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jeudi 5 mars 2026

Roman - Les couleurs envoûtantes de Montréal

Voyage fantastique dans le temps avec « L'incroyable histoire de Mary Gallagher », roman signé du Canadien francophone, Eric Dupont.

Découvrez la ville de Montréal comme vous ne l'avez jamais vue. La cité canadienne est la véritable héroïne de ce roman, inédit en France, d'Eric Dupont. Une ville racontée à deux époques différentes. D'abord à la fin du XIXe siècle, quand la vie dans cette colonie française ressemblait plus à celle du moyen âge européen. Puis en 1967, quand Montréal accueillait le modernisme triomphant lors de l'exposition universelle. Avec pour se retrouver dans ces méandres du temps deux guides : Mary Gallagher et Aimé Sanschagrin. Personnages touchants, aux parcours hors normes, ballottés par leur problème (pouvoir ?) provoqué par leur sensibilité extrême aux couleurs, notamment le rouge. Entre roman historique et fable fantastique, « La couleur du temps » parle aussi de melon, de prostituées, d'ordres religieux et d'avortement clandestin. C'est foisonnant, riche et très réussi.

Tout commence véritablement en 1879. Mary Gallagher, jeune prostituée au parcours riche en péripéties, est retrouvée sauvagement assassinée. Pour comprendre pourquoi, l'auteur retrace toute sa vie qui a débuté... dans un melon. En ces temps où l'exploitation des enfants était la base de toute la société (on ne vivait pas vieux, mieux valait vite rentabiliser les bouches à nourrir), un agriculteur du cru produit un succulent melon. Mais pour qu'il mûrisse malgré le froid de l'Amérique du Nord, il faisait dormir des enfants autour des fruits. Et un matin, dans un melon, un bébé a poussé son premier cri : Mary. Passionnée de jardinage, elle sera victime de du patriarcat, obligée de fuir sa famille d'accueil et de se prostituer.

Vortex temporel

Toujours à Montréal, mais en 1967, Aimé Sanschagrin est le fils d'une descendante de la famille de Mary et d'un sauvageon reconverti en médecin, spécialiste de l'avortement. Il a été recueilli par un autre médecin, homosexuel caché.

L'occasion pour Eric Dupont de décrire ce milieu bourgeois et francophone, dans les années 60, encore très conservateur et prude. Aimé souffre d'une étrange maladie. Il est hyper sensible au rouge. Quand il visite un pavillon de l'expo universelle de 1967, il est pris dans un vortex temporel et débarque dans le Canada des premiers colons. Il va y croiser Mary.

Loin de se réduire à ces deux trajectoires, le roman part dans tous les sens au grand bonheur du lecteur qui n'en demandait pas tant. On ira aux USA dans une communauté hippies bizarre (que des roux), au sein d'une procession religieuse pour demander de l'aide à Dieu face à une invasion de doryphores ou dans une salle de tribunal, véritable série Netflix d'avant l'invention de la télévision.

« La couleur du temps ou l'incroyable histoire de Mary Gallagher », Eric Dupont, éditions 10/18, 360 pages, 8,90 €


vendredi 10 juin 2016

Cinéma - Après la chute, la dure renaissance de Paul Sneijder



Thomas Vincent adapte un roman de Jean-Paul Dubois retraçant "La nouvelle vie de Paul Sneijder" avec un remarquable Thierry Lhermitte en miraculé dépressif dans le rôle-titre.



