vendredi 30 avril 2021

Série Télé - « Fluide » ou quand deux couples explorent leurs désirs


Projet ambitieux que ce « Fluide » imaginé par Thomas Cadène et Joseph Safieddine. L’histoire sexuelle comparée de deux couples, dans une série diffusée sur Arte.tv et dans un album de BD dessiné par Benjamin Adam chez Dargaud (100 pages, 19,99 €). Couples où les hommes sont… auteurs de BD. Voilà comment on transforme l’autofiction en histoire aigre-douce, avec remise en cause, mise à nu et expériences humaines ou graphiques. 

La série, en accès libre sur Arte.tv, est composée de dix épisodes de six minutes. Un format très court pour comprendre le cheminement de ces deux amis, collègues de travail, aux prises avec des soucis dans leur couple. Emma (Pauline Clément), est attirée par une femme. Quand elle le dit à Léo (Simon Thomas) son amour de toujours, il pique une crise de jalousie carabinée. Waël (Matthias Jasquin) ne comprend pas quand Esther (Manon Kneusé) lui demande un peu plus de fantaisie quand ils font l’amour. Des soucis conjugaux qu’ils vont transformer en série BD. Et afin d’étoffer le scénario, ils vont tenter de nombreuses expériences, pour le plus grand bonheur d’Emma et d’Ester. 

Excellemment joué, avec des dialogues percutants, sans la moindre vulgarité, Fluide, la série télé, est une jolie réussite preuve qu’il est encore possible d’inventer dans ce format encore balbutiant. La bande dessinée de son côté va plus loin, montrant ce qui n’est que suggéré à l’écran. Avec une même efficacité. 

jeudi 29 avril 2021

Série télé - Baker Street fait toujours rêver


Etonnant comment une œuvre littéraire qui a plus d’un siècle continue au quotidien à alimenter l’imaginaire de toute la planète. Quand Sir Arthur Conan Doyle a écrit les premières lignes de Une étude en rouge, il ne se doutait sans doute pas que son personnage de Sherlock Holmes deviendrait une légende. Les adaptations cinématographiques se comptent en centaines et cet univers de la capitale anglaise de la fin du XIXe siècle est une nouvelle fois au centre de l’intrigue des Irréguliers de Baker Street, série proposée sur Netflix. Créée par Tom Bidwell, la série anglaise raconte comment une bande de gamins des rues va être contactée par le docteur Watson pour aider le grand Sherlock dans ses enquêtes. Ces ados, orphelins vivant de rapines, habitent à quelques rues du 221b Baker Street, la maison du détective. Ils sont quatre à s’entraider depuis des années. Béa, la plus mûre, qui fait office de mère de substitution, Jessie, sa petite sœur, en proie à d’horribles cauchemars, Billy, grand échalas parfois violent et Spike, métis malicieux. Ils seront rejoints par Léo. Ce dernier, héritier de la reine d’Angleterre, se glisse incognito dans la bande pour quitter la protection du palais. 

Le duo Sherlock - Watson entièrement revisité

La série surfe sur la vague fantastique. Le fil rouge montre comment un magicien tente de profiter d’une brèche entre deux mondes pour devenir un dieu. Ce qui marque surtout dans cette série c’est le duo Sherlock/Watson, très éloigné des personnages originaux. Le docteur est carrément amoureux de Sherlock. Mais ce dernier, complètement bouleversé par la disparition de sa compagne, a sombré dans la drogue. Une épave qui a bien besoin des gamins pour résoudre quelques affaires et contrer le magicien maléfique. 

Les huit épisodes sont très sombres, le final spectaculaire et les amours nouées au cours de l’histoire trop compliquées pour être prolongées. Une noirceur assez étonnante en 2021.   


mercredi 28 avril 2021

Cinéma en streaming - "Je te veux"… pas nous !


A ce rythme, cela va devenir la marque de fabrique d’Amazon Prime. Dès qu’un film français se retrouve diffusé sur la plateforme sans sortir en salles, on peut craindre que le long dictionnaire des navets vient de s’enrichir d’une entrée. Il y a eu « Forte », puis « Brutus vs César », place désormais à « Je te veux, moi non plus ». 

Écrit par Inès Reg et Kevin Debonne, réalisé par Rodolphe Lauga, le scénario est inspiré de la véritable vie des comédiens qui sont à l’humour ce qu’est Pascal Praud à la philosophie. Nina est avocate à Paris. Dylan est barman sur la côte basque. Amis d’enfance, ils s’aiment mais n’osent pas le reconnaître. 


Durant 1 h 30 ils vont se tourner autour pour finalement finir ensemble. Mal joué, vulgaire, parfois incompréhensible, bourré de clichés et de situations grotesques, ce film calamiteux ne vaut que par la participation de Pauline Clément. Même si dans quelques années elle risque barrer ce titre de sa filmographie. 

Cinéma en streaming - Une amourette au milieu de gros monstres

Sorti directement en VOD en octobre dernier, « Love and monsters » fait une entrée remarquée sur Netflix. Il est vrai que le sujet du film, des amours de jeunesse et des monstres, tape directement dans le cœur du public de la plateforme de streaming. Un film entièrement tourné en Australie et qui vaut aussi pour ces décors naturels uniques au monde. Au début, tout semble aller parfaitement dans le meilleur des mondes pour Joel (Dylan O’Brien). Il embrasse sa petite amie Aimée (Jessica Henwick) dans son pick-up. Les deux jeunes amoureux ne sont pas loin de se promettre amour et fidélité pour l’éternité. Quand une pluie de feu tombe sur la ville. Une guerre totale qui, de plus, provoque des mutations chez certains animaux devenant monstrueux. Les amoureux se séparent et se réfugient chacun de leur côté dans un bunker. 

