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samedi 22 mai 2021

Cinéma - Au pays des fous, la mouche est reine

Grâce à deux idiots et une mouche géante, Quentin Dupieux signe une fable absurde réjouissante.


Aller voir un film de Quentin Dupieux, c’est accepter de s’extraire de la réalité, d’être constamment étonné, de prendre le parti de ne pas tout comprendre et avoir la certitude de passer un moment unique. Mandibules, son nouveau film est la quintessence de ce cinéma de l’absurde à la française.

Il s’appuie cette fois sur le duo du Palmashow, David Marsais et Grégoire Ludig, pour concocter un petit bijou bizarre et inclassable. Jean-Gab et Manu sont deux paumés survivant sur la côte d’Azur. Le premier est pompiste dans la station essence de sa mère, le second quasi clochard puisqu’il dort sur la plage. Manu vole une vieille Mercedes et part en vadrouille avec Jean-Gab. En route, ils remarquent du bruit en provenance du coffre. Ils ouvrent et découvrent, totalement espantés, une mouche géante.

C’est Jean-Gab qui a l’idée de génie. Il faut l’apprivoiser puis la dresser pour la transformer en drone. Elle pourra alors voler ce qu’ils veulent tout en restant tranquilles à ne rien faire. Et en plus, il n’y a pas de piles à changer… 

Les hurlements d’Adèle 

Déjà, le raisonnement du duo montre combien ces paumés sont largués. Après quelques péripéties, ils se retrouvent en panne et sont secourus par une jeune femme persuadée que Manu est un ami d’enfance.

La suite du film se déroule dans une belle villa sur les hauteurs, entre cuisine et piscine, en compagnie de Cécile (India Hair), son frère Serge (Roméo Elvis) et Agnès interprétée par Adèle Exarchopoulos. On retrouve tout le génie de Quentin Dupieux dans ce casting car la comédienne révélée par La vie d’Adèle est utilisée à contre-emploi complet. Exit le côté sexy, Adèle joue la dérangée mentale qui ne parle pas mais hurle. Même pour dire bon appétit. La confrontation entre les deux idiots toujours persuadés que la mouche géante (baptisée Dominique entre-temps) va les rendre riche et cette folle qui plus est complètement paranoïaque est un grand moment de rigolade.

Ce n’est pas le seul car le réalisateur a voulu conserver la complicité entre les deux membres du Palmashow.  Ils s’en donnent à cœur joie dans les habits de ces deux débiles finis, dignes de Dumb and Dumber
Finalement, ce film à mille lieues de tout formatage, est la meilleure façon de se réhabituer au cinéma, un art libre inventif.

Comédie française de Quentin Dupieux avec David Marsais, Grégoire Ludig, Adèle Exarchopoulos, India Hair

 

mercredi 25 octobre 2017

Cinéma - Les gays aussi se marient en blanc

ÉPOUSE-MOI MON POTE. Pour son premier film, Tarek Boudali signe une comédie enlevée.


Tarek Boudali le dit à qui veut le croire : « Le pitch de ce film, je l’ai en moi depuis cinq ans. Avant le succès de Baby-sitting. » Et il admet aussi sans trop de difficulté que bien évidemment, au regard du nombre d’entrées des trois films auxquels il a participé avec son ami Philippe Lacheau, trouver un financement était plus simple que pour le commun des mortels. Pourtant les amateurs de blagues potaches et situations rocambolesques en auront un peu pour leur argent. Pas parce que Tarek Boudali a voulu brouiller les cartes et faire un film sérieux sur les sans-papiers, l’immigration et les clichés véhiculés à tort sur la communauté gay.

Il y a bien un peu de tout cela dans son film, mais avec une grosse portion de déconnade et beaucoup d’autodérision. Un cocktail difficile à réussir entre humour et intelligence, entre gags et cohérence du ré- cit. Pour une première réalisation, il s’en tire plus qu’avec les honneurs, d’autant qu’il assure également le premier rôle, pas forcément le plus comique mais certainement le plus important et qui apporte toute sa crédibilité au scénario. Tout commence au bled. Yassine, à peine 19 ans, grâce à l’aide financière de tous les villageois, part faire des études d’architecture à Paris. Il est brillant, mais rate au dernier moment son examen. En perdant son statut d’étudiant, il devient un clandestin, survivant en acceptant de travailler, au noir, sur des chantiers. Et il n’ose pas rentrer au pays sans son diplôme. Quand il reçoit la proposition de travailler sur un gros projet, soit l’occasion enfin de vivre de sa passion, il dit oui immédiatement. Sans réaliser qu’il n’a plus de papiers... La meilleure façon d’en obtenir : se marier.

