jeudi 17 septembre 2026

Rentrée littéraire - Dans la « Pampa » infinie

Un train file dans la « Pampa ». Roman de l'étrangeté signé Eduardo F. Varela.

Des champs de maïs à perte de vue. La pampa décrite dans ce roman d'Eduardo F. Varela est assez différente de la réalité de cette immense zone géographique d'Amérique du Sud. Là où d'ordinaire des prairies peuplées de milliers (millions) de bovins donnent une première impression de l'infini, du maïs pousse à perte de vue. Champs sauvages, à la croissance spontanée, envahissant tout, ne s'arrêtant qu'aux portes des rares villages encore habités et du ballast de la voie de chemin de fer qui traverse le pays du Nord au Sud. Sur ces rails, un train de marchandises, personnage principal perpétuellement en mouvement de ce roman étrange, parfois obsédant, flirtant avec le fantastique. 

Pour faire fonctionner ce convoi de plus en plus long (bien au-delà de 1000 mètres, des dizaines de wagons), trois personnes seulement. Le machiniste-conducteur, Olszen, dormant dans le poste de pilotage de l'increvable locomotive, le contrôleur, Buenaventura Sanchez, par ailleurs employé de la poste chargé de distribuer le courrier aux habitants des villages traversés et sa femme, Josefina, née dans le train, fille du précédent conducteur.

Le romancier  multiplie les indices pour faire prendre conscience au lecteur que ce train n'a rien de normal. Parti depuis des années, sans but, il semble perdu dans cette pampa infinie recouverte d'une marée verte. L'équipage ne sait même pas quels villages il traverse. Les lettres s'empilent, non distribuées. Les wagons s’additionnent, chargés de galets, de bois ou de charbon. Un monde sur le monde, où Josefina a reconstitué le cimetière de sa famille, où un wagon rempli d'eau sert de piscine, un autre, garni de sable, devient terrain de pétanque. Le conducteur a longtemps été aidé par un assistant. Un jeune homme perdu, recueilli, hagard, au bord de la voie. Mais il a préféré fuir, pour découvrir l'amour dans un des villages traversés. 

La petite communauté va radicalement évoluer quand des villageois prennent d'assaut le convoi, fuyant un mystérieux danger venu des champs de maïs. Le train, surpeuplé, devient une bouilloire au bord de l'explosion avec l'arrivée de Montoya, général de l'armée, ambitieux, manipulateur, persuadé que cette petite armée en devenir lui permettra de prendre le pouvoir dès qu'il aura retrouvé un rocher légendaire. Encore faut-il que le convoi arrive à destination. 

Un roman a ne pas lire dans un train, au risque de faire des cauchemars et de se persuader qu'on est bloqué dans cet abominable convoi de l'étrange.  

« Pampa » d'Eduardo F. Varela, Métailié, 336 pages, 22,50 €

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