Pierre Christin, 80 ans, fait partie de ces créateurs qui ont grandement influencés les jeunes Français et ce sur plusieurs générations. Il a ouvert la BD grand public à la science-fiction, quasiment inventé le roman graphique avec Bilal et formé des centaines de journalistes à l’école de Bordeaux. Une vie bien remplie qu’il ne voulait pas raconter dans une autobiographie classique.
Pourtant on retrouve dans ce gros abum de 140 pages dessiné par Philippe Aymond une bonne partie de la vie du scénariste et écrivain français. Mais au lieu de se mettre en scène, il nous fait partager ses découvertes et émerveillements comme si l’on était embarqué avec lui. Une caméra subjective pour réécrire une vie. Avec un axe majeur : ses pérégrinations à l’Ouest et à l’Est. En 1966, avec Jean-Claude Mézières, il enseigne dans une université de l’Utah. Et quelques années plus tard, toujours avec Mézières, il traverse l’Europe encore soviétique.
Christin est le formidable témoin objectif d’un siècle qui a vu s’affronter les deux blocs. Il en a nourri ses histoires, souvent ancrées dans le réel, sauf pour Valérian, même si parfois l’agent spatio-temporel se retrouve au cœur de la grande histoire de l’Humanité.
Un livre comme un long road movie qui, par chance, n’est pas encore terminé puisque le principal intéressé, dans la dernière page, signale qu’il s’intéresse au Sud, en pleine descente du Mékong.
«Est - Ouest», Dupuis, 26 € (Album paru en 2018. Chronique parue initialement en avril 2018 dans L'Indépendant du Midi)