■ Mariage d’amitié

Voilà comment il se met à chercher une femme prête à s’engager pour un mariage blanc. Mais face à leurs exigences financières, il déchante. L’illumination viendra d’un article dans la presse : un étranger vient d’obtenir la nationalité française en se mariant avec... son compagnon. Le mariage pour tous va sauver Yassine. Il suffit que Fred (Philippe Lacheau) son meilleur copain et voisin de palier, amoureux de la très belle et intelligente Lisa (Charlotte Gabris), accepte de se marier avec lui. Jouer les homos pour obtenir les papiers. Pas évident de ne pas tomber dans les gros clichés qui tâchent et les allusions graveleuses avec un sujet aussi casse gueule. Mais au final, on rit beaucoup, et pas toujours au détriment des gays, l’intolérance de certains hétéros étant mise à mal et parfois tellement grotesque qu’elle en devient irrésistiblement risible.

Et si Tarek Boudali se réserve le côté émouvant du film, il n’hé- site pas à forcer sur le côté burlesque et déjanté de son complice Philippe Lacheau, Phiphi pour les intimes. Fred met beaucoup de cœur à interpréter une « folle » comme il se les imagine. Et va cependant découvrir que les homos ont bien changé depuis Poiret et Serrault. Un potentiel comique idéalement exploité, tout comme sa dextérité à la danse. Les fades candidats de « Danse avec des stars » devraient en prendre de la graine.

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Le joli minois d’Andy

Elle a débuté sur Youtube. Exactement elle est devenue célèbre en se moquant de certaines manies des femmes et de leurs chéris dans de savoureuses vidéos distillées sur sa chaîne «Andy raconte ». Andy Rowsky franchit le Rubicon et endosse le rôle du personnage féminin principal du premier film de Tarek Boudali. La jeune femme, à la plastique parfaite et la tête bien faite, est pourtant totalement méconnaissable au début de l’histoire. Elle interprète Claire, une étudiante en architecture comme Yassine. Le petit arabe, timide et travailleur, n’est pas insensible à la gentillesse de cette fille, un peu ronde et se dissimulant le visage derrière une grande frange. Ils passent des heures ensemble à réviser à la bibliothèque. Yassine tombe amoureux de Claire, devinant un cœur d’or derrière ce corps malmené. Mais comme la vie est souvent méchante avec les gens bons, Yassine rate la dernière preuve de son examen et a tellement honte qu’il n’ose aller au dernier bal de la promo, le soir où il avait l’intention de déclarer sa flamme à celle que ses copains surnommaient sans vergogne l’hippopotame. 

La transformation physique a été difficile pour la jeune actrice. « Plusieurs heures de maquillage, en plein été. Sans compter les remarques incessantes de David Marsais ». Un baptême du feu pas si impressionnant. « Finalement, sur le net ou au cinéma, c’est le même métier. Ce qui compte c’est l’état d’esprit de l’équipe. » Et à ce niveau, elle n’a rien à redire. Tarek Boudali, pour son premier film, avoue pourtant une tension très forte. « Notamment lors de la scène de la chute sur la péniche, explique le jeune réalisateur, mais on a assuré. Et comme pour Baby Sitting, on a fait nous-même nos cascades. Je suis le nouveau Jean-Paul Belmondo » fanfaronne le comique qui ne peut jamais rester bien longtemps sérieux. 

Il devient pourtant presque ému, quand il évoque les ultimes prises, au Maroc. « Je ne sais pas si c’est en raison de la fin du tournage ou du parallèle entre la vie de Yassine et la mienne, mais j’ai complètement craqué le dernier jour. » Une émotion que l’on retrouve dans ces images finales, joyeuses, positives et totalement hilarantes avec un petit bonus au cœur du générique

➤ « Épouse-moi mon pote » de Tarek Boudali (France, 1 h 32) avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Rowsky, Philippe Duquesne, David Marsais