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samedi 1 mars 2025

BD - Quand le train devient l'unique espoir d'un territoire

D'un côté il y a le TGV, rapide, centralisé, fierté de la technologie made in France. De l'autre les petits TER sur des lignes vieilles, très vieilles. Une bataille qui semble perdue d'avance. Mais qui pourtant va donner le ton des prochaines décennies. Le pays va-t-il se recentrer sur les grandes agglomérations pour abandonner les territoires ruraux, de plus en plus vides et isolés ? 

Exemple avec cette ligne en déshérence qui relie Neussargues dans le Cantal à Béziers dans l'Hérault. Une transversale, à travers les sud du Massif Central, Aveyron et Lozère. Des départements peu habités, en voie de désertification, sans grosses industries. Forcément, les lignes ont perdu leur rentabilité. Même pour le fret depuis l'ouverture d'une autoroute gratuite. 


Pourtant sur ces quais devenus trop silencieux, des milliers d'habitants se battent depuis des décennies pour sauver la ligne, la rénover, la moderniser, lui donner une seconde chance. A eux aussi par la même occasion. 

Alain Bujak est allé sur place pour enquêter, rencontrer ces irréductibles du chemin de fer. Il raconte aussi la beauté des paysages traversés, des ouvrages d'art exceptionnels comme le viaduc de Gabarit, de cette France éternelle que l'on ne peut qu'apprécier à vitesse modérée. Il a confié le scénario à Elliot Royer, jeune dessinateur visiblement très enthousiaste à reproduire ces décors, véritables cartes postales de toujours. On comprend, en lisant ce reportage graphique, combien il est important pour certains de pouvoir se déplacer en toute sécurité et par tous les temps. Et rien de mieux que le rail, véritable lien entre les territoires, les communautés, les régions. 

Aujourd'hui, les premiers travaux de modernisation ont commencé, le combat semble avoir payé. Mais il faudra quand même attendre encore de nombreuses années avant que la ligne redevienne le fleuron qu'elle était au début du XXe siècle.

"Silence sur le quai", Futuropolis, 112 pages, 19 €

mardi 13 août 2024

Roman historique - Oranges et frontière


Paru en 2005, Quai des oranges de Nicole Zimermann est un superbe portrait de femme. De celles qui n’acceptent pas de marcher droit dans les pas du patriarcat. Rose, le personnage principal du roman, est une jeune Catalane vivant à Cerbère. Nous sommes dans les années 20 et le village frontière est essentiel dans les échanges commerciaux entre Nord et Sud de l’Europe.

Rose est transbordeuse d’oranges. Dans la gare, elle vide les wagons espagnols de ces fruits très recherchés et remplit les trains français. Un travail harassant mais bien payé. Rose, trop romantique, cède aux avances d’un garçon du cru et se retrouve fille-mère. Une infamie à l’époque.

Elle va cependant aller contre sa famille et la communauté, s’imposer dans son métier et permettre aux autres femmes de s’imaginer un meilleur futur. Le roman, très documenté, raconte aussi comment Rose a été envoyée au Pays basque pour former les ouvrières locales à ce travail ingrat mais essentiel.

L’occasion de détailler une petite compétition régionale : « Dures à l’ouvrage, vives et concentrées, les Basques mettent tout leur amour-propre à apprendre vite et à ne pas se laisser distancer » par les Catalanes.

« Quai des oranges » de Nicole Zimermann, Privat, 295 pages, 21 €

mercredi 26 mai 2021

De choses et d’autres - Train de nuit, vol de jour

Trop de communication tue la communication. Jean Castex, Premier ministre, en a fait les frais cette semaine. Si son café pris en terrasse avec le président Macron a été moyennement moqué sur les réseaux sociaux pour sa mise en scène, son voyage vers Nice en train de nuit a été la goutte qui a fait déborder le vase rempli de sarcasmes.

Sur le coup, son annonce du départ aux voyageurs a plus fait sourire que grogner. Normal, tout le monde a un jour rêvé de prendre le micro (dans un train ou un supermarché) pour faire une déclaration. Non, le souci est apparu vendredi matin quand des passionnés d’aviation ont révélé qu’un Falcon du gouvernement avait fait le voyage lui aussi vers Nice.

Car une fois arrivé, au petit matin, au bord de la Méditerranée, le Premier ministre n’en a pas profité pour prendre un week-end prolongé au soleil (lundi c’est férié). Il a en fait sauté dans le jet privé et a décollé immédiatement vers le nord.

Beaucoup plus vite qu’avec un train, il a rejoint Valence dans la Drome pour une visite au pas de course. Et en début d’après-midi retour sur le tarmac et cap vers la capitale qu’il a rejoint à 16 heures. Prendre un train de nuit c’est bien, mais revenir en jet privé, c’est très moyen.

Le plus délirant dans cette affaire d’aller-retour train avion, c’est que Jean Castex est attendu aujourd’hui en Cerdagne. Mais cette fois il ne viendra pas en train, un trajet de nuit ça va, deux, bonjour les dégâts.