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dimanche 14 juillet 2024

Cinéma - Le confinement nous a placés “Hors du temps”

Souvenez-vous : c’était il y a à peine quatre ans, un virus, le confinement. Nous sommes très loin, aujourd’hui, de ces contraintes sanitaires. En fait, toute cette partie de notre vie est quasiment oubliée. Pourtant cet arrêt brutal de la vie dans le pays a bouleversé des existences. Fait réfléchir.

Olivier Assayas, cinéaste, raconte dans Hors du temps, son confinement. Avant la décision, il rejoint la maison familiale en banlieue parisienne. Mieux que l’appartement parisien : il y a un jardin et un immense parc, le théâtre des jeux enfantins avec son frère. Un frère qu’il retrouve. Ils se sont perdus de vue, ont oublié leur complicité et doivent réapprendre à se supporter.

Le film alterne vues fixes sur les lieux (maison, chambres, forêt, parc…) avec voix off du réalisateur racontant son enfance et les rapports avec ses parents, et pure comédie avec dans le rôle du cinéaste Vincent Macaigne et Micha Lescot dans celui du frère. Ils sont confinés avec leurs compagnes du moment. Le cinéaste, tous projets à l’arrêt, va découvrir les charmes du printemps tout en devenant paranoïaque, multipliant les précautions pour ne pas être exposé au virus.

Le frère, animateur radio, obligé de télétravailler, n’a qu’une envie : retrouver sa liberté. Hors du temps est parfois loufoque tant la caricature de cinéaste est ridicule dans sa manière de se protéger ; lumineux par ses tirades sur la nature ou l’amour ; intellectuel avec nombre de références savantes sur la peinture, la littérature ou certaines utopies oubliées comme L’an 01 de Gébé ; très réaliste avec les contraintes matérielles, de la garde alternée (avec rendez-vous sur un parking de supermarché) ou l’explosion des achats compulsifs par internet.

Un très bon résumé de cette période peu glorieuse que l’on a sans doute trop vite oubliée sans en tirer les bons enseignements.

Film d’Olivier Assayas avec Vincent Macaigne, Micha Lescot, Nora Hamzawi, Nine d’Urso.


mercredi 24 janvier 2024

Une fable (brésilienne) sur les effets du confinement


Quand la Covid 19 chamboulait nos vies, nous faisait paniquer, à quoi aurait ressemblé La dernière joie du monde, titre de ce roman brésilien de Bernardo Carvalho ? Presque une fable, ce court texte qui débute lors du premier confinement. Un homme annonce à son épouse qu’il la quitte. Immédiatement. Et la femme de se retrouver seule dans l’appartement. Pas totalement seule car quelques jours avant le début de la pandémie, l’épouse, prof d’université, a trompé son mari avec un étudiant. Un inconnu. Une seule fois.

Neuf mois plus tard, alors que le pays a radicalement changé, elle met au monde un garçon. Elle tente de retrouver le père en allant voir un devin. Cet homme, touché par la maladie, est longtemps resté dans le coma. À son réveil il n’a plus de souvenirs. Mais il peut prédire l’avenir.

« La dernière joie du monde » Bernardo Carvalho, Métailié, 128 pages, 18 €

mardi 29 août 2023

Roman français – Serge Joncour livre son récit de confinement


Laissez-vous emporter par la prose puissante de Serge Joncour. Après le remarquable Nature humaine (Flammarion, prix Fémina 2020 et prix Midi 2021), l’auteur qui aime tant l’Occitanie et plus spécialement le Lot, reprend le récit des vies de la famille d’Alexandre Fabrier, ce paysan exemplaire de l’évolution d’un métier jusqu’à la fin du XXe siècle.

Chaleur humaine (Albin Michel, 348 pages, 21,90 €) se déroule 20 ans après. Nous sommes en janvier 2020. Seul sur sa ferme, Alexandre élève des vaches, les parents continuant de produire quelques légumes avec un ouvrier, Alexandre a prolongé son histoire d’amour à distance avec Constanze, l’Allemande protectrice de la nature. Ses sœurs sont des citadines. L’une professeur à Toulouse, l’autre tient un café à Rodez, la dernière travaille dans les nouvelles technologies à Paris.
Frère et sœurs sont fâchés. La faute à des éoliennes géantes implantées sur les terres des exilées. Mais quand le confinement à cause de la pandémie Covid est décrété, elles décident de revenir se mettre au vert. Un roman puissant sur la réconciliation familiale, l’attachement à la terre, sa préservation et l’amour des animaux. Des simples vaches en passant par d’adorables chiots, vedettes indirectes de cette Chaleur humaine.

vendredi 7 juillet 2023

Roman - Amour immergé


La longue période du premier confinement a été un choc pour beaucoup mais aussi une opportunité de faire un bilan de sa vie. Le nouveau roman de Marie-Claire Baco-Baesa, autrice locale, utilise cette période pour dresser le portrait une femme amoureuse.

