dimanche 29 octobre 2000

BD – Nuit compliquée pour le tueur John Doe


Tueur à gages n'est pas un métier de tout repos. L'instant crucial ne dure pas longtemps mais la préparation est longue. John Doe est une pointure dans sa catégorie. Efficace et discret. Sauf ce soir. Il a bien descendu le nain comme demandé par son patron d'un soir mais il a totalement oublié de récupérer l'œil de verre comme stipulé dans le contrat. II doit donc dans un premier temps déterrer le cadavre pour récupérer la précieuse preuve. Un chat de gouttière qui passait malheureusement par là est persuadé qu'il s'agit d'une baballe et s'en empare. 

A partir de ce moment tout foire pour John Doe. Une course poursuite dans les bas-fonds de la ville qui lui feront croiser en plus du félin un livreur de pizza, un trio de prostituées, deux groupes de supporters, un souteneur, quelques flics et une retraitée monumentale.

Récupérer le fameux œil ne se fera pas sans casse...

Premier album hilarant de très maîtrisé de Baloo, scénariste, et Henriet, dessinateur jonglant brillamment avec les ombres. 

« John Doe », (tome 1), Delcourt. (Chronique publiée dans Centre Presse Aveyron le 29 octobre 2000.)

dimanche 22 octobre 2000

Récit - Gros excès de vitesse de Jacques Mellick

Le maire de Béthune revient sur son faux témoignage en faveur de Tapie.


De 1993 à 1995, la justice a déployé d'énormes moyens pour résoudre l'affaire de corruption du match de football OM-Valenciennes. Au final c'est tout le système mis en place par Bernard Tapie qui va s'écrouler. La fin de la gloire pour cet aventurier de la politique et de la grande finance.

La faute à Jacques Mellick qui a reconnu devant les juges, en pleine audience, avoir menti pour couvrir son ami. Pourquoi ce mensonge, puis ce revirement de bord ?

Jacques Mellick, maintenant retiré de la vie politique et vivant à l'étranger, donne sa version des faits dans "Excès de vitesse !", témoignage qui vient de paraître chez Calmann-Lévy.

Tapie, grande gueule et un peu aventurier, sur les bords a besoin d'un alibi en béton pour se disculper. Dans les couloirs de l'Assemblée, Jacques Mellick, ancien ministre et député du Pas-de-Calais lui propose de l'aider. Le maire de Béthune lui doit bien cela,

Tapie a sauvé l'entreprise Testut et a régulièrement injecté des millions de francs pour maintenir l'emploi. Au cours de quelques réunions secrètes les deux hommes se mettent d'accord. Tapie ne pouvalt pas avoir rencontré l'entraîneur adverse le 17 juin 1993 puisqu'il était avec Jacques Mellick dans ses bureaux parisiens. Une version qui au fil des investigations prendra de plus en plus l'eau. Jacques Mellick aurait ainsi fait le trajet entre Paris et Béthune en moins d'une heure. Un excès de vitesse source de nombreuses blagues qui a bien fait rire la France profonde.


Sincérité

Cette nouvelle version de faits, cinq années après le début de l'affaire, n'apporte pas grand-chose de plus. Tapie décidait tout, l'Elysée semblait au courant des dessous de l'affaire. Jacques Mellick tente surtout de justifier sa position mensongère.

Deux raisons majeures ont guidé sa défense : la parole donnée à Tapie et l'impression que la Justice était impartiale, bien décidée à se «faire un ministre ». Il a décidé de changer d'attitude quand les gardes à vue pleuvaient sur le personnel de la mairie, sommé par tous les moyens d'infirmer les premières déclarations du maire.

« Excès de vitesse » permet également à Jacques Mellick de revenir sur sa carrière politique, des jeunesses socialistes au ministère de la Défense, ainsi que sur ses origines modestes et le formidable travail de son père, simple fonctionnaire mais faisant partie de la toute première équipe ayant participé à la construction européenne dans les années 50 autour de Jean Monnet.

