vendredi 2 octobre 2026

Rentrée littéraire - Méchante comédienne, étrange sculpteur

« Chante méchante » est le portrait d'une comédienne trop belle pour ne pas être odieuse. Guillaume Sire parvient cependant à la rendre attirante et touchante.

Des plus grandes scènes françaises à l'île de Guernesey, Léonie Dantin raconte son parcours de comédienne, experte en dissimulation. Faire l'actrice, 24 heures sur 24, est la meilleure façon de charmer. Ce roman, prenant la forme d'une longue confession de Léonie, explique pourquoi elle est foncièrement méchante. Trait de caractère qu'elle cache à la grande majorité de ses connaissances. Parfois elle dérape, oubliant son rôle de star accessible, de mère attentionnée, d'épouse fidèle. Comme quand, petite fille, elle donne un coup de pied à une camarade puis la pousse à dénoncer quelqu'un d'autre. Léonie Dantin est une carne. Du moins c'est ce qu'elle voudrait nous faire croire dans ce texte, en réalité écrit par Guillaume Sire, écrivain toulousain, déjà remarqué dans le très beau et épique roman « Les Contreforts », saga familiale située dans les Corbières audoises et paru en 2021. 

Léonie décide de retracer sa vie, sa carrière, par écrit, après sa visite chez un toubib qui vient de lui annoncer que les résultats des derniers examens médicaux sont très mauvais : elle va mourir. Dans très peu de temps. Il propose une mesure d'accompagnement, soulager la douleur puis fin de parcours dans un établissement spécialisé. Elle préfère faire le bilan de son existence de méchante congénitale, l'avouer et fuir, sans rien dévoiler à son mari, architecte très occupé, ni à ses enfants, Inès, adolescente, et Arthur, plus jeune, plus naïf. 

Léonie alterne récit clinique de ses errements et passages lyriques où elle clame son amour, ses regrets, sa colère. Tout en admettant que ces années de méchanceté ne pouvaient pas rester sans conséquence. Elle paye au prix fort ce qu'elle a fait, notamment à son premier amour, Antoine Besançon, sculpteur lunatique avec qui elle a fait les 400 coups avant de l'abandonner et de se s'assagir, du moins en façade, auprès de son mari. Et c'est vers cet amant délaissé, meurtri, qu'elle se tourne, le rejoignant dans son repaire de Guernesey. 

Mélangeant souvenirs et chemin de croix du présent, la confession de Léonie dresse le portrait d'une femme fatale complexe. Ouvertement détestable selon elle. Mais au charme irrésistible si l'on en croit ses relations. On comprend que c'est la force des grandes comédiennes, capables de tenir un rôle durant des années, jamais prises en défaut. A part quand elle se trouvent au seuil de la mort. Un texte brut, sans concessions, qui nous retourne les tripes. Comment ne pas plaindre la « méchante », plus victime que bourreau ?  

« Chante méchante », Guillaume Sire, Calmann-Lévy, 160 pages, 18,50 €

BD - Lumières sur le pays sombre


Ce très gros album de 256 pages est une merveille pour faire découvrir et aimer la fantasy aux plus jeunes. Tim Probert, l’auteur américain, a imaginé une planète, Irpa, plongée dans le noir depuis qu’un oiseau géant a mangé le soleil. 


Par chance un peuple a fabriqué des « Lumières » qui ont rendu la clarté à Irpa. Des années plus tard, la jeune Béa doit retrouver son grand-père, un cochon sorcier, qui a découvert que l’oiseau est de retour. Un voyage dans des contrées magiques en compagnie de Cad, aussi facétieux que bagarreur.   

« Lightfall » (tome 1), Gallimard, 19,90 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en 2021 dans l'Indépendant du Midi)

jeudi 1 octobre 2026

BD - Peu d’amour familial chez les Cestac


Florence Cestac poursuit le récit de ses vertes années. Cette fois elle se désintéresse un peu de sa personne pour dresser le portrait de ses parents. Son papa et sa maman, formidables selon la dessinatrice mais manquant cruellement d’amour. 

Ancienne génération, où le mari est le maître, la femme quasiment sa servante. Florence, jeune fille prise dans l’enthousiasme de Mai 68, a coupé les ponts avec ces bourgeois rétrogrades. 


Mais dans cette BD, qui va jusqu’à la mort des parents, elle met de l’eau dans son encre de Chine pour finalement les comprendre et même presque les excuser. 

Un album parfait, à mettre dans les mains des familles brouillées  de longue date. Normalement, la tension devrait tomber d’un cran et la situation s’améliorer un peu. 

« Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne) », Dargaud, 14,50 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en 2021 dans l'Indépendant du Midi)