femme n'a pas de cheveux. A la place, un nuage de sang flotte au sommet de son crâne. 

Le duo est la meilleure trouvaille de la série, donnant lieu à des dialogues savoureux, entre une Blood soucieuse de coffrer les méchants pour faire honneur à son père et un Thunder finalement assez couard, préférant de loin abandonner toute velléité agressive dès que le danger est trop important. Et quand Blood se lance à la poursuite d'un alien géant quasi indestructible, trois fois plus grand qu'un humain, plus intelligent et doté de tentacules en guise de chevelure, le danger augmente de façon exponentielle.  

C'est une série de pure SF, avec combats incessants entrecoupés de dialogues teintés de philosophie sur les croyances des peuplades primitives (mais primitives par rapport à qui ?). Le lecteur amateur de baston à sa ration de gnons, alors que l'intello pourra cogiter des heures sur les véritables motivations de l'alien. Et comme d'habitude dans ces gros albums reprenant six fascicules US de la série, une galerie de toutes les couvertures alternatives permet de prolonger cette plongée dans un monde futuriste attrayant. 

"Blood and Thunder", Delcourt, 160 pages, 17,95 €


dimanche 19 juillet 2026

BD - Une reine lunaire


Découvrez la Lune comme vous ne l’avez jamais imaginée dans Sélénie, récit complet de Fabrice Lebeault. Dans un futur lointain, la Terre est aux mains d’un alien malfaisant. Une petite partie des Terriens a trouvé refuge sur la face cachée de la Lune.

Une communauté dirigée par Sélénie, jeune femme issue des amours d’une Humaine et d’un alien. Elle peut ainsi parcourir la Lune sans scaphandre, contrairement aux autres habitants qui doivent se contenter des dômes. À l’extérieur elle croise toute sorte d’habitants locaux et dangers.

Mais quand une capsule en provenance de la planète mère arrive, l’équilibre est remis en cause. Une histoire en trompe-l’œil qui permet à l’auteur de dessiner des décors superbes.  

« Sélénie », Delcourt, 15,95 € 

mardi 14 juillet 2026

BD - Best-seller, mode d'emploi


Si pendant vos vacances vous décidez de changer d'orientation et, pourquoi pas, de vous reconvertir en auteur à succès. Mais avant d'investir dans une ramette de papier A4, lisez ce recueil de gags de M. la Mine. Derrière ce pseudo se cache un homme à qui tout réussit. 

Non seulement il a du talent, du style, de l'imagination et le sens de l'intrigue, mais en plus ses livres se vendent à des centaines de milliers d'exemplaires. Bref c'est un expert en la matière.

Dans cet album très second degré, on suit un jeune écrivain en devenir, bien décidé à « écrire un chef-d'œuvre immortel qui balaiera tous les codes, glanerai tous les prix littéraires, sera élu à l'Académie française et enfin, ultime consécration, passera à la Grande Librairie. » Calant dès le milieu du premier chapitre de sa grande œuvre, il décide finalement de faire des haikus.

Une vision très sombre du milieu littéraire, où tout n'est que magouille et réseau. Du moins quand on ne parvient pas à faire publier son manuscrit, sans imaginer une seconde que c'est peut-être parce qu'il est nul… 

« Comment devenir un auteur à succès", Delcourt, 15,50 € 

samedi 11 juillet 2026

BD - Les fantômes de la Pieuvre


Troisième récit des contes de la Pieuvre par Gess. Cette fois on découvre la vie de Celestin, serveur à l’auberge de la Pieuvre dans ce Paris de la fin du XIXe siècle, entre pègre et magie. Célestin a un pouvoir. Qu’il cache. Il peut voir le véritable visage des gens. Généralement, ce sont des monstres qui fréquentent l’auberge.

Fidèle serviteur de la Pieuvre, Célestin va être mêlé malgré lui à la malédiction de l’Œil. C’est le nom d’un des patrons de la Pieuvre. Il tente d’avoir un fils pour lui succéder. Mais au moment de l’accouchement, le cœur de Vendrezanne, conservé dans une cave, se transforme en fantôme et va faire mourir le nouveau-né dès qu’il se met à respirer.

Une superbe histoire, pleine de monstres et de malédiction, longuement détaillée sur plus de 200 pages par un dessinateur qui semble avoir trouvé sa voie.  

« Célestin et le cœur de Vendrezanne », Delcourt, 25,50 €  (ouvrage paru en 2021) 

mercredi 8 juillet 2026

BD - Petit démon et île mystérieuse


Dans le genre violent et réservé aux adultes, la série Hellboy imaginée par Mike Mignola fait partie des maîtres étalons. Mais pourquoi se priver de la vaste audience des plus jeunes fans de comics ? Avec pas mal d'audace, le créateur du diable les plus rouge et cornu de l'enfer ose la version "young". Avant de faire parler son poing surdimensionné, le petit démon a vécu une enfance (presque) normale.

