lundi 31 août 2026

BD - Mélodie, rêveuse de papier


Mélodie est à cran. Adolescente à fleur de peau, elle voit sa vie être bouleversée par la séparation de ses parents. Et pour couronner le tout, elle déménage, obligée de suivre sa mère qui refait sa vie avec un nouveau compagnon et de laisser son père, seul et en pleine dépression. Nouvel appartement, loin de ses copines, notamment Shania, sa meilleure amie. Par contre elle doit toujours se coltiner son petit frère, insouciant et surtout très copain avec Nono, gentil surnom qu'il a trouvé à Arnaud, le nouvel amoureux de sa maman. 

Rien ne va donc dans la vie de Mélodie en ce jour de déménagement. Elle poirote au pied du camion. Quand surgit de l'immeuble d'en face un jeune skateur, très blond, très beau, très sûr de lui. Des 36e dessous, Mélodie est propulsée au 7e ciel par un coup de foudre aussi incompréhensible que irrésistible. 

Roman graphique plus spécialement destiné aux adolescents (adolescentes même, serait-on tenté d'écrire si l'on ne redoutait les procès en wokisme), La vie Mélodie est réjouissante. De ces histoires simples, presque banales, de la vie de tous les jours, qui pourtant au moment du twist final, parviennent presque à nous arracher quelques larmes (on résiste car on est un mec, nouveau procès en wokisme…). 

Pour raconter cet été bizarre, Jérôme Derache nous met au niveau de Mélodie, partageant avec délectation ses espoirs, ses rêves et déceptions. Mélodie qui tente de trouver sa voie. Du moins une qui aurait pour conséquence d'attirer l'attention du jeune Adonis. Skate, théâtre, dessin… elle hésite. 

Pour montrer ces montagnes russes d'émotion, Fabio Lai adopte un dessin coloré, vif et en mouvement, se passant des cases trop rigides pour donner encore plus de force à ses talents de dessinateur passé par l'étape très formatrice de l'animation. Beau et émouvant.  

"La vie Mélodie, Bamboo, 72 pages, 15,90 €


dimanche 30 août 2026

BD - Les enfants de la tour Eiffel


Surnommée la Dame de Fer (bien avant l'ancienne Première ministre britannique) par les Parisiens, la tour Eiffel est au centre de cette nouvelle série jeunesse écrite par le duo de scénaristes catalano-audois constitué de Carbone et Cee Cee Mia. Les Phénix de Paris, ce sont des gamins, orphelins, qui vivent en détroussant les touristes dans les rues de la capitale française. Des orphelins, sans repaires, gibier idéal pour Hector, voyou notoire, chef du gang des Loups de Montmartre. Il a enrôlé ces cinq âmes esseulées pour leur apprendre à voler en toute discrétion. En échange, ils ont un toit et un bout de pain. Et si le butin n'est pas assez gros, pas de pain mais des torgnoles à la place. 

Il y a un petit air de Dickens avec l'accent titi parisien dans cet album inaugural. Mais sans trop de misérabilisme. Les enfants sont déterminés à se sortir de ce bourbier. Le plus décidé reste Gabin. Il déteste voler. Cherche toujours une autre solution. Violette, sa compagne de larcin, est plus pragmatique. Quelques pièces ou bijoux en moins dans les poches des riches bourgeois ne leur manqueront pas. Par contre cela lui permettra, en fin de journée, de se remplir (un peu) l'estomac. 

