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jeudi 29 janvier 2026

Roman - « La reine de mai », image de la luxure

Dans le second roman (sur sept) consacré aux péchés capitaux, NéO se penche avec volupté sur la luxure.

La transgression sous toutes ses formes. NéO, pseudonyme de Nicolas d'Estienne d'Orves, abandonne le genre de la saga historique pour des romans plus adultes et sulfureux. Il s'est lancé le défi d'écrire une histoire contemporaine sur les sept péchés capitaux. A l'heure des réseaux sociaux et de l'émergence de l'intelligence artificielle, c'est sans doute un peu daté mais diablement bine vu. Car malgré les progrès de la technologique, l'homme reste intrinsèquement tenté par l'interdit, tourmenté par des restes d'éducation judéo-chrétienne.

Après « L'île de l'orgueil », paru en 2025, place à la luxure dans « La reine de mai ». Le sexe occupe une place prépondérante dans la vie de Tobias Gantzer. Il admet être un séducteur. De ces hommes qui dégagent une attirance irrésistible pour toute femme sensible à la beauté, la finesse, la prestance.

Tobias est expert en tableaux anciens. Une pointure dans son rayon, célèbre dans le tout paris, tant par ses trouvailles que sa tenue excentrique que le nombre astronomique de ses conquêtes. Il vient de passer la soixantaine mais continue à « chasser », dans les soirées ou lors des conférences qu'il donne dans des écoles d'art.

La première partie du roman (une fois passé le prologue glauque donnant un ton de thriller à l'histoire) raconte comment la jeune Manon est tombée en admiration pour cet homme qu'on ne peut que remarquer. « Son trois-pièces cerise était sûrement fait sur mesure et il devait passer des heures à plaquer ses cheveux argentés et à pommader sa moustache. » Il captive son auditoire en racontant l'histoire d'un tableau mystérieux, La reine de mai. Il a consacré un livre à cette toile aujourd'hui disparue et qui aurait inspiré tous les grands maîtres de ces quatre derniers siècles. Selon Tobias, on retrouve dans ces tableaux « une même silhouette, en majesté, triomphale et pourtant modeste ; une même structure primaire, d'une simplicité désarmante : cette femme nue, debout, de face ; ces cheveux de feu, d'un roux aveuglant ; cette vulve si crue, présente mais chaste. » Et à ses pieds, des corps emmêlés dans une infernale orgie alors que « la reine, allégorie de la luxure, semblait flotter, à la fois déesse et démone. » Une image puissante, troublante. Tobias ne l'a jamais vue. Il rêve de la posséder.

En attendant, il compose en secret des faux de peintres célèbres, ces supposés hommages qu'il peint avec un ingrédient spécial, ce que l'auteur présente comme le rose-perdu, un pigment composé « d'une poudre argileuse rose pâle qui offre un éclat particulier aux carnations. »

Si le thème principal du roman reste cette folle envie de jouir, capable de tout renverser, d'effacer toutes les barrières morales, on se délectera aussi de la passion des belles peintures, œuvres d'un artiste talentueux, capable, avec quelques touches de couleur et des courbes harmonieuses, de déclencher des torrents d'émotions.

« La reine de mai », Néo, Albin Michel, 274 pages, 20,90 €


lundi 1 septembre 2014

Roman - Chair bourreau

« La dévoration » de Nicolas d'Estienne d'Orves mène trois récits en parallèle : l'histoire d'un écrivain, d'une lignée de bourreaux et d'un cannibale japonais.

Présenté parfois comme une apologie du cannibalisme, « La dévoration » est un roman beaucoup plus complexe et profond. Certes, une partie est consacrée à Morimoto, un étudiant japonais qui a dévoré sa petite amie néerlandaise à Paris. Nicolas d'Estienne d'Orves s'est ouvertement inspirée d'un fait divers célèbre. Mais ce n'est qu'un petit tiers du roman. L'essentiel, le plus passionnant aussi, est le portrait en creux d'un écrivain qui n'en peut plus de signer chaque année le même best seller. Surement pas par hasard, ce personnage de fiction s'appelle aussi Nicolas. Nicolas Sevin, comme son créateur, aime l'opéra. Après une rupture douloureuse, il s'est imposé un régime draconien pour devenir ce romancier qui vend des milliers d'exemplaires à chaque nouveauté. Le même métier que sa mère. Mais elle fait dans la littérature jeunesse. 
Dans ses œuvres, Nicolas Sevin explore les parts sombres de l'âme humaine. Ses héros sont des tueurs, des massacreurs, avides de sang et de meurtres.
Le cocktail fait recette mais son éditrice, Judith, est lasse. Elle pousse Nicolas à changer de dimension. Sans parler d'autofiction, elle lui suggère d'écrire sur lui. Mais n'est-ce pas ce qu'il fait déjà ? Et Nicolas de se demander si les tueurs qu'il met en scène ne sont pas tout simplement son moi profond qui n'ose pas franchir le pas.

Bourreau de père en fils
A côté de ce récit très parisien et bourgeois, Nicolas d'Estienne d'Orves glisse de courts chapitres étalés sur plusieurs siècles sur le fameux bourreau Rogis. A la base, c'est un bon boucher, obligé de changer de métier pour éviter l'échafaud. La chair et le sang, il connaît. Couper, trancher sont des gestes qu'il maîtrise. Voilà comment il se transforme en cet être qui fait froid dans le dos et transmet son savoir et sa charge à sa descendance.
Le roman exerce un sorte de fascination malsaine auprès du lecteur. Entre les expériences sexuelles extrêmes de l'écrivain, l'abnégation de l'homme en noir passant de la hache à la guillotine (comme d'autres de la machine à écrire à l'ordinateur) au cannibale qui parle à la première personne n'épargnant aucun détail macabre, le choc est parfois rude. Mais en fait on entre dans un autre monde quand on pénètre le quotidien de Rogis, Morimoto ou Nicolas. Ce dernier semble parfois véritablement fou et déconnecté de la réalité. « Le monde bouge et je reste immobile; l'univers tourne autour de moi. Je suis le seul point fixe d'une cosmogonie frémissante. J'ai donc tous les droits, comme un dieu. Je tends la main et saisis des bribes du réel. De l'autre côté commence l'univers parallèle, celui où tout est possible, un monde sans limites, sans morale. » Le mot est lâché : la morale. Difficile de lire ces pages sans avoir parfois des haut-le-cœur. Mais il faut bien se dire, et se convaincre, que ce n'est que de la littérature. Et que les pires crimes, les plus horribles perversions et monstrueuses déviances ne comptent pas tant qu'elles restent de simples mots imprimés sur du papier.

« La dévoration », Nicolas d'Estienne d'Orves, Albin Michel, 20 €