Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
lundi 20 octobre 2003
BD - Embarquez avec le Passager de Vink
dimanche 19 octobre 2003
BD - Elle, premier album très remarqué de Fanny Montgermont
Fanny Montgernont jeune dessinatrice de moins de trente ans, signe un premier album très personnel, entre violence et poésie. Elle a situé son histoire dans la ville de Rennes qu'elle connait bien pendant la seconde guerre mondiale.
La capitale bretonne subit les bombardements réguliers des avions alliés. La milice fait régner la terreur mais cela n'empêche pas une poignée de résistants de s'organiser pour saboter les infrastructures de l'occupant.
Hippolyte, dans les décombres d'un bâtiment en ruines, découvre une jeune fille, blonde aux yeux bleus qui affirme avoir perdu ses ailes. Michelle semble folle, elle se prend pour un ange. Entre les deux jeunes adultes on devine une forte attirance.
Une histoire grave, dessinée finement et enluminée de couleurs tendres et douces. Seul le rouge vif du sang vient assombrir ces illustrations d'un auteur complet qui impose dès son premier album un style et une ambiance très personnels. (Paquet 12 €)
mardi 25 mars 2003
BD - Les premières interventions des Pompiers de Stédo
Après les gendarmes, les profs et les fonctionnaires, ce sont les pompiers qui ont les honneurs de la collection « Humour job » des éditions Bamboo. Stédo, après avoir hanté les pages de Spirou durant de nombreuses années, semble enfin avoir trouvé sa voie.
Son dessin rond, dans la grande tradition d'un Franquin ou d'un Seron, est très efficace dans cette série de gags mettant en scène des hommes du feu rarement compétents, au grand désespoir des victimes. Particulièrement comiques les brimades infligées au petit nouveau tout excité à l'idée de tomber les filles dans son bel uniforme.
Stédo a le vent en poupe : il vient de reprendre le dessin du Garage Isidore aux éditions Dupuis. (Bamboo, 8,99 €)
dimanche 23 mars 2003
BD - Andréas mène le monde de Capricorne dans un tunnel
Andreas mène deux séries en parallèle. Capricorne au Lombard et Arq chez Delcourt. La première semblait plus classique, mais cet auteur inventif et inclassable a fait évoluer personnage et contexte pour entraîner l'ensemble de l'histoire vers un univers fantasmagorique, de plus en plus décalé et irréel.
Capricorne, réfugié dans les égouts pour fuir les tortionnaires du Concept, organisation extrémiste ayant pris le pouvoir en surface, reçoit le renfort de quelques résistants supplémentaires.
Ensemble, ils creusent un tunnel débouchant dans un lieu mystérieux, déclaré tabou par les Indiens des siècles plus tôt.
Mise en page virtuose, cadrages novateurs, trouvailles graphiques, Andreas est définitivement un grand de la bande dessinée. (Le Lombard, 9,45 €)
BD - Le STAR face à un de ses cobayes
Les chercheurs du STAR (Sciences, technologies, analyses et recherches) sont à la recherche de leur dernier sujet d'expérience, K2CM, un homme entièrement paralysé mais qui arrive à communiquer grâce à une sonde plantée dans son cerveau et reliée à un ordinateur. Cet accidenté de la route semble mener une vengeance absolue. Il entraîne une infirmière dans sa quête et met en danger sa vie ainsi que le projet mené par les quatre membres de STAR.
Dessinée par Thierry Cayman, cette série est issue de l'imagination de Patrick Delperdange. Ce dernier, après avoir écrit nombre de romans et de scénarios pour le cinéma et la télévision, est venu renforcer la nouvelle vague de Casterman, proposant les aventures de Mac Namara sur des dessins de Taymans. (Casterrnan, 9,45 €)
En bonus le fac similé de l'article de Centre Presse en 2003...
dimanche 19 janvier 2003
Quand la BD utilise de solides références
La bande dessinée sait sortir de son carcan pour exploiter quelques références. Que cela soit l’œuvre de Boris Vian, les romans de la Série noire ou les westerns spaghettis, ces trois albums permettront aux lecteurs d’élargir leur horizon.