En pays d’étangs (150 pages, Balzac Éditeur, 18 €) se déroule entre Banyuls-sur-Mer et l’étang de Bages-Sigean. Alors qu’avec sa famille (un mari et deux grands adolescents), Anne se retrouve à télétravailler, elle décide de profiter de ce répit pour mettre au propre ses études sur les pêcheurs d’anguilles. Chercheuse au laboratoire océanographique d’Arago, elle a passé il y a quelques années de longs moments avec les derniers pêcheurs d’anguilles. Notamment Pierre.

Ce court roman, entre exploration scientifique et questionnement intérieur, est avant tout un cri d’amour. Car paradoxalement, Anne, est tombée follement amoureuse de Pierre. Malgré les différences sociales. Une belle et courte histoire d’amour qu’elle revit par procuration en reprenant ses notes et en se souvenant de tous ces délicieux moments d’égarement. Un style affirmé, simple et évocateur, permet à Marie-Claire Baco-Baesa d’embarquer le lecteur dans ces méandres romantiques au pays des étangs.

jeudi 2 février 2023

De choses et d’autres – Comme une odeur de reconfinement

Avez-vous, comme moi, ressenti un sentiment de déjà-vu ces derniers jours ? Comme un retour vers le passé, il y a trois ans, quand arrivaient de Chine les premiers signes d’une nouvelle maladie. Depuis le (ou la) covid est connu de tous. Mais c’est l’attitude chinoise qui provoque ce sentiment de bis repetita.

L’abandon de tout confinement a ouvert les vannes de la contamination de masse. Et comme les touristes en provenance de l’Empire du Milieu affluent toujours en masse vers l’Europe, la vague arrivera jusqu’à nos frontières. à ce rythme, comme début 2020, on sera tous confinés avant la fin du mois de mars.

Je ne suis pas plus inquiet que cela pour ma santé : trois fois vacciné, déjà deux fois infecté, je fais confiance à mes anticorps. Je pense reconfinement car on commence à voir de plus en plus de clients dans les magasins qui arborent de nouveau des masques.

J’ai même croisé, le 31 décembre, quelques heures avant le début du réveillon, une dame particulièrement prudente. Non seulement elle portait un masque chirurgical, mais avait par-dessus une visière. De plus, elle poussait son chariot les mains protégées par des gants en latex. Et a attendu une bonne minute qu’il n’y ait plus personne dans son chemin pour franchir, seule, les portes automatiques.

Je ne sais pas ce que décideront les politiques, ni si l’hôpital pourra encore et toujours absorber le flot de malades, mais l’attitude de cette Française lambda me semble plus sérieuse et fiable que n’importe quelle prédiction d’une quelconque Mme Soleil. Même si à tout prendre, j’aimerais tant me tromper sur toute la ligne.

Billet paru en dernière page de l’Indépendant le mercredi 4 janvier 2023

mardi 11 janvier 2022

De choses et d’autres - Les deux mondes d‘après

 


Il y a un peu plus d’un an est apparu partout le concept de monde d’après face au monde d’avant. On était persuadé, il y a quelques mois, que l’épreuve de ce premier confinement et de cette pandémie allait nous permettre de resserrer les liens avec nos proches, d’avoir plus d’empathie, de modifier nos modes de vie. Que de ce malheur sortirait un monde d’après forcément meilleur.

 

On est en 2022 et on déchante.

Le monde d’après se limite à constater qu’il y a en fait deux pôles totalement opposés. D’un côté ceux qui font confiance à la science, persuadés que les vaccins contre le Covid nous protège du pire, de l’autre ceux qui refusent ces traitements forcément suspects car trop vite mis au point.

Dans l’absolu, dans le monde d’après des premiers, toute la population étant vaccinée, le Covid serait redevenu ce qu’il était dans l’esprit de certains au tout début : une « grippette ». Plus de classes fermées, plus de services de réanimation débordés, plus de contraintes liées à un passe vaccinal.