Pour raconter ces débuts, on retrouve le duo Thomas Sniegoski (scénario) et Craig Rousseau (dessin). L'histoire revendique une certaine naïveté couplée à une intrigue faisant la part belle à quelques célèbres chimères, du gorille géant à la femme vampire en passant par l'île mystérieuse cachée de tous. Rien de bien nouveau, mais force est de constater que le tout mélangé prend comme une mayonnaise (un aïoli pour les Sudistes) ferme et goûteuse. En compagnie du professeur Bruttenholm, son protecteur et tuteur, Hellboy, dix ans, est très excité à l'idée de prendre l'avion pour aller visiter un site de fouilles en Amérique du Sud.

En plein vol, un illuminé religieux, persuadé que sa mission sur terre est d'éliminer ce démon rouge, tue les pilotes. L'avion se crashe, Hellboy et le professeur survivent et s'échouent sur la plage d'une île. Premier problème : l'attaque de crabes géants. Heureusement, un gorille monumental aux yeux mauves surgit de la jungle et passe au court-bouillon les crustacés XXL. Un peu plus tard, Hellboy, sur le point d'être enseveli dans des sables mouvants, est sauvé par une sauvageonne qui semble être l'amie d'un peuple de singes évolués. La suite ? Des dinosaures, une malédiction, une femme vampire et pas mal de baston pour un Hellboy pas encore au top de sa force mais déjà courageux face à l'adversité.

Les plus critiques diront que c'est simplet. Les autres reconnaîtront l'hommage permanent à une certaine BD, passée de mode mais qui a façonné l'imaginaire de millions d'adolescents des cinq dernières générations.

"Young Hellboy" (tome 1), Delcourt, 120 pages, 15,95 €


mercredi 1 juillet 2026

BD - Dada bouge encore dans cet album racontant l'histoire du Cabaret Voltaire


Alors que l'Europe se déchire dans une guerre de tranchées particulièrement meurtrière, quelques poètes, artistes et autres hurluberlus ne pensant pas comme la majorité tentent d'inventer une nouvelle façon de vivre l'art. Ainsi naît le mouvement Dada, sublime pied de nez aux psycho-rigides. Hugo Ball, Tristan Tzara, Emmy Hennings, Hans Arp ou Sophie Taeuber composent en partie l'avant-garde de cette avant-garde artistique. D'origine diverses, incompris chez eux, souvent réfractaires à l'armée et déclarés déserteurs, ils sont réfugiés dans cette Suisse neutre. Guindée mais tolérante. A Zurich, sans le sou, ils tentent de gagner quelques sous en se produisant sur les scènes des cabarets. Ils décident finalement de créer leur propre établissement, le Cabaret Voltaire. Nous sommes en décembre 1915, la première représentation a lieu le 5 février 1916. Le succès est au rendez-vous. mais cela ne durera que quatre mois.

Ce bouillonnement culturel, donnant naissance à une des plus étranges modes artistiques, est au centre de ce roman graphique écrit par José-Louis Bocquet et dessiné par Kent. Découpé par tranches relativement courtes, cet album présente dans un premier temps les protagonistes. Hugo Ball et sa compagne chanteuse, Emmy Henning, le poète Tristan Tzara, encore connu sous son véritable nom, Samuel Rosenstock, Hans Arp, sculpteur en devenir et sa future femme, Sophie Taeuber, danseuse maniant aussi les pinceaux et révolutionnant la broderie.

La BD est avant tout pédagogique. La rigueur historique est sans faille. Bosquet connaît parfaitement son sujet et on sent qu'il est en admiration, depuis ses jeunes années, face à la folie et la démesure et ces grands anciens qui n'avaient peur de rien, surtout pas de froisser les bourgeois. Pour illustrer cette tranche de vie artistique, il a choisi Kent. Un dessinateur qui connaît parfaitement la scène et la provocation. A la fin des années 70, jeune rocker tendance punk, il a créé Starshooter. Son dessin, parfois rigide, sa mise en page, déstructurée, participent à amplifier cette immersion dans un monde entre étrange, mystère et profonde déprime. Un gros dossier termine cette BD avec le programme de la quarantaine de soirées zurichoises et les biographies des intervenants, permettant au lecteur de savoir ce qu'ils sont devenus une fois le cabaret fermé pour cause de couvre-feu imposé à la ville fin juin 1916

"Le Cabaret Voltaire", Delcourt, 224 pages, 26,99 €

mercredi 5 novembre 2025

BD - Saint-Roustan, concentré de France absurde


Depuis leur départ-éviction de France Inter, les humoristes les plus terribles du moment ont trouvé refuge sur les ondes de Radio Nova. Tous les dimanches, dans la Dernière, de 18h à 20h, ils passent à la moulinette l’actualité française. Dans la bande de Guillaume Meurice, on retrouve Pierre-Emmanuel Barré qui raconte avec verve la vie quotidienne de la petite bourgade de Saint-Roustan. Un lieu imaginaire mais où tout le monde pourrait reconnaître un peu de son village. 

