Swann Dupont fait le récit sans concession du parcours d'une petite fille devenue trop vite femme.
Certains romans sont plus puissants qu'une thérapie. Swann Dupont, en entreprenant de raconter son enfance de « Fille de pute », a sans doute économisé des centaines d'heures d'une psychanalyse longue et douloureuse. Plus rapide aussi, mais quand même dure à encaisser, mentalement comme physiquement. L'écriture de ce premier ouvrage permet surtout au lecteur et lectrice de partager un parcours semé d'obstacles. Pour beaucoup, ils seraient considérés comme infranchissables. Mais Swann Dupont n'a pas peur. Encore moins des hommes. Alors elle a trempé sa prose dans l'encre noire et sombre de sa mémoire pour aboutir à ce texte d'une extrême radicalité au début, puis basculant dans la tendresse, la sororité puis l'amour tout puissant des dernières pages. Une vie d'exception, entre deux femmes, deux mères fortement opposées et un père idéalisé.
La belle-mère, surtout belle...
Petite, Swann vit dans un appartement tout simple avec son père, sa mère et ses frères et sœurs. Le premier, ouvrier intérimaire alterne petits boulots et jobs de peu, avec, pour tenir, pas mal d'alcool. La seconde est femme de ménage, récurant chez les bourgeois, ceux que dans la famille on surnomme avec mépris « les particules ». Quand le père quitte son épouse pour une femme plus jeune, plus belle, moins « usée » par les tâches ménagères, il embarque pour les vacances ses enfants. Swann va alors découvrir un autre type de femme, le contraire de sa maman fatiguée. La belle-mère sort beaucoup, s'habille court, sexy. Un peu comme une « pute ». Terme qui va longtemps coller à Swann qui deviendra dans son village cette « fille de pute » qui donne son titre à l'ouvrage. Car rapidement la fillette voudra ressembler à la belle-mère. Sans doute inconsciemment pour plaire au papa. Afin d'acquérir aussi ce pouvoir sur les hommes. Devenue adulte, Swann résume la philosophie de ses relations avec le sexe opposé ainsi : « Parce qu'il croit dominer, l'homme alpha pense régner, gérer, surplomber, mais derrière chaque homme il y a une femme. Elle est la mère, la femme, la maîtresse, la fille ou la pute. Et elle, de ses doigts qui se font discrets, elle tire les ficelles, elle guide et dirige celui qui pense encore, plein de sa virilité, pouvoir gagner la partie. Mais l'homme n'est qu'un enfant capricieux. » Des gamins, l'autrice va en rencontrer beaucoup, pour une nuit ou quelques mois. Elle papillonne, se cherche.
Apprentie comédienne à Paris, elle s'extrait de son milieu populaire, mais sans renier ses origines. La fin fait un peu conte de fées. Même si elle reproduit in fine l'histoire de sa propre famille. Elle croise la route d'un scénariste de BD. De presque 20 ans son aîné. Il est marié, père... Et c'est le coup de foudre. Aujourd'hui ils vivent ensemble, ont un bébé de deux ans et Swann Dupont, avec ce premier ouvrage abouti et très dense, fait une entrée remarquée dans le monde de l'édition.
« Fille de pute », Swann Dupont, Istya & Cie, 256 pages, 20 €

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire