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jeudi 11 juillet 2024

Thriller - Quand Europol veut sauver « L’ombre des innocents »

René Manzor, ancien cinéaste, signe un roman policier très visuel qui prend la forme d’une course-poursuite à travers l’Europe. 


Le nouveau thriller de René Manzor est un exercice de grand écart redoutable pour le lecteur. D’un côté une violence sans limite est décrite sans fioritures. De l’autre on voit le quotidien très cool d’une famille française parisienne.

Côté violence cela commence par un attentat en pleine jungle colombienne. Des dizaines de mort dans le déraillement d’un train. Puis sur le plateau du Vercors, des gendarmes retrouvent le cadavre d’un enfant : « Enchaîné au mur par le collier de chien qu’il portait autour du cou, gisait un petit garçon de sept ans à moitié nu, dans une posture improbable. […] Du sang coulait de sa bouche et de son nez. » C’est la troisième victime d’un tueur en série insaisissable.

Europol s’empare de l’affaire et charge Wim Haag de la traque. À l’opposé, on découvre les petits soucis de Marion Scriba, romancière française, mère de trois enfants, récemment divorcée. Elle doit gérer ses trois garnements (dont une adolescente…) alors qu’elle bute depuis trop longtemps sur le dernier chapitre de son prochain polar. Une vie tranquille et sereine.

Alors pourquoi retrouve-t-on sur les trois scènes de crime l’ADN de l’écrivaine ? Ces exécutions ont-elles un lien avec son passé d’activiste en Colombie ? Devenue suspect numéro 1, elle parvient à s’évader du bureau du juge d’instruction et débute une cavale à travers toute l’Europe pour tenter de sauver les autres petits innocents.

Paris, Marseille, Gênes, La Haye, Lausanne, le Luxembourg, René Manzor ne compte pas les kilomètres et les rebondissements dans ce polar aussi mouvementé qu’une course-poursuite dans un blockbuster américain. Un sens de la mise en scène pour un écrivain qui n’a visiblement pas oublié qu’il a débuté en réalisant des films, dont le réputé Le passage avec Alain Delon.

« L’ombre des innocents » de René Manzor, Calmann-Lévy, 368 pages, 21,50 €

samedi 3 avril 2021

Polar - L’immoleur de retour en Aveyron

Gévaugnac, village imaginaire de l’Aveyron, est le théâtre d’un crime horrible. Une gamine de 13 ans est retrouvée attachée à un sommier métallique, le corps entièrement brûlée par le brasier allumé dessous. L’émoi dans ce bourg campagnard est d’autant plus fort que cette immolation est la redite d’un précédent meurtre trois années auparavant. Pour résoudre l’affaire, la police criminelle de Toulouse envoie sur place Julie Fraysse. 

Une excellente enquêtrice qui de plus est originaire de Gévaugnac. Julie qui y va avec des chaussures de plomb. Pas étonnant puisqu’elle allait partir en vacances avec ses deux garçons et leur père, son ex-compagnon, pour tenter de donner une seconde chance à leur relation. Elle accepte de tout plaquer contre la promesse du doublement de ses congés. Sur place elle retrouve de vieilles connaissances mais le mystère reste entier. La hiérarchie décide alors de permettre à Novak Marrec, le policier chargé de la première affaire, de reprendre du service. 

Au cœur de la folie

De polar classique, À vif de René Manzor, se transforme en étonnant voyage littéraire au centre de la folie. Novak est interné dans un hôpital psychiatrique depuis deux ans. Persuadé d’avoir trouvé l’Immoleur, il a grièvement blessé ce pyromane. Depuis, le suspect est en prison, Novak enfermé et l’Immoleur toujours en liberté. Entre Julie et Novak, très vite l’entente ne sera pas cordiale. La première rêve de vacances, le second de revanche sur le destin. Elle est à cheval sur les règlements, lui tel un chien fou dans un jeu de quilles. 

L’auteur avec une science consommée du rebondissement, multiplie les fausses pistes et interrogations, donnant encore plus de sel à l’intrigue avec les relations compliquées entre les deux héros. Pourtant, la femme séparée et le flic dément ne peuvent que constater une sorte d’attirance magnétique. « Novak la fixa longuement de ses yeux turquoise. Julie songea à la proximité de cet homme au comportement imprévisible, à la douce odeur de sa peau et aux complications qu’une relation avec lui engendrerait dans sa vie. » Alors, romance policière à l’ombre des bûchers ? Nous n’en dirons rien ici. Au lecteur de découvrir quelles sont réellement les relations entre ces deux flics. 

Tout ce que l’on peut révéler, c’est que René Manzor, en plaçant résolument son récit dans le milieu psychiatrique, a décidé d’utiliser la folie à tous les niveaux. Folie d’un homme obsédé par un traumatisme de l’enfance, folie des hommes qui se persuadent que des démons peuvent posséder des jeunes filles, folie d’un système où l’écho médiatique d’une affaire, surtout sur les réseaux sociaux, peut avoir des répercussions dramatiques sur l’enquête policière. La démence de notre monde est au centre d’un polar qui parfois s’apparente plus au thriller voire au cauchemar éveillé. 

« À vif » de René Manzor, Calmann-Lévy, 20,50 €