Des sketches déclinés désormais en bande dessinée dans ce premier tome des “Chroniques de Saint-Roustan”. Si Barré, avec la complicité d’Arsen, assure les textes, les dessins sont confiés à plusieurs illustrateurs, habitués des pages de Fluide Glacial. On retrouve donc Etienne Le Roux et Damien Geoffroy pour raconter les aventures du maire Guilhem Maurice et de ses administrés, les fameux Rassilariens. 


Des histoires courtes entrecoupées de faux articles du journal municipal, illustrés par Loïc Chevallier. Enfin, pour compléter ce véritable gang d’amuseurs publics, n’oublions pas Relom qui chapeaute les scénarios et dessine quelques strips et gags ayant pour héros le pitoyable Eric Lanpré, caricature (mais à peine…) d’Aymeric Lompret, autre comique à entendre les dimanches sur Radio Nova. 

Dans ces chroniques vous apprendrez pourquoi l’opération Saint-Roustan plage est toujours un échec, comment une presque sorcière a sauvé le village au Moyen Age et la signification des runes inscrites sur une pierre ancestrale trônant au milieu du bourg. C’est souvent très hard, de l’humour extrême, comme on n’en fait plus beaucoup dans notre société policée. Réjouissant. Quasiment salutaire face à la bêtise ambiante.  

“Les chroniques de Saint-Roustan”, Delcourt, 56 pages, 15,50 €


mercredi 22 octobre 2025

BD - “M is for Monster”, corps réparé, esprit en lambeaux


Encore une variation sur la trame de Frankenstein. Version familiale. Frances et Maura sont deux sœurs. Des scientifiques à la recherche de nouveaux progrès pour améliorer la société. De grosses têtes obnubilées par leurs découvertes. Au point d’être imprudentes. Maura est électrocutée. Tuée sur le coup. Il en faut plus pour démoraliser Frances. 

En compagnie de son mari, elle abandonne tous ses projets en cours, met les restes de sa sœur à l’abri et tente de découvrir comment remettre ce corps en marche. Après plusieurs échecs elle parvient enfin à la réveiller. Une seconde naissance pour une enveloppe charnelle rapiécée de toutes parts mais qui a complètement oublié son passé. La nouvelle entité adopte le nom de M. M. comme monstre… 

La BD de Talia Dutton, jeune diplômée californienne, s’écarte assez vite de la trame du roman fantastique. L’apparence n’est qu’un prétexte. La véritable monstruosité de M se place plutôt dans son manque de personnalité. Comment vivre si on ne sait pas qui on est. Il y est aussi beaucoup question d’étouffement. Mura était sous l’emprise de sa sœur Frances. Comment profiter de ce second départ pour changer les choses ? 

Le dessin, entre ligne claire et hommage au style des dessins animés US, bonifié par une judicieuse et parcimonieuse utilisation des couleurs, donne un côté enfantin à ce roman graphique. Et c’est normal. M est un peu un bébé qui a tout à apprendre. Avec un autre challenge : parvenir à changer sa sœur.  

“M is for Monster”, Delcourt - Waves, 224 pages, 14,95 €


jeudi 18 septembre 2025

BD - Les géniaux généalogistes successoraux de “Success Story”


Ils enquêtent dans le passé. Jeanne et Angelo, héros de "Success Story" grosse BD écrite par Fabien Grolleau et dessinée par Nico Cado, sont des détectives très originaux. Ils ne cherchent pas les indices du présent mais recherchent les petits cailloux du passé qui leur permettront de remonter le chemin des vies d’hommes et de femmes décédés et sans descendants.

Le sujet aurait pu être très sérieux. Ou traité sur un mode polar et suspense. Mais Fabien Grolleau a préféré dans un premier temps se concentrer sur la personnalité de ce couple, à la vie comme au travail. Des originaux. Surtout Angelo, amoureux comme au premier jour, romantique lyrique et imaginatif, capable de retracer des vies entières juste en observant un objet du passé, un livre ou un tableau. 

