dimanche 22 octobre 2000

Récit - Gros excès de vitesse de Jacques Mellick

Le maire de Béthune revient sur son faux témoignage en faveur de Tapie.


De 1993 à 1995, la justice a déployé d'énormes moyens pour résoudre l'affaire de corruption du match de football OM-Valenciennes. Au final c'est tout le système mis en place par Bernard Tapie qui va s'écrouler. La fin de la gloire pour cet aventurier de la politique et de la grande finance.

La faute à Jacques Mellick qui a reconnu devant les juges, en pleine audience, avoir menti pour couvrir son ami. Pourquoi ce mensonge, puis ce revirement de bord ?

Jacques Mellick, maintenant retiré de la vie politique et vivant à l'étranger, donne sa version des faits dans "Excès de vitesse !", témoignage qui vient de paraître chez Calmann-Lévy.

Tapie, grande gueule et un peu aventurier, sur les bords a besoin d'un alibi en béton pour se disculper. Dans les couloirs de l'Assemblée, Jacques Mellick, ancien ministre et député du Pas-de-Calais lui propose de l'aider. Le maire de Béthune lui doit bien cela,

Tapie a sauvé l'entreprise Testut et a régulièrement injecté des millions de francs pour maintenir l'emploi. Au cours de quelques réunions secrètes les deux hommes se mettent d'accord. Tapie ne pouvalt pas avoir rencontré l'entraîneur adverse le 17 juin 1993 puisqu'il était avec Jacques Mellick dans ses bureaux parisiens. Une version qui au fil des investigations prendra de plus en plus l'eau. Jacques Mellick aurait ainsi fait le trajet entre Paris et Béthune en moins d'une heure. Un excès de vitesse source de nombreuses blagues qui a bien fait rire la France profonde.


Sincérité

Cette nouvelle version de faits, cinq années après le début de l'affaire, n'apporte pas grand-chose de plus. Tapie décidait tout, l'Elysée semblait au courant des dessous de l'affaire. Jacques Mellick tente surtout de justifier sa position mensongère.

Deux raisons majeures ont guidé sa défense : la parole donnée à Tapie et l'impression que la Justice était impartiale, bien décidée à se «faire un ministre ». Il a décidé de changer d'attitude quand les gardes à vue pleuvaient sur le personnel de la mairie, sommé par tous les moyens d'infirmer les premières déclarations du maire.

« Excès de vitesse » permet également à Jacques Mellick de revenir sur sa carrière politique, des jeunesses socialistes au ministère de la Défense, ainsi que sur ses origines modestes et le formidable travail de son père, simple fonctionnaire mais faisant partie de la toute première équipe ayant participé à la construction européenne dans les années 50 autour de Jean Monnet.

Parfois un peu trop véhément, Jacques Mellick arrive cependant la plupart du temps à trouver un ton juste et sincère. Une sincérité qui lui a douloureusement. fait défaut au moment de la fameuse affaire...

« Excès de vitesse », Jacques Mellick, Calmann-Lévy. (Livre paru en 2000. Chronique publiée initialement en octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


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