À l’opposé, le monde d’après des seconds serait redevenu sûr grâce à l’immunité collective naturelle. Tout le monde aurait déjà attrapé le Covid qui ne serait donc qu’un mauvais souvenir.

Le problème de notre société clivante, c’est que les deux mondes sont obligés de coexister. Conséquence, les avantages des deux possibilités s’annulent. Ne restent que les inconvénients. Dans le premier, malgré la vaccination, le virus circule toujours. Dans le second, seul le virus circule en toute liberté, les non-vaccinés ne pouvant plus voyager ou aller au restaurant.

Deux mondes d’après totalement incompatibles et parfaitement irréconciliables.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 11 janvier 2022

mardi 9 novembre 2021

Streaming - Les affres (et espoirs) du confinement racontés par Dany Boon


Dany Boon, champion français du box-office, décide de se passer des salles et de sortir sa nouvelle création directement en streaming sur Netflix. Drôle de décision en cette période de crise de la fréquentation. Un peu plus compréhensible une fois qu’on a visionné ces deux heures bricolées autour de quelques clichés ayant alimenté les réseaux sociaux durant le premier confinement. Pas véritablement un film (les décors sont quasi inexistants), plus proche d’une émission télé réalisée dans un studio avec une équipe de copains qui ont parfois l’impression d’improviser. 

Bref, « 8, rue de l’Humanité » est loin du chef-d’œuvre du cinéma populaire qui a fait la renommée de Dany Boon. Il a écrit le scénario, réalisé et interprété l’histoire de ces locataires d’un immeuble parisien pris dans la nasse du confinement. Il reprend son personnage d’hypocondriaque absolu, aspergeant de gel hydroalcoolique les vigiles et caissières des supermarchés et obligeant sa femme à dormir sur le palier car elle a osé aller s’entretenir avec un de ses clients (elle est avocate) dans une prison. Il est clairement abject, niant toute humanité. 

Les autres personnages ne sont guère mieux. Le patron d’un laboratoire d’analyses cherche un virus et ose l’expérimentation sur des cobayes humains qui ne sont pas au courant, une patronne de bistrot transforme son stock d’alcool de prune en désinfectant qu’elle vend au noir. Le seul qui semble sympa reste le concierge d’origine portugaise. 

C’est pourtant lui qui sera le plus affecté par la pandémie. Et même si dans les 5 dernières minutes tout le monde se rachète et célèbre cette Humanité si précieuse, tout le reste du film a tendance à nous mettre mal à l’aise en constatant que malheureusement, oui, c’est la mentalité qui domine actuellement en France…

dimanche 27 juin 2021

De choses et d’autres - Mince, le monde d’avant est de retour

Maintenant que je suis doublement vacciné (depuis samedi dernier, le même jour que le Premier ministre, Jean Castex) je sens bien qu’on est complètement revenu dans le monde d’avant. Car, il se confirme, jour après jour, que cette grave crise sanitaire n’aura en rien changé nos habitudes et défauts.

Par exemple, hier, c’était la fête de la musique. Certes, les amateurs n’avaient pas le droit de pousser la chansonnette (nous casser les oreilles exactement), à l’improviste, dans la rue, mais les petits concerts ont fleuri dans les cafés qui n’en demandaient pas tant pour augmenter encore plus leur chiffre d’affaires.

Des excès éthyliques qui devraient également animer les nuits estivales aux abords des discothèques. Après un été sans le moindre problème, je sens poindre quantité d’embrouilles entre 3 et 4 heures du matin, quand la vodka et autres alcools forts sont au summum de leurs conséquences néfastes.

Et, pour couronner le tout, hier matin, je suis retourné à la salle de sport (personne n’est parfait). Et là, quelle ne fut pas ma surprise en constatant que deux distributeurs sur trois d’essuie-tout étaient vides. Vous me direz, que représentent 40 pas de plus dans la salle alors que vous venez de manger du tapis de course durant 40 minutes ? Par chance, les produits de nettoyage et le gel étaient bien achalandés.

Mais, les deux jeunes, la vingtaine, qui sont arrivés et ont utilisé des vélos d’entraînement, sans passer par la case désinfection, ni avant ni après, s’en moquent éperdument qu’il n’y ait plus d’essuie-tout.

Quand je vous dis qu’on est en train de revenir au pas de course dans le monde d’avant.  

dimanche 23 mai 2021

De choses et d’autres - La star du moment  

Elle est sur toutes les lèvres, hante tous les esprits, participe aux rêves les plus fous, est associée à ces plaisirs qui se sont raréfiés. C’est la star absolue et indétrônable de ce 19 mai. Vous avez bien évidemment reconnu la terrasse.