Les premières planches, dessinées par Paolo Voto, artiste italien, promènent le lecteur dans ce Paris de la fin du XIXe siècle. Grands monuments existants et surtout future vedette, en pleine construction, la tour Eiffel. C'est à ses pieds que Gabin et Violette parviennent à voler une belle montre à un gamin qui a failli se faire renverser par un fiacle. Gabin lui sauve la vie, Violette le déleste de son bien précieux. Montre qui termine dans la poche d'Hector. Le lendemain, Albert, le volé, retrouve Gabin et le supplie de lui rendre ce souvenir offert par son père. Qui n'est autre que Gustave Eiffel, le concepteur de la fameuse tour. Entre Gabin, Albert et Violette naît une belle amitié et complicité. Albert retrouve sa montre, mais Gabin et Violette deviennent des parias, recherchés par Hector décidé à les trucider. Ils vont se cacher dans une baraque du chantier de la tour Eiffel en compagnie de leurs trois autres amis orphelins et se transformer en gardiens de la grande dame. 

Une belle histoire d'amitié faisant fi des différences de classes, une intrigue prenante, des amourettes naissantes, des décors à couper le souffle : Les Phénix de Paris vous feront voyager dans le temps pour redécouvrir la vie dans la Capitale il y a plus d'un siècle.    

"Les Phénix de Paris" (tome 1), Jungle, 56 pages, 13,95 €


samedi 29 août 2026

BD - "Les hommes feuilles", 16e album de Jeannette Pointu


Comment se distraire tout en devenant incollable en génétique ? Wasterlain a peut-être la solution en 46 pages. "Les Hommes feuilles" est le titre de la 16e aventure de Jeannette Pointu. L'intrépide journaliste se rend au cœur de la forêt amazonienne. Elle observe une équipe de scientifiques explorant la canopée à bord d'un radeau des cimes. Entre les araignées, les serpents et autres singes hurleurs, la faune est diversifiée. Et même plus que n'auraient osé l'espérer ces chercheurs. 

Jeannette, la première, découvre de mystérieux hommes feuilles vivant dans les arbres.

Des êtres qui semblent être le chaînon manquant entre les singes et l'Homme. Mais rapidement notre héroïne découvrira qu'il ne s'agit que du résultat d'une manipulation génétique d'un savant fou, Jean Nabuse (jeu de mot douteux mais quand y'a de la gène y'a pas de plaisir...).

Un album passionnant qui annonce une suite tout aussi trépidante.

"Jeannette Pointu, les hommes feuilles" (tome 16). Dupuis. (Album paru en 2001. Chronique initialement publiée en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


vendredi 28 août 2026

BD - Ambiance noire dans "Ciao Pékin"


Alfred est un livreur de pizzas en chômage. Habitué du bar de Riri, il croit sa chance venue quand un réalisateur décide de planter ses caméras dans ce troquet parisien pittoresque. Sûr, Alfred va se retrouver en haut de l'affiche, enlaçant tendrement la vedette féminine. La réalité est tout autre. 

Le gros rouge aidant, Alfred démolit le portrait de Jean-Pierre Koulechov, le Jeune premier. Et quand ce dernier est retrouvé assassiné chez lui, les policiers soupçonnent immédiatement Alfred. Il devra trouver refuge dans un squat. 

Et pour prouver son innocence il ne lui reste plus qu'à démasquer les coupables.

Pourquié (dessin) et Pecherot (scénario) n'en sont pas à leur coup d'essai. Un tandem bien rodé au ton nouveau mêlant humour, polar et poésie. À noter un petit clin d'œil aveyronnais : une des trois fins possibles se déroule en plein Larzac, entre Le Caylar et La Couvertoirade.

"Ciao Pékin", Casterman. Album paru en 2001. (Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


jeudi 27 août 2026

BD - "Rural !", Davodeau avec la Conf'


Un bulldozer contre une vache qui broute : la couverture de « Rural ! », album signé d'Etienne Davodeau, est hautement symbolique. Sous-titré "Chronique d'une collision politique », ce livre en noir et blanc d'une centaine de pages est en fait un long reportage graphique.

L'auteur a suivi durant une année trois agriculteurs en Gaec dans la région d'Angers. Militants de la Confédération paysanne, reconvertis dans le bio, ils sont opposés au tracé d'une autoroute qui va traverser leur exploitation de part en part. Davodeau nous fait partager ses étonnements (il n'y connaît rien en agriculture et le reconnaît), ses enthousiasmes, sa rage quand il fait témoigner les «petits » impuissants et démunis face aux forces du capital.