L’art de l’adolescence
L’adolescence, période difficile à vivre, devient un véritable rêve éveillé quand on trouve sa voie. "Thomas ou le retour du Tabou" d’Hervé Bourhis retrace le parcours d’un collégien au moment où il se désintéresse des dessins animés découvrant que certains livres peuvent être passionnants. Il débute avec L’écume des jours de Boris Vian puis embraye avec une biographie de cet écrivain rebelle. Thomas prend le pari de refaire vivre l’ambiance du cabaret le Tabou. Une histoire toute en finesse, abordant les problèmes de l’art, de l’amitié et de l’émancipation par rapport aux parents. Un album qui a reçu le prix René Goscinny du scénario. (Les Humanoïdes Associés, 12,35 €)
Élections, piège d’édition
Ambiance très littéraire également dans "Le Choucas met le feu aux poudres", cinquième titre de la série écrite et dessinée par Lax. Le héros, détective privé vénérant la collection de la Série Noire, se trouve cette fois aux prises avec une maison d’édition voulant profiter de la période électorale pour faire des bénéfices substantiels en discréditant la République. Situations épiques, personnages secondaires cocasses, analyse critique de notre société : cette série a tout pour plaire. (Dupuis, 8,99 €)
Hilarant Django Renard
De l’hommage à la parodie il n’y a qu’un pas que Curd Ridel (scénario) et Dav (dessin) franchissent allégrement en signant "Django Renard", série de gags brocardant les westerns spaghettis. On retrouve dans cette BD animalière Django, malicieux et débrouillard et Teddy Beer, force de la nature marchant dans l’ombre de Django mais qui n’a pas inventé la poudre. (Bamboo, 8,99 €)
dimanche 5 janvier 2003
BD - Bandes de jeunes
Groupe de super-héros, groupe de rock ou groupe d’écoliers, dès qu’ils sont ensemble, les jeunes sont plus forts.
Les Krashmonsters sont trois : Wina, fille du capitaine des forces spéciales de police de Monayork, Théo et Stiky, rejetons de la présentatrice vedette de la chaîne de télévision locale. Ils bénéficient de l’aide de Bug, un robot transformiste très efficace en cas de danger impromptu. Théo, timide et très intelligent, n’est pas insensible au charme de Wina, spécialiste des arts martiaux.
Stiky, le plus jeune de la bande ne jure que par jeux vidéo et rollers. Ils ont pourtant décidé ensemble de sauver la ville de l’attaque des mouches mutantes créées par l’ignoble Docteur Bactério.
Une parodie à la française des super-héros américains due à la conjonction des talents de Tarquin (le dessinateur de Lanfeust), Dutto, Bianco et Floch. Un dessinateur qui n’a plus rien à prouver encadre ces trois jeunes prometteurs. (Soleil, 9,45 €)
Les bandes de jeunes font parfois des bêtises mais également de la musique. Rob Wed & Co ont décidé de consacrer tous leurs loisirs au rock’n roll. Le groupe se rode de répétitions en concerts privés.
Une série de gags qui en est déjà à son troisième recueil avec Erroc et Jenfèvre aux textes et Janvier à la mise en partition dessinée. C’est dans le vent et plein de clins d’œil musicaux. (Bamboo, 8,99 €)
Jojo, jeune héros plein de poésie créé par Geerts n’a pas de chance. Quand sa mamie doit aller se faire opérer il ne reste qu’une solution : le mettre au pensionnat. Le petit garçon, une fois les cours terminés, reste dans les murs de l’école sous la responsabilité du directeur. Il pensait s’amuser avec les autres internes mais il se retrouve être le seul pensionnaire de cette école de campagne.
Un album qui sent bon les vieux cahiers d’écoliers. Nostalgie, quand tu nous tiens… (Dupuis, 8,20 €)
dimanche 24 septembre 2000
BD – Achille Talon, une reprise compliquée
Si Greg a rejoint ses grands maîtres au paradis des bulles bien remplies, son héros lui n'a pas encore déclaré forfait. Après un album hommage écrit par Godard, c'est Brett qui se risque au difficile jeu de la succession impossible. Côté dessin, Widenlocher a parfaitement su se couler dans le moule.
Restait à retrouver l'esprit de notre Chichille national, roi des tirades pompeuses, redondantes et interminables. Ce 44e volume est bien dans l'esprit. Des gags en deux planches, qui laissent un peu de place au modernisme de ces années 2000, tout en respectant l'univers un peu suranné dans lequel évolue Talon, son détestable voisin Lefuneste ou Virgule, noble chic et choquée.
On retrouve en guest-stars un illustre ancien, René Goscinny, directeur du fameux journal Polite et un nouveau personnage qui promet, l'agent de police Armand Goisse, nouvelle victime très consentante des délires talonesques.
« Achille Talon » (tome 44), Dargaud. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.
Romans historiques - Napoléon, l'épopée belle
« L'armée de Sainte-Hélène » et « Il neigeait », deux romans autour de l'empereur, en 1812 pour Patrick Rambaud, en 1820 pour Davide Pinardi.
L'Europe unie, on en parle de plus en plus, mais l'idée ne date pas d'aujourd'hui. D'autres ont déjà essayé d'unifier le continent. Napoléon y avait presque réussit. En 1811, l'Empereur avait conquis par les armes l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche. II avait passé un accord avec le Tsar. Il ne restait que les Anglais... Isolés, coincés par le blocus, ils ont retourné la Russie pour se donner un peu d'air. Se sentant pris en tenaille, Napoléon a levé une armée de 500 000 hommes et en juin 1812 il la lance sur Moscou. Mais ce qui devait être une victoire expéditive s'est transformée en catastrophe militaire.
Patrick Rambaud raconte cette campagne dans « Il neigeait » roman qui constitue le deuxième volet de sa trilogie impériale commencée par « La bataille » (prix Goncourt en 1997). Moscou tombe, mais Moscou est une ville déserte. Un incendie transforme la ville en piège.