Oui, une simple terrasse de bar ou de restaurant qui accapare la moitié de la presse française et les deux-tiers des conversations. Il y a quelques semaines, on a vu sur les réseaux sociaux des images de ces jeunes qui faisaient la fête, buvant, chantant, s’embrassant, sur les terrasses des bars de Tel-Aviv.

Ensuite, les mêmes scènes se sont reproduites, mais sous une pluie froide et drue. Normal, c’était la Grande-Bretagne qui permettait à ses pubs de servir les clients en extérieur.

La terrasse de bistrot ou de restaurant va permettre à tout Français en mal de relation sociale d’avoir un peu l’impression de vivre de nouveau, comme avant. Tout le monde sait parfaitement que cet assouplissement n’est pas sans risque. Il faudra encore et toujours respecter les gestes barrières.

Mais le temps d’un café, le matin, ou d’un verre de rosé, à l’apéro, voire de tout un repas pour ceux qui n’en peuvent plus des boites de conserve, on pourra, enfin, parler avec des gens sans masque. échanger, plaisanter. Tout simplement montrer son sourire. Voir ceux des autres. Car ces masques, s’ils nous protègent, occultent aussi une partie de ce fameux art de vivre à la française, caractérisé par sa convivialité et sa jovialité.

C’est tout cela que l’ouverture des terrasses permet, ce mercredi 19 mai. Profitons-en.  


vendredi 23 avril 2021

De choses et d’autres - Hygiène, cheveux et confinement

Il est temps que l’on se déconfine. L’annonce du calendrier de libération par Emmanuel Macron vient à point nommé quand on découvre un sondage effectué par l’Ifop pour une marque de produits sanitaire solides. Confinement et télétravail poussent les Français à négliger leur toilette. Pas de façon catastrophique, mais c’est assez sensible.

Pour ce 3e confinement qui tire à sa fin, 32 % des Françaises reconnaissent qu’elles ne procèdent pas à une toilette complète tous les jours. Elles n’étaient que 19 % avant le début de la pandémie. Un relâchement qui cependant ne ramène pas l’hygiène des Françaises au niveau de 1951 où elles n’étaient que 52 % à se laver entièrement tous les jours.

Le sondage détaille longuement les habitudes de lavage des cheveux. Parmi les informations étonnantes, les sondés ont été questionnés sur les leurs préférences sexuelles.  Mauvais temps pour les roux puisque 36 % des femmes disent non juste en raison de la couleur de leurs cheveux.

Un rejet encore plus marqué (46 %) chez les sympathisantes du Rassemblement national.

A l'opposé, les rousses ont la cote puisqu’ils ne sont que 17 % des hommes à préférer s’abstenir. Et là, à l’inverse des femmes, les militants du RN ne sont plus que 14 % à faire un blocage.

Par contre, si le cheveu est mal lavé, pas la peine de rêver : 90 % des femmes et 77 % des hommes passent leur chemin, quelles que soit la couleur, la forme et la longueur.

Étude Ifop pour Unbottled réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 9 au 12 avril auprès d’un échantillon de 2028 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.


lundi 5 avril 2021

De choses et d’autres - Très cher et pas très appétissant

Il n’y a qu’en France qu’on a droit à des polémiques aussi absurdes que ridicules sur les fameux repas clandestins parisiens. Un des organisateurs, pour se dédouaner, fanfaronne en direct pour se féliciter d’avoir organisé avec succès, non pas des soirées ou repas interdits, mais « le plus gros poisson d’avril de ces dix dernières années ».

Une déclaration étonnante, car, généralement, quand on met en place un canular pour le 1er avril, on s’explique dès le lendemain, pas cinq jours plus tard.

De toute manière, je suis entièrement d’accord avec quantité d’internautes qui affirment que le véritable scandale c’est de parler de « chef » à propos du cuisinier qui officie dans ce palais à la décoration aussi vulgaire que les assiettes photographiées sur son compte instagram. Je ne suis pas un spécialiste de la grande cuisine, mais je sais apprécier le joli, saliver d’envie devant des recettes qui semblent délicieuses.

Or, les mets proposés en photo sont tout sauf appétissants. Les sauces ont l’air d’être visqueuses, les ingrédients bas de gamme et souvent brûlés. Les mélanges font plus penser à de la junk-food industrielle décongelée qu’à de la grande cuisine. Le plus incroyable reste les prix affichés.