Le film débute sept ans plus tard. Joel décide de franchir les 150 km qui le séparent d’Aimée. Un périple dans une véritable jungle au cours duquel il va devoir affronter ses pires cauchemars. Le film alterne scènes d’action, passages romantiques et rencontres comiques comme cette fillette survivaliste qui décrit avec force de détails les démembrements et autres écrasements ou décapitation quand on n’est pas vigilant face à un de ces nouveaux animaux si surprenants. L’ensemble est un peu disparate mais se laisse regarder si on aime les trucages et les retournements de situation tirés par les cheveux.

mardi 27 avril 2021

Cinéma en streaming - Rire aux éclats avec Bad Trip


Présenté comme un simple film de caméras cachées par les producteurs de Jackass, « Bad Trip » est bien plus que cela. Les scènes avec du public piégé sont aussi là pour permettre au scénario de se dérouler avec son lot de rebondissements. On trouve dans les deux principaux rôles Eric André (vu dans la série Two Broke Girls) et Lil Rel Howery (comique qui a déjà eu sa propre sitcom). Le premier décide d’aller à New York déclarer sa flamme à une ancienne copine de classe. 

Le second l’accompagne après avoir volé la voiture de sa sœur. Très rapidement le duo va enchaîner les mésaventures. Toutes filmées avec de véritables victimes. Les deux acteurs sont irrésistibles, osent tout provoquant une vague d’étonnement parmi les piégés. La bonne surprise Netflix de cette fin de mois de mars.   


DVD - La peur filmée en noir et blanc par Richard Brooks

Certains films marquent plus que d’autres. De sang-froid de Richard Brooks, adapté du roman de Truman Capote, fait partie de ces œuvres qui vont longtemps rester dans votre mémoire. Réédité par Wild Side Vidéo dans un coffret contenant un DVD et un blu-ray de l’œuvre restaurée ainsi que plusieurs compléments et d’un livret signé Philippe Garnier, ce film de 1967 est tourné en noir et blanc. Pour une seule et bonne raison : selon le réalisateur, « La peur, je ne vois ça qu’en noir et blanc. » Une peur palpable tout au long des deux heures racontant dans le détail un horrible fait divers du Kansas. 

Perry (Robert Blake), vient de sortir de prison. Avec sa guitare et ses dernières illusions, il rejoint Dick (Scott Wilson), ancien compagnon de cellule qui lui promet un coup en or. Dick, belle gueule, séducteur et désinvolte est l’antithèse de Perry, petit, dépressif et boiteux. Ensemble ils parcourent des centaines de kilomètres pour rejoindre, au Kansas, la ferme de la famille Clutter. Là, un coffre contenant des milliers de dollars serait leur passeport vers une meilleure vie au Mexique. Pas de coffre pour les deux anciens taulards qui massacrent toute la famille. 

On ne voit rien de cette tragique nuit dans la première partie. Tout est suggéré au cours de leur fuite à travers les USA. Avec une ténacité à toute épreuve, les policiers pourchassent le duo pour finalement l’intercepter. C’est au cours de l’interrogatoire que Perry raconte dans le détail ce qui s’est réellement passé cette nuit-là. 

Véritable chef-d’œuvre, qui doit beaucoup à l’écriture de Truman Capote et à l’interprétation des deux acteurs principaux, De sang-froid est une réflexion sur le mal. Celui que des hommes peuvent faire sans raison, celui qu’ils ont subi dans leur enfance, toujours sans raison. Dans les bonus qui combleront les cinéphiles, Patrick Brion revient sur le film et sa genèse et le réalisateur explique en 18’ son propos pour l’émission Cinéma Cinémas. Sans oublier « Contrebasses pour un massacre » (30’) : la musique originale de Quincy Jones décryptée par Stéphane Lerouge.

lundi 26 avril 2021

Série télé - Australiens destroy

On reconnaît une série australienne sur Netflix à sa façon d’exploser tous les tabous. Mis en ligne la semaine dernière, « Why are you like this » est l’exemple parfait. Ce trio de jeunes adultes de Melbourne est tout sauf « normal ». 

Penny (Naomi Higgins, également créatrice et scénariste de la série), militante féministe acharnée passe son temps à combattre le patriarcat. Elle vit une vague histoire d’amour avec Mia (Olivia Junkeer), bisexuelle, originaire du Pakistan et musulmane. Quant au colocataire de Penny, Austin (Wil King), gay et drag-queen la nuit, il apporte une touche de fantaisie supplémentaire dans la vie du trio qui n’en manque pourtant pas. 

Totalement délirante, la série parle ouvertement de coupe menstruelle, de ramadan, de harcèlement, de réputation numérique et d’amour libre. Mais toujours avec cette autodérision salutaire. 


vendredi 23 avril 2021

De choses et d’autres - Hygiène, cheveux et confinement

Il est temps que l’on se déconfine. L’annonce du calendrier de libération par Emmanuel Macron vient à point nommé quand on découvre un sondage effectué par l’Ifop pour une marque de produits sanitaire solides. Confinement et télétravail poussent les Français à négliger leur toilette. Pas de façon catastrophique, mais c’est assez sensible.

Pour ce 3e confinement qui tire à sa fin, 32 % des Françaises reconnaissent qu’elles ne procèdent pas à une toilette complète tous les jours. Elles n’étaient que 19 % avant le début de la pandémie. Un relâchement qui cependant ne ramène pas l’hygiène des Françaises au niveau de 1951 où elles n’étaient que 52 % à se laver entièrement tous les jours.

Le sondage détaille longuement les habitudes de lavage des cheveux. Parmi les informations étonnantes, les sondés ont été questionnés sur les leurs préférences sexuelles.  Mauvais temps pour les roux puisque 36 % des femmes disent non juste en raison de la couleur de leurs cheveux.