Parfois un peu trop véhément, Jacques Mellick arrive cependant la plupart du temps à trouver un ton juste et sincère. Une sincérité qui lui a douloureusement. fait défaut au moment de la fameuse affaire...

« Excès de vitesse », Jacques Mellick, Calmann-Lévy. (Livre paru en 2000. Chronique publiée initialement en octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


Roman - A la découverte du Guyana des années 70

« Les secrets du manguier », un roman épique, violent et très épicé d'Oonya Kempadoo.


Lula est une adolescente en pleine croissance. Elle découvre la vie, son corps en mutation et ces envies qui vous prennent d'un coup au bas-ventre. Car il fait chaud à Tamaring Grove, une petite ville du Guyana dans les années 70. Lula, avec ses copines, mène une vie insouciante rythmée par l'école, les jeux et les travaux ménagers. Elle rêve également beaucoup. Et adore observer les petites manies des autres habitants de la localité. Lula qui semble être le portrait craché de la mère de l'autrice, Oonya Kem-padoo, née en Angleterre de parents guyanais et résultat éclatant du mélange de toutes les races qui vivent au Guyana: indienne, africaine, européenne, chinoise et amérindienne.

Régulièrement perchée dans les arbres (pour jouer, cueillir les fruits ou tout simplement voir sans être vue), Lula a pourtant une sainte horreur de l'immense manguier qui pousse à quelques mètres de la maison. Elle ne supporte pas que des branches de l'arbre affleurent partout. Persuadée qu'il est au courant de tout, « il en savait trop. Les chamailleries dans la cuisine, les chuchotis dans les chambres, même nos pensées intimes sur le siège des toilettes». Un manguier tout gonflé de secrets.

Émeutes raciales

Et pas seulement les secrets de la maison de Lula. Sa haute stature lui permet de surveiller toute la ville. Et même plus selon Lula. Le manguier voit parfaitement les horreurs qui se trament dans le palais présidentiel du dictateur Burnham. Après son indépendance, le Guyana est passé par une période très troublée - qui atteint son paroxysme au cours des émeutes raciales. Burnham a poussé les Noirs contre les Indiens. Car ce roman mêle harmonieusement les deux facettes de l'éducation de Lula.

Le côté sexuel, très osé et sensuel, à ne pas mettre entre toutes les mains, mais également le côté politique avec la dénonciation des excès, de tous les excès.

Quelques scènes d'une incroyable violence donnent toute l'ampleur des déchirements qui ont meurtri ce petit pays. Pour beaucoup la solution est passée par l'exil vers des contrées plus tolérantes. Souvent l'Angleterre. Comme les parents d'Oonya Kempadoo.

« Les secrets du manguier »,  Oonya Kempadoo, Grasset. (Roman paru en 2000. Chronique publiée initialement le 22 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

dimanche 15 octobre 2000

Roman - Stephen King vous invite à faire un "Tour sur le Bolid"

Stephen King a toujours été en avance. Ses récits d horreur presque ont inventé un genre. Avec l'arrivée d'internet, l'auteur du Maine (USA) a sauté sur l'occasion pour diffuser le plus largement possible ses écrits. Il a fait une première expérience avec cette longue nouvelle. 

L'internaute pouvait directement télécharger le texte dans son ordinateur pour un dollar symbolique Mais comme il y a eu plusieurs centaines de milliers de connections, King a gonflé un petit peu son immense fortune. 

En France ce sont les éditions Albin Michel avec le Livre de Poche qui proposent « Un tour sur le Bolid » pour la modique somme de 15 francs. Alors vous aussi foncez à tombeau ouvert. 

dimanche 8 octobre 2000

Humour - « La vie est courte » selon Larcenet et Thiriet

Le dessin d'humour ou cartoon a besoin d'un dépoussiérage. Les histoires de maris trompés ne font plus beaucoup rire. Excepté quand Thiriet et Larcenet se mettent à délirer sur ces standards de l'humour franchouillard. 

