mercredi 26 août 2026

BD - "Goetz", du Sartre version barbare


Envie de lire du Sartre tout en bénéficiant d'une montée d'adrénaline justifiée par des combats sanglants entre barbares ? L'exercice semble contradictoire et pourtant c'est exactement ce que vous pourrez obtenir en vous plongeant dans "Goetz", roman graphique écrit par Fane et dessiné par Didier Cassegrain. Une adaptation très libre (barbares et science-fiction oblige) d'un livre de Jean-Paul Sartre un peu oublié. Ce projet, monumental (par sa complexité et sa lourdeur) a occupé plusieurs années de la vie de Fane. L'ancien dessinateur du Joe Bar Team a découvert cette pièce de théâtre au lycée. Un professeur de philo un peu original décide, pour mieux persuader ses élèves de l'importance de la pensée sartrienne, de leur faire interpréter des extraits de l'œuvre. Fane hérite du rôle-titre, le guerrier bâtard. Il va donner la réplique à la plus belle fille de la classe qui interprète Katerine. Jeune beauté dont il est secrètement amoureux… 


De cet épisode adolescent, Fane conservera une fascination pour Goetz. Plusieurs décennies ont passé. Le dessinateur remet en cause son travail. Il veut changer de registre et s'attaque à l'adaptation du texte adoré. Une réinterprétation dans les codes de l'époque. Dans un futur très lointain, les Terriens débarquent sur une planète primitive. Ils vont la coloniser, aidés de leur puissante technologie. En face, les autochtones, toujours à l'âge du fer, subissent puis résistent. Il faudra l'arrivée de Goetz, un bâtard violent, à la tête d'un clan pour que tout change. Avec l'aide des Dieux, il est sur le point de massacrer toute la colonie. Mais le discours d'un médecin lui donne l'occasion de changer. D'adorateur du Mal, il va devenir apôtre du Bien. Goetz, a deux visages, deux trajectoires mais un seul destin. 

Fane a réalisé le storyboard des 150 pages de cette BD dantesque. Mais il a préféré donner cette matière à un autre dessinateur, capable de magnifier ces scènes d'anthologie. Didier Cassegrain accepte le challenge. Il se lance donc dans la réalisation de ces 150 planches d'une force et d'une splendeur redoutables. Cassegrain, connu pour son style inimitable qui magnifie la féminité. Katerine est fragile et belle, les guerrières barbares fortes et audacieuses. 

Reste le cas de Goetz, omniprésent, insaisissable. D'une cruauté inimaginable dans la première partie, exemple parfait  du "bon" dans la seconde. Qui l'emportera ? C'est toute la morale de ce roman graphique beau, puissant et inspirant

"Goetz", Comix Buro - Glénat, 184 pages, 29 €


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