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dimanche 17 septembre 2000

Récit - Marie Rouanet nous fait voyager en ville

Que cela soit Béziers ou Camarès, une rue commerçante ou un cimetière, en hiver comme en été, Marie Rouanet aime la ville. Du moins elle apprécie ce grouillement de vie qui permet d'être exposé, de partager avec d'autres, en opposition au privé des maisons. Publié dans la collection "Voyageurs" de chez Payot, ce récit intitulé "Dans la douce chair des ville" ne vous emmène pourtant pas très loin. Car les villes que Marie Rouanet nous offre c'est tout simplement celles de tous les jours, lorsqu'on les arpente en faisant son marché, en conduisant les enfants à l'école ou en allant acheter le journal. Mais de ce quotidien que certains pensent sans intérêt, la romancière du Sud-Aveyron en tire des pages d'une grande poésie.

Marie Rouanet semble avoir écrit ce livre comme on déambule dans une cité que l'on ne connaît pas. Au hasard, la tête en l'air, les sens aux aguets, laissant son attention se faire accrocher par une statue, un arbre particulier, un passage caché ou un bâtiment plus imposant que les autres. Elle nous explique le bonheur qu'il y a à flâner de la sorte. Elle ne fait que raconter ce qu'elle vit, ce que nous vivons, tous les jours. 

Avouez, vous aussi en allant simplement acheter le pain vous vous arrêtez parfois longuement à discuter de tout et de rien avec un voisin ou une connaissance. Et quand vous vous rendez d'un point à l'autre de la cité, admettez qu'inconsciemment vous avez un itinéraire préféré. Pas forcément le plus court, mais un qui vous raconte quelque chose.

Aventure et hasard

L'auteur nous entraîne également dans quelques quartiers ou villes plus typés, essentiellement en Languedoc-Roussillon. Elle nous raconte les histoires de ces personnalités érigées en statues et qui souvent sont d'obscurs inconnus pour le commun des mortels, donne ses trucs pour mieux apprécier certains musées, nous fait partager ses errances dans les cimetières, vitrines mortuaires de la vie passée.

De longs passages concernent bien évidemment les commerçants, ciments de cette vie urbaine. Tel cet incroyable vendeur de vin, poète publicitaire à ses heures. Elle regrette les anciennes épiceries tout en avouant le plaisir éprouvé à se fondre dans l'anonymat d'un immense centre commercial. Un livre jubilatoire, à lire dans un café bruyant ou assis sur le banc d'un petit square calme.

« Dans la douce chair des villes », Marie Rouanet, Payot.  (Livre publié en 2000. Chronique parue le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)