Des assiettes à plus de 100 euros avec trois feuilles de salades arrosées de vinaigre balsamique à côté d’une lamelle de truffe ou des gnoccis cramés : pour certains ce ne sont pas des dîners clandestins mais « Cauchemar en cuisine » avant l’heure.  

 

mercredi 10 mars 2021

De choses et d'autres - Encore une « semaine décisive »

Selon plusieurs spécialistes, experts et autres personnalités références en la matière, nous nous trouvons face à « une semaine décisive » dans la gestion de la crise sanitaire. N’avez-vous pas, comme moi,  une impression de déjà-vu en entendant ces deux mots : « semaine décisive ».

Depuis le mois de février de l’an dernier, on a bien eu droit à une quarantaine de « semaines décisives ». Démontrant, par l’absurde, que les précédentes ne l’étaient pas tant que ça, de décisives.

À force de vouloir scénariser la catastrophe sanitaire qui nous tombe sur la tête depuis plus de 50 semaines, gouvernement, instances scientifiques et médias se sont parfois senti obligés de dire tout et son contraire en fonction de l’apparition d’un cluster, d’effets secondaires ou d’un variant plus ou moins exotique.

S’il avait eu le malheur de vivre cette période, mon père, expert mais uniquement en bon sens paysan, aurait souligné avec un poil d’ironie qu’ils « gouvernement au doigt mouillé ». Une vieille technique qui, parfois, donne de bons résultats. D’autres fois, les initiatives dictées par ce doigt mouillé sont beaucoup moins évidentes. Notamment quand le vent est tournoyant et que les doigts appartiennent à différentes personnes.

Dimanche, Jean Castex répète sa confiance dans le vaccin AstraZeneca ; lundi, Emmanuel Macron suspend la vaccination avec ce même AstraZeneca.

Qu’en sera-t-il ce mercredi ? Personne ne peut encore le dire au moment où j’écris ces lignes, Eole n’a toujours pas rendu son verdict. 


lundi 1 mars 2021

De choses et d’autres - Éloge de la procrastination 

Hier soir, à l’heure du couvre-feu, une bonne partie de la France a suivi le nouvel épisode de la série à succès du moment : « Jean Castex vs la pandémie ». Le Premier ministre, toujours aussi raide et docte (beaucoup trouvent qu’il ressemble à Gargamel, le « méchant » des Schtroumpfs), a joué la franchise en reconnaissant que la situation se détériore et qu’il faut tout mettre en place pour « retarder le confinement ». Et là, on comprend qu’en fait, c’est mort. Le confinement semble déjà acté. La seule inconnue réside dans sa date de mise en œuvre. Jean Castex veut le retarder.

Comme si en procrastinant un peu, on repoussait ce mauvais moment à passer sans comprendre que les jours perdus ne seront jamais rattrapés. Le début de la campagne de vaccination était l’exemple parfait de cette procrastination érigée en méthode de gouvernement. Mais qu’on se rassure, le gouvernement agit. Ou plus exactement place 20 départements sous surveillance renforcée. Des mesures de reconfinement localisé pourront être prises. Dans une semaine. Peut-être.

En procrastinant sans cesse, la France est de plus ne plus en retard par rapport à ses voisins. Le virus, lui, ne remet pas au lendemain ses ravages, notamment à Nice. Mais là aussi, face à l’urgence, les autorités décident de reconfiner… à partir de samedi. À l’opposé, si le président Macron annonce qu’il va faire une allocution début mars, oubliez la procrastination et foncez illico dans une grande surface pour reconstituer les stocks de papier toilette. 

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le vendredi 26 février)

 

 

jeudi 18 juin 2020

De choses et d’autres - Ces publicités d’avant confinement

La France entière a été saisie par le confinement brutal, décidé en moins de trois jours. Deux mois où tout s’est arrêté, un peu comme le château de la Belle au bois dormant. 

Quand on est ressorti, tout étonné du calme de la ville, si les voitures étaient beaucoup moins nombreuses, les panneaux publicitaires eux n’avaient pas bougé. Au contraire, ils étaient comme figés à faire la réclame d’événements ou de produits devenus obsolètes ou dérisoires, comme des vacances à l’autre bout du monde. Plus étonnant, une fois le déconfinement acté, le 11 mai, certains panneaux n’ont pas du tout changé. On a par exemple vu, durant de longues semaines, passer les bus de ville de Perpignan avec les publicités pour le film Papy Sitter. 