Un rejet encore plus marqué (46 %) chez les sympathisantes du Rassemblement national.

A l'opposé, les rousses ont la cote puisqu’ils ne sont que 17 % des hommes à préférer s’abstenir. Et là, à l’inverse des femmes, les militants du RN ne sont plus que 14 % à faire un blocage.

Par contre, si le cheveu est mal lavé, pas la peine de rêver : 90 % des femmes et 77 % des hommes passent leur chemin, quelles que soit la couleur, la forme et la longueur.

Étude Ifop pour Unbottled réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 9 au 12 avril auprès d’un échantillon de 2028 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.


jeudi 22 avril 2021

De choses et d’autres - Protection péruvienne

Le Pérou, s’il n’a pas inventé un vaccin contre la Covid-19, a quand même des idées pour freiner la pandémie. Le pays, durement touché, vient d’obliger les personnes se rendant dans un magasin de porter, non pas un, mais deux masques. Et comme on n’est jamais trop prudent, il est également exigé de mettre une visière de sécurité sur l’ensemble.

Je ne sais pas si mettre double couche de masque diminue de moitié le risque de contamination, mais il y a fort à parier qu’il est plus compliqué de respirer. Surtout si l’on se trouve dans la région de Cuzco, ancienne capitale se situant à plus de 3 000 mètres d’altitude.

Deux masques au Pérou, zéro aux USA. Du moins, si l’on est vacciné ou qu’on vit dans un des 15 états ayant décrété qu’il n’était plus obligatoire de le porter en extérieur.

Chez nous, on met le masque, par habitude. Comme on rentre  avant 19 heures, selon une routine qui s’est lentement mais sûrement installée. Cependant, on n’en met qu’un. Et, essentiellement, dans les magasins. Dans la rue, notamment des petits villages, il a tendance à descendre sous le nez (quand ce n’est pas sous le menton), voire à rester accroché au poignet.

Des masques qui ont une longévité de plus en plus étendue. Souvenez-vous quand, bons élèves, vous en changiez toutes les quatre heures. Désormais, le masque, même jetable, fait la journée, voire la semaine pour les moins regardants. Et passe à la machine avec slips et soutiens-gorge.

Finalement, tout ce que je souhaite, à cinq jours de la levée de quelques restrictions, c’est que, dans un an, je ne me souvienne même plus comment on le met, me demandant à quoi peut bien servir cette barre de fer cachée dans la couture… 


mercredi 21 avril 2021

De choses et d’autres - Un emploi fumeux

Si, en France, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a décrété que « le cannabis est devenu une drogue dure », ailleurs dans le monde, les appels à la légalisation se multiplient. L’exemple canadien pourrait faire tache d’huile et pousser l’État fédéral américain à décider, lui aussi, que le temps de la prohibition est terminé.

Paradoxalement, ce revirement n’est pas le fruit d’un lobbying des utilisateurs, mais, plus prosaïquement, des investisseurs lorgnant vers les actions de sociétés à la croissance exponentielle. Dès qu’il y a de l’argent à faire, certains tabous volent en éclat. Ceux qui pensaient que la fumette était réservée à de doux rêveurs planant dans les mondes artificiels, devront réviser leurs préjugés.

Niveau emploi, aussi, le secteur est en pleine croissance. Newsweek a notamment relevé la création d’un poste d’un genre un peu particulier. La société Vaped.com recherche son testeur… de cannabis. Cette entreprise spécialisée en vente de vaporisateur désire s’adapter au nouveau marché. Le testeur devra utiliser tous les appareils de la gamme, quotidiennement, et faire des comptes rendus, écrits et vidéos, de leur utilisation.

Un vrai métier quand on découvre le salaire : 35 000 euros annuels soit un salaire de près de 3 000 € mensuel, auxquels Vaped.com rajoute 250 € pour acheter l’herbe consommée. Le genre de métier où le télétravail s’impose. Reste à savoir si, comme pour les œnologues qui recrachent le vin qu’ils goûtent, le testeur à la possibilité de ne pas avaler la vapeur. 


Polar en poche - "Tirez sur le caviste" de Chantal Pelletier

Moins de 100 pages, ce Tirez sur le Caviste de Chantal Pelletier ne vous restera pas sur l’estomac. Facile à digérer, plus que tous les plats en sauce qui rythment ce polar rural. Dans un premier temps, un viticulteur, lassé des plats insipides de son épouse, la dégomme et la plonge dans une grande cuve de vinaigre. A Macon, il embauche une jeunette qui se débrouille en cuisine. 

L’histoire est racontée du point de vue du caviste puis de la cuisinière qui cache bien son jeu. Un petit roman jouissif, qui vous fera saliver par son menu sans cesse renouvelé et ses situations extrêmes. 

« Tirez sur le caviste », Folio Policier, 5 €

mardi 20 avril 2021

De choses et d’autres - Une camisole pour pyjama

L’information est on ne peut plus sérieuse : « Dormir moins de six heures provoquerait un risque de démence chez les plus de 50 ans ». Le constat est tiré d’une étude réalisée, durant plus de 25 ans, sur plus de 8 000 Britanniques. Quand les chercheurs parlent de démence, c’est essentiellement d’Alzheimer, la fameuse démence sénile d’antan, qui plane sur les cerveaux des anciens.

Le sommeil est mal réparti dans la population. Certains sont de gros dormeurs, alors que d’autres se réveillent frais comme une rose, après un repos très en dessous des six heures fatidiques. Si vous faites partie du clan des « Huit heures, sinon rien », vous savez combien il est difficile de se lever sans avoir batifolé avec Morphée de 22 h à 7 h. Au minimum.

