Certains héros de polars prennent de l’épaisseur au fil des romans. Quand Franck Thilliez a lancé Franck Sharko dans le grand bain en 2004 avec Train d’enfer pour Ange rouge, il ne s’imaginait sans doute pas l’ampleur que prendrait ce flic rude et taiseux dans son œuvre. Notamment quand il rencontre Lucie Hennebelle dans Le syndrome E. Cette ancienne gendarme avait déjà été l’héroïne de plusieurs romans dont La chambre des morts.
Dès lors un couple se forme et leurs histoires deviennent des best-sellers. Loin de se reposer sur la facilité, Franck Thilliez ne se consacre pas à 100 % à ses deux héros fétiches. Il alterne avec d’autres thrillers tout aussi ambitieux comme Le manuscrit inachevé et sa fausse suite Il était deux fois (sorti dernièrement chez Pocket).
Pour son retour en 2021, Franck Thilliez relance Sharko dans le bain. Mais pas là où l’avait laissé. Il fait un saut dans le temps pour raconter les débuts de ce flic d’élite, en 1991 au 36 du quai des Orfèvres. Nous sommes donc en 1991, Sharko à 30 ans, il vient de sortir de l’école d’inspecteurs et il n’y a ni téléphone portable, ni internet. Il faut se contenter du papier et du Minitel. Totalement inexpérimenté, Sharko a tout à apprendre. Mais déjà il fait preuve d’initiative. Ainsi il est à l’entrée du 36 quai des Orfèvres quand un homme s’y présente paniqué. Il vient de recevoir dans une lettre la photo d’une femme attachée sur un lit. Au dos du cliché, une adresse.
■ Première autopsie
Sharko s’y précipite et découvre sa première scène de crime. Une mise en scène macabre et une femme massacrée, au corps en pleine décomposition. Quand vient le moment de l’autopsie, le chef de Sharko exige qu’il soit présent. Une première qui ne se passe pas bien « Le teint cireux, Franck s’excusa et sortit. Il se per dit dans les couloirs, plein de rage, de colère, avec l’envie de fracasser toutes les portes devant lui. Quel humain était pré paré à voir un semblable se faire désosser comme une voiture dans une casse ? Il s’était attendu à ce que ce soit difficile, mais pas à ce point-là. » Le lecteur dé couvre un Sharko encore un peu tendre, mais déjà redoutablement intelligent.
Cette première enquête, il va s’y investir à fond, encouragé par son chef, malgré l’hostilité de certains de ses collègues. 1991 est aussi l’occasion pour l’auteur de raconter la vie d’avant, quand il fallait chercher une cabine téléphonique pour prévenir ses supérieurs qu’on vient de découvrir un cadavre. Quand les archives se trouvaient dans des sous-sols sombres et qu’il fallait plusieurs minutes de re cherche pour dégotter un dossier oublié.
On apprend enfin que Sharko avait une fiancée. Une certaine Suzanne qui n’est pas policière. Une gentille Nordiste qui n’a pas suivi son homme à la capitale mais qui lui envoie tous les soirs une lettre par fax. Car oui, à une époque, le fax était le summum de la modernité pour les gens pressés.
➤ « 1991, la première enquête de Sharko », Franck Thilliez, Fleuve Noir, 22,90 €

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