Un livre militant, bon exemple de ce qui peut se passer quand on décide au plus haut niveau de tracer de nouveaux axes de circulation.

"Rural !", Delcourt, 144 pages, 16,50 € (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mercredi 26 août 2026

BD - "Goetz", du Sartre version barbare


Envie de lire du Sartre tout en bénéficiant d'une montée d'adrénaline justifiée par des combats sanglants entre barbares ? L'exercice semble contradictoire et pourtant c'est exactement ce que vous pourrez obtenir en vous plongeant dans "Goetz", roman graphique écrit par Fane et dessiné par Didier Cassegrain. Une adaptation très libre (barbares et science-fiction oblige) d'un livre de Jean-Paul Sartre un peu oublié. Ce projet, monumental (par sa complexité et sa lourdeur) a occupé plusieurs années de la vie de Fane. L'ancien dessinateur du Joe Bar Team a découvert cette pièce de théâtre au lycée. Un professeur de philo un peu original décide, pour mieux persuader ses élèves de l'importance de la pensée sartrienne, de leur faire interpréter des extraits de l'œuvre. Fane hérite du rôle-titre, le guerrier bâtard. Il va donner la réplique à la plus belle fille de la classe qui interprète Katerine. Jeune beauté dont il est secrètement amoureux… 


De cet épisode adolescent, Fane conservera une fascination pour Goetz. Plusieurs décennies ont passé. Le dessinateur remet en cause son travail. Il veut changer de registre et s'attaque à l'adaptation du texte adoré. Une réinterprétation dans les codes de l'époque. Dans un futur très lointain, les Terriens débarquent sur une planète primitive. Ils vont la coloniser, aidés de leur puissante technologie. En face, les autochtones, toujours à l'âge du fer, subissent puis résistent. Il faudra l'arrivée de Goetz, un bâtard violent, à la tête d'un clan pour que tout change. Avec l'aide des Dieux, il est sur le point de massacrer toute la colonie. Mais le discours d'un médecin lui donne l'occasion de changer. D'adorateur du Mal, il va devenir apôtre du Bien. Goetz, a deux visages, deux trajectoires mais un seul destin. 

Fane a réalisé le storyboard des 150 pages de cette BD dantesque. Mais il a préféré donner cette matière à un autre dessinateur, capable de magnifier ces scènes d'anthologie. Didier Cassegrain accepte le challenge. Il se lance donc dans la réalisation de ces 150 planches d'une force et d'une splendeur redoutables. Cassegrain, connu pour son style inimitable qui magnifie la féminité. Katerine est fragile et belle, les guerrières barbares fortes et audacieuses. 

Reste le cas de Goetz, omniprésent, insaisissable. D'une cruauté inimaginable dans la première partie, exemple parfait  du "bon" dans la seconde. Qui l'emportera ? C'est toute la morale de ce roman graphique beau, puissant et inspirant

"Goetz", Comix Buro - Glénat, 184 pages, 29 €


mardi 25 août 2026

BD - "SOS Bonheur", chef-d'oeuvre de Van Hamme et Griffo en intégrale


Avant de connaître le succès phénoménal de XIII et de Largo Winch, Jean Van Hamme a dû batailler ferme. Ainsi il avait dans ses cartons une idée de série TV explorant divers aspects d'un monde à la Orwell. Rien à voir avec le Big Brother de M6, d'ailleurs le projet n'aboutira jamais.

Mais ces synopsis serviront de base aux deux premiers tomes de SOS Bonheur, une BD. des années 80, emblématique de la collection Aire Libre. Les éditions Dupuis ressortent cette histoire de science fiction prémonitoire en version intégrale. Force est de constater que cette bande dessinée n'a pas pris une ride.