Sinon ,vous n’êtes bon à rien, incapable d’aligner deux idées cohérentes à la suite. Vous êtes les champions de la grasse matinée, de la procrastination et des plans sur la comète. Avantage, vous ne risquez pas de finir en hôpital psychiatrique.

Juste en dessous, la majorité, ceux qui se contentent des 6 ou 7 heures de dodo réglementaires. Eux, sont souvent réglés comme des horloges. Incapables de se lever avant. Mais, obligés de se lever après. Leur vie manque de surprise, un train-train salutaire pour leurs neurones.

Enfin, si vos nuits ne dépassent pas les quatre heures de sommeil, mieux vaut carrément troquer le pyjama pour une camisole. Au réveil, le travail en sera facilité pour les infirmiers qui viendront vous interner pour le restant de vos jours. 


Roman - Marseille, centre d’une France blessée

Marseille défigurée, coupée par une frontière, brisée par une guerre civile sans fin. Tel est le décor de ce roman d’Aurélien Manya. En 2054, un futur proche donc (qui nous pend au bout du nez si l’on en croit les derniers sondages sortis récemment à propos de la prochaine présidentielle ou si l’on extrapole à la situation de la ville de Perpignan, tombée tel un fruit mûr dans l’escarcelle du parti de Marine Le Pen), l’extrême-droite a quasiment pris le pouvoir en France. Certaines villes ont résisté puis ont fait sécession comme Paris, d’autres sont coupées en plusieurs zones, comme à une triste époque du XXe siècle.  

Le texte, construit en trois parties, suit le parcours dans cette Marseille terrorisée, désespérée, de trois personnages ne pouvant plus vivre dans cette ambiance liberticide. Sohan, un résistant ayant pris les armes, Layla, la femme qu’il aime, cinéaste passionnée et Stella qui dans un passé récent était dans un corps d’homme. Sohan combat les milices de la France Brillante, trop souvent protégées par la police et l’armée. Des néofascistes qui veulent fédérer toutes les nations d’Europe pour épurer la population. Couvre-feu, attentats, rationnement… Sohan dans une dernière opération spectaculaire, veut quitter Marseille et rejoindre avec Layla ce Maroc, devenu phare du monde libre et tolérant. Stella aussi rêve de rejoindre Agadir. Mais avant elle doit s’évader de ce camp de concentration où sont entassés tous les transsexuels de la ville. Stella qui a été l’amant de Layla. 

L’espoir au-delà des Pyrénées

Cette dernière est une cinéaste du réel. Elle filme les habitants de cette ville exsangue, leur demande ce qu’ils aimeraient retrouver de leur vie d’avant… 

Aurélien Manya, avec une science de la construction littéraire qui doit sans doute beaucoup à son premier métier, monteur dans le cinéma, fait se chevaucher ces trois histoires. Tragique pour Sohan, heureuse pour Stella, remplie d’espoir pour Layla. 

Pour quitter ce pays qu’elle ne reconnaît plus, comme des milliers d’hommes et de femmes, Layla tente de rejoindre la Catalogne, devenue indépendante, passerelle vers le Maroc rêvé. Alors elle se réfugie à Oms, dans les Pyrénées-Orientales, au pied du Canigou. Elle doit déjouer la surveillance de tous ces habitants gagnés à la cause sécuritaire. Certains de ses amis d’école se retrouvent responsables de la police, chargés de faire la chasse à ces migrants qu’elle, au contraire, accueille dans son mas catalan. « Toute la famille dort profondément dans le même lit. Leurs bras sont accrochés les uns aux autres. Je prie furtivement pour leur succès. Que la chance pyrénéenne leur sourie, que la Catalogne les accueille comme il se doit. » Telle est cette France racontée dans le roman d’Aurélien Manya. Un cauchemar que tous les démocrates devraient lire pour comprendre que la menace est à nos portes. Après, ce sera trop tard. Comme un des personnages, seul le Mistral (ou la Tramontane), quand il se met à souffler, permet aux étoiles d’apparaître. « Elles, au moins, on ne nous les enlèvera pas. » La liberté par contre…

« Trois cœurs battant la nuit », Aurélien Manya, L’Arpenteur, 15 €

 


lundi 19 avril 2021

De choses et d’autres - Petite leçon russe de gestion du virus

Même s’il n’inspire pas spécialement la confiance et la bonne humeur, Vladimir Poutine vient de prouver qu’il n’était pas l’homme d’État froid que trop d’Occidentaux imaginent. Il vient de faire cadeau de 10 jours de travail à la totalité des travailleurs de son immense pays. 10 jours pour se la couler douce, en plein printemps, quand la taïga reverdit et qu’il est si agréable de faire la grasse matinée dans sa datcha (résidence secondaire).

Il est comme ça, Vladimir, dur avec certains (Navalny peut vous en parler, s’il avait le droit de communiquer), gentil avec les autres. Du 1er au 10 mai, la Russie va se transformer en un formidable camp où tout le monde sera en vacances. Poutine, apôtre de la décroissance, qui l’eut cru ?

Les sceptiques vont forcément remettre en doute ce beau scénario. Car, dans les faits, c’est une alerte des médecins russes qui a provoqué cette flambée de jours fériés. En rajoutant quelques dates entre les ponts du 1er mai et du 8 mai, on arrive à ces dix jours d’inactivité. Dix jours, où il sera interdit d’aller travailler, de faire les courses et de trop se déplacer.

Dix jours d’un confinement, à la russe, pour tenter de freiner la pandémie qui semble repartir à la hausse, malgré le vaccin Sputnik V.  Ces jours fériés imposés sont, en réalité, le signe que la situation se dégrade à Moscou et partout dans le pays.

Mais ça, Poutine ne le reconnaîtra pas. Il préfère obliger son peuple à ne rien faire, durant dix jours. Rien faire et surtout ne pas protester. 


