Gévaugnac, village imaginaire de l’Aveyron, est le théâtre d’un crime horrible. Une gamine de 13 ans est retrouvée attachée à un sommier métallique, le corps entièrement brûlée par le brasier allumé dessous. L’émoi dans ce bourg campagnard est d’autant plus fort que cette immolation est la redite d’un précédent meurtre trois années auparavant. Pour résoudre l’affaire, la police criminelle de Toulouse envoie sur place Julie Fraysse.
Une excellente enquêtrice qui de plus est originaire de Gévaugnac. Julie qui y va avec des chaussures de plomb. Pas étonnant puisqu’elle allait partir en vacances avec ses deux garçons et leur père, son ex-compagnon, pour tenter de donner une seconde chance à leur relation. Elle accepte de tout plaquer contre la promesse du doublement de ses congés. Sur place elle retrouve de vieilles connaissances mais le mystère reste entier. La hiérarchie décide alors de permettre à Novak Marrec, le policier chargé de la première affaire, de reprendre du service.
Au cœur de la folie
De polar classique, À vif de René Manzor, se transforme en étonnant voyage littéraire au centre de la folie. Novak est interné dans un hôpital psychiatrique depuis deux ans. Persuadé d’avoir trouvé l’Immoleur, il a grièvement blessé ce pyromane. Depuis, le suspect est en prison, Novak enfermé et l’Immoleur toujours en liberté. Entre Julie et Novak, très vite l’entente ne sera pas cordiale. La première rêve de vacances, le second de revanche sur le destin. Elle est à cheval sur les règlements, lui tel un chien fou dans un jeu de quilles.
L’auteur avec une science consommée du rebondissement, multiplie les fausses pistes et interrogations, donnant encore plus de sel à l’intrigue avec les relations compliquées entre les deux héros. Pourtant, la femme séparée et le flic dément ne peuvent que constater une sorte d’attirance magnétique. « Novak la fixa longuement de ses yeux turquoise. Julie songea à la proximité de cet homme au comportement imprévisible, à la douce odeur de sa peau et aux complications qu’une relation avec lui engendrerait dans sa vie. » Alors, romance policière à l’ombre des bûchers ? Nous n’en dirons rien ici. Au lecteur de découvrir quelles sont réellement les relations entre ces deux flics.
Tout ce que l’on peut révéler, c’est que René Manzor, en plaçant résolument son récit dans le milieu psychiatrique, a décidé d’utiliser la folie à tous les niveaux. Folie d’un homme obsédé par un traumatisme de l’enfance, folie des hommes qui se persuadent que des démons peuvent posséder des jeunes filles, folie d’un système où l’écho médiatique d’une affaire, surtout sur les réseaux sociaux, peut avoir des répercussions dramatiques sur l’enquête policière. La démence de notre monde est au centre d’un polar qui parfois s’apparente plus au thriller voire au cauchemar éveillé.
« À vif » de René Manzor, Calmann-Lévy, 20,50 €

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