Le scénario, noir et pessimiste à souhait, n'en a que plus de force en ce début de III° millénaire. Au dessin, Griffo jetait les bases de ce style réaliste très fouillé qui s'épanouira quelques années plus tard dans Giacomo C. 

Un classique à redécouvrir d'urgence.

"SOS Bonheur", Dupuis, 176 pages. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


BD - A la recherche des derniers colons


Le space opéra n’a pas dit son dernier mot. «Colonisation» de Denis-Pierre Filippi (scénario) et Vincenzo Cucca (dessin, et bien évidemment Italien...) reprend les bases du genre. Des vaisseaux spatiaux, quelques aliens, gentils et dotés d’une technologie très avancée, des pirates, des nef perdues au fin fond de  la galaxie et une mission de secours périlleuse. Le compte est bon, surtout si l’on rajoute à cela un équipage mené par une forte tête, la rousse, mignonne mais pas commode, Milla Aygon. 

Dans un futur assez éloigné, la terre au bord de l’asphyxie, envoie des dizaines de nefs dans tout l’espace pour tenter de trouver des planètes à coloniser. Quelques années plus tard, une nouvelle technologie permet de trouver ces lieux à coloniser sans les années de voyage.Des missions sont alors lancées pour retrouver les nefs. 

Milla est à la tête d’une de ces expéditions et retrouve dans un vaisseau en ruines un seul corps encore en vie, celui de l’officier Clarence Sternis.

Un peu complexe dans ses premières pages, cette série est pourtant prometteuse pour les fans de ce genre d’histoires. Et ils n’auront pas à attendre trop longtemps pour découvrir la suite puisque le tome 2 devrait se poser le 11 avril prochain dans toutes les bonnes librairies de la galaxie.

«Colonisation» (tome 1), Glénat, 13,90 €

lundi 24 août 2026

BD - Les premiers pas de l'Agence Hardy


Après avoir beaucoup exploré le futur et le présent, Pierre Christin, scénariste de Valérian et de quelques légendes oubliées illustrées par Bilal, a volontairement décidé de se plonger dans le Paris de son enfance. 

Mme Hardy est détective privé, près des entrepôts de Bercy, en 1955. Cette belle et grande bourgeoise travaille en indépendante pour oublier son veuvage, comme d'autres iraient à la messe. 

Cela ne marche pas très fort mais un gros client pourrait renflouer les caisses. Un industriel s'inquiète de la disparition d'un jeune chimiste qui venait de mettre au point un nouveau parfum.

Aidé de son jeune assistant Victor, Mme Hardy va vite être plongée dans une sombre affaire d'espionnage industriel entre Russes et Américains.

Finement illustrée par Annie Goetzinger, cette histoire bien ficelée est pleine de charme.

"Agence Hardy - Le parfum disparu", Dargaud. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron)


dimanche 23 août 2026

BD - Mars peut sauver la Terre


Dès le début du 3e tome d’Olympus Mons, écrit par Christophe Bec, Aveyronnais vivant dans le Tarn et dessiné par Stefano Raffaele, un Italien, le ton est donné : l’apocalypse semble inévitable. A moins qu’une cosmonaute russe, bloquée sur Mars, trouve une entrée dans le vaisseau spatial gigantesque découvert que Olympus Mons. Là pourrait se trouver la solution pour empêcher la fin prochaine de notre planète. 

Rythme de parution soutenu, multiplication des lieux où  se déroule l’action, aller-retours dans le temps, premières apparitions de ce qui semble être des extraterrestres (ou des robots, on ne sait pas encore trop pour l’instant) : il n’y a rien à jeter dans cette  BD caractéristique de l’univers foisonnant et toujours très imaginatif de Christophe Bec. 

«Olympus Mons» (tome 3), Soleil, 14,50 €

samedi 22 août 2026

BD - « Oblivion Song », l’autre monde de Robert Kirkman


De tous les scénaristes de BD américains, Robert Kirkman est sans doute le plus connu. Normal, on lui doit la série «The Walking Dead», série ultime sur les zombies au succès démultiplié depuis qu’il l’ adapté à la télévision. Aussi quand il décide de lancer une nouvelle série, les fans sont aux anges. 