Roman - Renaissance gasconne

Julien vient de perdre sa maman. Il décide de plaquer son boulot aliénant, vend son appartement en région parisienne et rachète une vieille demeure dans un village de Bigorre. Là, il va renaître, retrouver des sensations (notamment en faisant du vélo, une constante dans l’œuvre de Christian Laborde), vivre tout bonnement. Enfin. Ce court texte de Christian Laborde est comme un rayon de soleil après une journée plombée par les nuages noirs et la pluie. 

Un texte d’espoir, de résilience, pour qu’enfin on se décide à vivre simplement. Partez à la découverte d’Ossun, bourg gascon au charme certain, de Louka, le chien qui choisit son maître et de Deborah, la belle qui va couronner cette belle histoire. On la croise alors qu’elle est en villégiature à Barcelone, « Deborah regarde la mer et laisse le vent faire ce qu’il veut de ses cheveux. Les temps sont durs pour le vent. On l’empêche par divers subterfuges d’accéder aux cheveux des filles. Et l’on prive, ce faisant, les filles des caresses du vent. »

« Bonheur » de Christian Laborde, Cairn, 12 €      

dimanche 18 avril 2021

Cinéma en streaming - "Cosmic Sin", difficile de faire pire…


Un film de SF avec Bruce Willis. On se dit qu’après Le 5e élément il va faire un peu mieux. Perdu ! Cosmic Sin d’Edward Drake, disponible sur Amazon Prime ainsi qu’en VOD, fera sans doute partie des cinq films les moins bien notés de cette année 2021. 

Tout est caricatural dans cette histoire de menace d’invasion extraterrestre. On a l’impression de voir un mauvais film de propagande pour un régime politique dictatorial qui estime que la force est la seule réponse au moindre problème. Quitte à provoquer un génocide. Et on s’étonne en Europe que Trump ait gagné une élection présidentielle ? 

Si les scénaristes de Cosmic Sin accédaient un jour à la Maison blanche, on ne leur donne pas une semaine avant de raser les 2/3 de la planète. 


De choses et d’autres - Comment exproprier les Martiens ?

Alors que Thomas Pesquet vient de rejoindre la station spatiale internationale, sur Mars, le rover Perseverance a transformé du dioxyde de carbone issu de l’atmosphère de la planète rouge en oxygène. Pas beaucoup, mais suffisamment pour permettre à un astronaute de respirer durant quelques minutes.

Sur Mars, les Humains pourront donc bientôt rouler, voler et respirer. Ils sont quasiment prêts pour s’installer et débuter la terraformation de la planète. Tout amateur de science-fiction sait ce qu’est la terraformation. On modifie à ce point le climat et l’atmosphère que la vie, comme sur Terre, devient possible. Ensuite il ne reste plus qu’à entreprendre une demande d’expropriation des Martiens.

Mais comment s’y prendre ? Les Humains, surtout ceux qui œuvrent dans le droit, aiment tout prévoir. Il suffit donc de se plonger dans le premier numéro de la Revue de droit insolite dont le dossier a pour titre « Espace et droit » pour tout savoir du droit des extraterrestres et connaître la réponse à cette question essentielle : « Terraformer Mars est-il licite ? »

Pour rendre le droit amusant, des petits rigolos parlent sérieusement de choses juridiques très futiles. Comme cette très théorique colonisation de Mars mais aussi quid de l’attribution du chien en cas de divorce ou, toujours dans le dossier espace ce parallèle étonnant : « La lune militarisée et les excréments d’astronautes ». Un titre qui ressemble plus à un délire sous ecstasy qu’à une étude juridique sérieuse.


samedi 17 avril 2021

De choses et d’autres - Du bon exemple pour aider à la vaccination

Selon le Canard Enchaîné, pour redorer le blason du vaccin AstraZeneca, le gouvernement serait en train de contacter les grandes chaînes de télévision pour que des stars donnent l’exemple.

Rien de bien nouveau sous le soleil, les USA ont beaucoup usé de cette méthode pour montrer combien cette vaccination est partagée par tous et essentielle au pays. L’information devient plus cocasse quand le Canard affirme que le Premier ministre, Jean Castex, a soufflé un nom aux organisateurs : « Il faudrait que Sheila se fasse vacciner ».

L’indiscrétion a provoqué immédiatement un tsunami de réactions amusées. En premier lieu par la découverte qu’un Premier ministre pense en priorité à Sheila quand on évoque des célébrités. Et sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à se moquer de cet homme politique qui donne, chaque jour, un peu plus l’impression qu’il est bloqué dans les années 60.  

Certes, Sheila a plus de 55 ans, mais est-elle la plus pertinente pour donner envie aux Français de se vacciner avec de l’AstraZeneca ?
Pourquoi ne pas penser plutôt à Isabelle Adjani, Mylène Farmer, Mathilda May, Pascal Obispo ou Bruno Solo ? Toutes et tous ont plus de 55 ans et seraient, sans doute, un excellent exemple pour la tranche d’âge la plus réticente à la vaccination. Encore faut-il les convaincre… 


Série télé - Tahar Rahim est le Serpent sur Netflix


Alain Gautier règne sur le Bangkok interlope des années 70. Ce Français, officiellement négociant en pierres précieuses, cache bien son jeu. Derrière une façade enjouée,  c’est un escroc d’un rare machiavélisme. Toujours en vie (aux dernières nouvelles il croupit en prison au Népal), son parcours est au centre de cette série britannique en six épisodes diffusée avec succès par Netflix depuis le début du mois. Ce Gautier si charismatique se nomme en réalité Charles Sobhraj

Interprété par Tahar Rahim, l’escroc, comme un serpent en Inde, charme ses proies avant de leur donner le coup de grâce. Au cœur de ces années 70 où le phénomène hippie est à son apogée, le Serpent repère ces jeunes idéalistes, souvent les poches pleines des dollars de papa et maman. Avec sa compagne du moment, Marie-Andrée (Jenna Coleman), une Québécoise très sophistiquée, il les invite dans son appartement, situé dans une résidence luxueuse. 

