Affichage des articles dont le libellé est Olivia Colman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Olivia Colman. Afficher tous les articles

mercredi 13 mars 2024

Cinéma - “Scandaleusement vôtre”, insultes réjouissantes

Des lettres anonymes très vulgaires sèment la zizanie dans une petite bourgade anglaise. Tout semble désigner comme coupable la dévergondée Rose. Qui pourtant n’y est pour rien…

Énorme embrouille entre les deux voisines et amies, Rose (Jessie Buckley) et Edith (Olivia Colman).  STUDIOCANAL
Dans la galaxie des jurons et autres insultes, il y a la logorrhée du capitaine Haddock, bien gentille au final, et les immondices déversées en rafales par Rose (Jessie Buckley), une des héroïnes de Scandaleusement vôtre, film britannique tout en finesse malgré la verdeur des dialogues de Thea Sharrock. Juste après la fin de la première guerre mondiale, dans cette bourgade anglaise en bord de mer, Rose vit dans une petite maison, mitoyenne avec celle d’Edith (Olivia Colman). La première, jeune, mère d’une adorable gamine, aime la vie, les pubs et parle fort en jurant sans vergogne. La seconde, vieille fille bigote, vit toujours avec ses parents, va à la messe tous les dimanches et personnifie la bonté chrétienne. Edith et Rose, paradoxalement, sont devenues amies. La première voudrait « adoucir » le tempérament de la seconde alors que Rose aimerait plus prosaïquement que son amie se décoince un peu. Une relation qui vire au vinaigre. Rose dit ses quatre vérités à Edith. Qui lui pardonne mais ne lui adresse plus la parole. 

Les choses auraient pu en rester là, mais Edith commence à recevoir des lettres anonymes. Pas piquées des hannetons les missives. Edith y est traînée dans la boue avec force de mots insultants, positions scabreuses et allusions graveleuses. C’en est trop pour Edward (Timothy Spall) le père d’Edith. Il porte plainte. La police, pas futée, arrête Rose et l’envoie en prison malgré ses dénégations. 

Passant sans cesse de la pure comédie à la critique sociale, le film est particulièrement malin. Il rend surtout très sympathiques ces deux femmes que tout oppose. Et très désagréables les hommes de leur entourage, autoritaires et prétentieux. Cette histoire, tirée de faits ayant réellement agité le Royaume, est surtout une bonne occasion pour dénoncer le sort des femmes durant cette période. On en prend conscience quand la première femme policière de la région, Gladys Moss (Anjana Vasan) alerte sa hiérarchie face à ce qui a tout l’air d’une grossière erreur judiciaire. Mais elle serait tout juste bonne à préparer le thé de ses collègues, bêtes et obtus. Bien que Gladys soit beaucoup plus instruite qu’eux. Elle va d’ailleurs rapidement découvrir la véritable coupable en comparant les écritures. Une démonstration éclatante qui lui vaudra immédiatement… une mise à pied par son chef. Obstinée, avec quelques amies de Rose et d’Edith, elle décide de mener une enquête sur le terrain et imaginer un piège implacable pour prendre la coupable sur le fait. On retrouve un peu l’esprit d’Agatha Christie et des suffragettes dans ce film qui pourrait convertir au wokisme nombre de mâles dominants.   

Film de Thea Sharrock avec Olivia Colman, Jessie Buckley, Anjana Vasan, Timothy Spall





mercredi 26 mai 2021

Cinéma - « The Father », errance dans la mémoire trouble

Dans un grand appartement, un vieil homme tente de se rappeler des fragments de sa vie qui s’effiloche. 


Anthony Hopkins a décroché un Oscar pour son interprétation dans The Father, premier film du Français Florian Zeller. Une distinction plus que méritée. En réalité, si la statuette lui avait échappé, on se serait retrouvé face au plus grand scandale du cinéma de ces 20 dernières années. Car l’inoubliable interprète d’Hannibal Lecter dans Le silence des agneaux marque de bout en bout ce drame sur la vieillesse. 

À Londres de nos jours, Anne (Olivia Colman), rentre en urgence dans l’appartement où vit son père Anthony. Elle lui demande des explications sur ses derniers accrochages avec l’aide-soignante chargée de seconder au quotidien cet homme de 82 ans. Il l’a accusé d’avoir volé sa montre. Elle a prétendu que non. Visiblement la discussion s’est envenimée et Anthony l’aurait menacé physiquement selon Anne qui se retrouve de nouveau seule avec ce père qui n’en fait qu’à sa tête. 

Pour lui, pas de doute, il peut tout à fait se débrouiller seul. Il s’active dans la cuisine, se prépare son thé, écoute de la musique sur sa chaîne stéréo, admire la peinture de sa seconde fille, Lucy, qui elle, à son grand regret, ne donne jamais de nouvelles. 

La bascule du film a lieu quand Anne annonce à son père qu’elle a rencontré quelqu’un et qu’elle a décidé d’aller vivre avec lui… à Paris. Elle ne sera plus présente tous les jours pour s’occuper de lui. Et donc elle va devoir prendre une décision…

Maladie du siècle 

Adapté de sa propre pièce de théâtre, le premier film de Florian Zeller est magistral dans sa forme et sur le fond. Pour faire passer ce tourbillon d’émotions fortes, il s’appuie sur un comédien qui semble totalement s’identifier à son rôle. 

Anthony Hopkins joue avec une sincérité déroutante toutes les facettes de cette maladie du siècle : Alzheimer. Pour lui donner la réplique, Olivia Colman, en quelques regards appuyés par de rares paroles, retranscrit tout le désespoir des enfants de ces malades qui s’ignorent. Car pour eux, ils sont simplement dans leurs mémoires, au pluriel car tout s’emmêle, se duplique et prend des tournures différentes au gré des émotions.

➤ « The father », drame de Florian Zeller avec Anthony Hopkins, Olivia Colman, Mark Gatiss, Imogen Poot, Olivia Williams