«Oblivion Song», dessiné par l’Italien Lorenzo De Felici est remplie de monstres. Mais pas du tout humains. A Philadelphie, en quelques secondes, une partie de la ville est vidée de 300 000 de ses habitants.Ils ont basculé dans une autre dimension peuplée de monstres. Nathan Cole, le héros, a trouvé un moyen pour aller récupérer les rares survivants.

Double intrique pour ce premier tome de 160 pages. Sur terre avec les manigances de l’armée US et dans l’autre dimension, Oblivion, où tout le monde ne veut pas revenir. Un univers très addictif, tant par ses rebondissements que sa beauté graphique.

«Oblivion Song» (tome 1), Delcourt, 16,50 € (Album paru en 2018)

vendredi 21 août 2026

BD - L’énigme Lapérouse


Fantastique expédition scientifique destinée à mieux connaître notre monde, le périple de Lapérouse et de ses deux navires n’est pas allé au bout. Que s’est-il passé au large d’îles isolées et totalement sauvages du Pacifique ? 

Peter Dillon, plusieurs décennies après le drame, affirme avoir la réponse à cette interrogation qui passionne encore la France. Le récit de Boris Beuzelin s’appuie sur des documents certifiés, mais se permet d’extrapoler. 

On suit donc ce marin anglais, aventurier aux faux airs de Corto Maltese, cherchant avant tout à faire fortune en ramenant les derniers vestiges de l’aventure maritime royale de la fin du XVIIe siècle. On entre avec une grande facilité dans cette histoire où les sauvages ne sont pas forcément là où on les attend. 

« Peter Dillon », Glénat, 17,50 €

jeudi 20 août 2026

BD - Tombelaine ou un Français chez les Boxers

En 1900, la Chine s'éveille. La révolte des Boxers marque la déroute des puissances coloniales pensant pouvoir se partager les richesses de l'empire du Milieu.

Cet épisode capital de l'histoire de l'Asie sert de toile de fond au premier volume d'une nouvelle série écrite par Chaillet et dessinée par Capo. Tombelaine c'est le nom d'un domaine de Normandie, propriété familiale de Quentin Fortune un jeune instituteur frais émoulu de l'école normale. Mais les ruines du château ont été rachetées par Lebeuf, le père d'Amélie, une jeune fille amoureuse de Quentin. Un amour contrarié car Quentin découvre les trafics de Lebeuf.

Victime d'un odieux chantage, il doit oublier Amélie, quitter la France, et s'engager dans le corps expéditionnaire mis en place pour mater la révolte des Chinois. Chaillet, sans justifier la violence des Boxers, dénonce le climat d'affairisme et de pillage organisé mis en place par les colonisateurs. Bernard Capo s'en tire à merveille grâce à son trait réaliste très précis.

"Tombelaine" (tome 1), Casterman (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en mai 2001 dans Centre Presse Aveyron) 


Rentrée littéraire – La folie Van Gogh


Exemple parfait de l'artiste torturé, Vincent Van Gogh s'invite dans cette rentrée littéraire de 2026 en devenant le personnage principal du premier roman de Vincent Vigneron, « Rien que de grands tournesols ». Une phrase prononcée par le peintre quelques mois avant sa mort. Installé en Provence, il envisage de décorer la chambre de son ami Gauguin. En déclinant à l'infini cette fleur jaune qui le rendra mondialement célèbre longtemps après sa disparition à l'issue d'une vie de misère et d'incompréhension. En s'attaquant à la vie de ce monument de la peinture européenne, l'écrivain semble avant tout laisser parler son cœur. Car il raconte la folie qui a saccagé la vie sociale de Van Gogh avec beaucoup d'empathie. Fils de bourgeois hollandais, Vincent tente de s'intégrer. Son père est pasteur. Il essaie de le devenir à son tour. En vain. Il donne des cours en Angleterre, vend des tableaux à Paris, vit d'expédients en Belgique. Une errance avec toujours son frère Théo pour l'aider, le sauver en dernier recours. Jusqu'à cet exil dans le Sud, là où son talent éclate, où la folie explose. Le style de Vincent Vigneron se cherche encore un peu (premier roman oblige), mais certaines envolées, aussi épiques que tarabiscotées, valent bien des tableaux longtemps incompris.