Un film qui n’a pu rencontrer ses spectateurs que durant une semaine. Ensuite, on a dû se contenter des affiches. Si, comme moi, vous avez  été alléché par cette histoire de deux grands-pères que tout oppose, obligés de collaborer pour faire réviser leur petite fille, vous pourrez enfin le découvrir, dès ce lundi, dans tous les cinémas de la région. 

Toujours dans le domaine du cinéma, certains affichages dépendant de la mairie de Perpignan annoncent toujours le 56e festival Confrontation de l’Institut Jean Vigo, du 24 au 29 mars. Là aussi, bonne nouvelle, le thème retenu sur l’Histoire du temps présent est conservé et se déroulera du 13 au 18 avril… 2021. Si les affiches, toujours en place, résistent encore une dizaine de mois, il n’y aura quasiment rien à changer, si ce n’est la date.  

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 18 juin 2020


jeudi 11 juin 2020

DVD. Nouveautés à foison dans un marché en crise

Après deux mois sans la moindre sortie, les nouveaux DVD et bluray envahissent les rayons des magasins spécialisés en culture mais aussi les grandes surfaces. Des nouveautés pour tenter de rattraper un manque d’activité mais qui ne cache pas la crise que traverse le secteur. Pour preuve, 50 éditeurs de vidéo ont publié un « Appel » pour interpeller les autorités sur les dangers économiques qui menacent ces petites structures. Dans ce texte dévoilé jeudi, les signataires estiment que « la vidéo physique est capitale dans la galaxie du cinéma et dans la diffusion de la culture en général. En complément des autres médiums, la vidéo physique fait vivre le patrimoine cinématographique et audiovisuel assurant sa préservation, sa diffusion et sa transmission. »

 Mais, regrettent les 50 éditeurs, « ce précieux outil de diversité et de création, que 10 millions de Français déclaraient encore acheter en 2018, pourrait perdre entre 30 et 40 % de sa valeur commerciale, du fait de la grave crise que nous traversons. Nous demandons aux pouvoirs publics un plan de sauvegarde avec la  création d’un budget spécifique de sauvegarde pour la culture, incluant notamment l’univers de la vidéo physique, en plus des exploitants, des distributeurs ou des producteurs. » 

Alors si vous voulez aider ce secteur vital pour le cinéma français, n’hésitez pas à acheter et savourer (avec souvent des bonus édifiants) les titres de cette sélection subjective. Le 26 mai, plongée dans le rude monde de la paysannerie contemporaine avec Seules les bêtes (Haut et Court), thriller enneigé de Dominik Moll. 

Le 27 mai dernier Selfie (Apollo), film à sketches sur les dérives des réseaux sociaux vous permettra de réfléchir à votre consommation de gigaoctets. Encore une histoire de ferme dans Revenir (Pyramide), film de Jessica Palud avec Adèle Exarchopoulos sorti le 2 juin. Toujours le 2 juin, Gloria Mundi (Diaphana) a fait son arrivée dans les commerces. Le dernier film de Robert Guédiguian parle de misère et de dignité. 

Terminez dans le sang de la Guerre d’Algérie filmée par Abdel Raouf Dafri dans Qu’un sang impur… (Mars Films) avec la révélation Lyna Khoudri.

  

mardi 12 mai 2020

De choses et d’autres - Les messages des arrière-plans


Tout amateur de cinéma sait qu’il faut parfois avoir l’œil pour remarquer les messages distillés par le réalisateur en arrière-plan. Un bibelot, une affiche, la couverture d’un livre en évidence : on doit être aux aguets pour ne rien rater.
Les 55 jours de confinement m’ont donné l’occasion de me perfectionner dans ma chasse aux messages cachés ou l’analyse des arrière-plans diffusés à la télévision dans tous les duplex « en direct de ma cuisine ». Amateur de livre, la première chose que je regarde c’est l’encombrement des étagères. Lors de visioconférences avec des collègues, j’ai admiré une bibliothèque méticuleusement rangée et copieusement remplie d’ouvrages reliés.