L'amour virtuel par exemple est brocardé dans un gag qui devrait rester dans les annales de l'humour absurde. Une femme est surprise, nue, au lit, avec son amant dont la tête est remplacée par un écran d'ordinateur. Le mari vient d'entrer dans la chambre. Lui aussi a un écran à la place de la tête. Et la femme de s'exclamer : « Ciel !! Le site de mon mari! ». 

Des délires de ce type il y en a en moyenne trois par page. On atteint des sommets dans le non-sens. Airbag anticambriolage, funambule en grève, jacuzzi pour mouche, WC photomaton, ascenseur micro-ondes, casting pour l'homme invisible ou « va-chercher-la-baballe » virtuel, les inventions du duo sont toutes plus délirantes les unes que les autres. 

« La vie est courte », tome 3, Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD – Quand Dallas Barr envisage de mourir

Un million de livre pour devenir immortel. Du moins pour acquérir une portion d'immortalité. Un million c'est le coût d'un traitement Stileman. Cela garantit dix années de sursis, dix années durant lesquelles vous ne prenez par une ride. 

Dallas Barr use et abuse de ce traitement. Il a largement plus de 100 ans mais n'en paraît que 35. Aussi quand une femme débarque un matin dans sa maison de Floride, il a du mal à croire que c'est sa fille. Elle a 58 ans. Anna a beaucoup souffert. Dallas n'a même pas le souvenir d'avoir connu sa mère. Anna veut rattraper ce temps perdu. Elle réclame elle aussi une part du gâteau et demande à Dallas de lui donner la somme nécessaire pour qu'elle se paye un traitement Stileman. Mais l'apparition de ce fantôme fait encore plus douter Dallas. Pourquoi continuer à s'accrocher ? Et s'il arrêtait tout ? S'il ne renouvelle pas le traitement, le temps reprendra le dessus, il ne survivrait pas longtemps. 

Cette série de SF de Marvano et Haldeman s'impose de tome en tome comme une des plus novatrices. 

« Dallas Barr », tome 5, Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


BD - « Hard core lycée », l'établissement scolaire cauchemardesque

Pénétrer dans le lycée imaginé par Eric Omond n'est pas une mince affaire. Il est vrai que cet établissement n'est pas modèle. On y trouve quelques spécimens assez gratinés de la jeunesse de France. Exemples : Ben, laid et libidineux, c'est un obsédé du cul mais encore puceau pour son plus grand malheur; Tim, maladivement timide, il n'arrive pas à déclarer sa flamme à la belle Lara ; cette dernière est une sportive explosive qui est raide dingue de son... punching-ball. 

On trouve également dans cette classe de terminale très typée Pam la pétasse, Fouad l'intello costaud, Jordy le keupon rebelle, Sam le dealer ou Marie-Sophie la collectionneuse de lingerie fine.

Au premier abord on trouve que la caricature d'Omond est un peu forcée mais il faut bien reconnaître que les vrais lycéens sont beaucoup plus proches de ceux-là que des images véhiculées dans les séries télé.

« Hard core lycée », tome 1, Glénat. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - « Nexus », légende du Mont Saint-Michel

Le Mont Saint-Michel cache bien son jeu. Du moins dans le premier tome de cette série fantastique signée par un maître du genre, Froideval, et un jeune dessinateur prometteur, Bournay. Encerclé par la mer, le Mont Saint-Michel abrite de nombreuses portes vers d'autres mondes. Cette passerelle sert de refuge pour les âmes martyrisées.

Un gardien, désigné par l'archange, est seul habilité à ouvrir ou fermer ces portes. Le gardien actuel devine que son heure est venue. Il va devoir rendre sa charge. Le chevalier Tristan devrait le remplacer. Mais dans l'ombre, un ambitieux religieux essaie d'imposer un de ses hommes de main. Tout se complique car l'actuel gardien a une fille qui endosse l'armure symbole et prend possession du Mont. Au moment même où une horde de démons, chassés par le Diable en personne, trouve refuge dans le sanctuaire.