« Rien que de grand tournesols », Vincent Vigneron, Robert Laffont, 304 pages, 21 €


mercredi 19 août 2026

BD - Une énergie nouvelle pour aller encore plus vite et plus loin


Le petit génie qui travaille depuis des années sur un moteur à eau et qui pense arriver au bout de ses recherches doit se mordre les doigts. Paradoxalement, l'eau que l'on croyait présente en énormes quantités partout sur la planète se raréfie au même rythme que le réchauffement climatique explose… Il n'y a pas d'engin doté d'un moteur à eau dans "L'équipée du siècle", BD écrite par Dominique Latil et dessinée par Romain Sordet. Dans un passé légèrement remanié (fin du XIXe siècle), la révolution industrielle bat son plein. Les premières voitures permettent de raccourcir les distances. 

Le plus grand des pays, les USA, lance une gigantesque compétition pour encourager l'innovation et décider quelle sera la prochaine source d'énergie privilégiée par l'Etat. Il faut tout simplement traverser le continent, d'Est en Ouest, de l'Atlantique au Pacifique, le plus rapidement possible. Des grandes firmes engagent des bolides novateurs. Mais dans cette cohorte de voitures ou camions avançant grâce au pétrole ou au charbon, une moto compacte semble peu apte à l'emporter. Et pourtant, elle est conduite par Lewis Carver, as du guidon et des cabrioles (il survit en effectuant des cascades dans un cirque ambulant). Il aurait largement sa place dans le championnat national, mais il a le handicap d'être Noir. Dans ce passé déformé, si certaines énergies sont nouvelles, les préjugés et le racisme sont anciens et toujours d'actualité. Derrière Lewis, la rousse au yeux verts, Maddie Clarke, jeune ingénieure qui a trouvé dans un minerai rare la possibilité d'alimenter un générateur électrique portable. Le GEAR (générateur d'électricité aérobique récursif) lui permet de faire rouler la moto durant plusieurs jours d'affilée sans avoir besoin de ravitailler, contrairement aux autres concurrents. 

Histoire complète menée à 100 à l'heure, L'équipée du siècle, après la présentation scientifique du GEAR et des deux héros que tout oppose en dehors de la soif de victoire, est une trépidante course dans les USA en pleine construction. Les embûches sont nombreuses. En provenance des locaux croisés, mais surtout des autres conducteurs, souvent plus payés pour saboter les adversaires que pour faire avancer leur prototype. Romain Sordet prend beaucoup de plaisir à dessiner ces belles mécaniques imaginaires et les grands espaces américains. Il a aussi très réussi les portraits de Lewis et Maddie. Un régal pour les yeux.   

"L'équipée du siècle", Bamboo Drakoo, 64 pages, 16,90 €


mardi 18 août 2026

BD - Pilotes sous contrôle


Tanguy et Laverdure, les chevaliers du Ciel imaginés par Charlier et Uderzo, volent toujours pour l’armée française. Dans ce 9e album de la nouvelle série, dessiné par Sébastien Philippe et scénarisé par Buendia et Zumbiehl, le duo est aux prises avec un savant fou qui, en implantant des nano-robots dans le cerveau d’un pilote, peut prendre le contrôle de sa volonté. 

Un de nos héros va être victime de cette piraterie des temps modernes. Combats en Bretagne, survol de Guernesey, attaque d’une base secrète par un commando : beaucoup d’action dans cette histoire qui verra sa conclusion dans le 10e titre.  