À l’inverse, je ne sais que dire de ces murs blancs, vierges de toute décoration. À moins que cela ne soit le signe d’un gros ego délivrant son message : « Il n’y a que moi à regarder, rien d’autre ! ».
Lors des directs, je cherche le détail qui permet d’humaniser l’intervenant. Une photo de famille, un tableau champêtre, un diplôme encadré, une pendule. Par contre chez les politiques on devine que tout est pensé à l’avance. Les maires sont redoutables à ce jeu. Anne Hidalgo à Paris a multiplié les symboles sur sa ville.
Et puis durant ces directs il y a les imprévus. Mignons comme le fils d’Olivier Faure qui vient se blottir dans les bras de son père, par ailleurs premier secrétaire du Parti socialiste en pleine interview sur la crise sanitaire. Catastrophiques pour l’image de marque quand Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, est surprise la clope au bec installée à son bureau en train de lire ses textos. Ils vont me manquer ces moments vrais et ces arrière-plans du quotidien.


Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le mardi 12 mai

samedi 9 mai 2020

Cinéma - Varda et Truffaut, cautions culturelles des plateformes de SVOD ?



En France, Netflix et Amazon Prime tentent de se donner une meilleure image culturelle. Les deux plateformes de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) ont étoffé leur catalogue avec des films français d’auteur de très grande qualité. Netflix mise sur François Truffaut, Amazon Prime, toujours dans la mouvance de la nouvelle vague, a remis au goût du jour presque l’intégralité de l’œuvre cinématographique d’Agnès Varda. Pourquoi les plateformes de SVOD changent d’un coup d’un seul le fond de leur catalogue ? 

Bonnes et mauvaises raisons

Les naïfs estimeront que c’est pour apporter un peu plus de qualité face au très raté Marseille chez Netflix ou le racoleur Love Island animé par Nabilla chez Amazon. Les plus réalistes estiment simplement que les géants américains se préparent à remplir les obligations européennes de diffusion de 30 % d’œuvres en provenance du vieux continent. 


Obligation non dérogatoire et soumise à forte amende en cas de non-respect. Sachant que les investisseurs des deux plateformes de SVOD ne sont pas spécialement des philanthropes, cette seconde explication semble la plus plausible. Reste que grâce à ces directives européennes souvent décriées, le public de Netflix et Amazon a la possibilité de découvrir des chefs-d’œuvre du cinéma français, de moins en moins diffusés à la télévision française si ce n’est Arte. 
Agnès Varda sur Amazon, cela va de son premier long-métrage La Pointe Courte, tourné à Sète en 1954 avec un jeune acteur encore inconnu : Philippe Noiret aux Plages d’Agnès de 2008. On ne manquera pas l’incontournable Sans toit ni loi qui a révélé Sandrine Bonnaire ou le mythique Cléo de 5 à 7, excellente photographie de la vie d’une femme française au début des années 60. Fiction, documentaire ou essai cinématographique, avec Varda le cinéphile est comblé de A à Z. 
Pour beaucoup, François Truffaut est considéré comme le plus grand cinéaste français de tous les temps. Ancien critique, il a été sévère pour ses aînés avant de bousculer la narration filmique. Ce sont 12 films qui rejoignent (pour un an seulement dans un premier temps), le catalogue de Netflix. On peut commencer par Les 400 coups avec un Jean-Pierre Léaud encore minot endossant le personnage de sa vie, Antoine Doinel. Mais on peut aussi attaquer avec Vivement dimanche, son dernier film réalisé en 1983. Un polar avec une Fanny Ardant toujours aussi époustouflante dès que le réalisateur derrière la caméra sait mettre en valeur sa classe folle. Entre ce premier et dernier film, ce ne sont que des œuvres d’anthologie qui sont proposées, de Jules et Jim au Dernier métro. Il manque quand même dans cette œuvre La nuit américaine (qui a offert à Dani son meilleur rôle au cinéma) et surtout L’homme qui aimait les femmes, avec Charles Denner. Sans doute le film le plus personnel de Truffaut.

De choses et d’autres - Confinement 1 - Libido 0


Pendant le confinement, les sondeurs eux n’ont pas chômé. Et si au début on ne répondait pas à leurs sollicitations, au bout de quatre semaines, leur appel était le bienvenu pour briser la monotonie de ce mauvais remake d’Un jour sans fin.
Jeudi, plusieurs instituts ont dévoilé les études portant sur le couple et le confinement. Résultat des courses, c’est pas brillant. Certes une majorité estime que ce confinement n’a pas eu d’effet sur leur vie à deux, par contre ils sont plus de 10 % qui affirment vouloir, dès la fin du confinement, s’éloigner l’un de l’autre un temps, voire définitivement.
Découvrir toutes les manies et défauts de celui ou celle avec qui on doit cohabiter 24 h sur 24, laisse forcément des traces.