Les soirées se passent dans un premier temps au bord de la piscine. Ensuite dans la chambre d’ami où le Serpent parvient à les droguer puis a les dévaliser. Il charge alors son complice Indien de se débarrasser des corps. Sans oublier de récupérer les passeports pour se fabriquer de nouvelles identités. 

Le diplomate tenace

Quand les parents d’un jeune couple néerlandais s’inquiètent auprès de l’ambassade de leur disparition, un jeune diplomate, Hernan Knippenberg (Billy Howle) promet de les retrouver. Hernan se transforme en enquêteur et va se lancer aux trousses de Charles-Alain/le Serpent. La série se concentre sur ce face-à-face. Si les sauts dans le temps sont parfois déroutants, l’ensemble est finalement très addictif. 

Dans ce Bangkok reconstitué, on suit la performance d’acteur majeure d’un Tahar Rahim qui s’impose par son éclectisme. L’acteur français, révélé dans Le Prophète de Jacques Audiard, est en passe de se forger une belle réputation dans le monde anglo-saxon avec cette série et sa performance dans Désigné coupable de Kevin Macdonald avec Jodie Foster, normalement au cinéma début juin.  

vendredi 16 avril 2021

Cinéma en streaming - Sauvages et très étranges ces "garçons" filmés par Bertrand Mandico


Dans ce monde où la culture prémâchée et bien-pensante s’octroie de plus en plus de place, il existe encore quelques îlots de liberté où l’originalité et l’anticonformisme ont encore droit de cité. Arte en est l’exemple parfait. Sur sa plateforme, arte.tv, vous avez jusqu’au 13 juillet pour voir « Les garçons sauvages » de Bertrand Mandico.  

Ce film en noir et blanc, avec quelques passages oniriques (ou cauchemardesques) en couleur, montre comment cinq adolescents de bonne famille, après un jeu qui a mal tourné, sont confiés à un capitaine au long cours chargé de les mater. Après une traversée mouvementée sur un petit voilier, les cinq têtes brûlées arrivent sur une île tropicale moite et inquiétante. Ils vont être confrontés à une étonnante flore, troncs d’arbres aux excroissances phalliques pour se désaltérer, fruits à foison et plantes accueillantes.

 Entre Jules Verne et « Ile du Dr Moreau », ce film inclassable, tourné à la Réunion, entraîne public et interprètes (toutes des comédiennes…) dans un voyage initiatique sans limite. 

De choses et d’autres - Souvenirs d’une gauche victorieuse

Dans moins d’un mois, cela fera 40 ans que la gauche remportait pour la première fois l’élection présidentielle sous la Ve République. Le 10 mai 1981, François Mitterrand battait Valéry Giscard d’Estaing.

Pour se souvenir de cette soirée électorale pluvieuse, véritable bascule dans la vie politique française, France Info va rediffuser, le lundi 10 mai, la soirée électorale diffusée sur Antenne 2 et Europe1 à l’époque.

Sans vouloir faire l’ancien combattant, je me souviens parfaitement de ce 10 mai 1981. Avec mes camarades étudiants à l’école de journalisme de Bordeaux, nous avions mis en place, sous la supervision des professeurs, une simili soirée électorale en interne. Rapidement, le clan des « gauchistes » (auquel j’adhérais par logique de classe, un fils d’ouvrier agricole ne pouvant pas être de droite) a cessé tout travail pour aller faire la fête, toute la nuit, place de la Victoire, alors que celui des « Giscardiens », restait pro jusqu’au bout.

40 ans plus tard, cette victoire glorieuse de la gauche semble comme un bug dans l’histoire du pays. La France penche de plus en plus à droite. Et le président Macron, élu avec beaucoup de voix, venues de cette gauche résignée, après les défaites de Lionel Jospin, marche sur les plates-bandes sécuritaires de sa principale concurrente.

Certes, le Mitterrand de 1988 n’était pas le même que celui du 10 mai 1981, mais il ne s’était pas renié à ce point.

Par chance, je ne serai plus là pour voir les 40 ans de mai 2022. Chance, car je redoute de plus en plus cette échéance électorale de tous les dangers pour la démocratie. 


jeudi 15 avril 2021

De choses et d’autres - La nouvelle drague au travail

Les derniers chiffres montrent que 14 % des couples se sont rencontrés au travail. Un autre sondage pour le site de rencontres en ligne Badoo, publié cette semaine, met en relief aussi ce chiffre de 14 %. Mais rien de romantique, cette fois, puisque 14 % des utilisateurs de cette application de rencontres avouent l’avoir utilisée au cours d’une réunion de travail.

Avant, on flirtait avec le ou la collègue à la machine à café ou autour d’une table en partageant la projection d’un Power Point, pourtant peu aphrodisiaque. Aujourd’hui, on ne regarde même pas la personne assise en face de soi, on reste les yeux rivés sur le smartphone, à tenter de trouver la femme de sa vie. Ou plus probablement, le coup d’un soir.

Ce sondage montre aussi que 12 % des sondés utilisent Badoo, à côté de leur compagne ou compagnon. S’ils l’avaient rencontré au boulot, en fait, ils peuvent tout cumuler : coup de foudre au travail, puis drague en douce au bureau et en sa présence…

Les patrons, en lisant ce sondage, vont, sans doute, interdire les smartphones durant ces séances de travail. Sauf, si l’employé sexy réussit à faire craquer la cadre supérieure de la boîte concurrente et parvient à lui soutirer quelques secrets d’entreprise sur l’oreiller. En fait, pour justifier l’utilisation d’une application de rencontres en ligne, en pleine réunion de travail, il suffit d’expliquer à son boss qu’on est en train d’espionner la concurrence.