« Les chevaliers du Ciel » (tome 9), Dargaud, 13 €

lundi 17 août 2026

BD - Femmes puissantes ou simples sorcières


Les féministes luttant de nos jours seraient traitées de sorcières au Moyen Âge. Ce constat évident est au centre du roman graphique Sorcières ! disent-ils de Juliette Ihler et Singeon. 150 pages où les auteurs retracent l’histoire de la chasse aux sorcières en racontant ce qui s’est passé dans un petit village de France profonde, Sauzelle, en 1489. 


Les villageois vivent en bonne intelligence. Le soir venu, les femmes aiment à se retrouver ensemble. Il y a Yolanda, diseuse de bonne aventure, Ermentrude, guérisseuse, Theodora, forgeronne, célibataire et libertine et Boussarde, mariée et excellente cuisinière. Des femmes qui pensent par elles-mêmes, ne sont pas inféodées aux hommes. 

Trop puissantes pour l’époque. Cela ne plaît pas à deux inquisiteurs chargés de prouver que ce sont des sorcières et qu’il faut les brûler en place publique après des procès qui s’apparentent plus à des séances de tortures pour esprits sadiques qu’à de la justice. Même divine.      

« Sorcières ! disent-ils », Delcourt, 18,95 €

dimanche 16 août 2026

BD - Candélabres, êtres merveilleux aimant le feu


Un peu de fantastique, une touche de psychologie et beaucoup de poésie, tel est le cocktail savoureux que nous propose Algésiras dans le deuxième tome de "Candélabres ».

Algésiras est une jeune dessinatrice au trait d'une incroyable élégance. Si un des héros est danseur, ce n'est certainement pas par hasard. Les personnages, jeunes et élancés, ne semblent jamais toucher le sol, comme en état d'apesanteur. Une grâce qui illumine en permanence ces 46 pages.


Pour ce qui est de l'histoire, relativement compliquée, elle met en lumière des êtres merveilleux, les candélabres, qui n'apparaissent qu'à certains élus. Ils savent utiliser le feu et dans un monde parallèle une lutte acharnée se déroule pour contrôler ce pouvoir.

Julien, le héros, a été sauvé des flammes par Solédango, un candélabre. Depuis ce dernier vient régulièrement le hanter, l'aider et le guider.

"Candélabres" (tome 2), Delcourt. Album paru fin 2000, chronique publiée initialement en avril 2001 dans Centre Presse Aveyron 


samedi 15 août 2026

BD - Les "Rapaces" à l'oeuvre


Avez-vous un petit kyste derrière l'oreille ? Si oui, mauvaise nouvelle, Camilla et son frère rodent dans les parages et ont décidé de faire le ménage. Ce kyste est le signe distinctif d'une petite élite au pouvoir qui ne craint pas la mort.

Un grand financier, un acteur connu, le chef d'un gang black, le principal policier, ils ont concentré toutes les formes de pouvoir entre leurs mains, s'assurant mutuellement une impunité éternelle. Mais voilà, les deux oiseaux noirs du malheur ont percé le secret de la caste et tuent à tour de bras, en plantant une aiguille d'argent dans ce kyste magique.

Du fantastique de premier ordre signé Dufaux au scénario et Marini au dessin. Ce dernier utilise au maximum les couleurs directes pour meure en place une ambiance oppressante. Son travail sur le rouge est du grand art. Les deux exterminateurs sont les personnages principaux mais il ne faut pas négliger le rôle de l'inspecteur Lenore, une femme-flic en quête de vérité et qui ne se laisse pas démonter par les tours de magie de ses adversaires.

Un peu de pragmatisme pour mieux faire passer l'irréel. 