De même, contrairement aux premières impressions qui laissaient entrevoir un babyboom dans 9 mois, les naissances risquent au contraire de plonger car le même sondage réalisé par l’Ifop pour Charles.co, un site de consultations en ligne de médecin sexologues, montre qu’un couple dur cinq n’a plus du tout de relations sexuelles à la fin de ce confinement.
Et si par malheur un « reconfinement » devait être décidé, les femmes sont clairement contre un nouvel enferment avec leur compagnon. A choisir, elles préfèrent, et de loin, rester seules que mal accompagnées. Sexe et confinement n’ont pas fait bon ménage.
Le déconfinement devrait permettre à certains et certaines de reprendre leur chasse à l’âme sœur. Mais je me garderai de faire la moindre allusion sur l’interdiction des réunions de plus de 10 personnes. Dix, vue la thématique du jour, ça me parait déjà très élevé…



Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le samedi 9 mai, 54e jour du grand confinement

vendredi 8 mai 2020

De choses et d’autres - Le temps est venu…


En mode « Moi, président… » Nicolas Hulot a publié sous forme de tribune dans Le Monde d’hier une longue liste de propositions pour un avenir plus radieux. 100 idées qui commencent toutes par « Le temps est venu… »
L’ancien animateur télé, chantre de l’écologie (et capitaliste éclairé) estime sans doute que le long confinement a été propice aux Français pour qu’ils fassent une introspection sur leur mode de vie. 

Un luxe de propriétaire terrien que les locataires de F3 sous les combles n’ont pas pu développer, autrement préoccupés par les cris des voisins, les pleurs du petit dernier et l’angoisse de se prendre un PV de 135 euros à leur 3e sortie de la journée pour ne pas péter les plombs.
Si certains souhaits ne sont que la reformulation de son programme politique, d’autres font un peu figure de journal intime d’une gamine de 12 ans. Que penser de « Le temps est venu de nous réapproprier le bonheur » quand plus de 12 millions de Français sont au chômage partiel ?
Et quand il dit « Le temps est venu d’applaudir la vie », c’est en opposition aux applaudissements pour le personnel soignant tous les soirs à 20 heures ?
La dernière est sans doute la plus horrible : « Le temps est venu de créer un lobby des consciences ». J’ai toujours eu en horreur le mot lobby, symbole des agissements sournois et cachés d’une minorité uniquement préoccupée par ses petits intérêts.
Mais, comme le dit ironiquement un journaliste de l’Opinion sur Twitter : « C’est sympa à Hulot de permettre à des élèves de CM2 de décrire leur monde rêvé ». En fait, pour Nicolas Hulot, le temps est surtout venu de se faire oublier. 

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le vendredi 8 mai, 53e jour du grand confinement

jeudi 7 mai 2020

De choses et d’autres - La culture rend naturel


Bizarre comme une simple visioconférence avec quelques artistes vous change un homme. Depuis le début de la crise, le président Macron a endossé le costume très rigide du président en exercice, conscient du drame qui se joue, obligé d’être inflexible avec son peuple pour sauver des vies. Ses sorties, toutes millimétrées, ont toujours été des apologies pour les gestes barrières.


Et puis hier, il a évoqué le problème de la culture en France. Évoqué seulement car il a avoué d’entrée ne pas avoir de plan pour sauver ce pan essentiel de l’économie nationale. Alors c’est en bras de chemise sur le mode « faisons travailler nos méninges » qu’il a écouté et fait des propositions.
Un président étonnamment naturel, qui n’a pas cessé durant son long monologue de se passer les mains dans les cheveux, se décoiffant sans se soucier de son image. Se grattant les avant-bras, comme si un virus imaginaire le titillait, jouant avec sa cravate, parlant comme tout un chacun, sans lire un discours écrit par ses services, juste en émettant des idées, les jetant en pâture aux intervenants en leur demandant d’y réfléchir. Car l’imagination est de leur côté. Lui il a joué le pragmatique. Mais sans se priver de quelques sorties étonnantes, comme cette « utopie concrète » qui pourrait être au programme du bac de philo de l’année prochaine. En réalité, en le voyant un peu en roue libre, totalement décontracté, au naturel, j’ai douté un moment qu’il soit au courant que son intervention était en direct sur toutes les chaînes d’information. À moins que ce ne soit un excellent comédien. 


Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le jeudi 7 mai, 52e jour du grand confinement