Miraculé ! Paul Sneijder (Thierry Lhermitte) est un miraculé. Après un repas dans un restaurant panoramique au Québec, il prend l'ascenseur. Ce dernier lâche. Chute libre. Des cinq occupants de l'engin défectueux, seul Paul est retrouvé vivant. Une jambe cassée, mais vivant. Il pourrait s'en réjouir s'il n'avait pas dîné avec sa fille Marie. Le début de "La nouvelle vie de Paul Sneijder" donne le ton de l'ensemble. Dans une banlieue grise de Montréal, alors que le blizzard souffle et la neige tombe, Paul, claudiquant et s'aidant d'une canne, vient récupérer les cendres de Marie. Il attend dans cet univers impersonnel, avec une "musaque" d'ascenseur en fond sonore. On comprend que Paul est dépressif. Gravement dépressif.
Le film va-t-il être lui aussi désespérant ? Une petite réflexion de l'hôtesse d'accueil nous rassure. En plus de l'urne, elle propose à Paul un petit pendentif, pour conserver sur soi un peu de l'être aimé... L'humour sera noir. Le film n'en abuse pas, juste ce qu'il faut pour comprendre l'absurde de notre société face à un deuil impossible.

Crottes de chiens... bourgeois
Paul fait une fixation sur les ascenseurs. Il passe ses longues journées inactives à se renseigner sur ces machines. Sa convalescence sur le point de s'achever, il doit normalement reprendre son travail dans l'import-export de vins français. Impossible. Il doit prendre le bus. Rester enfermé sans une structure métallique le fait paniquer. Sa femme (Géraldine Pailhas) a d'autres projets pour lui. Il doit prendre un avocat, poursuivre la compagnie d'ascenseur et gagner le pactole. De quoi payer les études de leurs deux fils dans les meilleures universités américaines. Sur les conseils de son médecin, Paul marche beaucoup. Dans le froid et la neige du Québec hivernal. Il a alors l'idée de trouver un nouveau travail au grand air. Il parvient à se faire embaucher comme promeneur de chiens. Alors peut commencer la nouvelle vie de Paul Sneijder, même si ramasser les crottes de chiens appartenant à des bourgeois trop occupés pour les sortir n'est qu'une étape dans son long processus de reconstruction.
Entièrement tourné au Canada, par des températures très largement négatives, ce film permet aussi de découvrir quelques acteurs locaux remarquables. Guillaume Cyr interprète le nouveau patron de Paul. "C'est un acteur comique immense, à l'image de sa corpulence", estime le réalisateur. Autre révélation avec Pierre Curzi. Endossant le rôle de l'avocat de la partie adverse, il va se révéler comme étant celui qui comprend mieux les tourments de Paul. Au point de presque changer de camp et de l'aider quand il sera sur le point de résoudre, enfin, son problème avec les ascenseurs.
Après la chute, vient le temps de la renaissance, presque de l'envol. La fin est différente du roman, plus positive et ouverte. En un mot : lumineuse.

Thierry Lhermitte atteint des sommets

Attention, "La nouvelle vie de Paul Sneijder" n'est pas à proprement parler un film comique. On sourit parfois, mais rarement grâce au talent de Thierry Lhermitte. Le réalisateur a délibérément voulu utiliser l'ancien beau gosse du Splendid dans un contre-emploi absolu. Déprimé, triste, presque suicidaire, Paul Sneijder ne rayonne pas par sa joie de vivre. Un rôle de composition pour Thierry Lhermitte. La preuve de son grand talent aussi. Vieilli, malade, il se traîne lamentablement dans cette banlieue glacée, perpétuellement perdu dans ses pensées morbides. Plus rien ne le fait avancer. Si ce n'est la volonté d'être au niveau du sol. Et à l'air libre. Empêtré dans sa vie familiale, il va fuguer, tel un gamin capricieux. L'acteur français, aux succès mémorables dans les meilleures comédies de ces dernières décennies, a beaucoup travaillé pour être dans l'ambiance du personnage. "Dès qu'il y avait une once d'ironie dans mon regard ou dans mon interprétation, Thomas Vincent me l'enlevait, il n'en voulait pas", se souvient le comédien. Le résultat est étonnant. Il donne corps et force à cet homme qui, au lieu de profiter de la vie après l'accident auquel il a survécu miraculeusement, ne cesse de s'interroger sur sa relation avec sa fille. Un rôle en or, comme on en a peu dans une carrière.