Le dessinateur, entre des planches de facture très classiques, s'autorise quelques tableaux en couleurs directes particulièrement spectaculaires.

« Nexus », tome 1, Zenda. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


Roman jeunesse - La vie à sa source

« La rivière à l'envers » de Jean-Claude Mourlevat, une histoire pour les jeunes, jubilatoire, autant que l'écriture.

Modeste, on peut dire qu'il l'est. Jean-Claude Mourlevat, plusieurs romans et de nombreux prix à son actif, s'écrie d'emblée : « On n'invente pas grand-chose, nous les auteurs, on marche plutôt sur des traces littéraires très anciennes ».

Un peu trop modeste sans doute. Son nouveau livre, « La rivière à l'envers » représente la preuve tangible de son talent. Tomek, jeune garçon de 13 ans, soupire d'ennui dans l'épicerie qu'il tient dans son village.

Un beau matin, il tombe raide amoureux d'une fille qui veut lui acheter de l'eau de la rivière Qjar. Le vieil homme qui compte autant qu'un grand-père dans la vie de Tomek, lui explique qu'il s'agit d'une rivière d'un genre très spécial. Non seulement elle coule à l'envers mais surtout, l'eau puisée à sa source garantit l'immortalité. Au revoir l'ennui, bonjour l'aventure ! Tomek décide de partir sur les traces de la petite fille, à la recherche de la fameuse rivière, sur un chemin semé d'embûches.

«Je voulais m'offrir un vrai roman d'aventure avec les passés simples là où il faut », explique en souriant Jean-Claude Mourlevat. «Mes trois premiers romans avaient tous quelque chose d'un peu oppressant, ici la tonalité est plus claire, plus légère. »

Le merveilleux

Tomek vit des aventures rocambolesques qui ne sont pas sans rappeler les univers merveilleux du Magicien d'Oz ou d'Alice au pays des merveilles. Jean-Claude Mourlevat le reconnaît en toute simplicité, « je me sens enrichi de tout ce que j'ai lu par ailleurs ». Et de fait, l'histoire foisonne de personnages tous plus farfelus les uns que les autres et de rebondissements incroyables. « J'ai voulu entrer dans l'univers du merveilleux avec la liberté et la fantaisie que cela implique », confirme Jean-Claude Mourlevat. « Et j'ai pris plaisir à mettre en scène des personnages très courtois, très gentils. Ce respect d'autrui et cette gentillesse universelle, cela va un peu à contre courant de ce qui se fait aujourd'hui», explique-t-il d'une voix dont la douceur ressemble à ses paroles.

Le résultat, un roman attachant et imaginatif. « En fait, c'était tout à fait jubilatoire, résume-t-il, j'ai éprouvé un grand plaisir à écrire ». Et bien nous, Monsieur Mourlevat, on a éprouvé un égal plaisir à vous lire !

« La rivière à l'envers » de Jean-Claude Mourlevat, Pocket Jeunesse. (Chronique publiée en octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron et signée Fabienne Huart)


dimanche 1 octobre 2000

Polar - "Je suis très beau" mais c'est surtout très méchant !

Dans la catégorie « noir de chez noir », Christophe Mager impose sa plume dans ce roman policier à deux voix. Le premier narrateur, le fils, raconte comment il vient de faire un hold-up sanglant mais efficace. 

En écho, sa mère raconte la vie de cet homme qu'elle déteste au plus haut point. Une mère abominable, qui a empoisonné le chien de son fils, juste pour l'empêcher d'être un peu heureux. Elle fait semblant d'être impotente pour ne plus rien avoir à faire à la maison. 

Mais le fils n'est pas mieux. Loin d'être gentil avec sa maman. Espérons qu'une telle famille n'est que fiction. 

"Je suis très beau", Christophe Mager, Baleine. (Roman paru en 2000, chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)