À moins que cela ne soit l’inverse. Car, s’il y a bien quelque chose qui est partagé, par 100 % des utilisateurs de ce type de programme, c’est le mensonge. 


DVD et blu-ray - Les aventures de Poly par Nicolas Vanier

Sept ans après Belle et Sébastien, Nicolas Vanier a revisité l’autre succès télévisuel phénoménal des années 60, né de l’imagination de Cécile Aubry. Entièrement tourné dans la vallée de la Cèze, dans la Provence gardoise, en particulier au village de Monclus, Poly (M6 vidéo) s’adresse aux enfants prioritairement, mais leurs parents prendront aussi du plaisir devant cette édifiante histoire d’amitié entre une gamine et un poney, qui glisse vers le film d’aventures nostalgique et sauvage.

Cécile, 10 ans, déménage dans le sud de la France avec sa mère, Louise. L’intégration avec les autres enfants du village n’est pas facile. Lorsqu’un cirque de passage s’installe à côté, Cécile découvre que Poly le poney vedette est maltraité. Elle décide de le protéger et d’organiser son évasion ! Poursuivis par l’inquiétant directeur du cirque, Cécile et Poly s’embarquent dans une cavale pleine de rebondissements.


mercredi 14 avril 2021

De choses et d’autres - On ne peut pas tout avoir

La vie est équilibre, le fameux yin et yang. Rien n’est jamais parfait, on ne peut pas tout avoir. Il faut toujours qu’une bonne nouvelle soit contrebalancée par une mauvaise. Pour étayer mon propos, voici deux exemples glanés dans l’actualité récente. En Angleterre, la campagne de vaccination permet au pays de sortir d’un long confinement. Le nombre de malades de la Covid-19 est redevenu quantité négligeable.

Une accalmie sanitaire avec pour première conséquence l’ouverture des terrasses de pubs. Rendez à un Anglais l’occasion de boire une bière et sa vie redevient pleine de paillettes. Pourtant, une nouvelle gâche ce printemps 2021 en Angleterre : tous les magasins de bricolage ou de jardinage sont en rupture de stock totale de nains de jardins.

Au moins, nous pauvres Français peu vaccinés, toujours confinés et privés de libations sociales, on peut encore acheter ces horreurs pour rendre nos jardins encore plus rebutants.

Second exemple avec Thierry Ardisson. Il va faire son retour à la télévision. Après s’être fait virer comme un malpropre par Canal +, il retrouve la petite lucarne où il mènera chaque vendredi soir depuis un palace parisien, l’interview d’une grande star.

Un beau retour pour le trublion du PAF. A une nuance près. Comme c’est sur France 3, terminées les starlettes et petits jeunes qui montent. Ardisson devra s’adapter à l’âge du public de la chaîne. Et comme le créneau des people sur le retour est déjà pris le dimanche ailleurs, ce sont carrément des personnalités décédées depuis des années qui seront cuisinées par le célèbre intervieweur grâce à des trucages très poussés.

Premier invité : Jean Gabin. Ardisson est content, il fait toujours de la télévision. Mais avec des morts. 


mardi 13 avril 2021

Portrait - Les doigts verts de Marine Cressy

Il était une fois une magicienne (ou une fée…) qui aimait les plantes et le dessin. Elle devint paysagiste pour embellir les villes. Lors de ses promenades, elle croisait quantité d’espèces qu’elle trouvait toutes plus jolies les unes que les autres. Elle les dessinait minutieusement puis coloriait ses croquis. Elle confectionna une formule magique pour transformer ces dessins sur une simple feuille en un mini-guide facile à consulter. Sa trouvaille attira l’attention d’une maison d’édition spécialisée en écologie et les petits guides sont devenus un livre de 150 pages, en vente partout en France. Pour que les plantes croisées par les jardiniers promeneurs abandonnent leur anonymat.

Malgré des origines bretonnes, Marine Cressy est devenue une spécialiste de la végétation méditerranéenne. Elle peut vous nommer quasiment toutes les plantes qui poussent dans la région, en garrigue comme sur les trottoirs des villes ou dans les jardins des particuliers. Une encyclopédie vivante qui se remplit sans cesse au gré de ses balades dans et autour de Perpignan, la ville où elle s’est installée à la fin de ses études à l’école du Paysage de Versailles. Durant 10 ans elle a été paysagiste conseil au CAUE des Pyrénées-Orientales. Une expérience professionnelle qu’elle a décidé de prolonger en se mettant à son compte en 2019. Et se donner aussi l’occasion de vivre en partie de son autre passion : le dessin. 

Ce qui était un simple passe-temps (l’édition de mini-guides, lire ci-contre), est devenu un projet beaucoup plus abouti après la signature d’un contrat d’édition avec les éditions Ulmer. Durant 9 mois, dont une partie en plein confinement, elle a écrit et dessiné les 150 pages de cette « Mini-flore du jardinier promeneur ». Le résultat est un petit livre bourré d’informations utiles sur les fleurs, plantes et autres arbres de France, textes agrémentés de planches en couleurs et de dessins humoristiques dans les marges pour rendre la lecture plus fun. Un petit format qu’on peut glisser dans ses poches quand on part en balade. 
Marcher en ville, dans les parcs ou à la campagne reste une des occupations favorites de cette jeune femme fervente protectrice de la nature. Marcher mais savoir aussi s’arrêter pour observer les fleurs et les dessiner. Des dizaines et des dizaines de croquis depuis des années. Un herbier en papier qui lui a été d’une grande utilité pour confectionner ce livre. 