C’est d’ailleurs une toile qui est à la base de cette histoire (on espère la première même si ce n’est pas présenté comme une possible série). Dans un appartement parisien resté fermé durant des décennies ayant appartenu à une certaine Suzanne Godart, épicière dans les Cévennes, ils découvrent des souvenirs datant de la seconde guerre et surtout un superbe tableau d’Andrei Wakowsky, peintre ukrainien assez renommé et réfugié en France au moment de la prise du pouvoir en Europe centrale par les nazis. Andrei, Juif, qui fait partie des millions de sacrifiés dans les camps de la mort. 


Ce probable chef-d’œuvre, au prix exorbitant selon les spécialistes, fait donc partie de l’héritage. Suzanne avait trois enfants. Deux résident toujours dans les Cévennes, la plus jeune, fâchée avec ses parents, a totalement disparue. Angelo et Jeanne ont donc plusieurs missions pour le notaire chargé de la succession : retrouver la fille évaporée et déterminer quelle est la relation entre l’appartement parisien, le peintre ukrainien et l’épicière de province. Une longue enquête sur le terrain qui passe par les Cévennes, évidemment, l’Italie, le Canada et l’Ukraine, pays en guerre actuellement, exactement comme dans les années 40, moment charnière de la vie de Suzanne Godart. Ou plus exactement, les vies. 

Une BD qui ne paye pas de mine, le dessin très gros nez  (notamment celui d’Angelo) donne l’impression d’une pochade comique. Alors certes les saillies d’Angelo sont marrantes, mais l’intrigue est finalement très sérieuse et raconte indirectement les soubresauts de cette Europe des Nations du début du XXe siècle.  

“Success Story”, Delcourt, 10 pages, 19,50 €


lundi 15 septembre 2025

BD - “Automne”, très belle fable écologique par Cécile et Lionel Marty


Il était une fois, dans un monde imaginaire, une forêt magique. Un immense arbre, en son milieu, assurait l’équilibre de tous les habitants, de la plus petite bestiole aux humains en passant par les êtres fantastiques. Un fragile bonheur surveillé par Automne, sorte de jeune sorcière rousse. Quand elle devine l’arrivée d’une ville mouvante du peuple de fer dans la forêt magique, elle décide de tout faire pour arrêter ces pilleurs de ressources. 
Si la trame du scénario de cet “Automne” à forte valeur ajoutée écologique semble un peu réductrice, c’est pour la bonne raison que le danger, dans la fiction mais aussi dans la vraie vie, est très réel.


Le peuple de fer veut atteindre la forêt, non pas pour y vivre en paix mais bien pour en massacrer toutes les ressources. Juste le temps de vivre dans l’abondance durant une génération. Ensuite ? Nouvel exil et recherche d’une nouvelle mine à exploiter.
Comment contrer l’inéluctable ? En intégrant juste un peu d’amour. Romance entre Automne et le beau jeune homme qui est éclaireur du peuple de fer. Il va succomber au chrome d’Automne et réfléchir aux conséquences de ses actes. Une petite prise de conscience qui ferait beaucoup pour l’avenir de notre planète si elle était partagée par un peu plus de monde.
On peut reprocher le simplisme de la démarche des deux auteurs. Et pourtant… Quelle solution différente peut changer durablement l’avenir de notre société ? Une BD qui bénéficie du talent des deux auteurs, Cécile et Lionel Marty, ensemble dans la vie et qui ont fait le choix de vivre loin des dégâts de l’urbanisation. Un quotidien en accord avec son travail artistique. Chapeau !    
“Automne”, Delcourt, 64 pages, 16,50 €

mercredi 9 juillet 2025

BD - Les super héros testent la liberté


Une fois n'est pas coutume, mieux vaut débuter la lecture de cet album par la fin. Les dernières pages qui présentent sous forme de fiches les principaux protagonistes de cette histoire de super héros à cheval entre plusieurs dimensions et qui se retrouvent cloués sur Terre. Sans cette étape, vous allez peut-être décrocher face à la complexité de l'intrigue du début. D'où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils cachés sur Terre derrière des identités d'étudiants ? 

Autant de questions sans réponses dans les premières pages et forcément déstabilisantes. En résumé, ces "free agents" étaient chargés de protéger des univers de l'envie de conquête  du grand méchant de l'histoire, Eskandir, l'Argive. 

Ayant perdu leur chef au combat, ils se retrouvent propulsés sur Terre. Ils décident d'y vivre tranquillement, loin de la guerre. Mais c'est sans compter sur l'Argive, ses sbires et autres monstruosités qui décident de conquérir cette gentille planète. Les agents vont reprendre du service. Mais sans chef, en totale liberté. 

Une histoire dense signée Kurt Busiek et Fabian Nicieza. Au dessin, on retrouve un Stephen Mooney au sommet de sa forme.  

"Free Agents" (tome 1), Delcourt, 160 pages, 17,50 €