L'armée française doit se replier, harcelée par les cosaques qui sont sans pitié pour les égarés et les attardés.
Patrick Rambaud explique qu'il a « voulu raconter comment des femmes et des hommes ont supporté cette aventure extrême, civils et militaires mélangés. Au-dessus d'eux, Napoléon planait. Il rêvait à l'Europe, à sa monnaie unique, à sa dynastie. Il ne voyait plus la réalité. »
Tentative d'évasion
La suite on la connaît. Napoléon est battu, la France mise à genou. Après Waterloo, le grand militaire est exilé sur l'île de Sainte-Hélène. Il a régné sur la moitié de l'Europe, terrorisant l'autre moitié puis est tombé dans l'oubli. Du moins pas par tout le monde. Quelques fidèles ont tenté de le faire évader de cette île sous haute surveillance au cœur de l'Atlantique sud
Un épisode romanesque raconté par Davide Pinardi dans « L'armée de Sainte-Hélène ». Napoléon n'est plus que l'ombre de lui-même. Sa déchéance se passe mal. Il fait régulièrement des cauchemars, persuadé que les fantômes des milliers d'hommes morts sur les champs de bataille viennent le réveiller la nuit.
Il se confie de plus en plus à son serviteur, Petit-Jean, un ancien esclave haïtien. C'est ce dernier qui le réveille en pleine nuit. L'empereur a de la visite. Un groupe de jeunes officiers français vient de déjouer la surveillance des Anglais. Un bateau à moteur, un des premiers, attend l'empereur dans une baie. Il lui suffit de monter à bord et de prendre la direction de l'Afrique. Là, l'Aigle pourrait à nouveau déployer ses ailes, trouver des appuis militaires et se lancer à nouveau à la conquête du monde. Un projet fou qui séduit l'homme d'action, mais...
Cet épisode imaginaire de la vie de Napoléon est parfaitement plausible. L'auteur a tout vérifié, de la météo à la topographie des lieux. A l'arrivée on a presque l'impression que cette tentative de fuite a véritablement eu lieu, que le Napoléon décrit par Pinardi, sage ayant tiré des leçons de ses erreurs passées, est authentique.
« Il neigeait », Patrick Rambaud, Grasset
« L'armée de Sainte-Hélène », Davide Pinardi, Calmann-Levy Romans parus en 2000. (Chronique parue le dimanche 24 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)
dimanche 17 septembre 2000
Récit - Marie Rouanet nous fait voyager en ville
Que cela soit Béziers ou Camarès, une rue commerçante ou un cimetière, en hiver comme en été, Marie Rouanet aime la ville. Du moins elle apprécie ce grouillement de vie qui permet d'être exposé, de partager avec d'autres, en opposition au privé des maisons. Publié dans la collection "Voyageurs" de chez Payot, ce récit intitulé "Dans la douce chair des ville" ne vous emmène pourtant pas très loin. Car les villes que Marie Rouanet nous offre c'est tout simplement celles de tous les jours, lorsqu'on les arpente en faisant son marché, en conduisant les enfants à l'école ou en allant acheter le journal. Mais de ce quotidien que certains pensent sans intérêt, la romancière du Sud-Aveyron en tire des pages d'une grande poésie.
Marie Rouanet semble avoir écrit ce livre comme on déambule dans une cité que l'on ne connaît pas. Au hasard, la tête en l'air, les sens aux aguets, laissant son attention se faire accrocher par une statue, un arbre particulier, un passage caché ou un bâtiment plus imposant que les autres. Elle nous explique le bonheur qu'il y a à flâner de la sorte. Elle ne fait que raconter ce qu'elle vit, ce que nous vivons, tous les jours.
Avouez, vous aussi en allant simplement acheter le pain vous vous arrêtez parfois longuement à discuter de tout et de rien avec un voisin ou une connaissance. Et quand vous vous rendez d'un point à l'autre de la cité, admettez qu'inconsciemment vous avez un itinéraire préféré. Pas forcément le plus court, mais un qui vous raconte quelque chose.
Aventure et hasard
L'auteur nous entraîne également dans quelques quartiers ou villes plus typés, essentiellement en Languedoc-Roussillon. Elle nous raconte les histoires de ces personnalités érigées en statues et qui souvent sont d'obscurs inconnus pour le commun des mortels, donne ses trucs pour mieux apprécier certains musées, nous fait partager ses errances dans les cimetières, vitrines mortuaires de la vie passée.
De longs passages concernent bien évidemment les commerçants, ciments de cette vie urbaine. Tel cet incroyable vendeur de vin, poète publicitaire à ses heures. Elle regrette les anciennes épiceries tout en avouant le plaisir éprouvé à se fondre dans l'anonymat d'un immense centre commercial. Un livre jubilatoire, à lire dans un café bruyant ou assis sur le banc d'un petit square calme.
« Dans la douce chair des villes », Marie Rouanet, Payot. (Livre publié en 2000. Chronique parue le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)