"Rapaces" (tome 1), Dargaud, 56 pages, 17,50 € (Album paru en 1998, chronique publiée initialement en septembre 1998 dans Centre Presse Aveyron)

vendredi 14 août 2026

BD - No War, fin de partie


No War
d’Anthony Pastor se termine dans un seul gros volume de 230 pages reprenant les deux derniers épisodes de cette série de politique-fiction. Dans le petit pays imaginaire du Vukland, archipel ressemblant à l’Islande et au Groenland, la révolte populaire prend de l’ampleur. 


Le peuple Kivik se lève contre les agissements des capitalistes américains et chinois. La magie va s’immiscer dans cette bataille économique. Une belle parabole politique servie par un dessin réaliste nerveux et beau, tout en restant redoutablement efficace.  

« No War » (tomes 5 & 6), Casterman, 232 pages 25 € (Album paru en mars 2021)

jeudi 13 août 2026

BD - Adorable Imbattable


Ce serait le plus fort des super-héros. C’est en tout cas le plus gentil et le plus original de ces justiciers masqués. Imbattable, création de Pascal Jousselin, est avant tout un inventeur de génie. Pas de machines compliquées pour arrêter les méchants mais de sauts quantiques dans la narration. Cette BD est un laboratoire d’expériences graphiques. 

En passant d’une case à l’autre, Imbattable a souvent un coup d’avance. Mais certains ennemis ont aussi des pouvoirs bousculant la linéarité d’une histoire. On adore ces expériences où la logique est mise à rude épreuve mais où l’imagination se révèle essentielle. 

Dans ce 3e recueil d’histoires courtes parues dans l’hebdomadaire Spirou, se niche une aventure de Jean-Pierre (le gendarme qui aide Imbattable dans ses enquêtes) d’une tendresse et d’une force émotionnelle totalement inattendue dans ce type d’album. Tout ça par la force d’un peu de vernis et en modifiant légèrement l’angle de lecture. Génial ! 

« Imbattable » (tome 3), Dupuis, 10,95 €

mercredi 12 août 2026

BD - Lockwood & associés chassent les fantômes


Jonathan Stroud, romancier britannique, a tiré le gros lot en publiant les aventures des membres de l'agence Lockwood. Des romans au succès considérable, portes d'entrée vers d'autres horizons culturels. Une première adaptation en série télé (toujours en ligne sur Netflix) puis cette transposition en bande dessinée par une dessinatrice italienne, Rachele. 

Dans cet univers anglais bourré de magie, l'Angleterre se retrouve confrontée à un étrange phénomène : les âmes des défunts ne trouvent plus le repos et reviennent hanter les vivants. Le moindre contact avec un fantôme peut être mortel. Pour combattre la menace, la police découvre que les plus efficaces sont les enfants. Ainsi des agences d'extermination de fantômes sont créées, un filon pour de grands groupes de sécurité. 


Dans ce milieu dangereux à tous les niveaux, l'Agence Lockwood est à part. Antony, encore adolescent, en est le patron et principal enquêteur. Il est secondé par un petit génie en technologie, George Cubbins, un peu trouillard sur les bords. Le boss cherche un renfort. C'est dans ce cadre que la jeune Lucy Carlyle vient sonner chez Lockwood. Un entretien d'embauche mouvementé pour finalement débuter son contrat le soir même dans une vieille maison désertée après qu'un spectre y sème la zizanie la nuit venue. 

L'esprit du roman est parfaitement préservé par l'adaptation de Rachele. Lockwood est arrogant et prétentieux au risque de se retrouver dans des situations inconfortables, Lucy intrépide et trop souvent inconsciente, ce qui n'arrange pas toujours son patron. La petite agence tente de se faire une réputation dans un Londres qui vit dans la terreur le soir venu. Mais c'est tout sauf sans risque…  

Le récit convient aux adolescents qui apprécieront le dessin dynamique et rond de Rachele, au service de l'intrigue et de l'action. Une série prévue en cinq tomes indépendants les uns des autres. 

"Lockwood & associés" (tome 1), Rue de Sèvres, 64 pages, 14 €