Au fil des saisons

Composé de quatre parties, en fonction des saisons, le guide s’intéresse aux fleurs, fruits et feuilles. À l’intérieur, elles sont classées par couleurs ou particularités. On peut donc admirer de superbes planches sur les fleurs bleues, violettes, rouges ou jaunes du printemps ou de l’été. Les feuilles aussi sont remarquables, certains arbustes aimant les colorer dans toutes les nuances du vert mais avec d’autres couleurs comme le pourpre ou le rouge à l’automne.

Entre chaque saison, Marine Cressy insère des bonus sur des pages au fond vert. Une volonté de cette créatrice de se mettre au niveau de ses lecteurs. Car tout en étant un livre en partie scientifique, cet ouvrage se veut ludique avant tout. D’ailleurs, en couverture, le programme est clairement énoncé : « Mettez un nom sur les plantes qui vous entourent ». 
« Je ne suis pas botaniste et l’idée de ce livre est d’aller vers le grand public, créer de la curiosité par rapport aux plantes du quotidien. Mais faire sourire aussi avec de petites anecdotes », explique Marine Cressy. Et des plantes exceptionnelles, on peut en trouver partout, tout le temps. En quelques mètres, dans le parc Sant-Vicens de Perpignan, rempli des cris des enfants en cette belle après-midi printanière, elle montre au néophyte les fleurs roses et si abondantes de l’arbre de Judée. Fleurs qui poussent par grappes directement sur les grosses blanches. Puis elle caresse avec délicatesse les pétales si fragiles du ciste cotonneux.
 

Camphrier et ricin

Le parc est un superbe terrain de jeu pour la paysagiste, mais elle apprécie encore plus de découvrir des plantes s’épanouissant en pleine zone urbain. A quelques dizaines de mètres du parc, au pied d’immeubles de plusieurs étages, des parterres regorgent de plantes sans doute semées par des habitants. Des acanthes grimpent de plus en plus haut, des urospermes se frayent un passage entre les herbes, les asperges réchappées de la cueillette se transforment en petit buisson alors que le laurier-rose, lui, n’est pas encore en fleurs.

Puis Marine Cressy arrache un bout d’écorce sèche à un arbre placé entre deux places de parking. En la sentant, on devine que c’est un camphrier qui s’épanouit incognito dans ce quartier de Perpignan. Plus loin, les jeunes feuilles rouge vif d’un ricin annoncent ce printemps paré des couleurs de l’arc-en-ciel au cœur de cette région méditerranéenne, beaucoup plus riche en diversité que le reste de l’Europe. Marine Cressy l’explique simplement par la rigueur du climat. Il est difficile aux plantes de survivre. Elles doivent s’adapter, s’accrocher, et aucune ne peut prendre le dessus sur les autres.

Une règle naturelle mise en pratique depuis quelques années dans les villes. Une essence ne doit pas représenter plus de 10 % des plantations. Perpignan ville des palmiers est une fausse image. Il y a actuellement près d’une centaine d’arbres différents dans la capitale catalane. Et encore plus de fleurs qui s’accrochent aux trottoirs. Il ne vous reste plus qu’à tenter de les repérer grâce aux ouvrages de Marine Cressy, la bonne fée de la végétation libre.

« Mini-flore » du jardinier promeneur » de Marine Cressy, Ulmer Éditions, 9,90 €

Les fleurs des trottoirs à l’honneur  

Les miniguides ayant de plus en plus de succès localement, la mairie de Perpignan a demandé à Marine Cressy de finaliser sous cette forme un petit fascicule sur les « Fleurs de nos trottoirs ». D’un format un peu plus grand, distribuée lors des visites botaniques ou d’actions de sensibilisation auprès des scolaires, cette plaquette permet de « changer de regard sur les sauvages de votre rue ».  Au total 174 espèces végétales ont été répertoriées dans les rues de Perpignan, preuve que la diversité existe au naturel. 
Les mini-guides (et posters*) sont disponibles dans les librairies Torcatis*, Cajelice*, et la LLibreria et Epicerie l’Echoppe à Perpignan. Librairie le Presse Papier* à Thuir, librairie Libambulle* et Biocoop* à Prades. Après le confinement, vous pourrez les retrouver aussi dans les magasins de jeux et jouets la Drôlerie et Sortilèges à Perpignan, à la Maison de site de Paulilles, au Prieuré de Marcevol* et au Tropique du Papillon* à Elne.

Tout est parti des mini-guides locaux 

Marine Cressy, lors de ses promenades, en ville comme à la campagne, a remarqué que ses amis lui demandaient régulièrement « Elle est jolie cette plante. Tu sais comment elle s’appelle ? » La paysagiste a décidé de compiler toutes ces espèces si communes dans la région méditerranéenne. Des dizaines de fiches et autant de dessin. Lui vient alors l’idée de les réunir dans des petits guides au gré des saisons. Elle publie donc un premier opuscule sur les « Fleurs, fruits et écorces remarquables de janvier à mars en Méditerranée ». Tout est fait à la main, sous une forme unique qui allie beauté et pratique. L’objectif de Marine Cressy était de proposer un petit fascicule facile à consulter en balade et peu encombrant. En réalité elle se contente d’imprimer une feuille classique, qu’elle plie ensuite de façon savante afin de transformer une face en petites pages informatives et l’autre en poster pour retrouver facilement les plantes croisées. Les trois autres mini-guides permettent de faire le tour de la végétation locale en une année et comme l’autrice aime partager ses inventions et sa démarche, elle propose également une sorte de making-of où elle explique comment elle dessine et confectionne ces petits bijoux d’inventivité. La collection complète, accompagnée de posters est toujours en vente dans divers points du département des Pyrénées-Orientales.